Un samedi de partage…

2 mai 2012
Oui! C'est bien d'en bas qu'on est parti...

Oui! C'est bien d'en bas qu'on est parti...

Un sponsor, un mécène, un partenaire sont des sociétés qui s’investissent au coté de gars comme moi,  menant une sorte de croisade. Les grandes entreprises misent sur des supports très exposés médiatiquement. Le « Frank Bruno à cloche pied » entouré de copines et de copains dans le même cas, n’est pas forcement le meilleur des moyens pour apporter de la lumière aux investisseurs ! Mais pourtant certains osent le premier pas. Depuis longtemps quelques « taquins » me reprochaient de ne pas être l’ambassadeur d’une société corse… Depuis peu c’est fait, le Groupe Etorri représentant plus de 300 employés soutient Bout de vie. Recevoir d’un côté est magnifique mais je me dois de rendre à mon tour ! Mais comment ? Le coaching sur la découverte de ses limites m’est de plus en plus demandé, en tout logique j’ai proposé en échange une journée aventure découverte. Le leader, Jean-Marc Ettori, m’a en premier lieu présenté à ses assistantes de la maison centrale, une quarantaine de personnes. Par deux fois je suis allé à leur rencontre. D’ailleurs cet échange a été filmé pour l’émission « Midi en France » que vous avez peut-être vu. Mais je trouvais dommage de ne pas pousser l’expérience hors des bureaux et d’un commun accord, une partie des filles ont décidé de tenter une ascension. Le but n’est pas de battre un record de vitesse ou de difficultés mais de souder un groupe pour que les plus forts soutiennent les moins aguerris. Mailing indiquant ceux que les futurs « aventurières» devront impérativement avoir avec eux et un rendez-vous à 8h30 dans un lieu précis. Tout le monde est à l’heure : «  Ca c’est bon ! » On charge les 4X4 pour attaquer une piste en terre qui doit nous mener au pied d’un sentier perdu… Briefing de départ et dans un silence que je préconise nous suivons la sente. Le massif est devant nous, magnifique, royal, nous sommes au-dessus d’une mer de nuages et déjà le vent vient nous rendre visite. Le parcours est accidenté sans pour autant être dangereux, mais le dénivelé vient faucher le groupe. Le programme est simple, toute les 50’ il y aura un arrêt de 10’. Nous traversons les torrents, nous enjambons les arbres déracinés de la dernière tempête et la progression suit son cours. Mais la plus jeune du groupe donne des signes de fatigue, le fort dénivelé lui coupe les jambes, et ce n’est pas un jeu de mot ringard d’unijambiste ! Nous faisons un break, je lui cale ses pieds, et lui donne un peu de nourriture approprié mais je sens en elle une grande détresse. Le plan B : J’ai toujours avec moi quelques petits grigris de contrées boréales. Je sors un flacon d’huile essentielle très secrète et lui en humecte les narines et les tempes. Un petit dialogue « bien à moi » et réaction  immédiate, le mal comme par enchantement s’envole… Nous reprenons notre marche, la forêt a souffert de la dernière tempête et beaucoup de pins gisent. Finalement nous arrivons sur le plateau du massif, le vent est le maître des lieux et les rafales nous crochètent. La Tramontane rend le moment encore plus solennel. Nous dominons les Bouches de Bonifacio mais il serait imprudent de poursuivre sur cette arête, alors nous bifurquons pour retrouver une vieille bergerie abandonnée. Le casse croute sera le bienvenu, on cause de tout, de rien. On me questionne beaucoup sur la souffrance, pourquoi la laisser faire ? N’est-il pas dangereux de ne pas écouter ses douleurs ? Difficile de répondre en si peu de temps pourtant je sens un apaisement quand je diserte les sujets… Il est temps de reprendre la route, mais la journée est loin d’être finie, ce n’est pas une balade mais une journée d’initiation. Infusion d’aiguille de pin vert pour redonner des peps, récit de la géologie du lieu, pourquoi cette plante plus que celle-ci à avoir dans sa besace… je dévoile mon quotidien qui semble « aventure » alors que ce n’est que mon quotidien ! Finir une journée pareille en arrivant sur une route en terre sans avoir dit merci à la montagne me semble déplacé, alors nous nous arrêtons sur les bords d’un torrent pour des exercices de respiration. Être au bord d’une rivière sans y tremper un orteil serait aussi une offense, Je m’isole et m’immerge… Un peu plus bas je vois que la petite équipe goute aux joies du « trempage »…

La journée est finie et je sais que chacun y aura puisé un bout de son histoire, alors les filles (et le seul garçon du groupe !) dés que je rentre de ma balade Arcticorsica on remet ça avec une nuit en bivouac… Chiche ?

Quand solitaire rime avec partage…

Erhard Loretan, la derniére cordée…

2 mai 2011
Regard des cimes...

Regard des cimes...

3 jours de bivouac, 3 jours cachés au milieu de la forêt, 3 jours où l’insignifiant se révèle incroyablement beau et bon, si loin du monde des fourmis … Retour dans la fourmilière, réseau, message, connexion, information il parait qu’il faut 13 clochettes pour le bonheur ? C’est bon j’ai compris je suis de retour chez mes frères les hommes… On choisit ses amis, mais pas sa famille, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, celle-là !

Une nouvelle me fauche, m’électrocute Erhard Loretan a dévissé en montagne, son corps a été retrouvé sans vie, le jour de ses 52 ans…

Pendant le festival des Diablerets  il était membre du jury, Dume, Marianne et moi devions donner notre avis sur des films d’aventures…

Pendant cette semaine je découvrais le personnage, un nomade des cimes. Il refusait de dormir dans une maison et avait aménagé un utilitaire comme bivouac mobile, son lit se trouvait au milieu de baudriers, crampons, piolets et bric à brac nécessaires pour approcher un peu plus que n’importe qui les étoiles. Petit bonhomme noueux, pas un gramme de graisse, un regard franc et une poignée de main qui ne trahit pas le personnage. On ne pouvait pas attendre de lui qu’il vous raconte son parcours, il n’était pas facile de lui tirer les vers du nez, Marianne Chapuisat, le connaissait très, très bien. L’artiste faisait partie du club très restreint des hommes qui avaient atteints les 14 sommets au delà des 8000 mts !!! Il était le troisième alpiniste à avoir enchainé l’impensable, l’impossible…

Respect, respect…

Guide de haute montagne il était l’un des meilleurs grimpeurs au monde. Sa technique était basique et directe ; camp de base jusqu’au  sommet non stop !!! Des courses incroyablement longues, mais qui avaient l’avantage d’être très rapides et à cette altitude le beau temps est éphémère. Un sac à dos light, avec un peu d’eau chaude, des barres de céréales et une volonté d’acier pour des 50 heures de balade aux milieux des Dieux des montagnes… De ses yeux jaillissait la beauté des cimes. Un poil sauvage, je me marrais quand c’était à son tour de parler aux journalistes, on aurait dit un p’tit garçon que l’on forçait d’aller à l’école. Quand  c’était le tour de Dumé comme un chenapan il passait juste derrière en disant avec son fort accent Suisse : « C’est de la propagande pour le handicap !!! » Quel bonhomme, quelle âme. Bien-sûr on s’était juré de faire un truc ensemble, il nous avait proposé le Mont Blanc pour commencer, mais chacun devait partir vers sa propre « légende ».

Entre deux expéditions il guidait ses clients en mal de sommet, et jeudi dernier avec une jeune femme sur une arête pas forcément plus technique qu’une autre, mais la montagne facile n’existe pas, ils dévissaient tous les deux. Les secours ne purent envoyer l’hélico pour cause de brouillard, une patrouille partit à ski, mais découvrait trop tard le corps du célèbre alpiniste sans vie, sa cliente elle, est dans un état grave…

C’était le jour de ses 52 ans, lui aussi détestait toutes ces mascarades de fêtes bidons, il était libre comme l’aigle des montagnes et il est allé rejoindre son petit bébé, qui lui était mort dans ses bras quelques années auparavant…

Salut Erhard, une bougie brûle pour toi, veille sur nous. Bientôt promis, on ira grimper un nuage ensemble…