Dernier jour…

4 août 2018

Il y a des moments qui restent gravés dans la vie de tout un chacun et hier soir en fait partie. La toute petite église protestante d’Oqaatsut s’est transformée hier en salle initiatique où le chamanisme nous a transporté dans un autre monde. Un groupe d’hommes et de femmes sont venus présenter leurs rites, leurs croyances, leurs origines. Nous étions les témoins d’un moment de grâce. Chant guttural, où le vent de la toundra se fait entendre, où les pas du grand nanoq nous ont fait frissonner, où les aurores boréales nous ont enveloppé de tendresse, où les qivitoqs (esprits malfaisants) sont venus nous conter légende. Nous en sommes sortis bluffés et conquis, les anciens du village nous regardaient en coin, je crois qu’ils nous apprécient…

Ce matin le vent a encore pris de la force, la bise est vraiment forte, autour du poêle à pétrole un petit déjeuner copieux réchauffe ma belle équipe. La pluie omniprésente nous prend en otage alors nous  décidons d’orner le grand mur blanc de quelques étoiles. Nous, les mutilés de la vie nous sommes des lumières filantes rescapées du big bang. Alors chacun a dessiné son étoile avec son verbatim. Encore un bon moment d’émotion et de tendresse.

Puis je dois mer remettre à chercher la solution pour ma cabane qui n’est pas encore électrifiée. Mais ici tout est compliqué… Le responsable de la « technique » parait motivé pour m’aider; il appelle Ilulissat qui bascule à Nuuk la capitale pour revenir à Ilulissat où d’après une dame, ma maison n’existe pas… Mdr ! Ma maison étant à deux pas de la salle communale qui est toujours fermée, je me dis qu’en tirant des rallonges ( ramenées de Corse) je pourrai être sauvé… On me promet que lundi se sera arranger!
Immaqa! (peut-être!)

Pendant mes démarches, les filles se lancent dans la cuisson d’une belle pile de crêpes, avec le froid de canard qu’il fait dehors tout le monde est d’accord pour les engloutir. Nous sommes vendredi et  ce les douches communales seront fermées tout le week end, alors nous en profitons pour un décrassage bien mérité.

En plein milieu du golfe, La Louise, belle goélette du fameux marin Thierry Dubois, est solidement ancrée face au vent qui ne faibli toujours pas. Nous sommes très chanceux; il nous invite à bord pour une visite guidée. Le voilier est tout simplement somptueux, du long de ses 19 mètres il est taillé pour les mers polaires et peut accueillir à son bord 8 invités. Thierry nous parle de son parcours hors norme de régatier. Il a participé à 2 Vendée Globe Challenge et a subi un naufrage à 3000kms au sud de l’Australie tout prês des côtes d’Antarctique. Sa vie est aventures et découverte de nouvelles limites, je sens mes stagiaires très très attentifs, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre des légendes de la mer. Alors que nous parlons de la navigation au Groenland, un grand boum nous interpelle. Mon pote Steen nous appelle, il est sur une embarcation, je n’en crois pas mes yeux! C’est mon petit bateau Ifaraq qu’il vient de récuper sur la berge, mon aussière, par les coups de boutoirs dus au clapot, à cédé ! Il monte à bord avec un grand sourire, les qujanaqsuaq (merci beaucoup) sortent en boucle, le sauveur a été sauvé ! Il est temps de rejoindre la terre ferme, nous échangeons nos contacts, je crois qu’une belle histoire entre La Louise et Bout de vie  est en train de voir le jour…

C’est la dernière soirée de l’équipe, demain matin de très bonne heure ils vont devoir démonter leur camp, à 11h « local time » ils s’envoleront pour rejoindre leur famille. En attendant ce soir ils vont avoir la chance de gouter au mataq (peau et graisse) de narval, foie de phoque cru, ammassat séchés, suivis de la soirée chants chamaniques.

A minuit je reprends la mer pour aller chercher un de mes invités qui va continuer à m’épauler pour la restauration de la maison bleue… Encore une sacrée journée…

Un immense Takuss du bout du monde, on vous envoie de la fraîcheur, du silence et beaucoup de sérénité…

PS : BAPP

En mode machine…

1 août 2018

Ce matin ça pique un peu, le vent est nul il va falloir que le soleil chasse les nuages pour nous réchauffer, à midi grosse canicule 15° à l’ombre ! Si les moustiques perdent un peu de vigueur leur cousins germains sont arrivés les valises pleines de désirs : bouffer de l’estropié! Des milliers de toutes petites mouches qui rentrent dans tous les orifices et qui adorent découper la viande qui leur est offerte, un pur bonheur…. Mais je crois que vous avez bien compris que ces petits détails ne nous touchent que très peu. Ce matin je lance un défi à l’équipe. Puisque le ravalement est totalement fait on va attaquer la peinture de la grande salle qui sert de salon et coin repas. Ange et Rémi vont suivre à la lettre mes consignes, il va falloir aller vite, sans discuter en étant efficace et discipliné. Marion et Elisa sous le contrôle de Patrick auront la tache de badigeonner les portes et Audrey de récurer les caisses de pêche que j’ai trouvé et qui me serviront de tiroir… Une, deux, trois partez! Une merveille de travailler avec ce duo, humour, sérieux et efficacité. De temps à autres la radio groenlandaise nous souffle quelques airs assez fun de musique locale, mais nous restons concentrés. Dehors quelques baleines viennent contrôler les travaux, Jozef veille aussi au grain ! A peine quelques tartines de pain de mie beurrées à midi et nous repartons de plus belle, à 16h la salle est comme neuve. Sol débâché, balayé, lavé au savon et à l’eau chaude, cela est devenu un doux nid qui redonne un bon coup au moral.

Mais comme tous les soirs, nous reprenons les cours. Et oui ici, ce ne sont pas des vacances mais bel et bien de l’apprentissage. Au programme, utilisation d’une carte avec un GPS, fonctionnement d’un téléphone satellite avec la balise de détresse, et plein de trucs et astuces pour survivre en pleine toundra près de rien et loin de tout. Je vous entend marmonner « mais pourquoi » ? Demain, à leur demande, je vais les déposer  en bateau dans le sud du village à environ 15kms près d’un lac.  Seuls, ils devront rejoindre la cabane à pied. La toundra spongieuse va leur offrir un beau cours de vie et comme je le dis en boucle : un souvenir ne s’achète pas, il se vit !!!

A pluche

Ps :BAPP

Froid polaire…

25 juillet 2018

 

Ce matin un froid vivifiant a surpris les travailleurs de la petite cabane. 4° pour les accueillir, le Groenland est une terre de glace et l’été est un moment éphémère qu’il ne vaut mieux ne pas gâcher. Chacun va endosser son rôle de restaurateur en maison en bois. Village dans un coin perdu de la planète, tout est assez compliqué, il faut s’adapter à chaque instant. Pas d’échafaudage, pas de nacelle, ce sera des échelles qui nous permettront de jouer les funambules-peintres !  Les jeunes le savent, ils donnent le meilleur d’eux. La couleur bleue pastelle redonne du cachet à la maison. Du paradis son ancien propriétaire doit être joyeux de voir ces éclopés s’affairant avec autant de cœur. Les mains sont douloureuses, le froid ne les épargne pas. Une pose café nous réchauffe, un échange rapide nous redonne le courage pour continuer. Rémi et Ange-Paul me parlent de leur chéris respectives avec beaucoup d’émotions et d’amour, que c’est beau de voir de si jeunes hommes aussi respectueux et amoureux, cela m’en sale mes yeux de gros dur. Les moignons sont un peu douloureux et tous en cœur ont le même refrain : « la douleur ne nous lâchera jamais, à chaque instant, 24h/24h elle nous accompagne, alors on s’en fout d’avoir mal et tant pis pour elle si on ne s’en occupe pas trop ». Notez ces mots ce sont des leçons de vie qu’ils vous offrent. Tous vous envoient leur « aluu », répondez leur par un beau message, d’espoir, de salutation sudiste, de félicitation, de respect, ils sont jeunes et pourtant ils ont déjà compris le prix de la vie.

Ps : de loin tous mes copains chasseurs marquent un arrêt sur image pour constater l’évolution du chantier

 

 

 

Préparation polaire…

21 juillet 2018

 

Les jours s’égrainent le blues prend moins de place, s’adapter, il faut que je m’adapte. J’ai un boulot de folie, il faut que tous soit organisé avant que l’équipe Bout de vie arrive. Il m’a fallut trouver le bateau et ici c’est vraiment compliqué. Comment expliquer à un gars d’une autre planète tes exigences, qui sont en premier la sécu de mes passagers. Avec douceur, un tonne de patience, si j’en ai ! J’ai réussi ; le bateau est opérationnel. Mais ce n’est que le commencement, la liste des courses est longue, et à chaque fois il me faut prendre la mer, je dirais plutôt m’esquiver aux milieux des glaces. Le voyage demande une attention stricte, mais entre vous et moi cela me fascine de zig zaguer au milieu de ces colosses millénaires. Aujourd’hui la mer était vraiment chargée, le vent du sud-est avait fait des confettis de glace qui par moment m’ont demandé de stopper le moteur pour trouver le bon trou… Ilulissat le port, une fourmilière silencieuse, chasseurs, pêcheurs se côtoient en silence, c’est super de me voir si bien intégré, des corses unijambistes, « y parait que je suis le seul » !!!

Plutôt que des palabres quand des gars me reconnaissent en guise de bonjour, ils haussent les sourcils et la tête avec un grand sourire manquant souvent de dents. Je suis bien au milieu de ces Hommes, quel courage et dire qu’en bas dans le sud les mectons se prennent pour des marins, les pauvres ! Premier rendez-vous la banque, il n’y en a qu’une ! Mon gros couteau de chasse à la taille je pénètre l’office qui n’a pas de sas de sécurité. La dame me sourit et voyant mes joues et mains rougies, elle me propose en premier un café que j’accepte bien volontiers. Incroyable, elle est pied-nue la guichetière ! Quel beau pays !  Bien que petite, la bourgade qui fait office de capital de la côte nord-ouest du Groenland, est grande et il me faut racler de la prothèse pour acheminer mon matos. Stark le gros magasin de construction m’a préparé mes peintures, encore et toujours des sourires. En taxi je fais un premier voyage pour charger le bateau. A côté de mes bidons gît un phoque, je suis le seul à dégainer un appareil photo pour immortaliser la scène, lui il ne l’est pas immortel ! Puis c’est au tour du supermarché pour la nourriture. Ouf les nouilles chinoises sont là ! Mais j’ai un problème je ne trouve pas de grandes casseroles, je capitule on s’en passera ! Encore un voyage en taxi et me voilà prêt. Mais un hamburger local me tente ! A midi ce sera du bœuf musqué avec des frites mayo, et oui l’aventurier se lâche… Mais je suis comme chez moi ma parole ! Kim et Ringo se mettent à côté et on rigole sans pour autant parler la même langue.  C’est bon le bœuf musqué entre ami… Mais il est temps de reprendre la mer, on ne sait jamais comment évolue la glace. Me prenant pour un indien je me faufile pour rejoindre ma petite maison, aujourd’hui pour fêter ça je vais m’offrir une douche bouillante et laver tout mes fringues qui sentent le renard en décomposition… Ce soir, la cabane bleue est presque prête pour recevoir mes stagiaires qui débarqueront lundi, Immaqa !  Ce week-end je vais m’accorder un peu de baroude en solo, au programme découverte de coins paumés, cueillette d’oursin, pêche à la truite arctique et morue … Si une baleine passe sous l’étrave du petit bateau je lui passerai votre bonjour… Question importante, le petit bateau n’a pas de nom. Aidez moi à en trouver un. Jozef me souffle : crêpes ! Pour un bateau je ne trouve pas ça génial.

 Je me demande comment on peut traduire en groenlandais : petit papillon, je me demande !

PS : Yes mes bagages sont arrivés.