Accueil Bout de Vie

logo bout de vie
Qui sommes nous ?
Bout de vie… est née de la rencontre, de l’amitié et de la collaboration de personnes issues d’horizons différents, fortement sensibilisées par la cause des personnes amputées. Réunissant amputés et non-amputés, la même foi anime ses adhérents : l’amour de la vie. Notre association n’a pas vocation à regrouper exclusivement des amputés !!! Bien au contraire !!!

Objet de l’association
Bout de vie… a pour objet d’aider et accompagner les personnes amputées quel que soit leur âge, la nature, le degré et l’ancienneté de leur mutilation, à disposer des « clés » et « outils » leur permettant de tenter d’appréhender, d’intégrer, de s’adapter et de surmonter leur différence par la valorisation de leur potentiel de vie et du sens du dépassement de soi.
Plus concrètement, Bout de vie… se donne pour objectifs :
– de promouvoir la cause des personnes amputées auprès des pouvoirs publics et de l’opinion publique;
– de faire prendre conscience aux personnes amputées de leur potentiel de vie;
– de promouvoir les initiatives personnelles et collectives de personnes amputées;
– de briser l’isolement dans lequel se terrent les personnes amputées;
– de dynamiser la recherche et l’innovation en matière de prothèses;
– d’aider les personnes amputées à concrétiser des projets de vie dans les domaines sportifs et culturel;
– d’assurer le financement d’appareillages spécifiques en présence d’amputations « orphelines »…

Notre LOGO

Nous avons choisi comme symbole de notre association un dauphin dont la queue est détachée du corps. Au-delà de l’illustration évidente de l’acte d’amputation, le dauphin symbolise la joie de vivre et la sociabilité à l’extrême.
Tout un programme lorsque l’on sait que toute personne amputée souffre d’un déficit chronique de contacts sur l’extérieur…. faute à sa différence.
La présence d’un soleil en clin d’oeil symbolise l’espoir et la joie de vivre que souhaite véhiculer l’association.

Les derniers articles du site :

Stage de survie mars 2018

5 mars 2018 par Frank 29 commentaires »

Ces 4 jours de baroude se sont envolés, volatilisés, mais Dieu qu’ils furent bons et d’une folle énergie. 2 femmes et 4 hommes pour un groupe de haut vol. Pas tout le monde était sur deux pattes, mais la motivation se moque de ce détail numéraire… Alors l’Aventure a eu bien lieu, la pluie, le vent étaient au rendez-vous, comment pourrait-il en être autrement. La vallée perdue nous a accueilli, le torrent en cru nous a bercé, les grains nous ont enveloppé, la fraternité nous a soudé, comme si le monde n’existait plus, comme si nous étions devenu qu’un. Amputés, valides, l’objectif était l’initiation, l’apprentissage d’une existence sans superflu, sans chichi, juste vivre l’instant présent. Les bivouacs sous une bâche pas forcément étanche, les rafales qui s’engouffrent jusqu’au fond du sac de couchage, le sol détrempé qui rend les fringues du matin difficilement mettables, sont les lois qu’il faut apprendre sans rechigner. Les moignons ont souffert, mais jamais une seule fois quelqu’un c’est plaint, bien au contraire, cette part de boiterie nous a fait réaliser que nous étions vivants. Chacun a eu sa place, pas d’ordre, pas de contrainte, tout le monde en silence a saisi et pris son rôle à bout de bras avec envie et amour. Fany et Inès nous ont offert le plus beau cadeau, leur joie et sourire. Wilfrid fut nommé la force tranquille, Ludo le cueilleur au grand cœur, quant à « mes » monocylindres Antoine et Christophe de vrais découvreurs de limites. Les marches silencieuses nous ont porté vers l’essentiel, la découverte des plantes nous a plongé dans les entrailles de nos aïeux, la mise en place des bivouacs a offert sa part d’inconnu aux nuits sombres et mystérieuses. Chacun a livré ses secrets, chacun a déposé son masque pour briser ses tabous, le passé a baissé l’échine il s’est soudain senti abandonné. Tel le papillon nous nous sommes retrouvés Là ! Juste Là ! Pourquoi cacher, pourquoi tricher, nous sommes devenus qu’un, alors les confidences nous ont bouleversé, ému aux larmes, la vie cette chienne s’est révélée moins cruelle qu’on pouvait y croire. Les prisons de nos angoisses nous ont libéré en conditionnelle, oui, avec la seule condition de rester des femmes et des hommes libres coûte que coûte. Quelle joie de voir les filles avoir été les seules à ne pas se perdre, quel bonheur d’admirer « mes » éclopés gravir un dénivelé de folie sans entendre la moindre plainte, quelle sagesse de compter sur Wilfrid et Ludo pour l’organisation du feu et de ses protocoles. Les moments furent tous très forts, parole de tête dure. Les 6 m’ont bluffé, les 6 m’ont charmé, ok je l’avoue, une un peu plus que les autres… Le torrent en cru a nécessité plus de prudence et d’audace pour pouvoir le franchir avec un plan B en cas de chute. Confiance et motivation ont été les métronomes de ces traversées réalisées avec beaucoup de brio. Jusqu’au bout ils ont découvert leurs limites sans jamais les dépasser. Quand la belle Inès provoque les garçons en leur lançant le défi de traverser le lac à la nage et que Ludo accepte, mon cœur n’a fait qu’un tour. Puis au bout de leur nage une victoire simple comme l’a été ces 4 jours de pur bonheur… Les mots me manquent pour ce stage de partage, ils resteront comme un cadeau immense, comme un boost pour les jours de « moins bien ». Voilà que la page se tourne, demain elle sera vierge, à nous de l’écrire, à nous d’en être les purs acteurs…

Le grand luxe c’est quand la douleur s’estompe…

 

Pour finir en beauté 2017

16 décembre 2017 par Frank 21 commentaires »

 

Si 2017 n’est pas encore fini, il ne manque plus grand-chose pour rédiger une conclusion positive et constructive à ces 12 mois écoulés. En cette année ce n’est pas une page qui tourne mais bel et bien un livre qui se referme, à moi d’initier la rédaction du prochain. Par où pourrais-je bien commencer ?

 Mais avant le prologue, je vais revenir en arrière, cette année est teintée de séparations très douloureuses, très marquantes. La seule que je dévoilerais est le Cabochard qui est parti, le Cabochard n’est plus mon complice, je n’aurai jamais pu le croire, presque chaque matin j’ai du mal à le réaliser, un petit bateau en bois qui m’a permis de m’en sortir, presque 34 ans de vie commune et un voyage, au bout des horizons, qui m’a sauvé! Pourtant il était temps que l’on se sépare, il est entre de bonnes mains, à moi de l’accepter puisque ce fût mon choix réfléchi… Il y eut mes 3 mois au Groenland, un voyage initiatique, une expédition au bout de mes limites, une exploration d’un « moi » encore trop grand pour laisser place à l’essentiel, la vie. Des bivouacs tous plus beaux les uns que les autres, des journées de kayak qui m’ont glacé mes os à tous les niveaux, des tombes abandonnées qui m’ont fait comprendre l’importance de notre existence et des silences qui m’ont donné beaucoup de réponses à mes questions les plus profondes. Puis miracle de la vie, un village m’accueille, un hameau groenlandais bien au nord du cercle polaire qui devient un refuge, un bivouac de longue durée et une belle maison bleue qui devient la mienne. L’acte de vente m’a remué les tripes, même si la langue groenlandaise m’est toujours aussi inconnue. Puis le retour au pays des hommes qui parlent fort ; je n’ai rien dit, j’ai accepté, j’ai écouté ; je me suis écroulé. Dans ma chute, un peu de dégât, mais tomber n’est pas bien grave, il faut juste savoir se relever, c’est ce que je fais en ces premiers jours d’hiver. Mais au milieu de tout ça Bout de vie, ce fut une fois de plus, fort, beau, chaleureux. Un voyage sur les traces de Paul-Emile Victor, de la glace à l’infini, des chasseurs, des chiens de traineau et le Groenland comme dans les plus beaux livres d’exploration. Ces 4 jeunes, Elisa, Maxence, Ange-Paul et Rémi ont vécu une expérience inoubliable, ils sont devenus des découvreurs de limites. Comment oublier les nuits à bivouaquer sur la banquise, comment ne pas se souvenir de cette soupe de phoque qui réchauffait les mains meurtries par le froid, qui comblait les estomacs vidés par des journées de gladiateurs polaires. Quelle fierté de les voir accepter l’offrande de l’œil de phoque à gober ! Leur handicap ? Quel handicap !  Le stage de mer, après le départ de la Galiote à la retraite, me semblait vraiment difficile. Comment trouver un autre bateau charismatique pour offrir cette semaine de mer en Corse. Là encore un pur bonheur, le skipper du beau catamaran Nomade, Christophe, fût l’alchimiste de cette belle croisière, je me souviens encore des sourires entre un bord tiré et une grillade de poissons péchés la veille. Il y eu aussi la semaine vélo des Cols et des écoles, des éclopés qui gravissent les montagnes Corses pour aller à la rencontre des scolaires, le partage est une huile essentielle de la vie. Les stages de survie sont aussi de sacrés expériences de partage. Le maquis est un déshabilleur de principe, un démaquilleur de paraitre, au bout de 4 jours de baroude les âmes sont plus blanches, plus lumineuse même si les ongles sont noirs, si les affaires ont la fragrance d’un bon fumet de feu de bois. Il y eu aussi toutes ces rencontres dans les festivals d’aventure, les écoles, les télés, les radios, comme une croisade pacifique sur la force de la différence. Il eut aussi cette médaille rouge remise par mon Fratellu Bixente, Dume était juste en face pour savoir qui de nous deux allait avoir en premier les yeux assortis à la couleur de la breloque ! C’est fou je ne m’en rappelle plus ! Et puis pleins d’autres choses, plus personnelles mais toute aussi forte et vous les fidèles, ceux qui ne lâchent rien, vous qui me soutenez, qui me portez, vous le savez, vous êtes ma force. Alors doucement 2017 tire sa révérence, sur le bout de la prothèse je vais tenter d’écrire un nouveau livre, de nouvelles histoires, je sais déjà que vous en faîtes partit. Les chapitres se dessinent déjà, aventure, rencontre, partage, écoute, différence, amour, tendresse et peut-être même une petite fée au milieu de tout ça pour donner un peu une atmosphère d’un conte à la Harry Potter, c’est Jo Zef qui m’a soufflé l’idée ! N’oubliez pas que Noel est la fête de la lumière qui revient, alors ouvrez vos cœurs et laissez jaillir cette petite flamme qui guidera celui qui est blessé, celui qui n’a plus la force d’avancer, n’ayons plus peur de la différence, n’ayons plus peur des autres. Pourquoi voir toujours ce qui ne va pas, voyons ce qui est beau, ce qui fait grandir, ce qui nous rend encore plus Femme et Homme libre… Passez de bonne fête et que Dieu vous prothèse !

Le coup d’œil de Juliette…

14 novembre 2017 par Frank 15 commentaires »

 

Ma vie de baroudeur me permet de côtoyer des Femmes et des Hommes exceptionnels mais ils sont rares, alors quand ça arrive, il faut les savourer. Via les liens sociaux une dame me contact pour sa fille de 16 ans qui voudrait me rencontrer, hélas le temps me manque, mais là, je ne sais pas encore pourquoi, ma petite voix a insisté pour que j’accepte. Et me voilà face à Juliette et sa « binôme » comme aime en plaisanter sa maman. Cette charmante adolescente est non voyante et atteinte d’autisme Asperger. Pour ceux qui ne connaissent pas ce syndrome, sachez que les noms qui vont suivre en font partie : Albert Einstein, Vincent Van Gogh, Wolfgang Amadeus Mozart, Alfred Hitchcock, Andy Warhol, Isaac Newton, Mickael Jackson, Mark Zuckerberg, Bill Gates, Léonard de Vinci… Sans le savoir j’allais faire une rencontre exceptionnelle. Toujours dans mille occupations en même temps l’heure du rendez-vous approche, je me dis qu’une fois de plus je vais rencontrer une gamine « différente », sans plus. Au bras de sa « binôme » elle monte doucement le chemin de terre vers ma minuscule cabane, de loin un sourire m’éclaire, Juliette débarque. Née sans yeux, elle vit, elle vibre, elle existe, d’une manière lumineuse. Bien plus que distinguer, elle sent, elle écoute et voir avec son cœur n’est pas donnée à tout le monde. Le but de sa visite est de m’interviewer pour le web-radio qu’elle anime. Assis dans ma cabane lapone, je la laisse mener le débat, entre deux questions pertinentes, elle m’explique ses « différences ». Le syndrome d’asperger ne m’est pas inconnu, la plus belle interview de ma vie m’a été donnée par une journaliste qui en était atteinte, très souvent je pense aux confidences que cette chroniqueuse avait su faire surgir de mon fond intérieur. Alors Juliette sort son enregistreur, ses questions sont simples comme est et doit être la vie, ici pas de paraître, juste être. Nous parlons à bâton rompu, de notre pauvre société, de l’égo, de la surconsommation. Du haut de ses 16 ans la sagesse infuse, Albert Camus, St Exupéry, Sénèque, Schopenhauer qui aurait pu nous dire : l’essentiel pour le bonheur de la vie, c’est ce que l’on a en soi-même.  Tous et bien d’autres se glissent dans ses mots, je suis sans voix je connais des êtres aux paraître impeccables qui ne pourraient pas tenir ne serait-ce qu’une minute cette conversation. Elle veut tout savoir de mes gouts alors je l’amène en Laponie, au Yukon, au Groenland, dans la poésie, la solitude, bien-sur, elle côtoie déjà beaucoup de langues, connaît les légendes des peuples boréaux, elle me confie ses désirs d’écriture en gardant tout de même ses secrets. Les contes qui finissent bien ne lui conviennent pas ou peu, alors elle déshabille Shahrazade pour lui offrir plus de cœur, plus de lumière, une vérité que vous ne pouvez voir, vous regardez avec vos yeux ! On échange des mots en grec, turc, espagnol, suédois, finlandais, le monde qu’elle n’a pas encore visité lui tient dans sa main. Le temps à ses côtés me semble un cadeau des Dieux. Toujours brut de décoffrage, je tente de gratter mais derrière tout ça il y a du béton avec un cœur sensible. Elle note mes mots, je retiens ses rires, elle m’interroge, je me remets en question. Ma cabane est un minuscule musée de mes expéditions polaires, alors, seule elle, a le droit de tout avoir en main, une griffe de phoque lui est discrètement glissée dans sa boîte à souvenirs. En gage de confiance je lui demande une promesse, celle de venir à mes côté découvrir le pays du Grand Nanoq. Elle a accepté, c’est chouette la vie, non !  Mais nous sommes insatiables, les mots nous rattrapent, ils sont là entre nous sans tabou. La philosophie revient, une pluie d’aphorisme nous inonde, les yeux, une jambe en moins, peu-importe nous sommes vivants et bien plus encore.                        
Il vous est indispensable d’aller visiter sa page Facebook Le coup d’oeil de Juliette, ainsi que son site internet Le coup d’œil de Juliette qui sont une source de vie loin du miroir aux alouettes qu’est notre quotidien.
En rencontrant Juliette, qui sort à peine de l’enfance, je me dis que l’avenir des Hommes n’est alors pas encore foutu.

Sur-vie douce Toussaint 2017

12 novembre 2017 par Frank 18 commentaires »

 

 

Les bâches sont installées le vent la pluie n’ont pas loupé le rendez-vous, l’équipe se découvre, les doutes eux, s’installent prés du feu. Un stage de sur-vie, douce, en plein maquis ! Quelle drôle d’idée, pourtant ils sont bien là, la fleur au fusil, leur combat est pacifique, au bout de la nuit une nouvelle marche remplie de surprise et d’initiation. Sophie, Isabelle, Géraldine, Pascal, Paul et Steve ont fait ce choix, alors allons-y gaiement.

 La récolte des glands de chêne donne le tempo des premiers pas, les sorbiers sont blets à cœur, les baies d’aubépines coloreront ce dessert improvisé. Mais le temps se dégrade, il faut monter les bâches, préparer le bois et allumer le feu qui donnera le point de ralliement. Les sourires sont accrochés aux visages, alors pourquoi ne pas profiter de la nuit pour gouter aux joies de la baignade en torrent. L’eau est loin d’être polaire mais pour celui qui sort d’une maison cela semble impossible. Mon retour de « douche » donne l’envie au premier puis viendra un autre, les filles iront ensemble, le test est concluant, tout le monde est bluffé du bienfait de ce bain nocturne… La pluie toute la nuit est incessante, le feu est éteint, il faut chauffer l’eau pour les thermos et reprendre la route. Sortir de son sac de couchage sec pour s’offrir au vent et à l’humidité demande un brin de courage mais la vie n’est elle pas un présent ? Alors Steve le premier s’agenouille prés du foyer moribond, il le cajole, il le protège, Paul, Pascal les rejoignent, le crépitement récompense les Robinsons du maquis. Les filles sont souriantes, finies les beaux cheveux longs bien peignés, les ongles parfaits, le maquis n’a pas de place pour les salons de beauté, alors l’apparat laisse place à la lumière intérieure. Le dénivelé du jour est violent, l’effort est costaud mais personne ne se plaint, la pluie finalement laisse place à quelques rayons de soleil, dans mon fond intérieur je râle, les averses ont le pouvoir de rendre les stages encore plus prenant ! Le sommet est atteint, l’hélico peut venir sauver les rescapés ! Mais bien sur ce n’est qu’un simulacre, personne ne viendra. Le deuxième campement est froid, humide mais l’effort du jour a soudé l’équipe, il n’y a plus de rangs sociaux, de différence, ce soir tout le monde se remémore sa part de Victoire. Des nouilles chinoises pour certain, du riz lyophilisé pour d’autres et une immense touche de bonne humeur. Les rires sont synonymes de l’ambiance du groupe, les premiers surnoms apparaissent mais tout ce qui s’est passé au stage restera au stage, devise de ces jours de baroude. Brancarder, traverser des torrents, se situer sur la carte, écouter les consignes il aurait fallu des journées de 30 heures…

Au bout de 4 jours nous retrouvons le point de départ, secrètement nous garderons ce cadeau au fond du cœur. L’équipe m’a écrit un mot, orné de dessins qui m’ont touché, la fatigue s’est envolé, car l’âme est légère. On ne se reverra plus dans ces conditions alors les aux revoirs sont forts, sincères. La vie est une aventure et sur ces 4 jours elle fut belle, intense, sans le moindre heurt. Vive la vie…

Freeman

 

 

Des Cols et des Ecoles cinquième édition

13 octobre 2017 par Frank 6 commentaires »

La cinquième édition Bout de vie des rencontres Des Cols et des Ecoles, sous l’égide de la Fondation d’entreprise Française des Jeux, vient de se conclure en beauté. La salle de l’école primaire de Muratello était comble, les questions ont fusé, la vie est une alchimie, le malheur peut devenir force et énergie, les enfants ont tout pris, ils seront les adultes de demain…

Lundi nous sommes partis de Bastia, la première étape nous a mis devant une réalité digne de Lapalissade : la Corse est une montagne en plein milieu de la Méditerranée ! Les jambes ont brulé !  Oups ; suis-je bête, la jambe ! Etre unijambiste est une épreuve supplémentaire dans l’ascension d’un col, mais surtout ne confondez pas les mots : handicap et handicapé. Toute l’équipe est composée de cyclistes porteurs d’un handicap mais pas une seule fois nous avons refusé le « combat pacifique » du dénivelé, seuls les handicapés refusent la vie, nous on la croque. Si je devais vous offrir une image, la première qui me vient en tête est celle-ci. Alors que nous roulions en pleine montagne, les cantonniers en pleine action, (je vous assure ça existe), en fauchant les bas côtés, ont laissé sur plus d’un kilomètre une route recouverte de chardon sec, un vrai champ de mines pour nos pneus. Patrick notre samaritain, a instantanément chargé les vélos de ceux qui ne pédalent que sur une jambe, mais plutôt que de les voir se vautrer dans le fourgon ils ont enfourché leurs béquilles et pratiqué la borne à bonne cadence. Et dire que certains se plaignent pour une peccadille !..

 Nous voilà dans la cité de Pasquale Paoli, premier homme en 1755 à avoir rédigé les droits de l’homme, un sacré clin d’œil pour nous les « rabotés » que l’on essaye de mettre de côté sans cesse. La salle de la Faculté de Science est archi comble, des chaises supplémentaires sont coincées de-ci de-là, les plus en retard seront assis par terre, le thème du jour est : Création d’un projet. Sans aucun support audiovisuel ce fût un vrai régal de leur transmettre nos expériences. Bien après le coup de la fin du cours, les étudiants sont restés là à nous questionner. Un vrai bonheur…

Mais la montagne Corse nous a proposé quelques passages de catégories dignes des Alpes, le col de Sorba, le col de Verde, le col de la Vaccia, le col de Bavella, plus quelques bosses à vous couper les pattes, tout ça pour retrouver les scolaires de Zicavo, Conca, Muratello. Ils nous ont écoutés, ils nous ont questionnés. Oui les enfants ; la différence ne doit pas faire peur, elle doit être un vecteur de curiosité et non de rejet, nous sommes tous l’étranger de quelqu’un disait Sarthe. Mais comment oublier l’accueil des habitants de Levie, souriants, avenants, nous sommes venus l’espace d’un soir l’un de leurs citoyens. Les kilomètres se sont égrainés, les graines ont été semés, la vie est un potager on ne récolte que ce que l’on sème, très certainement des vocations vont s’inspirer de notre passage, qui sait.

Un grand merci à tous ces sourires croisés, un grand merci à la vie de nous avoir réunis. Un grand merci à toi Patrick, notre chauffeur, à toi Steve la force tranquille, à toi Jean-Luc le skieur de l’impossible, à toi Jérôme le charmeur du groupe qui ne lâche rien, à toi Alexis notre champion du monde mais bien plus que ça, à toi Karin la seule fille du groupe, à la Corse si belle sans la foule. Si cette aventure est une bouffée d’oxygène il nous faut remercier la Fondation d’entreprise la Française des Jeux qui finance en totalité depuis 5 ans ces rencontres, merci Dalila, merci Stéphanie…

Bientôt je vais reprendre la route pour aller rencontrer pendant 3 jours les jeunes de la région de Bulles en Suisse romande, à force de planter des graines peut-être une forêt de liberté verra le jour…

A pluche

Violence et habitude

2 octobre 2017 par Frank 9 commentaires »

Voilà bientôt 3 semaines que le Groenland n’est plus qu’un souvenir, je suis revenu dans ma belle cabane cachée en Corse, 21 jours à reprendre pied et à observer « mon » Monde. Ces 3 mois dans ma bulle, m’ont dépollué, m’ont ôté ce trop-plein d’information qui rend dingue. Si je devais définir ma sensation sur « ma » société c’est que la violence est devenue une habitude, un mode de vie. Le fanatisme prend son temps et il s’installe à tous les étages de la tour de Babel. Le sang est versé, les guerres se succèdent, la radicalisation endoctrine, le nationalisme monte des barricades sur des lits d’hémoglobine, mais il y a aussi la violence des petits, plus pervers. Pour une faute d’inattention, un doigt tendu est brandi, pour un avis différent les mots s’envolent en devenant gras et rugueux. La petite ménagère en un claquement de doigt se mue en monstre de grossièreté. Nous voulons tous, notre liberté, cela fait partie des quelques mots-clés à la mode, au même titre que zènitude, bio, silence, partage mais au fond de tout ça une détresse immense provoque le chaos. De nature optimiste, pourtant des questions me sont sans réponses. En 3 mois de vie monacale polaire, j’ai retrouvé ce que mes précédentes aventures m’avaient apportés. Et le retour me plonge dans une grande tristesse. Steven Hawking, le célèbre physicien américain, ne donne pas un siècle à notre civilisation avant le grand boum mais pourquoi un tel pessimisme ? Plus personne ne sait ouvrir les yeux, plus personne ne veut ouvrir ses sens et reprendre pied avec la seule vérité, la Nature, qui nous supporte depuis si longtemps. Nous vivons dans un monde violent, où on a érigé la possession – d’argent, de biens, de pouvoir – au rang de but suprême. D’où le développement de peurs et de frustrations, qui génèrent la colère, qui génère la haine, qui génère la violence … Mais peut-on lâcher ce mode de vie ? Peut-on déjouer l’issue fatale, ensemble on le pourrait, mais nous devons tous revoir nos priorités, rabaisser notre fierté, ouvrir nos cœurs aux autres, à ceux que l’on ne connait pas. En se renfermant on ne peut le découvrir et ces replis laissent place au refus qui engendre la violence. Alors tout est foutu me diriez-vous ! Non il y a une part d’espérance, il y a une petite lumière qui vacille au bout de l’horizon mais bien plus que la volonté c’est une immense motivation qu’il faut trouver. La plupart des médias vous programment des nouvelles noires, sanglantes, tout ça en boucle, les chaînes d’infos en font leur fonds de commerce. Le drame fait vendre, les catastrophes gonflent les audiences, le cerveau est plus attiré par le négatif que le positif. Mais tout ça peut-être changé, la route n’est pas tracée, devenons les explorateurs de nos vies sans se laisser polluer par les forces obscures. Une vie est unique, hélas trop peu s’en souvienne. Mes baroudes au bout du monde me rendent optimistes, j’ai rencontré d’autres freemen et freewomen des personnes de la « vraie » vie. Ceux qui ont compris la puissance d’une fleur qui s’ouvre, la force d’un rayon de soleil sur une banquise du Grand Nord, de la beauté sur la migration d’un tout petit oiseau polaire. Ce que vous ne voyez plus est bien plus important que ce vous brandissez avec force. Un drapeau qui flotte n’aura jamais la force d’une feuille d’automne parti à la recherche d’un sol pluvieux. Un missile n’est rien en comparaison d’un alizé soutenu qui court le tropique du Capricorne. Le rire d’un enfant à bien plus de raison qu’un long discourt politique fastidieux. Notre vie, notre Monde nous appartient, à nous d’en faire un lieu eternel, les natifs du Grand Nord disent : La Terre ne nous appartient pas elle nous a été prêté par nos enfants.

Epilogue Kiffaanngissuesq

15 septembre 2017 par Frank 11 commentaires »

Le quart d’une année s’est écoulé, 3 mois d’aventure, 90 jours de baroude, des pierres blanches posées sur la route sinueuse de ma vie parfois ténébreuse. Plus qu’une expédition, ce fût un chemin de croix version polaire. Si chaque soir j’ai réussi à transmettre un journal de bord ce ne fut que le bout de l’iceberg qui apparaît, les 9/10éme ne se voient pas. Je n’ai pu l’écrire, je n’ai pu le partager, trop enfoui au fond de mon âme meurtrie, trop ancré dans mes cicatrices affectives. Le retour est toujours très violent, le bruit, la foule, la chaleur, le téléphone… mais le mot-clé est : s’adapter. Un décrochage volontaire de ce qu’est fait le quotidien de vie en région du sud. Aucune information de l’extérieur ne m’a heurté, aucune possibilité de savoir, une vie dans une bulle face à une nature immense avec la rencontre rare d’hommes et de femmes qui eux aussi sont isolées de la fourmilière. Quand tu as fait ta journée de kayak, monté le camp, écrit les quelques lignes de ton journal de bord, grignoté les restes d’un paquet de nouilles chinoises et réparé ce qui était réparable, le vide, le silence, l’ennui s’installaient à mes côtés. Je les ai détesté, je les ai écouté, puis je les ai apprécié. Sacrés conseilleurs, qui t’ouvrent les yeux, sur ta vie. Quand je pensais à « mon moi » d’en bas, je me disais que cette existence méridionale n’était plus mienne, que jusqu’à présent je m’étais trompé de route. Puis, après une nuit de repos, entrecoupée d’écoute du vent sur la tente, de pas d’une bestiole en quête de nourriture, le sud me revenait plus cool, moins pervers. Alors je poursuivais mon « catenaccio » ! L’avantage de vivre de cette manière, c’est que tu démontes tout ce qui semble acquis, tout est remis en question et d’un coup tout devient clair comme de l’eau d’iceberg fondu dans une gamelle au soleil. Tu ne peux te mentir, encore moins à tes semblables, puisque tu es seul, tu essayes de ne pas juger, de ne pas penser au pourquoi des autres. Par moments pourtant, ma petite île estivale et son invasion me revenait en tête, l’incompréhension me montait à la gorge. Mais fallait-il être complètement dingue pour s’entasser à paquet sur une terre brûlée par la sécheresse. En Europe fallait-il avoir perdu pied, pour que les hommes s’entre-tuent lâchement à ce point ! L’égo, les œillères, le manque de lucidité par une fausse surinformation, la perte de repère, rendaient mes semblables comme les ammassat (capelan), qui viennent mourir en masse sur les plages du Groenland fin juin sans savoir pourquoi, justes guidés par l’instinct. Mais si les animaux ont ce don, l’homme, l’a depuis longtemps perdu, l’habitude est venue son moteur, les écrans, ses images de référence. Alors je revenais sur « mon moi » et poursuivais ma route, en me moquant gentiment des « autres », mon Dieu qu’est ce que j’étais hilare parfois. Si une immense plage devenait le camp du soir, dans ma barbe je riais à n’en plus finir, pas un parasol, pas la moindre odeur nauséabonde d’ambre-solaire, les paillotes à touriste manquaient à l’appel, juste des traces d’animaux en vadrouille, des restes d’ossement et une tente seule au monde. Vivre en ne pensant qu’à l’instant présent, car le futur est trop fort, trop insurmontable pour qu’on puisse, ne serait-ce qu’une seconde, y penser ! Cette vie à la minute en se disant, là, maintenant, je suis bien. La déferlante, le courant contraire, les averses de neige, la glace qui bloque la route, la crasse qui ne te lâche plus, un quotidien de gladiateur, certes, mais qu’est-ce que cela fait grandir. La moindre miette de vie, devient spectaculaire, le moindre oiseau qui se pose à portée de prothèse vaut toutes les chansons d’amour de la planète. Au bout d’un temps les aléas deviennent ton quotidien, ils prennent moins de place. Un ruisseau devient une salle de bain 5 étoiles, une brise de sud-ouest chassera les nuages de moustiques, une morue trop curieuse t’offrira un repas de milliardaire. La vie simple devient sublime, les petites choses sont enfin appréciées. Les mots me manquent pour vous décrire ces 9/10éme d’iceberg. Un tsunami m’a coupé la route, il m’a appris à dire non, d’ailleurs sans lui très sincèrement je ne pense pas que j’aurai continué, de toute façon je ne le saurai jamais. Le retour sur mes pas a été salutaire, encore une leçon de vie. A l’aller j’avais peur de l’inconnu, au retour malgré le manque de nourriture seul les vents contraires m’ont gêné, le reste était plus facile. Lire la mer, comprendre la glace, là –haut il me faudra une vie pour apprendre. Mon arrivée au village d’Oqaastut fut spéciale, un mélange de soulagement et une folle envie de poursuivre ma vie de nomade, mais la raison m’a fait poser mon sac. 42 habitants qui d’un coin de l’œil ont observé sans juger, le blanc boiteux s’installer. Ici on ne te cause pas pour rien dire, même se serrer la main c’est un « truc » en trop. Chacun survit en harmonie avec la saison, ici pas de printemps, ni d’automne. Un été de 4 à 5 semaines et le reste c’est un hiver qui forge les hommes. J’ai dû apprendre le protocole local, à mon tour j’ai beaucoup observé pour comprendre, je n’avais pas le choix puis par moments des contacts m’ont apaisé, j’ai appris à être silencieux, a ne pas parler fort, à cultiver le mutisme dans la conversation, mon comportement à du les convaincre que je n’étais pas un conquérant et que je ne le serai jamais… Ces 3 mois se sont envolé, j’ai eu la joie de les vivre intensément, je vais y retourner car j’y suis bien, la remise en question quotidienne m’est bénéfique, les chemins faciles m’ennuient, le confort a le pouvoir de nous ramollir, là-haut c’est une existence de Free-man, sans contrainte.

Avant de refermer ce livre, des partenaires fidèles et amis m’ont permis cette expérience et je tenais à les remercier.

Merci à Columbia, qujanaq Charlotte. Merci à Nautiraid, qujanaq Véronique. Merci aux Glacières d’Ajaccio, qujanaq Pasquale et Pierre-Marie. Merci aux centres de prothèse Lagarrigue, qujanaq Alain et Ludo.  Merci à 66° Nord, qujanaq Quentin. Merci aux mécènes qui veulent rester dans l’ombre. Merci à France Bleu RCFM, qujanaq Jean-Charles. Merci à Audrey, web-sister du journal de bord. Merci à Corse-Matin, Qujanaq Nadia. Merci à Patrick, animateur du groupe facebook Boutdevie. Merci à ma compagne Karin, qui a tremblé de mes absences. Qujanaqsuaq, Julien, Charlotte, Ben, Steen, John, Ole, Bertheline, Brieuc, Sigvard, Zia, aux chasseurs et pêcheurs inconnus qui m’ont offert le kaffi (café) et un morceau de viande…

 Qujanaqsuaq à vous tous qui m’avez envoyé des messages de soutien, merci du fond du cœur… Je vous à dis très vite pour de nouvelles aventures Bout de vie.

La vie n’est pas que la réalisation de ses rêves, la vie est une succession d’émerveillement à nous d’en être les chercheurs, puis les preneurs…             

KIFFAANNGISSUESQ (homme libre)

 

Le retour

11 septembre 2017 par Frank 6 commentaires »

Le petit village d’Oqaastut est déjà dans mon sillage, en transit à Ilulissat, les avions , qui d’avance ont déjà du retard ,vont me mener vers une autre cabane, où je vais retrouver avec joie tous mes potes, ma chérie et peut être encore de la chaleur. Darwin disait: Ce ne seront pas les plus forts, ni les plus riches qui survivront mais ceux qui s’adapteront.  Cette leçon est ma devise depuis bien longtemps alors je vais m’adapter à une existence méditerranéenne, le soleil, l’eau de mer chaude et le monde un peu partout, mais c’est aussi ça la vie, alors j’y vais en chantant. Ce soir le temps me manque pour vous dire merci de vos messages, de votre soutien, régulièrement vos missives m’arrivaient par mail satellite, cela me faisait souvent sourire, cela me réchauffait quand la solitude et le vent du nord me glaçait les os,  je suis heureux et fier que cette aventure fût aussi un peu la vôtre. De ma cabane en Corse je vous ferais un petit briefing de ces 3 mois passés en terre Groenlandaise.

Takuss

Avant de partir …

10 septembre 2017 par Frank 9 commentaires »
 
Comme par recueillement, une troupe de baleines est venue ce matin au lieu même où hier, l’une de leurs sœurs fut dépecée. Un moment qui m’a glacé le dos, comme si elles venaient lui rendre hommage. Les hommes, la nature, la cohabitation n’est pas toujours si simple. Vivre ou survivre disait la chanson de Balavoine…
 
Dernière journée entière à Oqaatsut, demain je vais commencer ma migration vers le sud. Mon kayak m’a demandé toute mon attention, dessalé, contrôlé et surtout remis en état, il passera l’hiver ici.  Je suis un peu triste de laisser mon compagnon de baroude là, mais je crois que c’est sa place, il porte un nom Groenlandais, c’est dire s’il est fait pour vivre sur cette terre de glace et de rêve. Le bateau que j’ai mis à terre hier a besoin d’un dernier petit boulot de finition. Son armateur n’est pas encore au courant, mais je sais que mes deux coups de sika et quelques vis en inox ne seront pas de trop. Mais le vent d’est (kangia) est violent, mes mains, une fois de plus, semblent vouloir tomber. Concentré, j’arrive à finir mais pas sûr que le mastic ne tire avec cette température négative.
 
Sur le retour vers la maison, les 4 gosses du village jouent au ballon en se moquant du froid, je me sens vraiment délicat, une vraie chochote en vadrouille
polaire ! Alors je bricole, je range, le vent se renforce, je me dis qu’aujourd’hui à part deux bourrasques, il ne se passera pas grand-chose. Mais ici, chaque jour c’est différent. Déjà, Steen and brother ramènent chacun de leur côté, un renne, puis un phoque. Le vent fort pour eux c’est un truc à touristes, ok, je m’incline. Mais ce n’est pas fini, trois petit bateaux flambants neufs tentent de s’amarrer non sans difficulté au ponton flottant. Tous équipés de combinaisons fluos, je me demande quelle sorte d’estivants cela peut-être par ce temps d’ours polaire. Par deux, ils partent en éventail dans le village, c’est midi, j’ai autre chose à faire que de « curioser » ! Mais on tape à la porte, oh non, encore des photographes de slip au vent ! Mais pas du tout, ils me parlent en groenlandais malgré leur aspect scandinave. Par ce froid, je les fais rentrer, à noter que je suis en t-shirt, et cela a de l’importance, vous allez comprendre bientôt. Jeunes, ils habitent depuis peu à Ilulissat, ils sont tous les deux suédois et ont une mission sur la côte nord-ouest du Groenland. Je leur demande s’ils sont scientifiques, s’ils font un sondage, s’ils viennent s’informer sur la reproduction des chiens de traineau, s’ils veulent faire une interview de la seule mascotte à mauvais caractère qui
squatte le bled… Et ben non, rien de tout ça ! Ils me font remarquer que j’ai autour du cou la croix en bois symbolisant le Christ. Là, je leur coupe la parole, je ne suis pas du tout chrétien pratiquant, ce talisman m’est remis comme un rituel par «mon» Dume avant chaque expédition, ma religion est la liberté. Je ne comprends plus rien du tout. Deux touristes débarquent dans la cabane et me disent que je porte la croix : mais je deviens dingue, ou quoi ! Puis de leur cartable, ils me sortent un prospectus en groenlandais. Tilt, j’ai compris ce sont des prêcheurs témoins de Jehova. Incroyable, à 400km au nord du cercle polaire, là où quand t’es une baleine ou un phoque, t’as intérêt à avoir un gilet pare-balle et un casque lourd. Ici, où quand tu t’appelle Rodolphe et que t’es copain du père Noël, tu vas finir en ragout de renne. Alors, je les fais assoir et leur offre l’hospitalité. Ils me parlent de religion, je leur cause d’amour, ils me parlent de Dieu, je leur explique le vent, le froid, la solitude, ils m’invoquent le Christ, je leur décris les qivitoqs. Puis je me lance : la liberté, la religion qui tue, quand on croit c’est que l’on n’est pas sûr, dans la vie il ne faut pas croire, croire c’est les doutes et la vie se vit
sans doute. Ils ne causent plus, me demandent si j’ai un site internet, si j’ai écrit des bouquins. Ils sont choqués, je leur demande s’ils veulent manger avec moi, mais ils doivent reprendre leur mission. Sur le pas de la porte, avec un beau sourire, je leur lance, vous venez de rencontrer un Freeman, ça c’est la vie. Bonne chance…
 
Je reprends ma cuisine, incroyable si loin de tout, j’ai l’impression de retrouver les écrits de l’ancien temps. Hier, des tueurs de baleines sont venus faire leur besogne, aujourd’hui on essaie de me convertir, exactement comme au XVIIIIème siécle.  Il ne manque plus que Knud Rasmussen passe et on sera au complet.
La pluie, le vent, le froid se renforcent. La petite maison est en ordre, Immaqa est en sac, tout est bien protégé, cet hiver sans chauffage, la température sera négative, je sens qu’elle va me manquer, et si je laissai Jo Zef pour la garder ?
A pluche…

Dernier baroude

8 septembre 2017 par Frank 4 commentaires »

Ce matin est plus solennel que les autres, je m’offre un grand tour de bateau, tout à l’heure à marée haute je vais devoir le sortir pour l’hiverner. De la cabane au ponton c’est déjà une aventure, le sol est verglacé et avec ma jambe de bois, j’essaie de m’accrocher aux branches, zut on est au Groenland, il n’y a pas d’arbre ! Pour monter sur le bateau c’est encore plus folklorique, il ne me manque que le tutu pour faire un show-ice. Oqaatsut est calme, en même temps à 6h du matin il faudrait avoir un pète à la chapka pour partir en mer. Ma direction sera le nord, avannaanut. Le froid est saisissant mais comme le dit le proverbe scandinave : il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que des mauvais habits. Les icebergs, avec le vent du nord qui persiste depuis plusieurs jours, sont plus discrets, mais toute ma concentration est en éveil, un tout petit bout de glace percuté à vive allure serait vite un gros problème. Une tête moustachue m’observe, je tente l’approche mais trop tard il sonde, les phoques sont dégourdis, ils savent que l’homme égal danger. Je retrouve les endroits où j’ai bivouaqué en kayak, avec mon 60 CV les donnes ont changé. Les baleines sont absentes du panorama, elles doivent se retirer, elles aussi vers le sud. A l’entrée du grand golfe de Pakistoq, je stoppe le moteur. Pas un souffle d’air, pas une vague et bien sûr personne, mais personne à l’horizon. Je prends tout ce qu’il y a prendre, bientôt ce sera différent. Mais l’horloge ne s’arrête pas, la grande marée va être à son plus haut niveau, il me faut rentrer. Ces 3 heures de mer m’ont donné une patate monstre, mais je dois retrouver la cabane, car mes doigts me donnent la sournoise sensation de vouloir tomber, ce serait dommage, non ! Un café soluble une tartine de confiture et me voilà de nouveau sur l’eau. Steen m’a indiqué la meilleure dalle de granit pour glisser le bateau à terre. Deux grosses canalisations à l’abandon, remplies d’isolant où circule un tuyau d’eau pour alimenter les douches communales, servent aussi de chariot de relève. Mise en paire, amarrées par des bouts, il faut faire glisser le bateau entre ces deux gaines, une fois bien calé, il faut de la force pour faire glisser le tout à terre, mais aujourd’hui les copains ont un quad. A la place des muscles, nous allons faire glisser, non sans mal, le bateau.  Steen vient à la rescousse, le quad n’a pas assez de force pour amener le bateau hors d’atteinte de la mer, alors nous nous transformons en chien de traineau : ily ily ily ! Finalement nous y sommes arrivés, mais maintenant il faut libérer les deux tubes, pour les autres qui vont faire de même dans les jours qui arrivent. Avec un cric de carrossier et des cales en bois, nous soulevons le bateau, mais les jours de pluie ont rendu la toundra spongieuse. J’ai trouvé plus têtu que moi, si si, Steen m’a battu, mais on a bien rigolé. Voilà, le job est fait et bien fait. Doucement, j’ai vidé son contenu, rincé et calé le moteur, l’hiver bientôt pourra le recouvrir de neige et de glace, il sera hors de danger. Pour remercier tout le monde, j’avais prévu le coup. Hier soir avant la nuit, j’avais fait un gros bocal de corail d’oursins, aujourd’hui ce sera spaghetti aux oursins, un plat absolument atypique pour le Groenland, Steen lui décline l’invitation, il me confie qu’il ne peut pas manger cette nourriture, cela ne l’inspire pas. Et dire que la plupart ici, mangent les abats des mammifères crus, et toutes autres bricoles où il me faut un courage fou pour avaler. Sur le chemin, Brita qui de temps à autre vient ouvrir son restaurant pour des touristes égarés vient aussi. Les assiettes sont très bien remplies, tout le monde se régale, le pari est conclu. Steen nous rejoint au café, ses amis l’encouragent pour une prochaine fois à essayer mais son non est catégorique. Encore un super bon moment de partage. Brita me demande si l’année prochaine je pourrai lui pêcher des oursins pour ses quelques clients égarés, Immaqa (peut-être). Ce soir, en finissant d’écrire mon journal de bord, un gros bateau de pêche vient faire relâche en baie d’Oqaatsut avec une grosse baleine comme prise. Ne jugez pas, ici c’est comme ça… Je n’ai pas mis de photo pour éviter les polémiques…

A pluche

PS : Depuis que j’ai trouvé cette chapka en poil de renard et de chien, dans la remise de la maison, la mascotte rase les murs en boudant. Ce serait sympa en peau de koala, non ?