Groenland… la suite!

9 août 2018

Finalement le vent est tombé, finalement le calme prend place, il nous amène un beau crachin avec un brouillard londonien et 6 petits degrés. Le village est redevenu silencieux, les icebergs ont pratiquement disparu, seul le « smiley » surnommé ainsi par les jeunes, est encore ancré sur un haut fond. Par contre son arc de triomphe a volé en éclat, l’explosion fût si forte que même la cabane a tremblé.

 Depuis hier à deux pas de la porte, une chienne vient de mettre au monde 6 chiots. Un acte de survie terrible, la mère offre toute son attention à ses boules de poils, je me demande combien survivront…

 Le capitaine du drakkar noir, mon invité, c’est le surnom qu’il aura pour son séjour ici, commence à prendre ses marques. Il a croisé en coup de vent mes stagiaires qui ont compris que mon hôte était un grand personnage, son groupe financier est depuis un an le mécène de mon association. Cet homme de la finance suisse n’est pas venu en touriste mais pour m’épauler dans ma tâche de restauration de la maison perdue. Muni d’une classique salopette bleue, depuis 2 jours, il décape toute les huisseries de la maison, un travail de fourmi nécessaire pour repeindre les fenêtres qui depuis quelques décennies souffrent des bises polaires. Chacun de notre côté nous travaillons, de temps à autres nous échangeons, mais l’endroit ne laisse pas place au discours inutile, n’oubliez pas que nous sommes au pays du silence.

 En fin de matinée, un homme franchi le pas de la porte ; mon pôte Brieuc, vient me dire au revoir. Je le sens moins « déconneur » que d’habitude, il vient juste me prendre dans ses bras, dans quelques minutes il part avec son équipage du voilier Akta vers la grande route du passage du Nord-ouest. Dans son accolade je sens une immense émotion, un immense soupir. Je lui souhaite bon vent, la route ne va pas être facile mais une bougie brûlera, pour lui, pour ses coéquipiers, pour son rêve. Ils devraient rejoindre l’Alaska courant octobre…

En fin d’après midi « mon » capitaine me fait une petite frayeur, il demande à s’allonger rapidement, la vie est austère ici. On dort à même le sol dans une maison poussiéreuse en chantier. Ce petit coup de moins bien m’inquiète un peu, après coup il revient à lui, je vais lui faire prendre l’air, une excuse pour aller chercher le diner. Nos grosses combinaisons de mer enfilées, nous prenons le large pour une partie de pêche. Le moteur coupé nous sommes dans un silence indescriptible. Pas la moindre ride, la mer est lisse. Des icebergs entonnent leur explosion, nous guettons aussi les baleines, avant-hier au même endroit une est venue à 5 mètres à la proue d’Ifaraq. Une grosse étoile de mer se fait piéger, puis ce sera au tour de quelques scorpions de mer que je relâche aussitôt, et enfin deux grosses et grasses limandes vont venir diner avec nous.

Nous prenons le chemin du retour par le chemin des écoliers, la vie est simple ici, très simple. Bien sûr le confort manque, bien sur que les facilités du sud nous sembleraient divines mais on ne peut pas tout avoir dans la vie, alors nous prenons en pleine face cet air de liberté.

Dans nos assiettes le poisson nous rassasie, le dialogue commence, nous savons que nous sommes chanceux d’être où nous sommes. La rusticité du lieu a fait fondre le superficiel, et l’homme de la haute finance se confie au nomade du grand Nord. Les courbes du CAC 40 n’ont plus trop leur place ici, nous causons de la vie, la vraie celle qui fait vibrer, celle qui te rend Homme, qui te rempli de doute sur son devenir futile et superficiel. L’argent, la différence sociale volent en éclat, c’est ça la magie du Grand Nord.  Nous échangeons nos rêves, il me souffle les siens, je lui cause du petit papillon qui remplit mon cœur, mon âme.

Ce soir là haut au pays de nanoq deux hommes ont oublié pour un instant qu’ils n’étaient que des mortels, parole, à un moment on s’est crus immortels…

Lundi « mon » Dume arrive, là ca va être encore un grand moment …

Ps :BTAPP

 

Dernier jour…

4 août 2018

Il y a des moments qui restent gravés dans la vie de tout un chacun et hier soir en fait partie. La toute petite église protestante d’Oqaatsut s’est transformée hier en salle initiatique où le chamanisme nous a transporté dans un autre monde. Un groupe d’hommes et de femmes sont venus présenter leurs rites, leurs croyances, leurs origines. Nous étions les témoins d’un moment de grâce. Chant guttural, où le vent de la toundra se fait entendre, où les pas du grand nanoq nous ont fait frissonner, où les aurores boréales nous ont enveloppé de tendresse, où les qivitoqs (esprits malfaisants) sont venus nous conter légende. Nous en sommes sortis bluffés et conquis, les anciens du village nous regardaient en coin, je crois qu’ils nous apprécient…

Ce matin le vent a encore pris de la force, la bise est vraiment forte, autour du poêle à pétrole un petit déjeuner copieux réchauffe ma belle équipe. La pluie omniprésente nous prend en otage alors nous  décidons d’orner le grand mur blanc de quelques étoiles. Nous, les mutilés de la vie nous sommes des lumières filantes rescapées du big bang. Alors chacun a dessiné son étoile avec son verbatim. Encore un bon moment d’émotion et de tendresse.

Puis je dois mer remettre à chercher la solution pour ma cabane qui n’est pas encore électrifiée. Mais ici tout est compliqué… Le responsable de la « technique » parait motivé pour m’aider; il appelle Ilulissat qui bascule à Nuuk la capitale pour revenir à Ilulissat où d’après une dame, ma maison n’existe pas… Mdr ! Ma maison étant à deux pas de la salle communale qui est toujours fermée, je me dis qu’en tirant des rallonges ( ramenées de Corse) je pourrai être sauvé… On me promet que lundi se sera arranger!
Immaqa! (peut-être!)

Pendant mes démarches, les filles se lancent dans la cuisson d’une belle pile de crêpes, avec le froid de canard qu’il fait dehors tout le monde est d’accord pour les engloutir. Nous sommes vendredi et  ce les douches communales seront fermées tout le week end, alors nous en profitons pour un décrassage bien mérité.

En plein milieu du golfe, La Louise, belle goélette du fameux marin Thierry Dubois, est solidement ancrée face au vent qui ne faibli toujours pas. Nous sommes très chanceux; il nous invite à bord pour une visite guidée. Le voilier est tout simplement somptueux, du long de ses 19 mètres il est taillé pour les mers polaires et peut accueillir à son bord 8 invités. Thierry nous parle de son parcours hors norme de régatier. Il a participé à 2 Vendée Globe Challenge et a subi un naufrage à 3000kms au sud de l’Australie tout prês des côtes d’Antarctique. Sa vie est aventures et découverte de nouvelles limites, je sens mes stagiaires très très attentifs, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre des légendes de la mer. Alors que nous parlons de la navigation au Groenland, un grand boum nous interpelle. Mon pote Steen nous appelle, il est sur une embarcation, je n’en crois pas mes yeux! C’est mon petit bateau Ifaraq qu’il vient de récuper sur la berge, mon aussière, par les coups de boutoirs dus au clapot, à cédé ! Il monte à bord avec un grand sourire, les qujanaqsuaq (merci beaucoup) sortent en boucle, le sauveur a été sauvé ! Il est temps de rejoindre la terre ferme, nous échangeons nos contacts, je crois qu’une belle histoire entre La Louise et Bout de vie  est en train de voir le jour…

C’est la dernière soirée de l’équipe, demain matin de très bonne heure ils vont devoir démonter leur camp, à 11h « local time » ils s’envoleront pour rejoindre leur famille. En attendant ce soir ils vont avoir la chance de gouter au mataq (peau et graisse) de narval, foie de phoque cru, ammassat séchés, suivis de la soirée chants chamaniques.

A minuit je reprends la mer pour aller chercher un de mes invités qui va continuer à m’épauler pour la restauration de la maison bleue… Encore une sacrée journée…

Un immense Takuss du bout du monde, on vous envoie de la fraîcheur, du silence et beaucoup de sérénité…

PS : BAPP

Victoire!!!!!

3 août 2018

Ici le jour ne se couche que très peu mais les journées n’en finissent plus ! Ce matin froid, brouillard et crachin, l’ambiance est lugubre mais les 4 jeunes sont plus que motivés ! Petit-déjeuner de bonne humeur mais il va falloir faire le briefing de départ. Elisa, Marion, Rémi et Ange-Paul vont relever leur défi ! Je vais les déposer dans un coin perdu entre ici et Ilulissat et par leur propre moyen ils devront rejoindre la maison bleue. Les sacs sont sévèrement contrôlés, couverture de survie, nourriture, briquet couteau, téléphone sat, balise Spot, Gps, piles de rechange et quelques bricoles de survie. Juste avant de partir je leur confie ma canne de marche qui me suit depuis longtemps. C’est un bout d’aulne gravé de « grigris » protecteurs, provenant du camp des solitudes qui peut recevoir à son extrémité un gros poignard sud-africain. Ce prêt est une sorte de bâton relais, je sens en eux beaucoup de fierté dans ce geste. Il est temps de partir, les consignes des soirées passées sont revisitées, le froid les emmitoufle dans leur défi. Nous devons zigzaguer aux milieux des icebergs, le fond du fjord est vraiment encombré. Nous y voilà, une paroi sera notre quai d’adieu. Avec beaucoup de précautions tous la gravissent la route sera plein nord. Les 4 jeunes me disent un au revoir plein de courage, ils voguent vers leur destin à la découverte de nouvelles limites. Debout sur un piton je les vois grimper dans la toundra spongieuse, je leur offre ma confiance, ils vont encore plus grandir. De l’émotion me prend aux tripes, ces 4 gamins ont vaincu des cancers, de terrible accidents, une naissance différente mais de leur souffrance ils en ont fait une force. Dés qu’ils ont passés la crête, je reprend la mer accompagné d’une grosse baleine…
De retour à la cabane je trouve mes 2 autres aventuriers : Patrick au ponçage des fenêtres, Audrey bouquinant près du poêle à pétrole. Je ne cesse de regarder le sud, la pluie redouble, ils vont vivre une vraie belle aventure…
Vers 15h ils arrivent enfin, trempés jusqu’aux os mais si fiers d’avoir réussi! Par moment ils ont dù traverser la toundra avec de l’eau boueuse jusqu’au genou. Le débriefing est simple, ils ont remporté une victoire, la vie est vraiment fantastique!

De mon côté je dois résoudre un problème sur le câblage d’accélérateur sur bateau, ma caisse à outils est plus que basique, Ange-Paul vient m’épauler. Il faut démonter le boitier, mais la rouille bloque les écrous, mais un miracle survient. Au mouillage un magnifique bateau polaire, La Louise, son capitaine Thierry viens vers nous et à trois nous résolvons le problème, le bateau semble avoir retrouvé sa forme… Ce soir nous sommes invités pour une soirée de chants chamaniques, je crois que l’émotion va encore nous coller serrés ! 

A pluche!

En mode machine…

1 août 2018

Ce matin ça pique un peu, le vent est nul il va falloir que le soleil chasse les nuages pour nous réchauffer, à midi grosse canicule 15° à l’ombre ! Si les moustiques perdent un peu de vigueur leur cousins germains sont arrivés les valises pleines de désirs : bouffer de l’estropié! Des milliers de toutes petites mouches qui rentrent dans tous les orifices et qui adorent découper la viande qui leur est offerte, un pur bonheur…. Mais je crois que vous avez bien compris que ces petits détails ne nous touchent que très peu. Ce matin je lance un défi à l’équipe. Puisque le ravalement est totalement fait on va attaquer la peinture de la grande salle qui sert de salon et coin repas. Ange et Rémi vont suivre à la lettre mes consignes, il va falloir aller vite, sans discuter en étant efficace et discipliné. Marion et Elisa sous le contrôle de Patrick auront la tache de badigeonner les portes et Audrey de récurer les caisses de pêche que j’ai trouvé et qui me serviront de tiroir… Une, deux, trois partez! Une merveille de travailler avec ce duo, humour, sérieux et efficacité. De temps à autres la radio groenlandaise nous souffle quelques airs assez fun de musique locale, mais nous restons concentrés. Dehors quelques baleines viennent contrôler les travaux, Jozef veille aussi au grain ! A peine quelques tartines de pain de mie beurrées à midi et nous repartons de plus belle, à 16h la salle est comme neuve. Sol débâché, balayé, lavé au savon et à l’eau chaude, cela est devenu un doux nid qui redonne un bon coup au moral.

Mais comme tous les soirs, nous reprenons les cours. Et oui ici, ce ne sont pas des vacances mais bel et bien de l’apprentissage. Au programme, utilisation d’une carte avec un GPS, fonctionnement d’un téléphone satellite avec la balise de détresse, et plein de trucs et astuces pour survivre en pleine toundra près de rien et loin de tout. Je vous entend marmonner « mais pourquoi » ? Demain, à leur demande, je vais les déposer  en bateau dans le sud du village à environ 15kms près d’un lac.  Seuls, ils devront rejoindre la cabane à pied. La toundra spongieuse va leur offrir un beau cours de vie et comme je le dis en boucle : un souvenir ne s’achète pas, il se vit !!!

A pluche

Ps :BAPP

Le Chant des baleines

1 août 2018

 

 

Imaginez une barre d’immeubles de 15 étages à n’en plus finir, mais composée uniquement de glace, dans un silence absolument incroyable… Les icebergs nous encerclent, nous sommes si petits ! Soudain, un râle, un gémissement, un chant, les baleines percent la surface, elles sont là pour eux, pour moi, pour vous derrière votre écran. Il est 23h et il fait encore soleil et sous un ciel bleu d’azur. La mer est d’un calme surréaliste et là au milieu de l’océan arctique 7 survivants, 7 miraculés de la vie, 7 privilégiés en sursis.  Ce moment de grâce fait oublier les boiteries du quotidien, les pauvres prises de têtes qui n’ont plus de sens quand Dame La Mort rôde… Ce soir nous avons vécu un moment de partage éternel.

Ce matin le brouillard encercle Oqaatsut mais le soleil lui nous inonde, un petit vent de sud nous protège des suceurs de sang, la vie est agréable au village du bout du monde. Au programme, des petites retouches en façade sur les bavures mais surtout une séance de taguage!!  Nous avons mis une énergie incroyable pour accomplir cette restauration mais il nous fallait nous l’approprier. Si une rue d’Hollywood a immortalisé des stars, ici il me semble important que des étoiles soient mises à l’honneur. Mains nues, couvertes de peinture bleue, nous laissons nos empreintes sur la face sud, un feutre donnera le patronyme, la maison a ressuscité, un peu comme nous.

Mais un point noir dans le village nous fait mal au bide, le coin poubelle est immonde, les sacs non ramassés depuis plusieurs jours sont éventrés par les chiots en divagation et le petit 10° estival rend l’atmosphère nauséabonde. Alors avec l’accord de la commune nous ramassons tous les détritus. Une trentaine de sacs de 100 litres au total transportés en quad à l’incinérateur…

 Les filles nous ont fait une surprise à midi, elles ont voulu elles-mêmes préparer le repas et nous confectionner des crêpes…

Milles bises depuis la cabane bleue…

Week end polaire!

30 juillet 2018
Samedi matin c’est le week-end, les pieds traïnent, les cernes sous les yeux
donnent l’état des lieux, tout le monde est cuit. Brouillard, crachin et
température polaire affaiblissent les troupes. Il faut que je les ménage;
ce matin ce sera pêche en mer. Pas loin du village, il y a un petit
promontoire que j’ai rebaptisé « Cap des morues ». Une longue ligne avec de
sérieux leurres multicolores va très certainement intriguer quelques
curieuses, mais ce matin rien ne mord ! Nous bouchonnons sur une mer extra
plate au milieu de très beaux icebergs, le silence est impressionnant. Le
bateau étant petit, personne n’a le droit de quitter son poste, si quelqu’un ne
respecte pas la règle je suis obligé de montrer mes gros yeux. Comme cadeau de 
bienvenue aux pays d’Apoutsiaq, un petit iceberg se désintègre devant nous, nous offrant 
un vrai festival de glace, mais aucun poisson ne daigne monter à bord, à
part quelques scorpions arctiques, que je rejette aussitôt. Une immense
étoile de mer se laissera piéger aussi. Mais il nous faut
trouver le repas du midi, alors nous changeons de coin pour enfin remplir
le seau de belles morues. Mais les oursins nous tentent aussi, alors munis
d’une longue grapette nous les cueillons tranquillement dans une eau
cristalline. Pour le midi le déjeuner sera basique mais local, omelette
d’oursins, pâtes aux crevettes de la baie et morue frite… L’après midi sera
libre, certains s’évaderont pour une longue sieste d’autres pour récolter
du thé du labrador qui embaume nos mugs quand il fait trop froid.
Dimanche ; le ciel est bleu azur, cela présage une belle journée en mer.
Chacun doit remplir ses thermos d’eau chaude et ranger sa ration de midi à
base d’éternelles nouilles chinoises, là où nous allons, il va faire
froid et nous serons vraiment isolés, il faut penser à tout. Dans un
sac étanche mon téléphone sat, la balise spot, une grosse trousse à
pharmacie et quelques bricoles au cas où… Nous prenons cap vers le nord, la
glace est moins dense, ce qui nous permet de passer sans problème mais le
vent d’est est modéré, ce qui lèvera un clapot polaire. Il me faut louvoyer
auprès des plus gros icebergs pour être à l’abri des vagues. Au détour d’un
immense glaçon, dame baleine nous offre un beau spectacle qui nous laisse
sans voix, puis ce sera un couple de phoques ; que c’est beau la vie ici!!
Puis nous rentrons dans l’immense golfe de Pakitsoq, aussi grand que celui
d’Ajaccio, mais sans aucune âme qui vive ou qui navigue, pas une seule paillote bruyante,
nous sommes seuls au monde. Le clapot est fort, le bateau tape, mais ne mouille pas,
donc nous poursuivons pour arriver aux pieds de falaises immenses où se jettent
de multiples cascades merveilleuses. Des oiseaux par millions nous accueillent, je coupe le
moteur à l’abri du vent, la musique est magique. Fulmard, Guillemot
(appelés aussi pingouin) jouent les base-jumper pour notre plus grand
plaisir. Nous poursuivons la route pour les passes des mers intérieures de
Pakistoq. Miracle! Nous arrivons juste à l’étal de la marée, qui en une
fraction de seconde me donne l’ordre de foncer dans ce goulet pour aller
explorer cette mer si fermée, si secrète. La première chose marquante c’est
que l’eau est turquoise et sans aucun iceberg, le goulet n’étant que de 30
mètres de large aucun glaçon ne peut y pénétrer. Nous naviguons en mer
inconnue, nous sommes devenus en un claquement de doigt des explorateurs
comme, Baffin, Franklin, Admunsen et autres fous rêveurs à la recherche de
nouvelles Terres. Mais je n’aime pas ce coin dangereux, je ne suis plus
seul, la présence de mon équipe à bord me demande beaucoup plus de vigilance,
je décide de faire demi-tour.
De nouveau dans le goulet le flux du courant commence à prendre de la
force, il peut atteindre plus de 20 nds !
L’adrénaline polaire, rien de tel pour se sentir vivant, alors nous
poursuivons dans un coin que j’avais découvert l’année dernière en kayak,
je m étais promis d’y ramener des personnes de mon association Bout de
vie. Et voilà que le rêve se réalise, ils sont tous les 6, prothèse à terre, 
dans cette ancienne caldera d’une beauté exceptionnelle. Une fois  Ifaraq (nom de notre bateau),
bien mouillé et amarré, nous explorons le site. Les restes de mon bivouac
de l’an passé sont intacts, personne n’est donc passé là depuis un an !
Je crois que vous avez bien compris ici, c’est calme et paisible !
Puis nous baladons jusqu’au moment où Ange-Paul et Rémi se lance un défi.
Je souris, car je sais que les récits de mes aventures, le soir après le
diner, les passionnent, et eux aussi ont envie d’aller chercher de
nouvelles limites. Aujourd’hui ils ont décidé d’aller nager dans l’océan
arctique ! Bien que nous soyons encerclés de moustiques, ils se retrouvent
en slip de bain pour une baignade qu’ils ne pourront jamais oublier. Je
crois qu’ils sont en train de monter une future aventure en tête à tête, on
verra bien !
 Trop fier de mon équipe de 6 warriors…
A pluche !
 
 

 

 

Cèpes polaires

28 juillet 2018

Le coup de vent est passé sans trop secouer le bivouac mais la pluie est
encore là, elle burine la tente de mes aventuriers ainsi que leur moral !
Le petit déjeuner est silencieux, l’équipe est fatiguée, dormir sous tente
est un exercice qui demande en région polaire un peu d’habitude et pour
certains c’est un baptême.
La façade sud ne peut être peinte, la pluie est dans la mauvaise direction,
mais il y a tellement de tâches à effectuer que nous ne perdons pas de temps. Le vide
sanitaire de la maison est un vrai capharnaüm, il est temps de tout sortir
et de trier ce que l’on pourra. Me voilà à quatre pattes déblayant 
l’entrée… l’odeur est surréaliste!! Des peaux de phoques en décomposition
m’offrent un fumet sympathique pour démarrer la journée ! Nous faisons la
chaîne pour tout sortir et en fin de matinée, tout est propre avec
une pièce dégagée et claire. La bonne surprise est la découverte d’un sac
contenant 3 paires de « qamiq » en parfait état. Ces bottes en peau de
phoque sont cousues à la main et sont d’un confort incroyable pour les
marches dans la neige. L’année de fabrication doit dater, cela restera un
mystère incroyable. A midi mes aventuriers ont des têtes fatiguées, épuisées, la pluie
n’a pas cessé de la journée alors ce sera relâche avec une douche pour tout le monde. Mais ici
au Groenland tout est compliqué, rien n’est jamais sur, il n’y aura pas
d’eau chaude !
En milieu d’après-midi une partie du groupe squatte la maison autour du
poêle à pétrole mais le soleil pointe le bout de son nez. Je vais les virer
avec tact pour qu’ils soient dehors à profiter du spectacle de la baie de
Disko qui s’illumine avec le soleil… Ange-Paul et Rémi partent en randonnée
seuls, ils ramèneront un gros panier de bolet arctique…
Ce soir ce sera crevettes du coin et champignons… et avec le sourire s’il vous plaît!
Vive la vie!

En mode survie polaire…

26 juillet 2018

Les travaux avancent mais ici tout est différent, tout est puissant et imprévu. Un gros coup de vent est annoncé ainsi que la pluie. Mais il nous en faut bien plus pour nous décourager! Les faces de la maison à peindre sont, comme par hasard, à l’abri du vent et nous pouvons continuer notre ravalement. Les sourires sont là, les mains sont douloureuses d’un froid vivifiant mais nous sommes juste heureux d’être là où nous sommes. A midi il ne reste plus que la face sud mais elle est exposée au coup de sud qui se lève.  Tous à l’abri! Nous nous réchauffons autour du poêle à kérosène qui ronronne. Une grosse assiette de riz nous réchauffe, ici le basique nous rend heureux… La cambuse est vide, il nous faut nous ravitailler. Ange-Paul décide de m’accompagner à Ilulissat, ce sera un test  grandeur nature du petit bateau. Course jusqu’au supermarché et retour avec nos sacs à dos  et deux cabas remplis à blocs et montés à bord. Il est grand temps de reprendre la mer, le vent se lève! Dés la sortie du port la houle nous rend visite, les glaçons explosent, je dois être attentif. A plusieurs reprises, je demande à mon coéquipier si ça va, je le sens concentré. Le seul danger serait de sauter une vague et retomber dans le creux sur un bout d’iceberg… Mais le petit bateau, qui n’a toujours pas de nom, passe à merveille. C’est juste fantastique d’être ici… Là bas la passe de la baie d’Oqaatsut, nous retrouvons le sourire,  ouf! Nous sommes passés! Remi et Patrick nous attendent, les filles sont au chaud au H8… ce soir ce sera festin à la cabane bleue… Tout le monde vous embrasse . Je sens Elisa particulièrement heureuse de la bonne nouvelle reçue de sa maman… Vive la vie au Groenland

Balade hier soir après le dîner…

Froid polaire…

25 juillet 2018

 

Ce matin un froid vivifiant a surpris les travailleurs de la petite cabane. 4° pour les accueillir, le Groenland est une terre de glace et l’été est un moment éphémère qu’il ne vaut mieux ne pas gâcher. Chacun va endosser son rôle de restaurateur en maison en bois. Village dans un coin perdu de la planète, tout est assez compliqué, il faut s’adapter à chaque instant. Pas d’échafaudage, pas de nacelle, ce sera des échelles qui nous permettront de jouer les funambules-peintres !  Les jeunes le savent, ils donnent le meilleur d’eux. La couleur bleue pastelle redonne du cachet à la maison. Du paradis son ancien propriétaire doit être joyeux de voir ces éclopés s’affairant avec autant de cœur. Les mains sont douloureuses, le froid ne les épargne pas. Une pose café nous réchauffe, un échange rapide nous redonne le courage pour continuer. Rémi et Ange-Paul me parlent de leur chéris respectives avec beaucoup d’émotions et d’amour, que c’est beau de voir de si jeunes hommes aussi respectueux et amoureux, cela m’en sale mes yeux de gros dur. Les moignons sont un peu douloureux et tous en cœur ont le même refrain : « la douleur ne nous lâchera jamais, à chaque instant, 24h/24h elle nous accompagne, alors on s’en fout d’avoir mal et tant pis pour elle si on ne s’en occupe pas trop ». Notez ces mots ce sont des leçons de vie qu’ils vous offrent. Tous vous envoient leur « aluu », répondez leur par un beau message, d’espoir, de salutation sudiste, de félicitation, de respect, ils sont jeunes et pourtant ils ont déjà compris le prix de la vie.

Ps : de loin tous mes copains chasseurs marquent un arrêt sur image pour constater l’évolution du chantier

 

 

 

1ère nuit sans nuit!

25 juillet 2018

La nuit ne fût pas si simple que ça, l’équipe des 6 a dû s’adapter au
décalage horaire et surtout au jour en continue. Mais la vie est trop
courte pour se plaindre alors à 7h tapante nous étions autour d’un bol
fumant où chacun racontait sa première nuit polaire. Froid, humidité, sol
un peu cabossé, dormir sous tipi sur un sol en permanence gelé est déjà une
sacrée « aventure »! Le temps nous est compté alors il faut s’organiser
pour ne pas perdre la moindre minute. Chacun va avoir son rôle, les plus
agiles seront en haut des échelles, les autres au sol mais chacun doit
donner son maximum pour la restauration de la maison bleue. Audrey n’est
pas très bien, elle réalise à quel point la vie ici est compliquée, pas de
routes, pas de sentiers, tout déplacement lui demande un effort surhumain…
Alors ce matin elle craque mais retrouve le moral après une bonne grasse matinée!
Tout d’abord, il faut donner quelques coups de marteau pour renfoncer les
clous qui au fil des décennies sont sortis doucement. Puis c’est le passage
du primaire, recommandé par le magasin d’Ilulissat. Le produit est un
saturateur de bois qui le protège. A notre grande surprise, à 14h la maison
en totalité était imprégnée. Puis en gardant l’ordre de progression, les
embrasures des fenêtres et les refends du toit prennent leur couche de
blanc.  Le moment tellement attendu est arrivé; c’est l’essai de la
couleur définitive, qui est bleue glace. L’essai est concluant, la couleur plait à tous.

A 16h je libère tout ce petit monde pour leur première douche depuis leur arrivée!

L’humour, la joie, les blagounettes vont bon train. L’explosion des icebergs qui se brisent donne toujours le
tempo, comment ne pas être contemplatif devant un décor si puissant… Ce
soir je me mets en cuisine, les jeunes qui ont passés la journée au grand air
ont faim. Pas d’écran, de bip téléphonique, eux et le silence. Tout en
mangeant je garde toujours un œil attentif au large, je m’en doutais ! Dame
baleine est venue leur souhaiter bon appétit !!! Quelle joie de voir leur
bonheur, leur étonnement!

Cancer, accident, maladie à la con, tous ont résisté, tous ont survécu… Vive la vie!
 Toute l’équipe va pour le mieux et envoie un grand et doux « aluu » à leurs
proches…
C’est qu’ils en auront des choses à vous raconter en rentrant…