
Va, vibre et reviens...
Je suis allé me réfugier dans mon camp planqué en montagne! Ici c’est le silence, c’est la paix. Les rouge-gorges sont gras comme des petits cochons de lait et la Tramontane me rappelle mes péripéties au pays d’Apoutiak… Partir pour mieux revenir, partir une sorte de refrain que je fredonnerai jusqu’à mon dernier souffle. Pour le sédentaire il est inconcevable de comprendre ce qui pousse les oiseaux migrateurs à continuellement s’éclipser, pour l’albatros à sourcil la ballade est harmonieuse. Je viens de remettre à mes éditeurs une dernière photo en noir et blanc de Véro, un au revoir sur le ponton. Je dois rédiger un commentaire à ce cliché : Va, vibre et reviens. Je vis seul par choix, une manière de laisser la porte ouverte à mes rêves en quête de colporteur. Véro a son jardin secret de semaine et le week-end nous échangeons. Elle me cause de son boulot, je lui décris mes heures d’entraînements, elle me narre une anecdote, je lui déplie la dernière carte fraîchement arrivée. Elle ne tremble pas, car elle connaît mon sérieux, je lui souris pour la rassurer, cette fois encore, je reviendrai. Inventeur de rêve est un dur labeur mais aussi difficile pour celui qui reste. La technologie embarquée dans chacune de mes expéditions ne m’isole plus complètement, les mails cryptés vont et viennent… Véro pendant mes absences, sent quand je suis en difficulté, elle sait quand mes limites sont presque atteintes et pas une fois, elle a su dépasser la ligne blanche avec des questions indécentes. Avant, le bateau, une fois passé la dernière digue, ne donnait plus signe de vie pendant plusieurs années. La découverte était la seule raison, une affaire d’état, une démonstration de force politique. Scott préféra mourir de froid que de rentrer en Angleterre en étant arrivé juste après Amundsen au Pole Sud. Le lien de la technologie moderne est pourtant perfide. Etre seul dans une région du monde des plus hostile est difficilement imaginable par quelqu’un qui au même moment vit sur une île où la population estivale est multipliée par dix ! Comment être en connexion avec quelqu’un qui est au milieu d’un des plus grand glacier du monde et qui n’a plus de nourriture depuis quatre jours alors que ce soir le menu est frugal pour ses enfants revenu de l’école. Comment être détendu quand on sait que la personne au bout du fil est encerclée jour et nuit de grizzlis, un brin collant. Heureusement l’esprit lui ne connait pas la distance, le décalage horaire, il n’a pas besoin de visa pour passer d’un état à un autre. Vivre en continue au côté de quelqu’un ne veut pas dire partager, ne signifie pas, vibrer ensemble. Mes absences sont une sorte de reconquête perpétuelle, rien n’est acquis alors le charme s’invite dans nos retrouvailles. L’amour ne doit pas être une cage, c’est souvent le cas. Vivre est un défi de chaque jour, le bonheur une conquête obligatoire. Ne pas confondre partir et trahir, absence et doute, manque et tromperie. Mes épopées sont des sortes de croisades pacifiques, un peu comme dans le film de « Forest Gump ». Mon plaisir est de vivre simplement mes aventures, je ne recherche pas à transmettre quoi que ce soit. Mais de l’extérieur, chacun y trouve espoir et énergie. Alors : « Cours Forest ».
Puisque je suis dans mes préparatifs, je vais continuer à vous dévoiler quelques éléments qui pourront peut-être vous concerner. Je monte le projet d’un très long périple, patience je vous en dirais plus bientôt, un réalisateur et un producteur sont sur le coup. La petite fée clochette, qui tient à garder son anonymat, finance en partie le film mais l’équipe qui monte ce projet veut une télé ! Je souris car je commence à être habitué à ce refrain, mais là, il y a un grand mais ! Ils sont plus déterminés qu’un certain Cabochard ! Une première !!! Une petite fourmilière autour de l’histoire d’un mec à qui il manque un bout mais pas de volonté. Il va tenter de faire un périple de plusieurs milliers de kilomètres qu’avec ses muscles et sa lame en carbone. (Jo Zef sera là, cela va de soit). Ce style de film, il y en a plein les festivals d’aventure ! Eux, ils veulent créer un film différent, un fort message d’espoir, un mec qui se prend pour « Marco-Polo » et qui à son insu, insuffle un message d’espoir aux personnes qui se croient perdues, pour un bout en moins. Tout au long du voyage, il y aura des rencontres et des témoignages de vies différentes. Peut-être on vous croisera ? Il y aura aussi la vie de tous les jours d’une Pénélope qui attend le retour de son Ulysse…
Je vais remettre un peu de bois dans mon foyer, le rouge-gorge a tout suivi, il a l’air d’avoir apprécié… Les flocons virevoltent, Apoutiak est de retour, je tends ma main, elle vient s’y poser. On se regarde, on se souvient. Quelle épopée le Groenland, Jo Zef en frissonne. Merci Apoutiak, d’être venue de si loin de me voir, fait gaffe, ici les hommes, ils ne font que se plaindre. Là bas au grand nord la vie la mort, tout se mélange et tout le monde le sait. Seul la glace et le temps sont maîtres disent les Inuits…
Faut rentrer Jo Zef, ma princesse va nous rejoindre ce soir, cela vaut le coup de recroiser les « autres » et leurs chansons : T’as vu y neige ! Ben c’est une sacrée crise ! J’en ai marre de ce froid !!!
Une bonne douche, un rasage et un Cabochard qui sait que le week-end est toujours au pluriel.
A pluche.
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