Comme un rêve les yeux ouverts

5 septembre 2017

Ceci n’est pas une photo de Frank mais un cliché d’illustration trouvé sur le net.

 
J’avais déjà 29 ans quand je découvrais les joies de la lecture, mon premier livre était le Petit Prince. Je ne sais pas si c’était d’avoir renoncé à la vie que j’avais à cette époque mais le fait d’avoir largué les amarres m’avait rendu encore plus à fleur de peau que je ne l’étais et la lecture des écrits de St Exupéry m’avait énormément ému. Le Petit Prince, c’était moi, celui qui posait de drôles de questions, celui qui remettait les hommes à leur juste place et cette dernière nuit fut comme un conte d’enfant grandeur nature…
 
Il était une fois, un homme solitaire qui vivait dans une cabane près du Pôle Nord. Tous les soirs, il dessinait des fleurs et des arbres, car là où il était ce n’était que glace, blizzard et rien ne pouvait y pousser. En fin d’été, les premières nuits rendaient encore plus glacials les alentours de sa chaumière mais curieux comme un jeune enfant, en plein milieu d’une nuit très noire, il eut envie de sortir chercher son étoile. La lune était quasiment pleine et les étoiles profitaient d’un fort vent du nord pour scintiller, mais quelque chose d’encore plus surprenant le faisait vaciller. Là-haut, tout près des anges, un rideau de lumière l’hypnotisait…
 
Cette nuit, vers 2h30, quelque chose m’a attiré dehors, pas de pierre à rajouter aux abords de ma tente, pas de kayak à remonter pour cause de forte marée ou de houle violente, juste une envie de voir la nuit polaire. Soudain devant moi, dans mon nord-ouest, un rideau de lumière semblait tomber du ciel, une douche de lueur, une aurore boréale m’offrait son spectacle. Je ne sais quoi vous dire, j’étais figé sans voix, un miracle de la vie m’était offert. Je ne sais plus combien de temps je suis resté dehors mais ce moment restera gravé jusqu’à la fin de mes jours. Bien sûr, j’ai longuement cogité à un vœu, j’en suis certain, il se réalisera. Ma vie de baroude m’a fait vivre des moments forts, des levers et des couchers de soleil, j’en ai vu des extraordinaires, mais là, c’était un rêve les yeux ouverts.
 
Tous les peuples boréaux ont leurs légendes sur ce phénomène naturel, alors pourquoi ne pas créer le mien ! Ce rideau de lumière est un voile magique, seuls les rêveurs et les fous de liberté peuvent le voir, si quelqu’un veut s’en imprégner, il doit jeter son manteau d’adulte morose et calculateur pour être enfin libre, ce qui lui fera voir l’invisible…
 
Voilà une légende de plus, mais celle là, c’est la mienne : made in cabane !
Un autre mystère vient d’être élucidé, depuis ce matin j’étais à la recherche des cures dents en bois, j’ai trouvé le voleur. Jo Zef, en douce, est en train de faire des petites croix pour tous les moustiques qui sont en train de mourir de froid. -5° au réveil ce matin !

La plage d’Erik le rouge…

30 juin 2012
Ca y'est, Jo Zef se prend pour Erik le rouge !!!!

Ca y'est, Jo Zef se prend pour Erik le rouge !!!!

Une nuit tranquille, ici la peur du prédateur n’existe plus depuis belle lurette, les derniers ours ont été tués juste après guerre. La flore est a peu de chose prêt, identique à celle du Yukon et de vieux reflexe me reste. Hache toujours à portée de main et une nourriture toujours bien
emballée. Le protocole est moins strict qu’au Canada mais je reste prudent tout de même. 6h20 je déclenche la balise spot de ma géo localisation et prend la mer. Pas une ride, pas un souffle d’air, je file tout doux vers le sud, je profite de cette opportunité pour forcer
la cadence le vent va venir du sud et ma journée est plus qu’incertaine, alors j’avance en ne pensant qu’à maintenant. 8h20 déjà quand c’est calme c’est plus facile, 4,5km/h de moyenne, une super cadence pour le «semi-remorque » que je pousse. 9h20 un feu loin devant moi à terre m’indique que le suroît vient d’arriver, ce sera à mon tour d’ici peu. Je sens de l’air sur mon visage, je scrute l’horizon et j’y détecte une barre plus foncée, j’ai compris ce n’est plus de la brise mais du vent qui arrive. 10h20 le vent s’installe et je deviens un esclave qui
pagaie. J’arrive en fin de péninsule de Pitea, après le cap, la mer ouverte sans protection sur 5 nautiques au moins. Il faut que je prenne une décision, stopper ou prendre le risque de me trouver seul en plein milieu de la tourmente. Tout en pagayant, je détaille la carte qui est
devant moi dans sa housse étanche, je devine une échancrure. Oui, là bas à tribord une tache blanche, une plage ! Je bifurque de quelques degrés et avale les deux kilomètres comme un sprinter. Une anse de sable blanc très abritée du sud, je fais une halte café et après je prendrai ma décision. Ici tout semble calme, pas une brise, les moustiques se lèchent les babines : A table ! Je mets ma moustiquaire de tête et inspecte les lieux, du bois et du calme. Je me délecte de mes deux canistrellis avec un café et cogite. Je vais voir à pied comment est la mer au large. Je reviens rassuré de ma décision, là-bas c’est blanc et pile poil dans ma direction. Je fouille les lieux pour trouver une belle plaque de contre-plaqué qui nous servira de table et à mon retour, je surprends Jo Zef orné de cette magnifique ramure. Seulement 18 kilomètres pour aujourd’hui mais la route est longue alors prudence, prudence.
La mascotte ne serait-elle pas le descendant d’Erik le rouge, par Thor !
A pluche !

L’aventure à cloche pied: Le film

16 octobre 2011

L’aventure à cloche pied.

Rien d’impossible au Cabochard, nom de son bateau !
Malgré son « unijambité » Frank est plongeur-sauveteur en mer, sportif de l’exploit et aventurier dans l’âme rien dans sa vie n’est banal. Fondateur de l’association « Bout de vie », il partage ses élans de générosité avec ceux qui, comme lui-même un jour, crurent être brisés par la cruauté du destin : accidentés de la vie, certes, mais jamais abattus. Ce film est un témoignage simple mais fort que les malheurs sont les plus grand défis à relever. En quelques minutes on va le suivre sur une traversée de l’Atlantique à la rame retentissante, dernier degré du pôle Nord, la traversée d’Ouest en Est du Groenland, puis à l’ascension du plus haut volcan du monde (Argentine) et une odyssée en solitaire sur le fleuve Yukon, des milliers de kilomètres en kayak de Whitehorse à Grayling… un prétexte à se retrouver, à se regarder en face et à renouer avec l’harmonie fondamentale qui lie l’homme à la Nature. Un film sensible, grand public, réalisé pour ceux qui doivent chaque jour conjurer le mauvais sort… les blessés de la vie certes mais aussi, certainement, le commun des mortels…


Frank BRUNO: L'aventure à cloche pied par cabochard20

Bivouac en Valais

20 août 2011
Foudroyé, il a su vivre en changeant de cap, symbole des vies abimées, continuer sans regretter le temps passé...

Foudroyé, il a su vivre en changeant de cap, symbole des vies abimées, continuer sans regretter le temps passé...

Altitude 1987mts, forêt paisible; être humain au alentour insignifiant, nomade en bivouac, chut c’est un secret…

Les alpages, c'est "vachement" bien!

Les alpages, c'est "vachement" bien!

En cherchant un peu, vous pouvez apercevoir une squaw et une mascotte!

En cherchant un peu, vous pouvez apercevoir une squaw et une mascotte!

En pleine paroi, insouciantes du danger elles daignent regarder en bas la fourmilière des hommes qui tentent désespérément d'arrêter le temps qui passe...

En pleine paroi, insouciantes du danger elles daignent regarder en bas la fourmilière des hommes qui tentent désespérément d'arrêter le temps qui passe...

Gamvik en mer de Barents…

19 juillet 2011

Le vent dehors se renforce, la pluie martèle la toile, un grain passe sur les nomades du Grand Nord, température 8° ! Que c’est loin la Corse, la Maurienne, l’étape du tour et tous les sourires rencontrées. Le GPS donne 71° Nord, encore plus au nord de 600km du cercle polaire ! Non ce n’est pas le cap Nord, 500km à l’ouest, trop de monde, un nid à souvenir « made in Taïwan », ici c’est le bout du monde une route, qui mène à un comptoir de pêche à la morue et au flétan. Quand on s’arrête la première chose que l’on nous demande c’est pourquoi on est là ? Gamvik et ses hameaux. Devant notre bivouac la mer de Barents encerclée du majestueux océan Arctique, le vent est incessant, la végétation rase nous dévoile ses trésors.  Véro du coin de l’œil, bien emmitouflée dans sa parka m’observe, j’exulte, je vibre, une étrange sensation d’être chez moi ! Un long voyage nous a fait traverser la région  que les colons vikings ont appelé la Laponie. En vérité c’est le pays Same, dans leur langue le mot « lapon » signifie : homme en guenille !

Luléa port suédois le plus septentrional du golfe de Botnie, nous a accueillis. Une petite voiture, une tente, une carte et surtout une grosse envie d’un voyage authentique loin des clichés. Les routes sont belles, les forêts de pin et de bouleau nous font avaler des centaines de kilomètres. Bivouac en bordure de rivière, des rennes pas trop craintifs comme voisins et bien sûr des nuées de moustiques. Rien à voir avec l’Alaska mais nous nous sentons un poil donneur de sang contre notre volonté. Les lacs se succèdent par centaines et chacun d’eux nous éblouissent de leur magie. Sur le bord du grand lac d’Inari nous bivouaquons, de la viande de rennes fumées au menu, un vrai régal. La route est encore longue, Mourmansk à droite, Mehamn tout droit…

Nous y voilà, la mer de Barents, la péninsule de Gamvik, nous avons le souffle coupé, si je vous dis que c’est beau je vais vous paraître un poil « rabâcheur », pourtant c’est beau. Nous trouvons un beau spot pour monter le camp et malgré un fort vent de nord-est tout est en place… Le réchaud chauffe la soupe et de sous nos duvets nous pouvons observer la mer arctique se déchainer…

Une petite sélection de quelques clichés.

Rencontre trés fréquente sur ses routes très isolées.

Rencontre très fréquente sur ses routes très isolées.

Le lac Inari, certaines de ses îles sont encore sanctuaires pour les chamans samis.     Le lac Inari, certaines de ses îles sont encore sanctuaires pour les chamans samis.

Le lac Inari, certaines de ses îles sont encore sanctuaires pour les chamans samis.

Pirogues sur les bords du fleuve Tana.

Pirogues sur les bords du fleuve Tana.

Maison traditionnelle dans la toundra proche de l'océan Arctique.

Maison traditionnelle dans la toundra proche de l'océan Arctique.

Vue sur la mer de Barents, un bivouac de luxe...

Vue sur la mer de Barents, un bivouac de luxe...

Le phare le plus nord de l'Europe continentale.

Le phare le plus nord de l'Europe continentale.

Huitrié pie

Huitrié pie

Un os de baleine, non Jo Zef ce n'est pas une grosse arête!

Un os de baleine, non Jo Zef ce n'est pas une grosse arête!

Plage de rêve, mais baigneur attention, eau de mer à 4°

Plage de rêve, mais baigneur attention, eau de mer

Plage de rêve, mais baigneur attention, eau de mer à 4°

Plage de rêve, mais baigneur attention, eau de mer à 4°

Amour et liberté

25 mai 2011
Amour et liberté

Amour et liberté

Donne moi ta main

Je m’évertuerai à te guider

Donne moi ton amour

Je saurai te protéger

Donne moi ta joie

Je chasserai tes ténèbres

Donne moi ta douceur

Je serai ton servant

Laisse moi ma liberté

Je saurai toujours revenir…

Extrait de mes cahiers: Mots de maux entre vous émoi

Erhard Loretan, la derniére cordée…

2 mai 2011
Regard des cimes...

Regard des cimes...

3 jours de bivouac, 3 jours cachés au milieu de la forêt, 3 jours où l’insignifiant se révèle incroyablement beau et bon, si loin du monde des fourmis … Retour dans la fourmilière, réseau, message, connexion, information il parait qu’il faut 13 clochettes pour le bonheur ? C’est bon j’ai compris je suis de retour chez mes frères les hommes… On choisit ses amis, mais pas sa famille, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, celle-là !

Une nouvelle me fauche, m’électrocute Erhard Loretan a dévissé en montagne, son corps a été retrouvé sans vie, le jour de ses 52 ans…

Pendant le festival des Diablerets  il était membre du jury, Dume, Marianne et moi devions donner notre avis sur des films d’aventures…

Pendant cette semaine je découvrais le personnage, un nomade des cimes. Il refusait de dormir dans une maison et avait aménagé un utilitaire comme bivouac mobile, son lit se trouvait au milieu de baudriers, crampons, piolets et bric à brac nécessaires pour approcher un peu plus que n’importe qui les étoiles. Petit bonhomme noueux, pas un gramme de graisse, un regard franc et une poignée de main qui ne trahit pas le personnage. On ne pouvait pas attendre de lui qu’il vous raconte son parcours, il n’était pas facile de lui tirer les vers du nez, Marianne Chapuisat, le connaissait très, très bien. L’artiste faisait partie du club très restreint des hommes qui avaient atteints les 14 sommets au delà des 8000 mts !!! Il était le troisième alpiniste à avoir enchainé l’impensable, l’impossible…

Respect, respect…

Guide de haute montagne il était l’un des meilleurs grimpeurs au monde. Sa technique était basique et directe ; camp de base jusqu’au  sommet non stop !!! Des courses incroyablement longues, mais qui avaient l’avantage d’être très rapides et à cette altitude le beau temps est éphémère. Un sac à dos light, avec un peu d’eau chaude, des barres de céréales et une volonté d’acier pour des 50 heures de balade aux milieux des Dieux des montagnes… De ses yeux jaillissait la beauté des cimes. Un poil sauvage, je me marrais quand c’était à son tour de parler aux journalistes, on aurait dit un p’tit garçon que l’on forçait d’aller à l’école. Quand  c’était le tour de Dumé comme un chenapan il passait juste derrière en disant avec son fort accent Suisse : « C’est de la propagande pour le handicap !!! » Quel bonhomme, quelle âme. Bien-sûr on s’était juré de faire un truc ensemble, il nous avait proposé le Mont Blanc pour commencer, mais chacun devait partir vers sa propre « légende ».

Entre deux expéditions il guidait ses clients en mal de sommet, et jeudi dernier avec une jeune femme sur une arête pas forcément plus technique qu’une autre, mais la montagne facile n’existe pas, ils dévissaient tous les deux. Les secours ne purent envoyer l’hélico pour cause de brouillard, une patrouille partit à ski, mais découvrait trop tard le corps du célèbre alpiniste sans vie, sa cliente elle, est dans un état grave…

C’était le jour de ses 52 ans, lui aussi détestait toutes ces mascarades de fêtes bidons, il était libre comme l’aigle des montagnes et il est allé rejoindre son petit bébé, qui lui était mort dans ses bras quelques années auparavant…

Salut Erhard, une bougie brûle pour toi, veille sur nous. Bientôt promis, on ira grimper un nuage ensemble…

Gengis Khan et le faucon…

13 avril 2011

l'indienne et le faucon

Comme je suis un adulte qui ne veut pas rejoindre le monde des adultes je suis absorbé par les légendes lointaines, l’imaginaire y a encore toute sa place et du coup tout est plus beau…

Un matin, le guerrier mongol Gengis Khan et sa cour partirent à la chasse. Tandis que ses compagnons emportaient arcs et flèches, Gengis Khan portait sur le bras son faucon favori, qui était meilleur et plus précis que n’importe quelle flèche, parce qu’il pouvait s’élever dans les cieux et voir ce que l’être humain ne voit pas.
Cependant, malgré tout leur enthousiasme, ils ne trouvèrent rien. Déçu, Gengis Khan regagna son campement, mais pour ne pas se décharger de sa frustration sur ses compagnons, il se sépara du cortège et décida de cheminer seul.
Ils étaient restés dans la forêt plus longtemps que prévu, et Khan mourait de fatigue et de soif. A cause de la chaleur de l’été, les ruisseaux étaient à sec, il ne trouvait rien à boire, et puis, miracle ! Il vit devant lui un filet d’eau qui descendait d’un rocher.
Immédiatement, il détacha le faucon de son bras, prit la petite coupe en argent qu’il portait toujours avec lui, mit un long moment à la remplir, et, alors qu’il était sur le point de la porter à ses lèvres, le faucon prit son vol et lui arracha la coupe des mains, la jetant au loin.

Gengis Khan était furieux, mais c’était son animal favori, peut-être avait-il soif lui aussi. Il saisit la coupe, nettoya la poussière et la remplit de nouveau. Le verre à demi-plein, le faucon l’attaqua à nouveau, renversant le liquide.
Gengis Khan adorait son animal, mais il savait qu’il ne pouvait tolérer en aucune circonstance qu’on lui manquât de respect; quelqu’un pouvait assister de loin à la scène, et plus tard raconter à ses guerriers que le grand conquérant était incapable de dompter ne serait-ce qu’un oiseau.
Cette fois, il tira son épée de sa ceinture, s’empara de la coupe, recommença à la remplir, gardant un oeil sur la coupe et l’autre sur le faucon. Dès qu’il vit qu’il y avait assez d’eau, il se prépara à boire, alors le faucon prit de nouveau son vol et se dirigea vers lui. Khan, d’un coup précis, lui transperça le coeur.
Mais le filet d’eau avait séché. Décidé à boire d’une manière ou d’une autre, il grimpa sur le rocher pour trouver la source. A sa surprise, il y avait vraiment une nappe d’eau et, au milieu, mort, l’un des serpents les plus venimeux de la région. S’il avait bu l’eau, il aurait quitté le monde des vivants.
Khan revint au campement avec le faucon mort dans les bras. Il fit fabriquer une reproduction en or de l’oiseau, et il grava sur une aile :
 » Même quand un ami fait quelque chose qui ne plait pas, il reste un ami.  »
Sur l’autre aile, il fit écrire :
« Toute action motivée par la fureur est une action vouée à l’échec. »

Légende du chaman de la tribu des « Pieds perdus »…

21 février 2011

Il était une fois un chaman solitaire de la tribu des « pieds perdus » qui vivait seul dans le Grand Nord de la forêt boréale.

Son abri était une cabane minuscule, il l’avait érigée en plein milieu d’une île située sur un grand fleuve boueux. Nul ne connaissait son passé et le mystère planait sur son parcours. Il vivait très isolé et avait appris au fil des hivers rigoureux à communiquer avec la nature. Le soir au son profond du tambour il chantait des cantiques dans une langue inconnue, les animaux connaissaient les refrains, il était devenu l’un d’eux. Un « qayaq » d’écorce de bouleau était toujours paré pour un départ soudain. Comme l’oie bernache il  pouvait partir en un battement d’aile. Sa vie de chaman, il la devait certainement à un passé lourd d’histoireses teinté de noir et de rouge !

Tous les 6éme jours de la lune montante un « qayaq » blanc venait se poser sur la berge, une squaw venait lui rendre visite. Il l’avait nommée «  Plume d’argent », elle venait l’apprivoiser, lui causer de la vie de village et lui prodiguer des soins sur ses plaies de vieux combats violents. Elle ne l’avait jamais questionné, son sourire l’apaisait et muni d’herbes médicinales elle tentait de lui refermer ses blessures.

Devant le feu, le soir de temps à autre, il lui parlait des batailles qu’il avait faites, des gens qu’il avait dû tuer de ses mains et de cet enfant qui vivait loin là-bas après la rivière salée et qu’il ne connaissait pas. Lui chaman, elle squaw, pourtant quelque chose de très fort les unissait. Les blancs appelaient ça l’amour, eux l’appelaient la « grâce de vivre »…

Pendant ses longs jours de solitude il s’entrainait encore comme s’il allait repartir au combat, mais il était devenu un guerrier de la lumière. Courir dans la forêt tapissée de  neige fraîche, remonter le fleuve à contre courant, manier l’arc et la trappe. Combien de fois devant la biche innocente il baissait sa garde pour la laisser repartir, en ce jour de grâce il se contentait de pissenlits et de baies. Un grizzli venait régulièrement le défier, sans arme à mains nues ils se livraient à des joutes périlleuses. L’ours brun savait que cet homme était différent, qu’il ne voulait absolument pas empiéter sur son territoire.

De temps à autres des trappeurs débarquaient sur son île,  amenant des offrandes, ils lui proposaient de prendre la tête d’équipe pour aller trapper; le commerce de la fourrure. Rien ne le déstabilisait de son choix de vie, l’homme blanc a les yeux aux reflets d’or et lui est libre comme l’aigle royale. Les contrats sont dépliés, mais jamais il n’apposait sa signature, il vit de rien, mais ce vide lui permet de se remplir de tout ce que la nature lui transmet. Pas besoin de fourrure superflue, de cabane chauffée, de squaw servante. Quand il a besoin, il se sert et ne gaspille jamais, il connait trop le prix de la vie. Quand il tue, un saumon, il lui demande pardon et rejette au fleuve toutes les parties non consommées, il sait que seulement comme ça son âme ne se perdra pas. Quand il cueille une fleur, il lui cause avant, lui demandant de le soigner… L’homme blanc ne peut pas le comprendre et repartira dépité de si peu d’intérêt pour le métal jaune.

Une fois par an au moment où le peuplier met sa robe de sang, il réuni sur son île un groupe d’hommes et de femmes de la tribu des  «pieds perdus». Pendant cette période il leur enseigne le combat pacifique, le maniement de l’arc et de la lance. Comme cadeau d’adieu il leur transmet le savoir de l’allumage du feu. Le frottement du bâton sur le tronc sec qui enflammera les brindilles et l’écorce de bouleau. Ce feu réparateur, qui réchauffe le nomade, qui éclaire l’égaré. Sans aucune explication après cet enseignement ils repartiront chez eux, certains garderont égoïstement le secret du feu pour eux, mais d’autres à leur tour, transmettront les enseignements du chaman.

L’hiver est proche, il reprend sa solitude et ses chants au son du tambour, le grand corbeau et le vieux castor créateur de l’univers à leurs tours lui enseigneront les sagesses divines…

Quand le tronc planté sur la rivière figée tombera cela signifiera le moment du dégel et il reprendra sa route en « qayak » à la découverte d’autres horizons, d’autres peuples, d’autres légendes… Son nom de chaman : « Ayeltgnu » chanceux en langue athapascanne…

Toutes ressemblances avec un personnage ou un événement ayant existé serait absolument fortuites…

L’enfant et le dragon…

12 avril 2010

baby-dragon

De plus en plus je reçois du courrier et j’en suis ravi, aujourd’hui cette lettre magnifique m’est parvenue, souvent on me donne le surnom de donneur d’énergie mais encore cette fois c’est vous qui m’en donnez. Merci pour cette belle histoire qui vous fera certainement penser à quelqu’un.

Écrit par Claude Falgueyret ancien patron du sémaphore de Pertusato qui surveille les Bouches de Bonifacio et qui plus d’une fois a suivi en direct les « épopées d’un certain Cabochard » mélange subtil de sauveteur kamikaze et justicier non pas dans la ville mais dans le détroit prêt à faire péter le 12mm pour échapper des griffes des braconniers vindicatifs! ( Promis Jo Zef un jour j’en raconterais quelques unes avec tout les détails, y a prescription? Non! Alors chut la mascotte 22 v’la les gendarmes!!!)

L’enfant et le dragon de Claude Falgueyret

C’est l’histoire d’un petit garçon qui aimait faire des bulles et des châteaux de sable.

Il passait son temps à faire des bulles sous l’eau, c’est son papa qui lui avait appris.

Sa maman n’était pas contre mais elle trouvait ça puéril . Jusqu’au jour où le garçon, qui avait grandi, apprit à sa maman comment on faisait .

Maintenant, ils feraient des bulles tous ensemble, en famille.

Comme c’étaient de bon parents, ils ne voulaient plus que leur enfant voie ses châteaux de sable détruits par le vent et par les vagues. Il lui apprirent alors à construire des châteaux de sable en dur avec du ciment.

Mais le garçon avait trop vite grandi. Les bulles l’amusaient encore mais les châteaux de sable, même en dur, ne l’amusaient plus. Il voulait maintenant combattre les dragons.

Un jour il apprit qu’il y avait un nid de dragons à sa portée. Il partit sans réfléchir pour voir, il les vit. Il les regarda s’envoler dans les airs en hurlant et en crachant le feu, revenir du ciel lointain en criant encore plus fort et en écrasant leur nez sur le sol.

Il vit la gueule béante des grands dragons croisés au dos cassé pour ratisser bien bas tout ce qui traînait par terre.

Il vit des plus petits, des jeunes aux membres légers et graciles comme des drapeaux mais tout aussi dangereux. Il vit aussi des vieux pépères dragons qui avançaient doucement, tellement lentement qu’il se demandait toujours s’il allaient finir par rejoindre le nid. Les vieux dragons ne crachaient plus le feu depuis longtemps mais claquaient furieusement des dents pour attraper tous ce qui pouvait passer à leur portée.

A force de côtoyer de très prés ces sauriens méchants, un jour l’un d’eux l’attrapa.

Le garçon réussi à s’échapper de ses serres mais il se fit croquer. Un morceau de lui resta entre les griffes du monstre fumant et le garçon rentra chez lui avec un bout en moins.

Parti garçon, il rentrait demi-homme. Il ne serait jamais, pensait il, un homme complet!

Là bas, un dragon avait mâchouillé une part de lui qui lui faisait défaut.

Alors demi-homme, il partit là bas, tout seul, revoir où le dragon avait bien pût recracher le morceau qui lui avait soustrait. Il alla en Orient, il traversa des mers et des océans mais il ne trouva pas le morceau que le dragon lui avait arraché. Il grimpa alors sur les plus hautes montagnes pour voir si de là haut il pouvait l’apercevoir .

Il ne le vit pas.

Mais il subit tant d’épreuve pour traverser les mers et les océans, souffrit tant à grimper les montagnes sans le morceau qui lui manquait et rencontra tant d’amour qu’il sût prendre et qu’il apprît à donner, que le jour où il rentra chez lui, le demi-homme était devenu un homme et demi.

Jo Zef range le flingue tu vas te blesser et puis y a pas de Dragon en Corse!!!

A pluche