Avant de partir …

10 septembre 2017
 
Comme par recueillement, une troupe de baleines est venue ce matin au lieu même où hier, l’une de leurs sœurs fut dépecée. Un moment qui m’a glacé le dos, comme si elles venaient lui rendre hommage. Les hommes, la nature, la cohabitation n’est pas toujours si simple. Vivre ou survivre disait la chanson de Balavoine…
 
Dernière journée entière à Oqaatsut, demain je vais commencer ma migration vers le sud. Mon kayak m’a demandé toute mon attention, dessalé, contrôlé et surtout remis en état, il passera l’hiver ici.  Je suis un peu triste de laisser mon compagnon de baroude là, mais je crois que c’est sa place, il porte un nom Groenlandais, c’est dire s’il est fait pour vivre sur cette terre de glace et de rêve. Le bateau que j’ai mis à terre hier a besoin d’un dernier petit boulot de finition. Son armateur n’est pas encore au courant, mais je sais que mes deux coups de sika et quelques vis en inox ne seront pas de trop. Mais le vent d’est (kangia) est violent, mes mains, une fois de plus, semblent vouloir tomber. Concentré, j’arrive à finir mais pas sûr que le mastic ne tire avec cette température négative.
 
Sur le retour vers la maison, les 4 gosses du village jouent au ballon en se moquant du froid, je me sens vraiment délicat, une vraie chochote en vadrouille
polaire ! Alors je bricole, je range, le vent se renforce, je me dis qu’aujourd’hui à part deux bourrasques, il ne se passera pas grand-chose. Mais ici, chaque jour c’est différent. Déjà, Steen and brother ramènent chacun de leur côté, un renne, puis un phoque. Le vent fort pour eux c’est un truc à touristes, ok, je m’incline. Mais ce n’est pas fini, trois petit bateaux flambants neufs tentent de s’amarrer non sans difficulté au ponton flottant. Tous équipés de combinaisons fluos, je me demande quelle sorte d’estivants cela peut-être par ce temps d’ours polaire. Par deux, ils partent en éventail dans le village, c’est midi, j’ai autre chose à faire que de « curioser » ! Mais on tape à la porte, oh non, encore des photographes de slip au vent ! Mais pas du tout, ils me parlent en groenlandais malgré leur aspect scandinave. Par ce froid, je les fais rentrer, à noter que je suis en t-shirt, et cela a de l’importance, vous allez comprendre bientôt. Jeunes, ils habitent depuis peu à Ilulissat, ils sont tous les deux suédois et ont une mission sur la côte nord-ouest du Groenland. Je leur demande s’ils sont scientifiques, s’ils font un sondage, s’ils viennent s’informer sur la reproduction des chiens de traineau, s’ils veulent faire une interview de la seule mascotte à mauvais caractère qui
squatte le bled… Et ben non, rien de tout ça ! Ils me font remarquer que j’ai autour du cou la croix en bois symbolisant le Christ. Là, je leur coupe la parole, je ne suis pas du tout chrétien pratiquant, ce talisman m’est remis comme un rituel par «mon» Dume avant chaque expédition, ma religion est la liberté. Je ne comprends plus rien du tout. Deux touristes débarquent dans la cabane et me disent que je porte la croix : mais je deviens dingue, ou quoi ! Puis de leur cartable, ils me sortent un prospectus en groenlandais. Tilt, j’ai compris ce sont des prêcheurs témoins de Jehova. Incroyable, à 400km au nord du cercle polaire, là où quand t’es une baleine ou un phoque, t’as intérêt à avoir un gilet pare-balle et un casque lourd. Ici, où quand tu t’appelle Rodolphe et que t’es copain du père Noël, tu vas finir en ragout de renne. Alors, je les fais assoir et leur offre l’hospitalité. Ils me parlent de religion, je leur cause d’amour, ils me parlent de Dieu, je leur explique le vent, le froid, la solitude, ils m’invoquent le Christ, je leur décris les qivitoqs. Puis je me lance : la liberté, la religion qui tue, quand on croit c’est que l’on n’est pas sûr, dans la vie il ne faut pas croire, croire c’est les doutes et la vie se vit
sans doute. Ils ne causent plus, me demandent si j’ai un site internet, si j’ai écrit des bouquins. Ils sont choqués, je leur demande s’ils veulent manger avec moi, mais ils doivent reprendre leur mission. Sur le pas de la porte, avec un beau sourire, je leur lance, vous venez de rencontrer un Freeman, ça c’est la vie. Bonne chance…
 
Je reprends ma cuisine, incroyable si loin de tout, j’ai l’impression de retrouver les écrits de l’ancien temps. Hier, des tueurs de baleines sont venus faire leur besogne, aujourd’hui on essaie de me convertir, exactement comme au XVIIIIème siécle.  Il ne manque plus que Knud Rasmussen passe et on sera au complet.
La pluie, le vent, le froid se renforcent. La petite maison est en ordre, Immaqa est en sac, tout est bien protégé, cet hiver sans chauffage, la température sera négative, je sens qu’elle va me manquer, et si je laissai Jo Zef pour la garder ?
A pluche…

Eqqusaq (oursins)

7 septembre 2017
 
Les similitudes avec mon ancienne vie d’ermite aux îles Lavezzi et ici à Oqaatsut est par moment assez déconcertante. Pas trop loin d’Ilulissat comme je l’étais de Bonifacio, le seul frein qui me bloque à me déplacer en ville est le monde et le bruit. Alors, comme un robinson, je dois m’inventer ce qui me manque et dans une grande maison remplie de «vieux trucs», c’est assez facile de se transformer en «Géo Trouvetou». Ma cuillère à soupe bidouillée pour ramasser les oursins ne me convient pas, c’est plutôt un exercice de cirque que de la pêche. alors je m’invente l’outil parfait, trois clous de très grande taille avec un peu de bois et de ficelle seront la recette de la réussite. Ni une ni deux, me voilà de nouveau en mer dans un autre spot, le vent du nord est «kaput», ouf, c’est un invité collant et froid. Euréka, ça marche du tonnerre de Dieu. Encore et toujours, ils sont remplis à bloc et personne ne les ramasse.
 
De retour au port, un Oqaastutois (rires), vient à ma rencontre, il me tend la main pour m’aider à rejoindre le ponton encombré de caisses de pêche et de glace.
Maintenant, tout le village sait que j’ai une patte en moins et que descendre sur un quai givré pourrait me voir en mode «brasse coulée». Pour ici, ce geste est énorme, je me sens de plus en plus intégré, mais je dois rester vigilant pour ne pas commettre d’impair.
 
Mon pot de verre rempli de corail d’oursin, je rejoins la cabane pour un café bien mérité. Je ne veux pas y penser mais le départ est pour bientôt, alors je profite du mieux que je peux. J’ai des bricoles à finir avant de partir, le dernier chantier est de retrouver les portes des pièces et de les remettre en place, je ne suis pas sûr qu’un autre hiver dehors leur ferait du bien. Toujours dans les restes de la maison, une ponceuse électrique semble m’attendre mais je n’ai pas d’électricité. En face à quelques pas, Sigvard et Ole restaurent la maison communale, je vais leur squatter la rallonge. A leurs côtés, je ponce, gratte et huile les serrures, les gars sont devenus ouverts, ils essaient de m’apprendre des mots groenlandais mais que c’est dur. Hier au repas, je leur avais offert les casquettes que Karin m’avait ramenées de Corse, c’est trop drôle de les voir porter les emblèmes du port de Pianottoli, et en plus ils en sont fiers ! La journée se passe à merveille, le vent est nul et un semblant de chaleur me décongèle. Ole, lui, va rester une grande partie de la journée en T-shirt. Et dire qu’on dit de moi que je ne suis pas frileux !
 
Vers 16h, un gros bateau brise le silence. De je ne sais où, un groupe de 10 photographes envahit le hameau. Je suis curieux de voir la réaction des villageois. En un claquement de doigt, les sourires disparaissent, les objectifs visent tous les angles, aucun pingouin ne dit bonjour, j’ai l’impression de les voir dans un zoo. J’essaie de me mettre à la place de mes copains, ils sont pacifistes comme personne au monde, même le Daï-Lama paraîtrait pour un casseur en comparaison d’eux ! Ils ne disent rien alors qu’en face, ça canarde à tout va sans même les calculer. Il est 16h30, j’ai l’excuse du «goûter» et moi aussi je m’échappe. Mais de ma fenêtre, ce n’est plus un iceberg que je vois mais une vieille taupe qui prend en photo mon slip usé qui sèche. Là, le fil bleu touche le fil rouge, je ne suis pas eskimo donc je peux. Jo Zef se bouche les oreilles, virée la british, au moins elle aura un truc à raconter en cochant le pays qu’elle viendra de visiter. Et dire que je vais retrouver les mêmes dans quelques jours mais au multiple mille. Leurs cartes HD pleines, ils repartent sur leur bateau vers un autre zoo ou jardin d’acclimatation, les pôvres, ils me font vraiment de la peine…
 
Le village reprend son calme, un copain passe me voir juste pour m’offrir un sourire, je crois que mon coup de Trafalgar l’a bien fait rire… Avant le diner, je vais refaire un tour pour deux ou  trois oursins, c’est vrai qu’ils sont bons.
 
A pluche…

Invités de marque

6 septembre 2017
 
Malgré les -5° de ce matin, l’appel du large est plus fort que tout, pourtant le souffle du nord me demande beaucoup de courage pour sortir de la maison si bien protégée de l’avannaa (vent du nord). Seul au monde, je me régale, la houle est dans le sens du blizzard mais mon sillage me mène vers un fjord plus ou moins protégé. Des icebergs vont me servir de brises-clapot naturels, derrière je n’aurai qu’à dérouler ma ligne à morue pour faire les courses. Les premières prises sont trop petites mais la troisième sera la bonne. C’est fou comme ça peut-être facile ici de remonter du poisson !
 
Dans une échancrure en face de mon étrave, la mer est complètement plate, c’est là où je vais me servir en oursins. Mais une autre surprise m’attend, la mer commence à geler ! Des plaques de glace ressemblant à des nénuphars se forment tranquillement. En coupant le moteur, un gazouillis se fait entendre, l’océan Arctique commence à se figer. Comme un gosse devant un parc d’attractions, je suis aux anges, la vie ici est fantastique, jamais une journée n’est égale à l’autre. Pendant une bonne heure, je suis au milieu de ce décor si peu banal pour le méditerranéen que je suis. Puis je reprends mes esprits, la cueillette des oursins est au programme du jour. Hélas, je n’ai pas de griffe à oursins mais avec une cuillère à soupe bricolée, fixée au bout d’une longue perche, j’arrive à remonter quelques spécimens. En Corse en hiver quand la saison est ouverte, le froid m’a quelquefois demandé beaucoup de détermination mais ici, tout en ayant les mains dans l’eau depuis plus de deux heures, je ne souffre pas du tout. Je réalise à quel point le corps peut si rapidement s’adapter. Chaque pièce est remplie à bloc, je n’ai jamais vu ça et le gout est vraiment identique aux oursins que je connais chez moi.
 
Le vent se renforce, il est temps de rentrer. Au petit ponton flottant, où tout le monde s’amarre de manière anarchique, le bateau d’Ole accompagné de Siiva est là. Ce sont les charpentiers qui retapent le toit de la maison communale. M’entendant arriver, ils m’invitent au kaffemik, au chaud dans leur vedette. C’est l’heure du «spuntinu», pain, beurre, fromage et charcuterie avec des litres de café pour prendre de
l’énergie, on ne rigole pas avec le casse-croute, Jo Zef le confirme !
 
Avant de partir, je leur rappelle que pour le déjeuner ils seront mes hôtes et que c’est pour eux que j’ai fait les «courses». A midi pétante, ils rentrent à l’abri du vent qui s’est renforcé. Au menu, omelette d’oursins et morue à la provençale. Bien qu’en chantier, le coin repas est sympa et avec un peu de chance, j’ai réussi à me procurer du coulis de tomate et de l’ail. Au moment d’attaquer les hostilités, on frappe à la porte, Julien est de passage, pas de souci, je rajoute une gamelle. Dans la bonne humeur, nous papotons dans un anglo-groenlandais un peu charabia. Voilà comment se passe la vie à 400 km au nord du cercle polaire dans un petit village de 42 eskimos bien sympas…
 
A pluche

Comme un rêve les yeux ouverts

5 septembre 2017

Ceci n’est pas une photo de Frank mais un cliché d’illustration trouvé sur le net.

 
J’avais déjà 29 ans quand je découvrais les joies de la lecture, mon premier livre était le Petit Prince. Je ne sais pas si c’était d’avoir renoncé à la vie que j’avais à cette époque mais le fait d’avoir largué les amarres m’avait rendu encore plus à fleur de peau que je ne l’étais et la lecture des écrits de St Exupéry m’avait énormément ému. Le Petit Prince, c’était moi, celui qui posait de drôles de questions, celui qui remettait les hommes à leur juste place et cette dernière nuit fut comme un conte d’enfant grandeur nature…
 
Il était une fois, un homme solitaire qui vivait dans une cabane près du Pôle Nord. Tous les soirs, il dessinait des fleurs et des arbres, car là où il était ce n’était que glace, blizzard et rien ne pouvait y pousser. En fin d’été, les premières nuits rendaient encore plus glacials les alentours de sa chaumière mais curieux comme un jeune enfant, en plein milieu d’une nuit très noire, il eut envie de sortir chercher son étoile. La lune était quasiment pleine et les étoiles profitaient d’un fort vent du nord pour scintiller, mais quelque chose d’encore plus surprenant le faisait vaciller. Là-haut, tout près des anges, un rideau de lumière l’hypnotisait…
 
Cette nuit, vers 2h30, quelque chose m’a attiré dehors, pas de pierre à rajouter aux abords de ma tente, pas de kayak à remonter pour cause de forte marée ou de houle violente, juste une envie de voir la nuit polaire. Soudain devant moi, dans mon nord-ouest, un rideau de lumière semblait tomber du ciel, une douche de lueur, une aurore boréale m’offrait son spectacle. Je ne sais quoi vous dire, j’étais figé sans voix, un miracle de la vie m’était offert. Je ne sais plus combien de temps je suis resté dehors mais ce moment restera gravé jusqu’à la fin de mes jours. Bien sûr, j’ai longuement cogité à un vœu, j’en suis certain, il se réalisera. Ma vie de baroude m’a fait vivre des moments forts, des levers et des couchers de soleil, j’en ai vu des extraordinaires, mais là, c’était un rêve les yeux ouverts.
 
Tous les peuples boréaux ont leurs légendes sur ce phénomène naturel, alors pourquoi ne pas créer le mien ! Ce rideau de lumière est un voile magique, seuls les rêveurs et les fous de liberté peuvent le voir, si quelqu’un veut s’en imprégner, il doit jeter son manteau d’adulte morose et calculateur pour être enfin libre, ce qui lui fera voir l’invisible…
 
Voilà une légende de plus, mais celle là, c’est la mienne : made in cabane !
Un autre mystère vient d’être élucidé, depuis ce matin j’étais à la recherche des cures dents en bois, j’ai trouvé le voleur. Jo Zef, en douce, est en train de faire des petites croix pour tous les moustiques qui sont en train de mourir de froid. -5° au réveil ce matin !

Maçon du grand Nord!

3 septembre 2017
 
Tiens, la cloche tinte à tout rompre, les chiens se prennent pour des enfants de choeur, ils hurlent à se briser les cordes vocales, c’est bien dimanche, au petit village d’Oqaatsut. Le ciel gris et le froid ne m’incitent pas à la flânerie océane. Sur un bout de papier, j’ai commencé à établir la liste des choses qu’il faudra me procurer pour le prochain été, la maison
est un chantier et il y a du travail sérieux pour la transformer en cabane polaire.
 
Une vieille combinaison bleue est à ma taille et me voilà en maçon du grand nord. Gamin, je n’aurai jamais pu croire un seul instant qu’un jour je ferai des raccords de plâtre au Groenland. Maçon dès mon plus jeune âge, j’ai doucement pris le chemin de l’horizon de la liberté, mais régulièrement, une truelle m’a donné l’envie de reprendre du service. Au 4 coins de la planète, un carrelage, un mur, une dalle, m’ont stoppé quelques temps. A Psara en mer Egée, j’avais aidé un vieux berger grec à couler une dalle, aux USA et en Turquie, j’avais collé quelques carreaux, en Suisse, en
Italie aussi, maintenant c’est au pays de Nanoq. La maison est âgée mais de très bonne qualité, bien que jamais une seule fois, du travail de maintenance n’ait été réalisé.
 
Comme vous le savez, cette demeure aura pour but d’être le camp de base pour des amputés de l’association Bout de vie, mais il faut un minimum pour que des personnes puissent y poser la prothèse. A Ilulissat, 30’ en bateau par beau temps, il y a pas mal de matériel mais ici, tout arrive par cargo et les conditions de mer entre le Danemark et la baie de Disko sont très difficiles. La moindre lambourde, le simple sac de plâtre devront affronter les tempêtes de la mer du Nord et le prix s’en ressent. Tout est à multiplier par 3, en étant chanceux de le trouver, donc j’établis un devis. En rentrant en France, une lourde tâche, bien plus délicate qu’un angle de plâtre, sera de trouver des mécènes qui voudront s’investir à l’habilitation de la cabane. Jusqu’à présent, Bout de vie a su offrir des projets les plus fous et à chaque fois cela a marché, je fais confiance à la vie, je sais que ça marchera aussi, d’ailleurs je compte sur
vous. Avec le peu d’outils trouvés sur place, je m’improvise plâtrier. La dernière fois, en raccompagnant Karin à l’aéroport, j’avais réussi à trouver deux sacs de plâtre et doucement je rafistole au son de la radio groenlandaise, toutes les fissures et angles cassés.
 
Mais mon oreille est attentive, les chiens hurlent encore une fois, ce n’est plus l’heure de la messe pourtant. Sur le petit ponton, du monde est affairé, les femmes
prennent des photos, je suis trop curieux j’y vais. Aluu, aluu ; tout le village est là, un petit bateau revient de la chasse, un carnage est étendu dans le fond de la vedette, un caribou vient de se faire dépecer. Pas de photo du tableau de chasse, certains me demanderaient encore pourquoi j’ai diffusé cette photo. La bête, bien qu’en pièce détachée, est immense. Rien que par ses bois et ses sabots, cela devrait être un sacré bestiau. Ici être mammifère peut être dangereux, très dangereux !!!
 
Mon travail m’attend, le chef de chantier ne rigole pas ici, je me demande si je ne vais pas suivre la mode eskimo en le dépeçant aussi : Jo Zef range le flingue, je plaisante ! Donc, mon dimanche se poursuit tranquillement, le fameux iceberg en forme de taureau, présent depuis un bon moment, vient d’exploser, adios amigos, des glaçons apéros sont déversés sur la berge.
 
Si vous avez des idées pour aider à restaurer la maison Bout de vie du Groenland, vos avis seront écoutés. Envoi de matos par container, par bateau privé, visite à vos frais à la cabane les bras chargés, bref tout sera étudié…
A pluche

Les baleines de la baie de Disko

30 août 2017
 

Aller et retour polaire!

25 août 2017
 

Avant départ

18 août 2017
 
C’est bien connu, à partir du 15 août ça se rafraîchit. On peut vous le confirmer, ici c’est déjà le début de l’automne. Le thermomètre décolle à peine du 0°, un vrai calvaire pour les «pôvres» moustiques qui tentent la
résistance, mais leur bataille sent la déroute ! La cabane est chauffée et tout est sec, ce qui change de ma vie de vagabond. Jusqu’à présent, le soir en tente, après une journée humide, le couchage avait le confort d’une belle pataugeoire! La pluie qui est assez rare en cette zone n’a pas cessé depuis plus de 24h, mais il en faut plus pour nous décourager. L’océan Arctique doit avoir une sorte d’aimant pour les nomades rêveurs.
 
Le kayak confié à Karin doit être testé. Les réglages, bien que basiques, demandent sérieux et précision. Le gilet sera obligatoire, bien moins stable que le Nautiraid, un chavirement serait fatal. Le golfe est d’huile, le plafond bas rend le silence encore plus lourd, plus puissant. Nous glissons sans bruit sur l’eau, la mer cristalline nous permet une observation détaillée des fonds. Oursins, holothuries, étoiles de mer, morues, tout est sous nos yeux à portée de pelle. Là-bas au fond de la baie, un torrent se jette avec force dans l’océan, c’est un endroit connu pour son eau limpide. Karin ouvre la marche, cela fait 2 mois qu’elle n’a plus pagayé, elle doit trouver son rythme. De mon côté Immaqa est complètement vidé de tout son matériel et il me semble aussi léger qu’une plume. Entre averses et accalmies, nous progressons mais le froid est intense, nous obligeant au port de gants étanches. Depuis une semaine, je m’étais transformé en fée de cabane, pour rendre la maison supportable mais cet appel du large me rend serein avec une folle envie de nouveau départ.
 
Une belle dalle plate reçoit nos embarcations, ce qui facilite le débarquement. L’eau ici, est à profusion alors qu’en bas dans le sud la sécheresse dévaste les maquis méditerranéens. Bien qu’abondante, ici c’est compliqué de l’utiliser, personne ne peut laver, rincer son matériel, tirer la chasse, faire couler un bain ou remplir une piscine. L’eau reprend sa vraie valeur. Ici, au pays d’apustiaq (flocon de neige), il faut, soit faire fondre des bouts d’icebergs, soit aller chercher son bidon d’eau au distributeur communal ou être à portée d’un torrent facile d’accès en bateau. Donc, nous remplissons nos bouteilles et un jerrican pliable, ce qui nous désaltérera pour quelques jours. Le retour est aussi polaire, mais la beauté du lieu nous kidnappe l’envie de nous plaindre, gémir ici, c’est une offense à la vie. De retour à la cabane, nous concluons que le test est positif.
 
Demain, nous chargerons nos kayaks pour une balade de quelques jours à la recherche de belles baleines. La balise sera activée, ce qui vous permettra de nous suivre à la trace, pas à pas.
 
PS : Jo Zef et Norra se sont gentiment proposés de garder la cabane. La mascotte retient que de belles casquettes (que je porte en photo), nous ont été envoyées de Corse, mais pas une à sa taille, là il boude !!!

Retrouvailles

17 août 2017

Depuis une semaine, la cabane est en transformation, en grand nettoyage estival… Il n’y a pas d’histoire sans fin, sans début, sans rire, sans inquiétude. La vie est une croisière où l’on se croise et depuis plus de 2 ans, j’ai croisé la route d’une belle plongeuse professionnelle qui est devenue ma compagne de vie. Elle là-bas, moi ici dans mon rêve polaire. Il est difficile de vivre par intérim une histoire engagée, qu’est une expédition en solitaire. Sur zone, on gère tant bien que mal, mais loin derrière son écran, le quotidien est inquiétude et questions.
 
Depuis hier, Karin a fait le voyage pour poser son sac, ici à Oqaatsut. Il nous semble que cela fait une éternité que nous ne nous sommes pas vus, mais pourtant, c’était hier que je la voyais partir d’Ata, me laissant face à une immense montagne à gravir. Mes peurs, je les ai contrôlées plus ou moins, mais elle, là-bas dans le brasier Corse, elle a tremblé pour le dingue de liberté, pour le fou de nouvel horizon. Un Freeman ne peut être enfermé par des raisonnements et des principes. Comment expliquer mon choix de vie, comment lui raconter les silences, comment lui offrir la Grande iberté ? Une manière simple pourtant, est à mes yeux la seule solution : partir avec elle pour quelques jours de mer loin du village. Quitter le confort du poêle à
pétrole qui chauffe et assèche la cabane, loin du «facile», pour une prise de contact forte et immédiate avec la nature si immense ici.
 
Aujourd’hui, l’hiver semble vouloir nous tester, juste derrière les berges du golfe, les premiers flocons saupoudrent les cimes, un petit 2° est à l’affiche de la fenêtre en bois. Une pluie fine, un crachin breton, emmitouflent nos pas dans une toundra qui a souffert de sécheresse. Pour la première fois dans
l’histoire du Groenland, au sud d’ici, un feu de toundra a ravagé plusieurs hectares, chose extrêmement rare à cette latitude boréale. Plutôt que de rester enfermés, nous sommes allés à la cueillette du dîner. Les bolets sont
à portée de main, de grosses myrtilles nous régalent le palais et le thé du Labrador abonde pour un quatre heures aux petits biscuits. Puis, en bordure de mer, grâce au vent du Sud, nous avons récolté assez de morceaux d’iceberg pour l’eau de table…
 
Le kayak de Karin, Apustiaq est resté en Corse mais gentiment Quentin, le gérant de l’agence de voyage 66° Nord, spécialisée en voyage en région polaire, lui a prêté un de ses kayaks. En retour, nous avons une lourde tâche, il faudra baptiser cette nouvelle embarcation qui va rester ici au Groenland…
 
La tournée du village est simple. Je sens les habitants ravis de me voir enfin accompagné. Ici l’enthousiasme latin n’est pas de mise mais les poignées de main ont été très cordiales, ce qui démontre une super intégration. Réglage fini sur le kayak, nous retournons au chaud, laissant dehors notre escorte de «motoneiges» sur pattes, qui a profité de notre balade pour se rouler dans toutes les plus belles flaques de boues qui se présentaient à elle !
 
Jo Zef et Norra ont décidé eux, de rester garder la cabane !!!

Pilluarit Bertheline

15 août 2017
 
 
Encore debout de bonne heure et de bonheur, le soleil est en excès de zèle, 24 heures sur 24 il inonde le petit village. Loin là-bas, un semblant de stade où 3 jeunes jouent au football, c’est rare chez nous une partie de foot à 6h du mat ! Quand on a la tête dure, c’est difficile d’en changer en claquant des doigts, je me suis mis une liste de boulot à faire au mieux avant que Karin n’arrive et je me fais un honneur de la respecter. Ici, c’est le système D qui est le seul moyen de réparer la vieille mais belle cabane. Ce matin, je dois remettre une partie du shingle qui a été arraché par une vilaine tempête, les feuilles de goudron pendent lamentablement et je dois jouer le funambule à cloche pied pour que tout rentre dans l’ordre. La grande échelle est mon exercice de cirque mais au final, une belle victoire avec une toiture nickel prête à affronter les froids hivernaux qui vont très vite arriver. Plus rassuré que là haut sur mon échelle de pompier, je décloue les anciennes plinthes et cornières de la maison, avec un peu d’astuce et de patience, je vais en récupérer un sacré stock.
 
Mais un cortège se dirigeant vers le cimetière me fait arrêter ma besogne. La moitié du village silencieusement se rend au « campu santu », je préfère le mot en Corse, il est plus significatif pour moi que cimetière. Au retour, quelques uns m’informent qu’à 13h je suis invité chez Bertheline l’une des doyennes du village pour y fêter ses 75 ans. Elle-même viendra me voir pour m’inviter, je me lance avec un pilluarit (félicitations, prononcé : pichouarit) qui la fera bien rire. En fait, elle et la famille allaient rendre hommage à son feu mari disparu. Pour être de cérémonie, je suis allé à la douche communale et mis un pull tout propre, un minimum, non !
 
Devant la maison, beaucoup de monde endimanché. Je suis un peu sur ma réserve, je ne connais quasiment personne et mon niveau en langue groenlandaise est plus que misérable. Une broderie magnifique ainsi qu’un décor de fleurs en plastique ornent la porte d’entrée. Une quantité indescriptible de chaussures dans le sas d’entrée me confirme que la maison est archi pleine, ici pour rentrer dans une demeure il faut se déchausser.  Tout le monde sourit, parle mais tout en silence, le buffet est garni d’une quantité de nourriture incroyable. Mais la table ne comporte que 6 chaises, coutume locale, chacun son tour mange quelques bricoles et laisse sa place, un jeu de chaises que je trouve d’une convivialité énorme. A un moment, l’un des plus jeunes entonne une chanson pour la fêter, tous le monde se lève et reprend cette aubade de cérémonie.
 
Entre vous et moi, je me sens bien, à l’aise même si l’échange est compliqué, puis Bertheline vient s’asseoir à mes côtés, je suis pieds nus et bien sûr, elle voit mon bout de plastique, alors par jeu, je retire ma prothèse et lui mets dans les mains. Tout le monde explose de rire, elle me fait un immense sourire qui me fait chaud au cœur. Les invités se succèdent quand un couple de personnes âgées me sourit, leur petit-fils les accompagne. Mais on se connait ! Il y a quelques jours, quand j’avais fait escale au village abandonné d’Agpat, j’avais rencontré une famille qui m’avait invité pour un café en m’expliquant la vie d’avant. S’il n’y a que les montagnes qui ne se croisent pas, là c’en est encore la preuve. Je les salue avec les mots d’usage, quand soudain le papy vient me serrer la main, une fois de plus je le prends pour une sacrée marque de respect. Après avoir goûté tous les gâteaux, c’est l’usage, non ! Je me retire en lançant un quajanasuaq et Bertheline qui me répond de manière hilare en bon français : Merci beaucoup !
 
Le cœur léger, je retrouve ma cabane et sa liste qui ce soir est quasiment toute cochée. Les icebergs sont toujours aussi majestueux et la vie ici toujours apaisante. Après demain, on ne va plus faire les marioles Jo Zef ! Norra et Karin arrivent enfin, finis la barbe de 6 jours, le pantalon pourri de chez pourri… La cabane, à l’intérieur n’est plus en mode chantier et la crasse est classée au coin des souvenirs…
Encore un beau bout de vie partagé…
A pluche !