Les jeunes dans le bain.

30 avril 2014

Le vent du Nord balaie les nuages et le grand beau s’installe ce qui signifie un froid polaire. Juste en face, les chasseurs qui amarrent leur baleinière sont massivement couverts ; ça c’est un premier signe ; les quartiers de phoques sont déjà congelés, le deuxième signe ! Quelqu’un aurait-il laissé le congélateur ouvert! Vers 6h 30 Ange-Paul apparait dans la cuisine, cette journée sera une date référence, Alex son binôme le rejoint dans la foulée. Les blagues sont moins au rendez-vous, je serai curieux de savoir ce qui se passe dans leur tête. Le matos est déjà prêt, il ne nous reste plus qu’à patienter que le soleil grimpe de quelques degrés, le thermomètre restera bloqué vers -13 ! Julien nous transporte jusqu’à la mise à l’eau, la marée est à son plus haut niveau mais chose incroyable le brash de glace d’hier a été poussé par le vent du Nord-est vers le large, la baie n’a plus sa carapace de glace, les icebergs seront très facilement accessibles. Alex le plus craintif prend son courage à deux mains et demande à être le premier. Une bâche de chantier en bordure de berge nous permet un équipement plus facile, mais il faut se déshabiller pour s’harnacher avec nos combinaisons étanches. Les doigts et les oreilles son vîtes douloureux sans protection, mais ce détail est mis de côté, devant nous l’immensément grand ne supporte pas les chouineurs. Niko fait les photos, Fred à terre filme, je suis chargé de la balade. Le protocole est de rigueur, j’explique encore une dernière fois les trois signes nécessaires à la communication, les tubas en bouche ne nous permettent plus de parler : Ca va, ca ne vas pas et j’ai froid ! Alex n’a jamais pratiqué l’apnée, pour lui c’est une sacrée première. Il est tendu mais nous sommes allongés sur une dalle de grés à peine immergée, le risque est au niveau 0. Le corps grâce à nos tenues, n’est pas trop soumis au froid mais le visage dés qu’il est mis dans l’eau semble être découpé à la lame de rasoir. Mon jeune élève est très impressionné, il faut y aller mollo. Sa respiration est mal cadencée, il suffoque. J’ôte mon tuba pour lui causer, le rassurer lui offrir ma quiétude. Finalement nous lâchons le bord pour nager en surface jusqu’à un beau glaçon pris au piège. Le sol est laminé par les cicatrices d’icebergs, les géants sont des sortes de sabres de samouraïs flottants. Le vert-bleu de la glace millénaire est sublime, nous caressons ensemble les flancs de l’iceberg. Mais il ne faut pas traîner, ses mains et son visage deviennent de plus en plus douloureux. Pascal est chargé de le récupérer et surtout de lui permettre rapidement de se changer, il ne sent plus ses mains qui lui font terriblement mal… Ca y est Ange-Paul me rejoint, il pratique de temps à autre l’apnée en Corse et je le sens plus détendu, mais le froid violent est une nouveauté pour lui. Nous prenons le temps de trouver le bon rythme de respiration puis main dans la main nous rejoignons le premier glaçon. Son aisance nous permet de partir là-bas au large pour l’observation d’un titan bloqué sur un fond de 15mts. Pendant la traversée nous perdons de vue le fond, les abysses nous envahissent, unis par nos mains nous réalisons que nous sommes peu de chose. La montagne de glace semble sortir d’un film du Commandant Cousteau, des grottes sont des écrins d’émeraude, nous glissons dans un rêve. Le krill en abondance par moment rend la visibilité réduite, mais le froid ordonne toujours une plongée éphémère, il faut rejoindre le bord. Sur les derniers mètres nous nous lâchons il rejoindra le groupe seul. Avec Niko nous sommes très fiers de cette opération, c’est du 100% de réussite, en douce nous nous étreignons très fraternellement. Qu’il est bon de partager… Ne croyez pas que nous allons rester dans notre « igloo » à attendre la fin du séjour, ce soir nous allons embarquer sur une baleinière pour une navigation au milieu du plus grand cimetière d’icebergs de l’hémisphère Nord. Un sourire un espoir pour la vie.

Toujours une émotion...

Toujours une émotion...

Main dans la main vers notre destin...

Main dans la main vers notre destin...

Ok tout va bien...

Ok tout va bien...

Entre ciel et glace...

Entre ciel et glace...

La lumière nous inonde.

La lumière nous inonde.

Comme dans un rêve.

Comme dans un rêve.

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Rando polaire…

28 avril 2014

Kutaa à tous, ce matin le temps se stabilise un peu, la tempête de neige a pris un peu de repos, une aubaine pour une rando de 4h jusqu’au site de Sermermiut. La température est sympa, à peine -14°, un vrai temps de fillette. La progression dans la neige fraîche demande beaucoup d’effort, mais je crois que vous avez compris, l’équipe n’a pas trop l’habitude de se plaindre. Plus que des mots des clichés rien que pour vous…

Ps: Demain Ange-Paul et Alex vont découvrir de nouvelles limites; ils vont s’immerger en ma compagnie, je sais j’ai de la chance de les avoir croisé, Niko m’accompagnera, il captera ses images de bonheur.

Un chien de traineau de la race groenlandaise.

Un chien de traineau de la race groenlandaise.

Ange-Paul sous le charme d'un chiot.

Ange-Paul sous le charme d'un chiot.

« Celui à qui la souffrance est épargnée doit se sentir appelé à soulager celle des autres. » Albert Schweitzer

« Celui à qui la souffrance est épargnée doit se sentir appelé à soulager celle des autres. » Albert Schweitzer

Le pays des icebergs.

Le pays des icebergs.

Malgré le froid polaire, l'aventure est plus fort que tout.

Malgré le froid polaire, l'aventure est plus fort que tout.

Le reflet sourire penetre Niko.

Le reflet du sourire pénètre Niko.

Un pas aprés l'autre.

Un pas après l'autre.

Un titan bloqué sur un fond de 500mts!

Un titan bloqué sur un fond de 500mts!

Ca plane pour lui...

Ca plane pour lui...

Le dauphin des glaces.

27 avril 2014

Ici les nuits ne sont qu’excuses au soleil pour se cacher derrière un iceberg afin de mieux surprendre le rêveur d’un monde meilleur, je vous le promets au pays d’apoutiaq il paraît plus que parfait. La matinée sera consacrée à remplir la cambuse car notre point de ravitaillement sera fermé pour le week-end. Les jeunes du village nous ont adopté, dans l’axe de la salle de sport nous sommes interpellés, comment refuser leur appel ! Les enfants sont d’une éducation déconcertante, ils savent jouer avec beaucoup de respect, Pascal a encore droit à sa salve d’autographe, alors que les plus audacieux explique aux nouveaux mon p’tit truc « différent ». La barrière de la langue est balayée par les sourires et les regards complices, ma prothèse intrigue, ils veulent comprendre le fonctionnement de ce bout de vie perdu. Ni une ni deux, les tabous sont mis au congélateur, je vous prie de croire qu’ici il est grand, et je dénude « Magui- bol » ! Ils veulent tous la soupeser, la sentir, les plus petits y plongent les jambes… Les rires inondent la salle, soudain, ma mémoire se décongèle et je déniche au fond du sac une pile de carte postale de l’association, tous en veulent… La journée pourrait s’arrêter là mais le grand beau temps qui inonde la bande des éclopés nous tente pour une nouvelle immersion. L’équipe de tournage de CCTV ne nous lâche plus, ils ont annulé leur vol retour pour rester avec nous, Yu Jiang la directrice de projet est très attachante et sait nous convaincre. Un drone va faire parti des images de l’après-midi, le vent a certainement rejoint d’autre latitude, il nous a confié son copain le soleil pas trop habitué à la vie polaire. La préparation du matériel semble plus simple, mais la concentration doit être à son plus haut niveau, Thierry va tenter « l’impossible » !!! Le protocole est toujours le même, avec Niko, nous nous immergeons en premier pour pousser les « glaçons » puis une fois à bonne distance de sécurité, le Dolfinu s’élance avec aujourd’hui un petit détail : « il sera habillé que d’un maillot » !!! Pour ce défi hors norme ce n’est pas de l’improvisation, depuis plus de 6 mois, tous les jours il s’est entrainé à nager en simple appareil dans des rivières hivernales corses. La tension monte d’un cran, hier au briefing de la séance de nage j’ai réexpliqué en détail les risques encourus, tout le monde va avoir sa tache en cas de « soucis », Pascal, Ange, Alex, Patricia et même notre chanteur Francis seront là pour le plan B. Accroché à un iceberg je  donne le départ, Thierry glisse dans les entrailles d’un océan à une température vertigineuse :-1,6°. Ma crainte est double, le premier est la blessure par un bout de glace tranchant, hier ma combinaison de 7 mm a été lacéré en une fraction de seconde, la seconde est la syncope brutale qui entrainerait un coulé à pic funeste. Avec Niko nous sommes sur le qui vive, rien ne doit être laissé au hasard. Thierry ondule, vibre il devient élément, les Dieux des glaces et des blizzards semblent vouloir le protéger. La distance entre chaque point de sécu est de moins de 70mts et à chaque fois qu’il vient à ma rencontre nous échangeons quelques regards pour vérifier sa lucidité, il semble parfait mais au bout de 18’, il prend la décision de sortir. Je suis bluffé d’une telle aisance, Thierry est entre les mains des copains, je dois m’en remettre à quelques elfes arctiques. Un bel immeuble de glace me tente, le long de sa peau marbrée je glisse dans les entrailles de la mer la plus dur au monde. Le sol est meurtri, il comporte les stigmates des géants de glaces qui trainent leur mort programmé. Une alcôve semble m’accueillir, tout est bleu vert, je stoppe ma respiration pour entendre les râles d’un iceberg agonisant. La journée repasse en boucle, merci mon Dieu de nous avoir offert toute ses souffrances encore aujourd’hui j’en ai compris les enseignements.

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Quand le corps devient l'océan...

Alex a rencontré des jeunes filles charmantes...

Alex a rencontré des jeunes filles charmantes...

Les gamins découvrent "magui bol"!

Les gamins découvrent "magui bol"!

Aucun tabou, tout est excuse pour découvrir l'inconnu.

Aucun tabou, tout est excuse pour découvrir l'inconnu.

Un grand merci à Solognac qui a habillé tout le team Défi Polaire.

Un grand merci à Solognac qui a habillé tout le team Défi Polaire.

Toujours aussi fascinant.

Toujours aussi fascinant.

Quand le corps devient océan...

Quand le corps devient océan...

Le froid est une sensation gerer par une multitude d'images de référence!

Le froid est une sensation gerer par une multitude d'images de référence!

Ange, Pascal et Francis aux petits soins à la sortie de Thierry.

Ange, Pascal et Francis aux petits soins à la sortie de Thierry.

Dernier consigne avant la plongée.

Derniere consigne avant la plongée.

Le premier bain!

26 avril 2014

Vous connaissez cet adage, un souvenir ne s’achète pas il se vit, aujourd’hui les pages ont été écrites à l’encre de la renaissance sur une feuille blanche de partage.                                                                                                                                                     il 6h30, il neige fort sur le port d’Ilullisat, en même temps d’un petit déjeuner copieux une ambiance transforme la belle équipe, avec Niko nous planchons sur la longue et belle journée qui s’annonce. Francis à son habitude rejoint la maison du bonheur, il sent une légère tension,  aujourd’hui ce sera le grand bain. Pascal prend son café, il trépigne, la région l’a envouté, il lui faudrait plus d’une vie pour assouvir son rêve de gosse ! Mais ces grands yeux clairs sont portés sur le duo des jeunes que l’existence n’a pas épargné. Un sourire, un espoir pour la vie, n’est pas que le nom de son association, c’est aussi le fond d’écran de cette expédition engagée. Niko, ajuste son boitier pour filmer et photographier notre nageur des glaces. Mais la précipitation n’a pas sa place au pays d’apoutiaq, la moindre erreur pourrait être fatale. Vers 10h le matériel est enfin prêt, nous nous baignerons cet après-midi. Une petite balade est prévue jusqu’au sommet de la ville qui domine le golfe de Disko. Là-bas au large se déversent les plus gros icebergs de l’hémisphère Nord, la vue nous pénètre ce n’est plus une page virtuelle, le froid vif nous explique l’histoire de ces mastodontes millénaires. Notre balade nous fait passer devant la sortie d’une école, ici les gamins n’ont pas trop la chance de croiser des « autres », en plus, ceux-là ont un « truc » de plus ou de moins. Mon frère de glace parle couramment le groenlandais et il explique qui est qui. Les enfants sont déchainés, nos différences les amusent, ici le vice n’a pas encore touché la jeunesse. Ils comprennent d’un coup le parcours de Pascal qui s’improvise gardien polaire, le ballon ne peut rebondir sur la glace mais l’ambiance est olympienne, les rires envahissent le stade. Ange signe des autographes, Alex devient la star, ici ils n’ont jamais vu de black ! Niko leur donne rendez-vous à 15h, ils seront à l’heure. Des broches à glace sont improvisées, corde de rappel, le protocole prend place, tout doit être prévu. Le plan A sera le binôme du plan B voir C ! L’équipe de TF1 est rejoint par une caméra chinoise qui veut tout savoir de nous tous, la pression monte d’un cran. Pascal joue le rôle d’habilleur, Fred le caméraman pour un bref instant l’assiste, tout doit être étanche la température de la mer est de -1°. Je ne vous cache pas que l’émotion essaie de prendre place dans ma combi mais le vide chasse cet intrus, Niko me rejoint nous partons en repérage. Après 40 ans de plongée je caresse mon premier iceberg, j’ai les yeux qui sont humides. Là haut le cancer a failli les envoyer aux pays des anges, Thierry et moi revenons de loin, la vie est plus fort que tout. Au bout d’une demi heure nous refaisons surface  U Dolfinu enfin s’immerge, je joue le rôle de chasse glaçons puis la mer est libre de glace, que vivent ces rêves et ceux des enfants de l’association Un espoir un sourire pour la vie.

Tout les enfants du village sont venus nous prêter main forte.

Tout les enfants du village sont venus nous prêter main forte.

Ok tout va bien!

Ok tout va bien!

Le fond pullule de vie, ici une sorte de grondin.

Le fond pullule de vie, ici une sorte de grondin.

Je dois ouvrir un passage pour Thierry.

Je dois ouvrir un passage pour Thierry.

Pascal ose le bain.

Pascal ose le bain.

No comment!

No comment!

No comment bis!!!

No comment bis!!!

Tikipungut*

25 avril 2014

Nous arrivons*

La bande vient d’arriver, mais quelle journée donc d’avance je vous présente mes excuses pour la brièveté de ce billet. Plus que des mots des photos. Chers amis je compte sur vous pour couvrir notre nageur d’encouragement. Une pensée pour Alain Bernard qui pour des raisons personnelles n’a pas pu venir avec nous, nous sommes de tout cœur avec lui.

L'équipe est déjà sur le pied de guerre!

L'équipe est déjà sur le pied de guerre!

Ange Paul teste la température de la mer; -1°

Ange Paul teste la température de la mer; -1°

Pascal sous le charme des chiens groenlandais.

Pascal sous le charme des chiens groenlandais.

Thierry face à son Défi.

Thierry face à son Défi.

Ulloriaq…

23 avril 2014
Ulloriaq, la nouvelle "nounou" à Jo Zef.

Ulloriaq, la nouvelle "nounou" à Jo Zef.

Le vent du Sud-ouest nous a amené la neige qui tombe drue, il parait que là-bas beaucoup plus au sud c’est le printemps. Borgen le seul plongeur de la région est venu nous rendre visite, ici tout se sait, lui aussi a entendu parler du Défi Polaire. Comme tous les habitants d’Ilullisat il a plusieurs activités, contrôleur aérien, électromécanicien et scaphandrier. Vous vous doutez bien du sujet de la conversation !  Avec Niko nous lui avons dressé une liste précise du matériel nécessaire pour pouvoir assurer la sécu et surtout quelques conseils sur les potentiels dangers de la région. La plongée en zone d’iceberg peut-être très dangereuse, un « glaçon » qui flotte peut se chavirer en quelques secondes, celui qui est échoué peut se briser et entrainer pas mal de difficulté, aux « bulleurs », la vigilance sera encore plus de rigueur. Dans notre « base camp » la vie en communauté est enchanteresse, Julien qui est le gestionnaire a épousé Charlotte groenlandaise née ici, ils ont deux enfants, le troisième est prévu dans les quelques heures. Ulloriaq qui veut dire « Etoile », à peine âgée de 6 ans est très intriguée par mon pied en plastique, mais Jo Zef a su lui faire du charme. Mathias, pilote sur bimoteur est cloué au sol par le mauvais temps qui sévit, malgré son jeune âge il fait parti de ces fous volants qui posent leur coucou sur le « icecap ». Le dernier colocataire est le grand gosse de la bande, Francis vient de se lancer dans un projet d’une rencontre de 12 peuples minoritaires pour entreprendre des compositions de chants communs. Alors que Niko prépare son sac pour partir guider une équipe de télé sur la chasse au phoque, j’hésite sur quel cap m’engager à pied pour passer une journée de rêverie polaire. Notre chanteur national, poète dans l’âme n’a pas prévu sa collation matinale, alors bon joueur je lui accorde une part de la mienne. Dehors les chutes de neige s’intensifient, la visibilité se réduit de plus en plus, je me demande si je fais bien de partir seul ! Mais je sens que mon voisin de chambrée attend quelque chose de ma part. Hier soir il a enfin rencontré un groupe local et une chanson est en train de naître, il aurait besoin pour la journée d’un « mec » à tout faire !!! Un dernier œil dehors me convainc de laisser tomber mon excursion pour me transformer en assistant improvisé. Mon job sera de leur assurer entre autre leur repas du midi et de filmer leur rencontre musicale. Pour le film ce sera du basique, mais je mets un point d’honneur à concocter un déjeuner digne de cet événement. Julien me conduit en assurant la traduction au point de vente des retours de chasse, un narval dépecé est sur le présentoir. Le prix au kilo est dérisoire, âmes sensibles, ce pays n’est pas fait pour vous ! La viande toute fraîche est déjà congelée, Charlotte va m’initier à sa préparation. La bande de musicien bosse dur mais quand le « cuistot » dit ; à table, personne ne se fait prier. Les steaks sont d’une finesse exceptionnelle, chacun va en reprendre plusieurs fois, n’oubliez pas qu’ici aucun bovin ou ovin ne peut vivre, la nourriture provient uniquement de la pêche et de la chasse. Mais leur travail continue jusqu’au moment ou le groupe a enfin obtenu le « graal », la chanson est née; son titre : « Suli avounga »…

Entre vous et moi voici une partie du texte écrite par la plume de Francis Lalanne, la partie groenlandaise a la même vibration…

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La musique lien universel.

La musique lien universel.

Sans comprendre la langue l'émotion avait toute sa place.

Sans comprendre la langue l'émotion avait toute sa place.

Le leader du groupe, douceur et sensibilité à fleur de peau.

Le leader du groupe, douceur et sensibilité à fleur de peau.

la neige n'a pas cessé de saupoudrer le port toute la journée.

la neige n'a pas cessé de saupoudrer le port toute la journée.

Kusanaq

23 avril 2014
Au bout du monde...

Au bout du monde...

Kusanaq* C’est très beau*

Ilulissat : latitude 69°13’N   51°06’O  température -11° ; 300 km au nord du cercle polaire.                                  Le bimoteur Dash stoppe ses machines, je foule enfin le sol gelé du pays d’Apoutiak. Il est là en face de moi, une étreinte fraternelle nous unis enfin. On a des choses à se dire mais les mots manquent, on a toute la vie pour se les dire. Nicolas est doublement ému, mon arrivée est une sorte de  relais avec ses proches qui lui ont rendu visite et qui rentrent au pays des gens qui parlent fort. Le nomade ne doit pas se retourner, la trace, c’est devant qu’elle doit être faîte. Nous rejoignons notre camp de base qui est un groupement de containers savamment agencés en confortables chambres. Ce lieu est à disposition des travailleurs du cru ; pilotes d’avion côtoient, le reporter en transit, mécano partage la cuisine commune du guide polaire. Des pièces qui s’animent aux grés des récits quotidiens forts en adrénaline. Heureux comme un ours polaire reput en « barbaque » de phoque, j’écoute, j’apprécie mais surtout je ne dis rien, ici je suis touriste et quand on a ce statut la moindre des choses c’est pratiquer le silence. Niko me fait visiter le patelin, 5000 âmes y vivent à l’année, une vraie mégapole pour le Groenland qui ne compte que 56 000 habitants. L’économie locale est basée sur la pêche aux flétans et à la crevette, le tourisme pointe le bout de son nez et déjà quatre hôtels de haut standing y ont ouvert leur porte. Pourvu que les locaux puissent gérer ce gain si vicieux. Mais nous ne sommes pas là pour faire les touristes, il y a un défi à organiser, j’en connais là-bas au sud qui trépignent d’impatience. La mer est libre de glace, à pied nous nous rendons au lieu prévu pour le premier bain, les derniers jours ont apporté beaucoup de neige et l’accès à la « plage » qui n’est qu’une dalle de grés est blanche et glissante à souhait. Nous échangeons sur les points sécu qui seront la clé de la réussite de l’aventure, ici l’improvisation n’aura pas sa place, discipline, rigueur, et anticipation seront les mots clés de cette belle page qui va s’écrire. Mais l’aventurier à l’estomac au fond de la prothèse alors avec mon « frangin » nous dévalisons la superette pour nous préparer un plat de pâte à la crevette en guise de diner de gala. Les assiettes fumantes nous titillent les papilles, le calme dans la cuisine est scandinave, mais un invité surprise nous rend visite.

Salut les gars, je peux m’assoir avec vous ? Je m’appelle Francis.

-Tu veux un plat de pâte ?… -Non merci j’ai déjà mangé…

– T’as amené ta guitare au Groenland !!!

– Ouais je suis chanteur !!!

Improbable, incroyable surnaturelle Francis Lalanne … Un concert privé  rien que pour nous avec des confidences fraternelles, vous avez dit privilégié !!!

Un cabochard pris par les glaces

Un cabochard pris par les glaces

Si la vie de pêcheur est dure ici c'est un combat incessant...

Si la vie de pêcheur est dure ici c'est un combat incessant...

Le flétan qui sera transformé est envoyé vers le Danemark.

Le flétan qui sera transformé est envoyé vers le Danemark.

Une rencontre improbable...

Une rencontre improbable...

Entre vous et moi...

Entre vous et moi...

Tikilluarit

21 avril 2014
Survol de la mer encore gelée...

Survol de la mer encore gelée...

Tikilluarit*

(Bienvenue*)

Si les voyages forment la jeunesse, ils inspirent le poète, ils happent le rêveur, ils envoutent l’aventurier à cloche pied. Le vol pour Kangerlussuaq est en retard, peu importe le nomade est partout chez lui, alors ici où ailleurs ces détails ne l’effleurent même pas. Mes voisins attendent, je crois que je fais parti du lot, leur langue ? Le kalaallisut ; un parlé inédit. Adieux « latinerie », langue orientale, les mots claquent au fond du palais, les phrases sont toute englobées, impossible de comprendre le moindre sens. Imaginer, il ne me reste plus que ça pour être là, je ne serais jamais l’un d’eux ; c’est tellement difficile d’être soi-même. L’île d’Apoutiaq est en face mais comme le dit le proverbe groenlandais : seuls la glace et le temps sont maîtres. Depuis des milliers d’années ils ont vécu en totale autonomie, la météo ils en ont fait un jeu de patience, l’homme ici a gardé sa part animale, les prévisions ne sont qu’une invention de blanc qui veulent toujours tout gérer, ici seul le présent compte, c’est très certainement pour cela que je suis à mon aise. Là-bas c’est le pays du silence, les conversations ont un ton apaisant, la langue n’est pas violente, un air de toundra semble envahir mes oreilles. Je pense à mes aïeux, j’imagine les leurs, un abysse nous sépare. Mon chez moi, la méditerranée, source de guerre depuis la nuit des temps, ici Kalaallit Nunaat, l’un des rares pays qui n’a pas d’armée. Si le combat est une essence essentielle pour l’homme, à mes yeux il se trompe trop souvent d’adversaire, le seul ennemi à jouter est sa part obscure. La bagarre ici n’existe pas, nanouk veille aux querelles, le blizzard cadre le rebelle, le froid coupant tord le combattant des ombres. Mon frère de glace est de l’autre bout de la mer, il me tarde de l’étreindre, nous avons quelques jours pour nous retrouver, pour faire ses silences qui mènent aux rires mystérieux. De grâce faites qu’une carte ne nous tombe pas sous les yeux, la pointe d’un crayon dérobé dans une chambre d’hôtel d’aéroport nous mènera sur quelques fjords oubliés, sur des baies archéologiques abandonnées. Peut-être nous y découvrirons une nouvelle route pas encore empruntée, et si nous retrouvions par hasard les vestiges de la flottille de Leif, fils d’Erik le Rouge, découvreur de la terre promise. Voilà chers amis, le carnet de voyage reprend du sens, l’essentiel va devenir compagnon de route, dans quelques jours l’équipe du Défi Polaire va poser le pied ici, sur la plus grande île du monde, en attendant sans le moindre bruit je vais de nouveau ouvrir la porte d’un rêve de gosse.

Inuulluarit*

(Aurevoir)*

Errreur de débutant!

14 avril 2014

photo blog

Je me demande si un ou deux lutins des bois ne m’ont pas ensorcelé, dés que je pose ma prothèse dans mon camp des solitudes, plus rien « d’en bas » ne me touche, absolument rien ne me fait regretter quoi que ce soit. Pourtant dans moins d’une semaine, je serai au pays des glaces, oui juste un peu avant les copains pour préparer avec Niko le Défi Polaire. Ici le torrent a pris du volume, la fonte des neiges lui offre un débit de fleuve boréale, le feu est toujours un bon compagnon bien que les nuits ne soient plus nordique, il m’offre une sorte de sécurité psychique. Je suis ému, à fleur de peau, les larmes ne sont pas loin, le lieu m’a enraciné, une sorte de possession pacifique. Trop loin des hommes qui s’entretuent, l’onde ici est apaisante, un seul maître ; le temps, le reste des futilités de gens pressés et spéculateurs.                                                                                                                                                                Pourtant cette dernière semaine de préparation avant le Groenland fût riche en émotion, malgré quelques milliers de plongée en toute condition je me suis mis à l’utilisation d’une combinaison étanche qui me permettra de résister aux températures polaires. Un détail pour le novice, un dilemme pour le vieux plongeur aux mille habitudes que je suis devenu. Cette armature de néoprène est absolument étanche, en première peau je porte une sorte de survêtement matelassé, le tout, a un système d’alimentation en air comprimé. A petit pas, j’y suis allé tout doux pour apprendre à maîtriser cet équipement. Pour dernier test j’ai joué grandeur nature, la glace et le froid en moins. Un autre point non négligeable pour le loup solitaire qui repose en moi, c’est qu’il m’est impossible de m’équiper seul, un binôme est obligatoire. Jean-Louis a accepté volontiers de m’assister et ensemble nous partons en pneumatique au large de l’archipel des  Bruzzis. C’est dans la zone des 40 mts que je dois progresser. La houle de nord est encore bien formée mais contre toute attente un fort courant de sud rend la mise à l’eau sportive. Harnaché comme un bibendum, je glisse avec malice à l’eau il ne faudrait pas que je lâche la pendille solidement amarré à l’embarcation, la moindre erreur et je ne serai plus en capacité de rejoindre le bord. Agile comme un hippopotame, j’arrive avec beaucoup d’effort et de jurons à capeler le bloc. Les 17 kilos de plombs qui « m’enlacent » ne sont pas encore suffisants pour me rendre une flottabilité nulle. La ligne de mouillage est une aubaine, je me déhalerai à son insu pour atteindre le fond des abimes. Mais comme un jeune débutant j’ai commis une grossière erreur en oubliant de brancher mon direct système à la combinaison ! A partir de 10 mts le fond m’attire plus qu’il ne devrait, les multiples couches sont comprimées qui à leur tour écrasent mon corps. A 20 mts mon corps est pris en étau, mes jambes sont bloquées et mes bras en prennent la voie, ma main se porte à l’inflateur mais rien ne se passe puisque aucun tuyau n’y est branché !!! 30mts le piège m’invite à une fin peu flatteuse mais le sol n’est plus loin, c’est là où je vais trouver « la » solution. 37mts ; je m’écrase dans un massif de gorgones bleues, les poissons du massif ne sont pas habitués aux météorites ! En quarante ans de plongée je n’avais jamais pu imaginer me fourrer dans une posture aussi incroyable. La machine à penser serait prête à s’emballer mais cela ne ferait pas avancer la situation. Tâtonnant, avec des bras qui commencent à s’ankyloser très sérieusement, j’arrive non sans mal à débrancher le tuyau du jacket pour le fixer à la combinaison. Le sablier lui n’est pas comprimé et le temps passe trop vite dans ces situations. Finalement la connexion est établie et le bouton pressoir me délivre de cette prison funeste !!! Tout groggy par cet imprévu, je reprends mes esprits pour une belle balade dans une faune très riche. La maitrise trouve sa place, cet habit qui devrait me protéger du grand froid me rassure de sa technicité nouvelle pour l’homme grenouille d’un autre temps. Un immense bloc de granit surgit, du fond il semble toucher la surface, une bande de dentis et de mérous en sont les gardiens, le sourire en coin je me dis que bientôt ce sera un iceberg garni de phoques et peut-être même d’un ours blanc.                                                                                                                                                 Mais ce soir je suis encore au camp des solitudes, demain je retrouverai ma « Vrai » et puis un pas après l’autre les nuages m’accompagneront au pays d’Apoutiak*, déjà 7ans que l’on ne s’est pas vu, j’en ai des « trucs » à lui dire.

Apoutiak* Flocon de neige en groenlandais.

Kutaa kalaallit Nunaat*

7 avril 2014
Un sourire un espoir pour la vie, l'association de Pascal Olmeta.

Un sourire un espoir pour la vie, l'association de Pascal Olmeta.

Bonjour Groenland*

Le petit village inuit de Kullorsuaq est à la fête, Niko vient de projeter « leur » film Inupiluk dans une ambiance formidable, les deux protagonistes du long métrage se remémorent cette folle virée en France. Le seul étranger du hameau est devenu l’un d’eux, il ne se proclame pas Groenlandais mais il a su s’adapter à cette vie si différente de la notre, pour y vivre plusieurs mois par an. Ses deux amis, sous sa cape, ont visité Paris, puis ont poussé leur curiosité vers une forêt française, pour finir les pieds dans l’océan en plein mois de juillet. Les frères Dubreuil, ont filmé cette visite improbable, une initiative « gonflée », trouver des partenaires pour offrir un voyage à deux chasseurs d’ours blancs, fut un sacré challenge. Les deux visiteurs craignaient la réaction des autochtones par rapport à leur statut d’eskimos exécuteurs de « nounours », mais à leur grande surprise, ils furent très bien accueillis. La vie est une vague qui va qui vient, l’échange est la fragrance des hommes libres, ceux qui la refusent sont prisonniers de leurs préjugés. D’ici quelques jours l’expérience va être inversée, en effet un groupe de 8 femmes et hommes vont fouler la terre de glace, kalaallit Nunaat. Un ancien joueur de foot champion d’Europe, un médaillé d’or olympique en natation, une présentatrice télé, un nageur longue distance amputé des deux bras avec son « oiseau » protecteur, un chargé de la sécu unijambiste bodygardé par une mascotte qui n’est pas une peluche, deux jeunes cancéreux en rémission et enfin l’homme des glaces Niko, le superviseur de cette folle échappée. Ne cherchez aucune raison valable à tous ça, il y en aurait trop ou pas assez.  Au fil des années j’ai eu le bonheur de croiser quelques uns de ces personnages si authentiques mais au lieu de me les approprier à mon tour j’ai entrepris de les faire se rencontrer. Une mayonnaise façon « Cabochard » qui pour mon plus grand plaisir a donné naissance au projet « Défi Polaire » ! Thierry et Alain vont oser la nage en eau froide, un défi à la hauteur du palmarès de ces deux athlètes, le lien de tout ça : la vie. Un gamin cancéreux doit s’accrocher, à son insu, la discipline du sportif de haut niveau lui est imposé, sa seule médaille ; vivre. Ils seront avec nous, je dirais plutôt, nous serons ensemble. Un projet comme il n’en existe plus, l’égocentrisme a assassiné la spontanéité, le nombrilisme a injecté le venin dans toutes les couches de notre pauvre société axée sur son petit égo. Là-haut au pays de nanouk , une belle bande de joyeux lurons tentera ce que certains appellent : l’impossible. Pour conclure en beauté cette belle carte postale qui va se dessiner pas à pas, j’utiliserai volontiers cette simple phrase de Grand Corps Malade : La vie c’est gratuit alors je vais m’en resservir une deuxième fois.

Depuis notre « igloo », d’ici quelques jours, je vous promets de tenir sur ce blog un journal de bord de ce quotidien qui sera un peu aussi le votre.

A pluche

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Thierry et Alain en mode machine de nage!

Thierry et Alain en mode machine de nage!

Bien sur il manque Niko déjà chez lui au pays des glaces.

Bien sur il manque Niko déjà chez lui au pays des glaces.

Une belle équipe qui j'en suis certain donnera son meilleur.

Une belle équipe qui j'en suis certain donnera son meilleur.