En terre de Lourantze

4 septembre 2011
Un coin si calme et reposant...

Un coin si calme et reposant...

Ce matin vers 6h le ferry emprunte le rail du détroit de Bonifacio, les îles Lavezzi se devinent dans une brume typique annonciatrice d’ un coup de libeccu . Le navire est bondé, comme une huitre en plein soleil je me referme, le silence m’a apaisé jusqu’à présent, le brouhaha de la foule en goguette ne m’aura pas!

Mon Cabochard a fier allure là bas au mouillage, des copains me rassurent sur sa santé, RAS. Une caresse pour lui dire bonjour, un peu terreux, je retrouve mon confident. J’ouvre les cales, aère les soutes, vérifie si tout est en ordre. Un coup de clé et le gros diesel se met en route, rien n’a bougé d’un millimètre, je vais tout lui dire, tout lui raconter… Des seaux d’eau de mer tiédasses lui retirent la terre rouge d’Afrique qu’il a accumulée depuis mon départ. A genou je récure, je redonne aux laques leurs éclats si sémillants. La chaleur est étouffante, ce soir l’orage risque d’être violent, tant mieux. Tout y passe et pas une seule goutte d’eau douce ne lui est apportée, la violence de la pluie de ce soir finira le boulot. Des gros nuages noirs arrivent du Sud-Ouest, la montagne de Cagna s’illumine, l’orage arrive, je frétille d’impatience. Au fond du golfe un voilier de location n’est pas bien mouillé, à la première rafale de vent il s’échouera ! Le joufflu sombre s’approche, j’allume une bougie, je mets  ma frontale au niveau minimum, je veux être en toute intimité avec les éléments. Une rafale violente nous envoie un salut, je suis ravi  de ce privilège, bien paré le nuage lâche ses hallebardes. La Corse est très sèche, trop à mon gout, ces quelques gouttes ne pourront lui faire que du bien. Le déluge commence, je suis au première loge, tiens donc, le voilier est posé dans la vase, son ancre n’a pas tenu… Je décide de le laisser dans son travail d’apprentissage, où il est, son équipage ne risque rien. Je pense, je rêvasse, de ces deux mois de balades. La houle de la mer de Barents me berce, les falaises abruptes de la péninsule de Nordkinn m’en donnent encore le tournis, le lac d’Inari me laisse encore percevoir son odeur, le pin chauffé à blanc d’un sauna finlandais me titille encore les narines mais surtout des visages me réchauffent le cœur. Des personnes qui  vivent intensément, sans plastique, ni artifice. Une cabane au milieu d’une forêt et des étoiles au dessus les épaules par milliers. Le confort est immense, je ne parle pas de celui qui rassure faussement, le chaud l’hiver, le froid l’été. Non de celui qui est puissant, de la richesse de n’être qu’un simple atome de vie au milieu du néant. De savoir apprécier le fleuve ou le lac pour aller se laver, le plaisir de s’enfouir dans son duvet car dehors le froid commence déjà à piquer le bout du nez. La simplicité de se retrouver autour d’un feu en écoutant les brindilles claquer, tout en cherchant les comètes fausse prometteuses de vœux adressés. Partager une manière de faire un pâton, une cuisson différente d’un lieu à un autre qui donnera au pain son caractère atypique… Ses dernières semaines nous étions cachés dans une forêt valaisanne suisse, la paix était le refrain de l’aubade des cascades qui nous entouraient. Quasiment au bord du lac, Marlène et Gilles tiennent un refuge. Coin somptueux où ils accueillent les randonneurs, ils nous ont offert un bout de leur vie. Notre tente n’était qu’a quelques minutes de marche et de temps à autre nous leur rendions visite. D’une rencontre, cela est devenu un échange, une fraternité éphémère, comme si l’on se connaissait depuis longtemps… Des veillées autour d’un brasero et des silences qui nous ont unis. Le refuge de la Lourantze ce soir est venu me rendre visite. Des ruisseaux y prennent naissance et se jette dans le lac de Tseusier qui lui-même continue sa route dans le Rhône qui n’est qu’un serpent boueux sans trop d’énergie. Cette rivière devient fleuve pour rejoindre la Méditerranée où mon petit bateau est au mouillage…

Si un jour, vous désirez vous poser pour un moment dans une forêt alpine paisible, allez retrouver les beaux patrons de mon pote le labrador Taïko. Marlène et Gilles ne vous laisseront surement pas insensible et je suis sûr que sous les deux tipis qu’ils gardent vous en retournerez tout heureux d’avoir entrevu les légendes de l’alpage du Rawil…

Site du gite de la Lourantze

Voyage au centre de la terre…

31 août 2011
Ne pas douter, patienter et trouver la voie... Un pas aprés l'autre...

Ne pas douter, patienter et trouver la voie... Un pas aprés l'autre...

Un inukshuk comme gardien du gouffre...

Un inukshuk comme gardien du gouffre

Le soleil grignote doucement les pans ombragés de la montagne, le feu encore endormi, reprend du service doucement. Les cascades avoisinantes murmurent de belles aubades alpines. Emmitouflé de fumée acre, j’écoute ce silence absolu. Je ne sais plus depuis combien de temps je suis ici, un jour une semaine, un an, depuis toujours ? La solitude est conseillère et guide de bien de réflexions sur nous les hommes. Pourquoi sommes-nous là, pourquoi avons-nous eu le droit de venir au monde ?…

Caché au fond d’un ancien cirque érodé par un  glacier depuis peu disparu, le camp est établi. Pas de connexion, juste un quotidien simple et silencieux. La coupe du bois et la récolte de quelques baies sont les priorités. Le torrent n’est pas très loin, quelques aller- retour pour l’eau de la soupe et la confection du pain… Le lieu transpire de légendes, des gouffres me donnent l’envie d’y jouer l’un des personnages de Jules Verne. Le vertige ne doit pas s’inviter aux marches d’approches des cavernes. La frontale devient mon étoile et non sans crainte je me faufile dans les entrailles de la terre. Les gouttes qui ruissellent brisent ce silence, je sais quelle se dirigeront vers le soleil en quête de liberté.

Je coupe ma lumière artificielle, même plus l’entrée du gouffre n’est perceptible. Comme dans le ventre d’un géant je tente de déceler le souffle du dragon. Rien, absolument rien. Ne serait-ce pas l’homme qui aurait crée ce monstre terrifiant vivant uniquement dans son imaginaire, ne serait-ce pas l’homme, peur de trop de bonheur, qui aurait enfanté le dragon mangeur de chevalier en recherche du graal ? Ne serait-ce pas lui encore, redoutant la mort et la souffrance, qui aurait placé des gnomes démoniaques dans les forêts du monde ? Il est temps de retrouver le soleil, chaque pas est une aventure, les galets sont glissants à souhait, quelques barres de glaces tentent le croche pied, mais ma jambe de bois n’est pas d’humeur au sport de glisse. Soudain au loin j’aperçois la lumière. Mes yeux se sont habitué à l’obscurité, tel le chat je me faufile au milieu des blocs, je respire à plein poumon, je suis vivant, je suis un homme libre. Le soleil m’enveloppe la main, mes paupières se plissent, je n’avais pas remarqué à quel point le ciel était d’azur. Assis sur les bords de la falaise qui surplombe le camp je me laisse envahir par la chaleur de midi. L’homme revient m’habiter, je décide de laisser un gardien à ce sanctuaire. Avec quelques pierres je construis un chasseur de mauvais esprits. Tradition Inuit je reproduis le fruit de l’esprit en quête de protection divine…

Demain je reprendrai le chemin de mon île, je retrouverai mon p’tit bateau amarré au fond d’un golfe. Le gros de la foule sera parti, du moins je l’espère et je pourrai encore et encore laisser vagabonder mon âme d’enfant.

Humour alpin :

Se laver dans un torrent entouré de « baies noires »

Bivouac en Valais

20 août 2011

Altitude 1987mts, forêt paisible; être humain au alentour insignifiant, nomade en bivouac, chut c’est un secret…

Les alpages c'est "vachement" bien!

Les alpages, c'est "vachement" bien!

En cherchant un peu, vous pouvez apercevoir une squaw et une mascotte!

En cherchant un peu, vous pouvez apercevoir une squaw et une mascotte!

Présent des montagnes, elle nous a raconté plein de belles histoires...

Présent des montagnes, elle nous a raconté plein de belles histoires...

Une légende dans la vallée parle d'un lac souterrain, je tente une recherche de gouffre en gouffre...

Une légende dans la vallée parle d'un lac souterrain, je tente une recherche de gouffre en gouffre...

En pleine paroi, insouciante du danger elles daignent regarder en bas la fourmilliére des hommes qui courent derierre le temps qui passe...

En pleine paroi, insouciantes du danger elles daignent regarder en bas la fourmilière des hommes qui tentent désespérément d'arrêter le temps qui passe...

Foudroyé, il a su vivre en changeant de cap, symbole des vies abimés, continuer sans regretter le temps passé...

Foudroyé, il a su vivre en changeant de cap, symbole des vies abimées, continuer sans regretter le temps passé...

Cloture du FIFAD 2011…

14 août 2011

Le 42éme Festival des Diablerets vient de se finir, un succès fantastique avec 10 000 visiteurs, des films présentés d’une qualité exceptionnelle. Accompagné de mes 4 collègues du jury nos votes ont été très difficiles. Plusieurs catégories en lice : Montagne, environnement, exploit et aventure, culture du monde, sports extrêmes. 25 films passés au peigne fin, beaucoup d’émotion, beaucoup de découverte de personnages très attachants…

Pour la catégorie, montagne, un film bulgare m’a énormément touché : To step on the Mt Blanc.

Le 1 aout 1990 Yvan Kojouharov est touché par une chute de pierres dans la face Ouest du Petit Dru, il est tétraplégique. En 2009 avec une équipe de 25 alpinistes chevronnés il se fait hisser en haut du toit de l’Europe. Un film très émouvant, avec des images fortes et des témoignages qui bouleversent. Un moment fort de solidarité où tous ses copains s’unissent pour le porter prés des anges qui lui ont enlevé sa mobilité. Un vote à l’unanimité du jury et un standing ovation du nombreux public venu lui rendre hommage…

Merci à Alex de m’avoir permis d’être là pour la quatrième fois, à Jean-Philippe pour son professionnalisme et à tous les bénévoles.

Le film « L’Aventure à cloche pied » présenté hors compétition à reçu un bon accueil du public ce qui est de bon augure pour ses prochaines diffusions.

Hommage du festival à Erhard Loretan

Hommage du festival à Erhard Loretan

Débat aprés la diffusion du film :L'aventure à cloche pied. Roger ancien stagiaire avait fait le déplacement

Débat aprés la diffusion du film :L'aventure à cloche pied. Roger ancien stagiaire avait fait le déplacement

Yvan entre Marianne et un "Cabochard"

Yvan entre Marianne et un "Cabochard"

Véro bien encadrée, le sourire, couleur du festival...

Véro bien encadrée, le sourire, couleur du festival...

Marianne présidente du jury et Jean-Phillippe Rapp directeur du festival. Une belle histoire de profonde amitié.

Marianne Chapuisat présidente du jury et Jean-Phillippe Rapp directeur du festival. Une belle histoire de profonde amitié.

Le village des Diablerets dominé par un paysage grandiose.

Le village des Diablerets dominé par un paysage grandiose.

42éme édition: Festival du film des Diablerets.

6 août 2011

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FIFAD 42éme édition.

La mer de Barents et le golfe de Botnie sont déjà derrières, nous voilà dans les Alpes vaudoises au magnifique village des Diablerets. Pour la quatrième fois je suis invité comme membre du jury.

Le festival du film d’exploit et d’environnement débutera samedi soir 6 aout avec la nuit free ride. Dimanche 7 aout sera consacrée à Erhard Loretan, alpiniste disparu cet hiver, j’avais apprécié le personnage plein d’humour et de détermination, détenteur des 14 sommets à +de 8000mts ; il avait inventé le style direct ! Pas de camp intermédiaire pour le sommet, ascension d’une traite !

La semaine, comme chaque année, proposera des films d’exceptions et le thème sera : Les montagnes chinoises.

Jeudi 11 aout à 15h en exclusivité le film « La vie à cloche pied » réalisé par Isabelle Bres, Olivier Philippe et Fréderic Jouve, sera présenté. Dans ce documentaire de 19’ vous retrouverez mon expédition sur le fleuve Yukon, la croisière en Antarctique avec le témoignage de stagiaires de Bout de vie, du vélo et du kayak de mer avec Dumé,  témoignage de Véro et un survol de ma vie de nomade à cloche pied. Un débat avec le public sera animé par Jean-Philippe Rapp grand homme de communication.

Pour connaître tout le programme de la semaine cliquez ici.

FIFAD 42 éme édition

Un air de Yukon en Corse…

2 juin 2011

Bivouac au air du Yukon, bien caché quelque part...

Bivouac au air du Yukon, bien caché quelque part...

Une année déjà ! Le Grand Nord me tendait les bras pour une belle leçon de vie. Je me doutais que cela serait une sacrée aventure, mais je ne pensais pas à quel point cela modifierait ma manière d’évoluer.

Sur le grand fleuve, seul face à moi-même, pas de place au superflu, observer, pagayer et rêver. Le but étant de ne pas être mangé, ni dépecé, tout un programme ! Entre deux prières, manières Cabochard, je partais dans des rêveries « corsées » : Un coin planqué sur mon île, un bivouac paumé, un mini monastère où j’irai régulièrement me ressourcer. Mais la Corse, ce n’est pas l’état du Yukon, il y a du monde et partout…

Depuis mon retour début septembre, j’en ai arpenté du maquis, mais chaque fois il manquait un élément au cahier des charges. Cet hiver alors qu’avec ma Vrai nous nous restaurions sur le bord d’un torrent très isolé, une folle envie de le traverser me pris. Véro, bien décidée à rester sèche, souriait à ma traversée du cours d’eau à la température polaire. Trempé comme un castor, je découvrais un coin planqué, mais je me voyais mal, à chaque envie de paix, jouer au sous-marin pour aller rejoindre ce camp perdu. Puis en fouillant au milieu des chênes lièges et verts je trouvais un restant de piste ! Ma curiosité toujours affutée devait me transformer en lecteur de parchemin qui mènerait au fameux trésor des templiers…Euréka!  Une piste en terre agricole, qui mène à nulle part, puis une sente… Muni de mon pinatu (serpe) je partais à la recherche d’un passage, sueur et sang furent mes alliés pour débusquer les ronces qui barraient la voie de mon rêve. Quatre jours de bataille pour enfin arriver à un refuge de corsaire. Une fois de plus, j’ouvrais la porte d’un de mes rêves. J’organisais une plateforme qui recevra ma tente, mes restes de maçon se sont réanimés et avec entêtement et plaisir j’ai monté une enceinte en pierre sèche. Quand le vent soufflera en tempête, il sera obligé de nous effleurer sans nous mordre. Au fil des jours avec du bois de récupération j’ai fabriqué une belle table et ses bancs…

Depuis quelques semaines quand je ne pédale pas, je m’échappe dans mon sanctuaire, tout y est paix et sérénité. Ici pour commencer aucun réseau, pas d’appel avec les éternels : « T’es où ? Qu’est ce que tu fais ? » Pas de wifi, pas de prédateur. Les plantigrades sont remplacés par des ongulés, les loups par des renards craintifs et si les grizzlis ne rôdent pas, la vigilance est de mise au cas où un randonneur vraiment égaré rejoindrait cette tanière.

Je retrouve le contact direct avec la nature, l’inspiration de voyage me revient, partir pour mieux revenir ! Paradoxe des hommes et de ses incompréhensions. Une mésange à tête noire vient régulièrement me rendre visite, je suis toute ouïe, rien que pour elle. Au mois d’octobre le livre sera chez votre libraire, c’est fait, le contrat est signé. De mon camp j’y ai rédigé quelques mots à maux et si en ouvrant au hasard des pages, un mélange de fragrances, d’épicéas du Grand Nord et de bruyère blanche embaume votre espace, c’est que vous aussi, vous êtes assis à ma table perdue quelque part aux pays des géants pétrifiés en bloc de granit…

Seul le silence dit la vérité… (Vous voyez comme ça m’inspire !)

Erhard Loretan, la derniére cordée…

2 mai 2011
Regard des cimes...

Regard des cimes...

3 jours de bivouac, 3 jours cachés au milieu de la forêt, 3 jours où l’insignifiant se révèle incroyablement beau et bon, si loin du monde des fourmis … Retour dans la fourmilière, réseau, message, connexion, information il parait qu’il faut 13 clochettes pour le bonheur ? C’est bon j’ai compris je suis de retour chez mes frères les hommes… On choisit ses amis, mais pas sa famille, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, celle-là !

Une nouvelle me fauche, m’électrocute Erhard Loretan a dévissé en montagne, son corps a été retrouvé sans vie, le jour de ses 52 ans…

Pendant le festival des Diablerets  il était membre du jury, Dume, Marianne et moi devions donner notre avis sur des films d’aventures…

Pendant cette semaine je découvrais le personnage, un nomade des cimes. Il refusait de dormir dans une maison et avait aménagé un utilitaire comme bivouac mobile, son lit se trouvait au milieu de baudriers, crampons, piolets et bric à brac nécessaires pour approcher un peu plus que n’importe qui les étoiles. Petit bonhomme noueux, pas un gramme de graisse, un regard franc et une poignée de main qui ne trahit pas le personnage. On ne pouvait pas attendre de lui qu’il vous raconte son parcours, il n’était pas facile de lui tirer les vers du nez, Marianne Chapuisat, le connaissait très, très bien. L’artiste faisait partie du club très restreint des hommes qui avaient atteints les 14 sommets au delà des 8000 mts !!! Il était le troisième alpiniste à avoir enchainé l’impensable, l’impossible…

Respect, respect…

Guide de haute montagne il était l’un des meilleurs grimpeurs au monde. Sa technique était basique et directe ; camp de base jusqu’au  sommet non stop !!! Des courses incroyablement longues, mais qui avaient l’avantage d’être très rapides et à cette altitude le beau temps est éphémère. Un sac à dos light, avec un peu d’eau chaude, des barres de céréales et une volonté d’acier pour des 50 heures de balade aux milieux des Dieux des montagnes… De ses yeux jaillissait la beauté des cimes. Un poil sauvage, je me marrais quand c’était à son tour de parler aux journalistes, on aurait dit un p’tit garçon que l’on forçait d’aller à l’école. Quand  c’était le tour de Dumé comme un chenapan il passait juste derrière en disant avec son fort accent Suisse : « C’est de la propagande pour le handicap !!! » Quel bonhomme, quelle âme. Bien-sûr on s’était juré de faire un truc ensemble, il nous avait proposé le Mont Blanc pour commencer, mais chacun devait partir vers sa propre « légende ».

Entre deux expéditions il guidait ses clients en mal de sommet, et jeudi dernier avec une jeune femme sur une arête pas forcément plus technique qu’une autre, mais la montagne facile n’existe pas, ils dévissaient tous les deux. Les secours ne purent envoyer l’hélico pour cause de brouillard, une patrouille partit à ski, mais découvrait trop tard le corps du célèbre alpiniste sans vie, sa cliente elle, est dans un état grave…

C’était le jour de ses 52 ans, lui aussi détestait toutes ces mascarades de fêtes bidons, il était libre comme l’aigle des montagnes et il est allé rejoindre son petit bébé, qui lui était mort dans ses bras quelques années auparavant…

Salut Erhard, une bougie brûle pour toi, veille sur nous. Bientôt promis, on ira grimper un nuage ensemble…

Jusqu’au sommet de Cagna…

24 janvier 2011

Le massif de Cagna vu du Cabochard

Le massif de Cagna vu du Cabochard

Entre ciel et mer...

Entre ciel et mer...

Une larme d'Apoutiaq encore figée...

Une larme d'Apoutiaq encore figée...

Si vous fouillez un peu la photo vous un Cabochard au mouillage apparaitra...

Si vous fouillez un peu la photo un Cabochard au mouillage apparaitra...

Pas de héros, ni d'aventurier, ici les géants ne sont que des ombres...

Pas de héros, ni d'aventurier, ici les géants ne sont que des ombres...

Hier est déjà loin, mais je le qualifierais de ballade à quatre mains. Le refrain, la nature, le thème, vivre, les paroles nous venaient du ciel et nous ne faisions que les lire !

Le bateau est couvert de glace, la nuit fût feutrée. Ma « Vrai » s’en va pour la semaine et devant mes yeux la montagne saupoudrée me fait de l’œil.

Je n’aurai plus la  « petite » en rouge à surveiller, c’est décidé je tente le sommet.

Ce n’est plus une ballade musicale, mais une balade hivernale. Le refrain est le même, ce n’est plus en duo mais en solo. La route en terre grimpe et la neige en tapisse les ornières. Je suis à 9000 mètres à vol de corbeau du Cabochard, altitude de départ 870 mts température -1°. Je suis bien équipé et je reprends les traces d’hier, en 1H10 je rejoins la ruine que nous avions atteinte en 3 heures. Détrompez-vous je ne fais pas une course contre le temps, mais je suis tellement bien que je crois voler. Fini les traces, il faut que je détecte la voie, la poudreuse est abondante et il n’est pas rare que je m’enlise à mi-cuisse. Je souffle, le froid est vif, par moment je décroche, je découvre avec stupeur que cette expérience du Yukon en solo m’a affermi, m’a endurci, m’a révélé. Je ne trouve pas les mots, mais là au milieu de rien j’ai l’impression de rentrer dans mon chez moi. Je comprends doucement que les limites que l’on m’avait défini ont été abattues là-bas au pays des grizzlis. Je stoppe ma course, la forêt me parle. Je cherche le bouleau, je trouve le pin Lariccu, je détecte la trace, ce n’est pas celle du loup mais du renard en quête de pitance. Je fouille du regard  si les troncs sont griffés mais je ne trouve rien. Suis-je bête je suis chez moi en Corse. Je reprends ma marche forcée le sommet n’est plus loin.

Je m’enfonce de plus en plus, les raquettes ne me supportent plus. Je sais que c’est un déport de neige dû au vent qui a accumulé cette poudreuse démente. Je nage en montagne ! 45 mètres de bataille pour reprendre pied, ne voyez pas un jeu de mot lugubre sur ma patte en moins !

Les blocs de granit se sont écharpés de blanc, seraient-ils frileux qu’ils se soient emmitouflés ?

L’Everest de l’extrême sud est gravi, un solo hivernal !!! Mollo la mascotte, on n’est qu’à 1145mts.

Je déploie un morceau de bâche et me pose, je détaille le panorama. De l’Est à l’Ouest tout a son histoire. Au milieu une tache sombre, les îles Lavezzi. Des pages et des pages d’histoires beaucoup de beaux souvenirs mais aussi de sombres batailles. J’y ai pensé, j’y haïs, j’ai aimé mais surtout je m’y suis construit. Je ne pourrai plus comptabiliser le nombre de milliers de plongées que j’y ai pratiqué mais la plus profonde est celle qui m’a révélé que je pouvais être aussi un peu un « mec bien »…

J’englouti mes céréales couvertes de foie de morue mon met préféré et reprends ma descente. Je chante, je ris, je suis seul et pourtant plein de monde m’interpelle. La solitude dans les grands espaces me met en relation avec un monde que seuls les anges fréquentent.

Depuis ce matin une chanson revient en boucle, elle me colle à la peau depuis plusieurs jours, je la fredonne à en perdre le souffle. Chant profond Corse du groupe Voce e ventu en hommage au Lion du Panshir lâchement assassiné le 9 septembre 2001.

Protocole de sécurité oblige je dois laisser un avertissement à Véro pour lui confirmer mon retour à mon tout terrain. Pas de mot sur sa messagerie  juste un morceau de cette magnifique musique dédiée à un utopiste afghan de liberté sans armes.

L’omu di Cagna en hiver, Corse du sud…

23 janvier 2011
Pas à pas nous quittons la Corse pour le Grand Nord

Pas à pas nous quittons la Corse pour le Grand Nord

Le Nord-est sculpteur polaire

Le Nord-est sculpteur polaire

Trouvé la voie, jeu de rôle au pays du blanc...

Trouvé la voie, jeu de rôle au pays du blanc...

Pas incertains, sentier perdu, l'aventurier erre au pays d'Apoutiaq...

Pas incertains, sentier perdu, l'aventurier erre au pays d'Apoutiaq...

Rien ne sert de se plaindre, l'effort sera toujours récompensé...

Rien ne sert de se plaindre, l'effort sera toujours récompensé...

Elle, moi, nous : libre et heureux de n'être qu'un flocon de neige... Chut amoureux en partance...

Elle, moi, nous : libre et heureux de n'être qu'un flocon de neige... Chut amoureux en partance...

Ni hier encore moins demain, juste maintenant...

Ni hier encore moins demain, juste maintenant...

Refuge du Grand-Plan…

16 janvier 2011

Lucas découvreur d'étoiles de neiges...

Lucas découvreur d'étoiles de neiges...

Le refuge du Grand-Plan

Le refuge du Grand-Plan

Entre un défilé de mode une coupe de champagne et un échange de carte de visite, je fonds comme un iceberg au soleil, j’essaie de m’adapter, mais entre vous et moi je suis à la limite de la zone « Cabocharouge ». L’arrivée de Zidane, Karembeu et d’autres incontournables accentue mon envie de fuite. Je demande une p’tite journée de « remoimême » !

Des moniteurs nous sont attribués, je vous rassure je suis toujours le seul à être au rendez-vous du matin. Lucas me sert de guide et nous nous échappons de cette chasse aux paillettes.

Mon délivreur me propose du hors piste, j’ai de nouveau les yeux qui pétillent, à tout à l’heure les icônes des 5 stars, nous on va voir les millions d’étoiles de neiges.

Deux remontes pentes nous emportent à la frontière du plus grand domaine skiable du monde pour un retour à la montagne que je sais lire, celle qui demande l’effort, celle qui tue l’inconscient, celle qui récompense le front en sueur.

Un couloir que nous devons gravir pas à pas skis sur le dos pour quitter les murmures mécaniques des remontes pentes cicatrices purulentes des montagnes atteintes de « dollarisme » aigüe.

Obligé d’utiliser les mains, un piolet aurait été le bienvenu, mais les bâtons feront l’affaire.

Le souffle rythme le pas, la barre des 3000 mts est franchie et le « merrien » que je suis assume son acclimatation.

Dans l’étroit col finalement conquis, nous faisons une halte pour écouter le silence, enfin dans la paix. Sans être pressé nous dévalons les couloirs dans une neige déjà transformée, les traces laissées sont fluides comme mon esprit qui retrouve la paix intérieure.

Nous nous éloignons des autres pour nous retrouver nous-mêmes, des homo-erectus fait depuis la nuit des temps pour errer de vallée en montagne.

Vers 13h nous apercevons un refuge avec des traces fraîches, nous allons y poser nos spatules. Porte ouverte, mais vide de savoyard rebelle. Le soleil est radieux et décidons un arrêt silence.

Un aboiement un peu plus bas dans le vallon, quelqu’un approche. Un homme, un vrai, celui qui serre la poigne en regardant droit dans les yeux, qui a les mains aussi rudes et vallonnées que le paysage qui nous encercle.

Lionel nous invite à rentrer dans son antre, il décide de rallumer son poêle. Il est silencieux comme le sont les glaciers environnants, il nous propose un café. Il nous conte son bout de vie et nous l’écoutons. La montagne nous est racontée sans artifice…

Il a des Diots (saucisses), de la joue de porcs et des Crozets (sorte de pâtes au Sarrazin) sur le feu. Sans nous concerter il met trois assiettes et rompt un bon pain du crû.

Il est déjà l’heure de partir, je veux payer les repas, mais je me fais virer en me disant que ce n’est pas un Corse qui va faire la loi sur le refuge du Grand-Plan !

Un « arvi pa » (au revoir en savoyard), nous rechaussons pour une longue traversée dans la sylve alpestre qui nous ramènera dans la cohue dorée de « Courche » comme disent les visiteurs emmitouflés dans leurs ghettos d’altitude.

La soirée sera à la hauteur de mes attentes : bruyantes, fumantes alcoolisées et surtout d’un superficiel très soirée paillette. Je m’éclipserais pour rejoindre ma tanière d’ours et songer à ma petite journée lumineuse. Lionel lui sera dans son refuge à écouter son poêle à bois lui raconter comment le dahu est venu lui chiper quelques tartes aux myrtilles fumantes.

Un grand salut corsé à Lucas mon guide alpin, à Dimitri l’homme à tout faire de l’hôtel où j’ai « bivouaqué », à Lionel descripteur de flocons de neiges et à son fidèle chien d’avalanche Exon que j’ai finalement réussi à chavirer sur le dos pour un gratouillis alpin…

Merci les amis vous êtes des lumières qui guident les hommes en croisade…

Lucas en action...

Lucas en action...