La descente en kayak du fleuve Yukon

11 avril 2010 par France Laisser une réponse »

L’ amputation de ma jambe droite à l’age de 18 ans fut très éprouvante je ne savais pas à l’époque que ce n’était qu’une préparation physique et mentale qui m’ont amené à traverser l’Atlantique à la rame comme un défi, à monter à pied au pôle nord comme une découverte, à traverser à pied le Groenland comme une aventure extrême, les quelques sommets au delà des 6000mts gravis une manière de m’élever, le tout pour ma croisade associative Bout de vie.

Dans quelques jours je pars dans le grand nord sur les traces de Jack London et Grey Owl, en effet je vais tenter la descente en solitaire muni de mon kayak du fleuve Yukon du lac Laberge au Canada à la mer de Béring en traversant sur sa totalité l’Alaska. Je ne pars ni sur un défi, ni sur une aventure mais sur un voyage de l’intérieur. En effet sur ces 3100 kilomètres je serais seul face à toute la beauté des ses grandes contrées encore sauvages, la solitude sera ma compagne de voyage et même si le physique sera à rude épreuve les seuls vrais dangers rencontrés seront mes fantômes embarqués.

Un homme, un kayak,un fleuve pour un bout de vie!

Bien sur comme à chaque fois je ferais partager mon rêve à des jeunes adhérents de mon association, en effet sur les premiers 320 kilomètres 6 jeunes âgés de 13 à 24 ans vont pagayer avec moi, 2 amputés, 2 cancéreux en rémission et 2 valides. Deux guides de Whitehorse m’épauleront pour guider ses jeunes aventuriers jusqu’au village de Carmacks  de là je prendrais ma pagaie tout seul pour essayer de rejoindre le village Eskimo d’Emmonak en mer de Béring…

La « Grande rivière » à cloche pied !!
Une aventure humaine hors du commun

Le trajet

Le trajet

Yu-kun-ah qui signifie en langue Athapascans « Grande rivière »

A juste titre d’ailleurs puisque ses 3185 kilomètres en font l’un des géants d’Amérique septentrionale. Né dans le lac Tagish à la frontière avec la Colombie-Britannique, il s’écoule vers le Nord à travers les rudes terres du Yukon et de l’Alaska avant de se jeter dans la mer de Béring. Ses principaux affluents sont les rivières Teslin, Pelly, Stewart, White, Porcupine, Koyukuk et Tanana. Au cours des siècles, le Yukon subvint aux besoins des populations autochtones ; ses richesses séduisirent marchands de fourrures, chercheurs d’or et ses courants transportèrent chalands et bateaux à aubes. Aujourd’hui, les rives du fleuve sont désertées et dame nature a retrouvé sa paix et la faune et la flore exultent.

A quelle date commencer ?

La débâcle du fleuve lui-même a généralement lieu durant le mois de mai. Néanmoins, sur le lac Laberge, situé à une cinquantaine de kilomètres en aval de Whitehorse (Etat du Yukon Canada), la glace persiste beaucoup plus longtemps. L’année dernière, le lac s’est « libéré » aux environs du 20 mai mais la glace peut être encore plus tardive.

Les différentes parties du fleuve :

Lake Tombstone Park

YUKON - Nicolas Dory © www.nicolasdory.com - 2010

Le fleuve traverse en diagonale le Yukon en direction nord-ouest puis continue en Alaska dans cette même direction jusqu’à Fort Yukon, légèrement au-delà du cercle polaire. Il file ensuite vers l’ouest jusqu’à Kaltag, tout près de la mer de Béring. Il existe du reste un passage, praticable uniquement en hiver en traîneau à chien ou motoneige, de Kaltag à la mer. Le cours file ensuite plein sud jusqu’au delta où un dernier sursaut vers l’ouest l’amène à la mer. L’ensemble du cours permet donc de traverser totalement le Yukon et l’Alaska sur plus de 3000 kilomètres. Il est bien entendu un peu artificiel de découper la descente en tronçons. Néanmoins, il existe différentes parties qui possèdent chacune un caractère suffisamment marqué pour que cela ait un sens.

yukon

– De Whitehorse jusqu’à Dawson (Canada) : C’est la partie « classique » de la rivière, fréquentée (quelques agences proposent des descentes organisées sur quelques kilomètres) en juillet et août (selon les critères du Yukon ! Ce ne sont pas les gorges de l’Ardèche…). La partie située entre la sortie du lac Laberge et la confluence de la rivière Teslin est la plus belle. On l’appelle aussi Thirty Mile River. J’y serai début juin, alors qu’elle est encore très peu fréquentée. C’est aussi l’époque d’une explosion de la nature qui se couvre de fleurs (en particulier les églantines). Peu après Carmacks, on trouve les célèbres rapides de « Five Finger » et ceux plus modestes de « Rink ».

– De Dawson à Circle (Alaska) : Moins souvent parcourue que la précédente, elle est superbe. De Dawson à Eagle (Alaska) la rivière serpente dans des canyons et le courant y est très soutenu. La frontière entre Canada et Alaska ne comporte que deux drapeaux et c’est à Eagle qu’il faut s’arrêter pour les formalités de douane et d’immigration aux Etats unis. Entre Eagle et Circle, on traverse la « Yukon-Charley Rivers National reserve », une superbe zone montagneuse.

Rivière Yukon

YUKON - Nicolas Dory © www.nicolasdory.com - 2010

– Les flats, de Circle à la Dalton Highway : A partir de là, la rivière est très peu fréquentée. Pendant 400 kilomètres, il n’y a pratiquement plus de relief, la rivière s’étale sur une immense zone composée de nombreux bras. Il me faudra être extrêmement attentif à ne pas m’écarter du courant principal pour éviter de me retrouver dans un bras mort, échoué sur un banc de gravier ou engagé dans un « slough » (bras de rivière sans issue) qui pourra me rallonger considérablement la distance à parcourir. Les cartes, papier ou GPS, sont fausses car le cours se modifie chaque année !

L’instinct sera mon guide pour sortir de ce labyrinthe.

– De la Dalton Highway à Galena : De très beaux canyons, parsemés de camps de pêches des indiens natifs et les seconds rapides du trajet. Les Rampart Rapids ne présentent pas de difficulté majeure. A partir de la confluence de la rivière Tanana, le plus gros affluent du Yukon, la rivière est vraiment énorme. En cas de vent, les vagues peuvent être vraiment dangereuses et il faudra que je prenne garde car les « grains » arrivent très vite.

– De Galena à la mer ou à Emmonak : Des lignes droites et des courbes interminables, un climat influencé par la mer de Béring. La fatigue se fera sentir mais l’envie d’arriver au bout me donnera les dernières vitamines pour boucler ce beau et long périple estimé à environ 3 mois.

Information récupéré sur le site de Christian Roux

Avant mon isolement pendant plusieurs mois j’aimerais faire partager à des jeunes valides et moins valides cette fantastique « balade ». En effet un petit groupe de 6 ados en binôme seront sélectionnés et encadrés pendant cette expérience hors du commun. Ils prendront part à mon aventure pendant les premiers kilomètres ; j’espère qu’ils comprendront simplement que le présent est un cadeau. Leur objectif sera de rejoindre Carmacks en partant de Whitehorse, soit environ 350 km en autonomie.

Des guides locaux viendront me prêter main forte et chacun naviguera sur un canoë en double. Chaque soir nous bivouaquerons pour partager un « bout de nos vies ». L’idée est de prendre 6 ados, 2 valides, 2 amputés et 2 touchés par le cancer. Ils devront partager les tâches en binômes (montage des tentes, mise en route du feu, pêche et apprentissage de techniques basiques de survie).

Au bout de 10 jours de vie commune, ils repartiront vers leur avenir, moi vers le mien : la solitude des grands espaces.

Je ne pouvais commencer cette croisade sans le partage avec ces jeunes. La séparation sera d’autant plus dure mais le partage sera un « carburant » pour les jours difficiles. Depuis la création de Bout de vie, des stages de ce genre se répètent chaque année et souvent les jeunes en reviennent plus forts, plus ouverts, plus « entiers ».

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YUKON - Nicolas Dory © www.nicolasdory.com - 2010

Le départ est prévu début juin 2010.
Mon arrivée dans la mer de Béring ? J’espère avant l’embâcle début septembre !

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Pourquoi une telle aventure ?

Jusqu’à présent, j’ai toujours vécu des aventures extraordinaires mais jamais seul sans vis-à-vis, l’isolement dans le milieu hostile est une manière de se découvrir tout au fond de son âme, sans aucun artifice. Le grand nord me fascine et les rencontres, aussi bien animales qu’humaines, sont dans ces endroits retirés des moments forts. Je ne sais même plus si je dois parler de mon handicap (amputation tibiale de la jambe droite) tellement l’aventure sera profonde ; dans ces circonstances souvent le corps et l’esprit se séparent. J’ai peut être mille raisons de ne pas partir et une seule d’y aller.

C’est décidé je pars.

Cette raison porte un nom : Liberté !


Brève présentation
Frank Bruno est né le 31 décembre 1964 à Menton. A 15 ans Frank décide de quitter l’école pour rejoindre la vie active dans l’entreprise familiale. A 18 ans, il devance l’appel et se porte volontaire pour partir sur le conflit du Liban et perd une jambe sur le porte-avion Foch.

Son plus grand défi va alors consister à transformer ce drame en une force. Ascension du Kilimanjaro et du Cerro Pissis en Argentine, traversée de l’Atlantique à la rame avec Dominique Benassi en 54 jours (3èmes sur 26 équipages au départ, dont 25 de valides….) dernier degré à pied pour rejoindre le pôle nord ou encore traversée de la calotte glaciaire du Groenland en autonomie complète (410 km à des températures pouvant atteindre -60 degrés…) sont quelques-unes des aventures que Frank a accomplies pour le compte de « Bout de vie ».

Frank vient de sortir un livre « Bout de vie », récit d’une vie et … leçon de vie ! La préface est de Bixente Lizarazu.

Actualité

9 juin 2007
Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, à l’occasion du 47ème Congrès de l’UNAPEI. Il citera en exemple pour la France Dominique Benassi et Frank Bruno pour leur courage d’avoir traversé l’Atlantique à la rame en 54 jours.

Janvier 2008
Sortie en librairie du premier livre de Frank intitulé « Bout de vie »

20 janvier 2008
France Inter au détour du monde de Sandrine Mercier

Fin février – début mars 2008
Frank était à Genève pour du coaching mental avec les joueurs du Genève-Servette Hockey Club (2ème du Championnat régulier de 1ère division suisse) pour les préparer aux phases finales. Travail sur le thème du dépassement de soi notamment.

3 mars 2008 / Université de Genève
Conférence de Frank Bruno sur le thème du « Coaching mental – Dépassement de soi » organisée par l’ASMS et la Fondation Genève-Servette Hockey Club pour l’Enfance et l’Humanitaire.

11 mars 2008
Frank était, avec Bixente Lizarazu, l’invité de Marc-Olivier Fogiel sur le plateau de « T’empêches tout le monde de dormir »

17 avril 2008
Christophe Pacault rédacteur en chef du magazine des sports sur RTL reçoit Bixente et Frank pendant 90 minutes.

24 Octobre 2009
La guilde européenne du raid a remis le trophée Peter Bird SPB à Frank Bruno qui prime chaque année l’aventurier qui a fait preuve le plus de persévérance dans ses défis.
http://www.spb.fr/trophee-peter-bird.asp

Reportages télévisés

Journal de 20Heures TF1 présenté par Claire Chazal
http://tf1.lci.fr/infos/monde/0,,3474929,00-exploit-sportif-psychologique-groenland-.html

Sport dimanche TSR (août 2007) : Unijambiste, le Français Frank Bruno repousse les limites de l’extrême à travers ses exploits sportifs
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500009&bcid=0520641&vid=8099482

Léman bleu : Frank était l’invité de Michel Robadin sur le plateau de Sport Mag (28.2.08)
http://www.lemanbleu.ch/leman_bleu_archive_flv.php?filename=sport_28-02-2008

Presse écrite

24 Heures (26.2.08) :
http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/sports/sports_detail/(contenu)/198549

Le Matin (26.2.08) :
http://www.lematin.ch/pages/home/sports/hockey/sports_hockey__1?contenu=389606

Biographie plus détaillée

Frank a 45 ans. Il est Corse. Il connaît une grande Souffrance à 18 ans, puisqu’il perd une jambe sur le porte-avion Foch, en plein conflit du Liban. Son plus grand défi va alors consister à transformer ce drame en une force. Il devient d’abord plongeur professionnel, sortant même premier de sa promotion (alors qu’on ne voulait dans un premier temps pas le laisser s’inscrire au motif qu’il était amputé !). Il n’a pas loin de 10000 plongées à son actif. Frank est aussi sauveteur en mer . Il est le seul sauveteur en mer en Europe qui est amputé….

Mais Frank est également un aventurier hors norme. Ses aventures, il les mène pour le compte de « Bout de vie » (www.boutdevie.org), l’association qu’il a créée . « Bout de vie » vient en aide à des personnes amputées pour leur faire prendre conscience que la vie vaut la peine d’être vécue malgré l’amputation.

Voici quelques-unes des aventures de Frank à ce jour :
– l’ascension du Kilimanjaro en 2004 et tentative du Cerro Pissis en 2009
– traversée de l’Atlantique à la rame avec Dominique Benassi (amputé fémoral) en 54 jours (3èmes sur 26 équipages au départ, dont 25 de valides….) en 2006
– traversée de la calotte glaciaire du Groenland en autonomie complète (410 km à des températures pouvant atteindre -60 degrés…)
– course en autonomie de 114 km au Pôle Nord

Mais Frank, c’est aussi :

  1. De régulier entraînement dans l’équipe de Ligue 1 de foot de Bastia en qualité de gardien en 2003
  2. le gardien de but de la Star Team de foot du Prince Albert de Monaco
  3. Pour les play-offs 2008 le Genève Servette Hockey club engage Frank pour insuffler aux joueurs le dépassement de soi. L’équipe finit vice champion du championnat helvétique Pro A.
  4. A l’occasion du tour de France une étape est ouverte pour le public. Depuis 3 ans pour récolter des fonds pour son association il est le seul unijambiste à y participer et a passer la ligne d’arrivée sur une moyenne de 9500 participants.
  5. Des interventions régulières dans de grandes entreprises pour du coaching : (Dépassement de soi, remise en question, accepter la différence…

Association « Bout de Vie » (www.boutdevie.org)
« Bout de vie »… a pour objet d’aider et accompagner les personnes amputées quel que soit leur âge, la nature, le degré et l’ancienneté de leur mutilation, à disposer des « clés » et « outils » leur permettant de tenter d’appréhender, d’intégrer, de s’adapter et de surmonter leur différence par la valorisation de leur potentiel de vie et du sens du dépassement de soi.
Plus concrètement, « Bout de vie »… se donne pour objectifs :

  • promouvoir la cause des personnes amputées auprès des pouvoirs publics et de l’opinion publique
  • faire prendre conscience aux personnes amputées de leur potentiel de vie;
  • promouvoir les initiatives personnelles et collectives de personnes amputées;
  • briser l’isolement dans lequel se terrent les personnes amputées;
  • dynamiser la recherche et l’innovation en matière de prothèses;
  • aider les personnes amputées à concrétiser des projets de vie dans les domaines sportifs et culturel;
  • assurer le financement d’appareillages spécifiques en présence d’amputations « orphelines »…

Livre « Bout de Vie »

Le premier livre de Frank Bruno, intitulé « Bout de vie », est sorti en librairie en France en janvier 2008. On le trouve également en Suisse à la FNAC et chez Payot. Il est édité par les éditions Arthaud et la préface est de Bixente Lizarazu.

livreCi-après, un petit message de Frank en relation avec le livre :
« Il est toujours difficile de savoir pourquoi l’on écrit un livre ! Chaque vie est passionnante et chacun de nous vit sa propre légende ! De mon accident, j’en ai tiré une force, une énergie incroyable, je n’aurais jamais pu pousser les limites comme je le fais. Jamais je n’aurais compris que le corps et l’esprit, bien qu’amis, soient différents, l’un peu détruire l’autre et vice et versa. De ce drame je me suis reconstruit sans suivre aucun sentier existant car la route que j’ai décidé d’ouvrir est dans un maquis dense rempli d’interdits et de conseillers destructeurs. Avancer toujours avancer … Quand je me retourne, ce qui est rare, je m’aperçois que la route était pourtant facile mais que d’énergie pour l’ouvrir. Les limites nous sont inculquées de force par une éducation, une religion, une culture, un rang social, bref, pour de multiples raisons mais jamais par son propre raisonnement. Mon amputation a été la bombe atomique qui m’a permis d’ouvrir les portes qui était condamnées. Je ne souhaite absolument pas changer quoi que ce soit, je pense juste à haute voix. Au lendemain de mon « carton », j’aurais aimé rencontrer l’homme que je suis devenu, ce guerrier pacifiste qui ose dire qu’il a peur, qui ose pleurer de joie, qui sait conjuguer le verbe aimer, qui sait reconnaître qu’il s’est trompé, cet aventurier qui partage sa vie avec une mascotte qui ressemble étrangement à une peluche, cet homme qui sait que la vie doit être partagée.
Voila pourquoi un jour j’ai écrit un bout de ma vie… »

Coll. La traversée des mondes - Ed. Arthaud : "Bout de vie" de Frank Bruno.

La vie n’est pas un combat ou une lutte
mais juste un présent.

Frank Bruno

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