Description d’un Cabochard selon Dume Benassi…

7 mars 2011
Quelques jours avant notre balade océanique... Photo AFP

Quelques jours avant notre balade océanique... Photo AFP

Mon deuxième livre est en gestation! Ayeltgnu, l’aventure à cloche pied.

Un livre d’aventure bien-sûr, mais comme le premier j’ai récolté des témoignages de personnes que j’ai croisées. Déjà j’avais laissé libre cours à 18 témoins de mon bout de vie ; sur le deuxième aucun du premier, normal ! Une exception qui confirme la règle, Dominique Benassi dit Dumé.

Après notre « ramage », nos routes se sont décroisées, une déchirure, un sentiment de perdre un frère. Pendant 18 mois avant de partir nous nous sommes entrainés comme des gladiateurs. Il m’a mis des épreuves que j’ai réussi à vaincre et je lui ai donné sans réserve tout ce que la mer m’avait appris.

Pendant ces semaines d’entraînement je l’ai testé jusqu’au seuil du supportable. Il savait que c’était une sorte de rite, si l’on partait il fallait que ce soit parfait. L’histoire nous récompensa de tellement de sacrifices.

A ses côtés j’ai énormément appris, notre parcours est similaire et comme l’enfant devant le maître j’ai tout noté, tout appris par cœur. Déjà 5 ans et même si nous avons bifurqué de route dans toutes mes aventures la rare personne qui a mes coordonnées satellite c’est Dumé.

Il a écrit un témoignage que je trouve parfait, il connait mes qualités mais surtout a eu le temps de décortiquer mes défauts et ils sont légions…

Si j’étais chanteur c’est moi qui aurai chanté ceci :

Toi le frère que je n’aurais jamais
Je suis moins seul de t’avoir fait
Pour un instant, pour une fille
Je t’ai dérangé, tu me pardonnes
Ici quand tout vous abandonne
On se fabrique une famille …

Témoignage de Dumé

Chaque écrit entraîne son auteur dans un projet qu’il découvre en cours de route. Qu’il me soit permis ici d’écrire quelques mots sur le personnage. Il me sera, plus facile de parler et de témoigner sur le coté obscure de Frank, car cela sera très bref !!!

Je suppose que les autres témoignages seront pleins d’éloges, de reconnaissances, les uns aussi sincères que les autres d’ailleurs.

Si l’adage est de travailler sur son coté obscure, et de cacher sa lumière, Frank délivre et se livre, comme un petit garçon qui vient de découvrir que le père noël existe depuis des années (d’ailleurs si le père noël rigole sur son traîneau c’est parce ce n’est pas lui qui paie les cadeaux !) Et qu’il vient de découvrir le plus beau des présents que la vie peut lui offrir… Celle du partage.

Tant de peine et de joie, qu’il faut gérer pour extraire de la bonté, qu’est ce que la bonté si ce n’est le serpent qui devient fourmis, et les ténèbres lumineuses. De la sérénité, qu’est ce que la sérénité,  si ce n’est qu’il est bon de ne rien faire quand tout s’agite autour de soi. Cet homme dérange et ne peut être compris de toutes les oreilles.

Quand on revient d’un long voyage, comme le Yukon on ne peut être  insensible à Mère nature ; La vraie question à se poser est certainement qu’elle extrait de nous ce que nous avons enfoui au plus profond, au lieu d’imaginer que nous sommes de pauvres vagabonds victimes de leurs destins, la nature nous fait prendre conscience que nous sommes des diamants qui ont oublié leur véritable nature.

Nous devons concevoir que Frank est  le point de départ et débordant d’énergie, remplit d’amours et d’idées créatrices (Bout de Vie entre autre) Mais faire passer des messages à ces semblables reste un défi de tous les temps.

Certains le trouveront acerbe, orgueilleux, moqueur, insuffisant, imbu de sa personne, arrogant, petit, mesquin, mauvais père, arriviste, opportuniste, infecte… il faut laisser le temps aux gens de s’émanciper , de murir, n’est ce pas là les qualités d’un homme pour faire face aux pires tempêtes tropicales en Atlantique, au blizzard du pôle Nord et du Groenland, au manque d’oxygène des volcans d’Argentine, au Yukon sachant qu’il vaut mieux manger qu’être mangé.

Il faut connaitre tout ca pour faire face  à ses propres peurs, quand la nature crée un homme éminent en un domaine elle ne le crée généralement pas seul, pour qu’il puisse profiter des talents et de l’émulation des autres.

Chacun a sa propre vérité, Frank reste fidèle à ses conviction, loyal envers ceux qui lui font confiance, et offre le meilleur de lui-même, à ceux qui l’aiment ; si la différence est un magnifique éloge de la vie, l’existence propose de multiples possibilités, dès lors qu’on accepte sa différence et qu’on nourrit son enthousiasme chaque jour est un miracle.

Alors suivez le guide !

Dominique Benassi répond!

27 avril 2010

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Dominique Benassi dit Dume je vais tenter une  présentation :

Né au Maroc il retourne en Corse avec ses parents alors qu’il est encore enfant, il découvre  son île et ses paradoxes : les gens parlent plus le français que la langue Corse ! Là bas en Afrique du nord l’arabe et le corse étaient ses langues , après avoir exercé plusieurs métiers il rejoint les pompiers de Bastia. En 1988 une balle de fusil de chasse lui explose le genou et devient amputé fémorale de la jambe droite. Sa vie bascule ! Non pas dans la détresse mais dans la lumière, il décide de se mettre au sport et découvre le triathlon, dans cette discipline il retrouve toute la polyvalence qu’il avait chez les pompiers. Mais voilà on décide pour lui que ce sport ne peut être praticable avec une jambe en moins, pendant des années il s’entraine sans rechigner et jamais n’a le droit de prendre part au course avec les « normaux », au triathlon de Nice comme il n’est pas admis il fait quand même la course mais sans prendre le départ et encore moins passer la ligne d’arrivée, un américain champion du monde en élite le remarque et l’histoire peut enfin commencer ; il est invité au États Unis et obtient son premier titre de champion du monde de triathlon catégorie « Handicap » et non handisport !

Depuis il a obtenu 11 titres de champion du monde et est devenu président de la ligue Corse de la FFT. Ce n’est pas pour autant qu’on le reconnait athlète de haut niveau et EDF qui l’a engagé ne veut rien savoir sur ce statut qui lui simplifierait bien des choses… En 2001 on s’est rencontré on était tout les deux amputés et en plein divorce, une belle histoire d’amitié, de fil en aiguille on s’est découvert avec toutes nos différences mais aussi beaucoup de ressemblance.

Je décide de créer Bout de vie et tant bien que mal il suit et notre route croise celle d’un drôle de breton de Molène Joseph Le Guen qui nous met la puce à l’oreille et nous traversons l’Atlantique à la rame, une première mondiale, 22 mois de préparation où nous avons vécu 6 jours sur 7 ensemble puis 54 jours à pleurer, euh pardon à ramer et puis la vie nous a fait prendre des chemins différents, il continue le triathlon et moi les aventures, il décide de faire son bout de vie mais l’âme est marquée au fer rouge et quand on se retrouve, une trame, une vibration, une cicatrice fait que nous savons plus que tout que nous sommes frangins de vie. Même si nos routes sont différentes personnes et aucun évènement ne pourra délier cette fraternité choisie.

Avant de partir sur le fleuve Yukon on ne pouvait pas ne pas se voir, se confier, s’observer, deux frangins que la vie à un peu bastonner et si la violence nous a effleuré elle en n’aura laissé que de fades traces. Nous savons que notre rencontre fut un des plus beau cadeau de nos vies, quand on est ensemble on est comme des gosses que rien n’arrête . Une anecdote parmi une infinité :

Un soir , nous sommes les invités d’une soirée très mondaine dans une villa de luxe de l’extrême sud de la Corse, grand champion, chanteur et top modèle sont là pour recevoir les deux « frangins », alors que nous pénétrions dans ce palais aux milles et une nuit une des personnes nous demande comment nous avons été amputés, Dumé avec son œil malicieux lui rétorque, moi c’est est une balle à bout portant et Frank pendant la guerre du Liban !!! La tête de notre hôte fut plus blanche que les neiges Himalayennes et encore maintenant nous nous demandons comment nous n’avons pas explosé de rire ! De vrais sales gosses !!!

Dumé m’a fait le plaisir de passer deux jours avec moi, j’en avais besoin juste avant mon départ pour ces mois de solitude. J’ai eu l’idée de lui faire un interview express…

Proverbe qu’aime bien Dumé:

A vitafatta di scala, à quandu si colla à quandu si falla

(la vie est faîte d’escalier, des fois tu montes des fois tu descends)