Avannaa- Kujataa…

4 avril 2013

Quel vent contraire les copains ! c’est un coup à perdre une jambe !!! Je pédale mais ma tête vagabonde, mon petit camp planqué là-bas entre torrent et maquis m’occupe l’esprit, une manière originale d’envoyer le Grégale* se faire voir. C’est quand même bizarre de toujours vivre en marge de la société, je vous promets je ne me force pas, c’est un équilibre qui me rend serein. Mais en y pensant bien mon quotidien est souvent teinté de solitude choisie et je l’alimente, une alchimie où j’emmagasine beaucoup d’énergie que de temps à autre j’aime partager. Mais en y réfléchissant bien nous y sommes une poignée à vivre de cette manière ! Entre deux rafales j’entends le chant des grenouilles, non pas celles des marais mais du signal de mon portable qui indique un SMS, mais la pensée est plus forte que le virtuel. 70 km après je procède à mes étirements quand je réalise qu’un fournisseur de téléphonie a gagné une action en bourse grâce aux messages que l’on m’a laissé ces derniers jours ! Ce n’est pas vrai ; Niko mon frère de glace m’envoie un kutaa* de Kullorsuaq sur la côte Ouest du Groenland, il y retape sa bicoque. Waouh mais je ne suis plus seul à faire des trucs pas dans les clous ! Voilà une news qui fait du bien, la routine tue tout, une petite maison, un petit boulot, le samedi les courses, « krotte en tas » à la télé pour la touche d’exotisme, les 50 ans du copains, le baptême du p’tit dernier, le mariage du cousin et la même station de ski familial depuis 20 ans ! Une corde, une corde messieurs les bourreaux ! Niko a tout plaqué pour être libre et vivre sans fil au pied ; un privilège à notre époque. Tout le monde est devenu otage du conformisme et dans ce frère de glace je retrouve ce côté insaisissable qui nous rend libre comme le vent. Dans mes voyages du bout du monde de temps à autre je croise un frère ou une sœur nomade, leurs choix de vie est simple : quitter la voie tracée pour ouvrir un sentier inconnu. De plus en plus nous avons la chance de pouvoir communiquer mais une fois de plus le trop tue le nécessaire. Plus personne ne tient ses promesses, les avis changent aussi vite que le vent tourne en Méditerranée, alors pourquoi vouloir refaire le monde, il suffit de construire le sien sans vouloir ressembler à qui que ce soit. Au plus vite je vais aller encore monter quelques murs de pierres sèches, là-bas dans mon repaire de brigand, loin des paons qui paradent. A propos savez-vous comment communiquent ces volatiles ? Non ! Soyez attentifs, je suis sur qu’il y en a autour de vous, souvent ils criaillent « moijaifait » et « jauraipuêtre ». Je ne suis pas chasseur mais c’est vrai que la chevrotine me tenterait bien ! Les bruits des clous qui fixent la planche de la cabane  verte à Niko  croisent les martèlements de la massette qui ajuste le bout de granit pour bientôt y abriter bientôt une laitok*. Lui, au Groenland où dans la langue inuit pour dire femme on dit « Arnaq » et fille « Panik », moi, en Corse où arnaque et panique ont toutes autres significations ! Par la pensée je vais lui envoyer un peu de figateddu arrustitu* et lui m’enverra un bon suaasat*…

Comme le disent si bien ces peuples du grand Nord : La terre ne nous appartient pas elle nous a été prêtée par nos enfants.

* Avannaa- Kujataa : (inuit) Nord-Sud.

* Grégale : (corse) Vent d’Est.

*Kutaa : (inuit) Bonjour.

* Laitok : (lapon) Tente saame.

*Figateddu arrustitu : (corse du sud) saucisse de foie de cochon grillée.

* Suaasat : (inuit) Bouillon de phoque.

Quelques clichés que j’ai chipé sur le face book de Niko: Copyright  bien sur:

Une cabane du bout du monde; home sweet home...

Une cabane du bout du monde; home sweet home...

En hiver la nuit dure deux mois.

En hiver la nuit dure deux mois.

Ce n'est pas du folklore à deux balles, juste un moyen.

Ce n'est pas du folklore à deux balles, juste un moyen.

Un voisin chasseur...

Un voisin chasseur...

Deuxième stage de survie-douce Bout de vie…

7 mars 2013
Les torrents en cru vont rendre leur franchissement encore plus délicat...

Les torrents en cru vont rendre leur franchissement encore plus délicat...

Samedi sera le départ d’une nouvelle aventure, le deuxième stage de survie-douce Bout de Vie.

Jean-Luc, Gaby, Pierre-Alain, Sébastien et Christophe seront les braves et valeureux volontaires. Si je devais donner un titre à ces quatre jours d’initiation celui-ci conviendrai à merveille : Douze bras mais neuf jambes !

Les conditions de vie seront basiques, il va falloir s’adapter. En plus des contraintes habituelles à ce style d’expérience certains devront gérer un « truc » supplémentaire, les « guiboles électroniques ». Pendant quatre jours nous n’auront accès à aucun contact avec le « dit » confort, donc pas d’électricité. Gaby et Jean-Luc amputés fémoraux ont des genoux qui demandent une recharge régulière. Ils ont trouvé la parade, ils s’en passeront ! Je trouve ça géniale, le stage part déjà du bon pied !

Les bâches sont déjà roulées, les sachets, de nourriture basique, prêts ! La météo ? Quelle météo !

Je suis sur que de petits messages de soutien juste avant le départ leur donneront du baume au cœur.

Pour la prochain sortie, date à définir, les inscriptions sont ouvertes, pas encore de filles en vu !!! Juste bonne à faire la vaisselle ??? Allez, ont s’inscrit !

A pluche.

Pour lire le récit du premier  stage cliquez ici.

Le premier stage « Sur »vie entre vous et moi…

18 janvier 2013
Un coin non repertorié sur les cartes...

Un coin non répertorié sur les cartes...

Notre « bon » confort défini survie ce qui nous a permis de vivre depuis des milliers d’années, les stages de survie sont tous simplement des retrouvailles avec nos racines…

Mon sac est prêt depuis hier soir mais ma dernière nuit fût agitée car demain c’est le départ pour quatre jours de baroude. J’en en ai l’habitude pourtant cette fois  je ne serai plus seul mais à la tête d’un groupe de potes qui joueront les « cobayes » pour les futurs stages de « sur » vie douce. La météo ? Quelle météo ? Cela va être de la survie, à nous de nous adapter, entre vous et moi je suis toujours très moqueur des gens qui passent la moitié de leur journée derrière un écran à la recherche du ciel bleu. Il n’y a pas de mauvais ou de beau mais que du bon temps, donc à nous à nous adapter. Le rendez- vous est donné au petit port qui abrite mon Cabochard, les sourires sont accrochés aux visages de Mathieu, Gerald, Wilfrid et Yves tous amis de longue date. Je vérifie les packtages  distribuant les rations et autres accessoires indispensables pour affronter les futures nuits polaires qui vont nous attendre. Véro nous accompagne en fourgon jusqu’au terminus d’une route qui mène à un petit village perdu de l’extrême sud de la Corse. Le massif de Cagna semble nous observer, nous allons devoir cohabiter avec ce géant de granit. Pesage des sacs et distribution de la carte du coin, il faut trouver le bon chemin qui devra nous mener au premier col. La pluie vient au rendez-vous, les conditions ressemblent à quelques coins d’Alaska que j’affectionne, à la différence que là-bas ces températures sont synonymes d’un été chaleureux ! La belle équipe trouve sans trop de problème le chemin mais je remarque qu’ils confondent les noms des lieux dits, découvrant rapidement leur erreur cela vaudra un bel éclat de rire des « sur » vivants ! Fini le sentier nous voilà dans le maquis de ronces, sur mon GPS des points alpha sont pointés ils doivent les retrouver pour pouvoir découvrir les passages dans une nature aussi dense qu’impénétrable. La progression devient compliquée, la végétation se referme, les gros sacs à dos accrochent, la pluie rend le terrain très glissant. Je sens que nous  nous éloignons du bon franchissement, tant mieux je sais qu’il y a des anciens vestiges de la dernière guerre, pendant qu’ils se dirigeront dans la mauvais sens ce sera pour moi l’occasion de trouver des pièces perdues par les pauvres envahisseurs de soldats italiens en déroute. Bingo en même temps que je découvre un casque rouillé un cèpe se fait faire prisonnier ! Mes amis comprennent leur erreur et nous voilà sur le bon cap. Après trois heures d’effort et des mains labourés par les ronces nous voilà dans une très vieille ruine ; c’est là que nous allons dresser le camp. Le toit a disparu depuis quelques lustres, il va falloir monter les bâches avec intelligence pour rester un soupçon sec. Les binômes se partagent les taches, fabriquer une petite charpente pour tendre nos toiles et aplanir le terrain pour que nos corps épuisés puissent y trouver tout le confort. Dans l’ancienne cheminée le bois sec et vert alterné réchauffe l’eau qui hydratera nos soupes. Le rire est de mise et le manque de confort tisse notre union. 6h 15 le feu crépite et les averses de la nuit passée sont déjà oubliées, nous allons reprendre la route. Toujours pas de chemin mais du maquis dense et déchirant. Le ciel anthracite nous prévoit un froid de plus en plus intense, mais notre cœur de groupe est chaud bouillant. Nous trouvons un de mes anciens camps, en deux temps trois mouvement un petit feu nous réchauffe ; je leur propose soit de rester, soit de continuer pour un autre lieu mieux protégé du coup de vent qui semble arriver. A l’unanimité nous reprenons la marche, les torrents gonflés par les fortes pluies sont traversés sans anicroches, dans un sentier improvisé par mes soins ces dernières années nous rejoignons une minuscule prairie très  isolée. Une bâche de grande dimension est à leur disposition, à eux sans mes consignes de la transformer en chalet éphémère. Muni d’une simple hachette et scie pliable, les néo-robinsons s’appliquent à la construction de leur abri. La nature semble compatir dans leur tache méticuleuse en leur accordant un trêve d’eau du ciel! La maison montée la pluie se rattrape de cette courte accalmie par un déluge, mais il faut du feu pour réchauffer l’eau de nos gamelles. Toujours avec la même détermination ils obtiendront un foyer immense qui réchauffera nos corps frigorifiés par ces trombes de pluie et neige mélangées… Ces quatre jours durant ces « stagiaires » mais surtout amis ont su s’adapter à une vie rudimentaire mais fraternelle, chacun au petit soin avec l’autre. Jeudi après-midi dans un timing préétabli et dans un lieu prédéfini avec Véro nous sommes récupérés un poil boueux mais heureux de ses jours sans aucune connections avec l’extérieur mais avec un « moi » trop souvent  aspiré par l’excès d’information qui a la fâcheuse manie de tuer le temps présent. Pendant ce « bac » blanc j’ai noté, analysé pour les prochains stages à venir. Le prochain aura lieu le 9 mars…

Localiser le point qui nous menera au suivant, un exercice de précision...

Localiser le point qui nous mènera au suivant, un exercice de précision...

Passage au milieu des ronces, les mains en garderont de bons souvenirs...

Passage au milieu des ronces, les mains en garderont de bons souvenirs...

un casque rouillé de l'armée italienne, vestige de la derniére guerre...

un casque rouillé de l'armée italienne, vestige de la dernière guerre guerre...

Une bache, quelques bouts de bois et beaucoup d'ingeniosité...

Une bâche, quelques bouts de bois et beaucoup d’ingéniosité...

Passage de plusieurs torrents...

Passage de plusieurs torrents...

Mon sang doit être rouge comme le vôtre !

23 octobre 2012
La nature n'a qu'une patrie, liberté...Liberté...

La nature n'a qu'une patrie, liberté...Liberté...

La tente est montée, le feu semble protéger le bivouac, les mascottes sont fidèles à leur poste mais un duvet est proprement étendu à côté du mien, je ne suis plus seul en raid mais là haut dans mon refuge de montagne. Conjuguer le verbe « partager » fait partie de mes délices de cabochard un poil nomade. Véro apprécie ces retraites calmes et sereines. Le confort est immense, nous sommes au milieu de la nature, pas un simple cinq étoiles, une voute céleste rien que pour nous. L’homme est loin, la route d’accès semble inaccessible tellement le lieu est isolé. Ce coin nous unit, nous rapproche, il délie nos langues, laisse raisonner nos âmes, nous vibrons au rythme des torrents seuls voisins. Une île, un peuple et nous au milieu de cette insularité. J’ai amené une petite radio pour être au courant. Mardi Maître Sollacaro a été lâchement abattu ; dimanche le derby ACA-SCB. Je désire suivre les infos, je crois avoir envie de savoir comme tout le monde, c’est vrai je ne suis pas si différent ! Anna-Maria, la fille du magistrat fait un discours d’avant match, son père était l’avocat du club. Digne, sa voix ne tremble pas, Véro me rejoint et écoute. S’en suit l’hymne Corse, le Salve Régina, nous surprenons des larmes couler sur nos visages, identités Corse, nationalisme, chauvinisme, je ne sais pas, mais l’émotion transpire le poste. Le match est donné, je reprends mes robinsonnades. Véro rejoint son hamac avec un nouveau livre,  l’histoire d’un mec éclopé qui descend seul en kayak un fleuve là- bas dans le Grand Nord ! De temps à autre je tends l’oreille, le stade est complet, je pars dans mes raisonnements. Qu’est ce qui a changé depuis le temps des gladiateurs ? Les animaux ne sont plus dans l’arène, les hommes se sont transformés en bête féroce. La mise à mort n’est plus la même, on ne s’achève plus en se regardant dans le blanc des yeux, la lâcheté a plus de place, c’est dur d’oublier le regard d’un homme qu’on assassine ! La mi-temps, le score est nul, je me surprends à être toujours attentif. Ca repart, les speakers semblent décrire une ambiance sympa, tant mieux, beaucoup d’enfants sont dans les tribunes. Ils restent 7’ pour que la fête soit terminée, Yoann Cavalli, tombe, un Bastiais l’a bousculé sans faute, il se redresse et lui assène un coup de tête… Le public s’enflamme, une bombe agricole est jetée au milieu des supporter rouge. Bagarre de rue, la France entière attendait cela : « la Corse est violente vous avez vu dimanche  encore !!! ». Je suis triste, j’éteins mon poste, le match était nul. Jo Zef me souffle que l’on devrait débaptiser Cavalli (chevaux en corse) pour le nommer sumeri (ânes) ! L’homme est habité par la violence, l’effet de groupe le développe encore plus, chaque jour sur la planète nous sommes de plus en plus nombreux, l’effet fourmilière semble nous stresser, une étincelle et tout explose. Que faire ? Que penser ? Je réactive le feu, si des supporters assoiffés de sang passeraient dans le coin je serai prêt à leur cramer leurs drapeaux. Le nationalisme ; je crois que l’un des problèmes vient de là. Tout à l’heure nous étions émus aux larmes de sentir notre peuple uni. Le danger grandi par ce sentiment, appartenance d’un clan, rend « l’autre » dangereux car différent : « Ils ne peuvent pas comprendre, ils ne sont pas comme nous. » Ce refrain je l’ai entendu dans le monde entier, et depuis la nuit des temps l’homme guerroie pour un drapeau, un hymne, une religion. Il parait normal d’assister à un défilé militaire pour la fête nationale du pays, il semble évident d’être au garde à vous devant un bout de tissu qui s’élève dans les airs. N’est ce pas déjà un acte de violence envers « l’autre ». Je vous entends ronchonner, grincer des dents pour certains, mais le nationalisme est le ver qui  pourri la pomme, dommage ! Je vous laisse à vos réflexions, commentaires, engueulades. La planète n’est qu’une île minuscule, nous avons tous de l’hémoglobine rouge dans nos veines.

C’est par curiosité peut-être que l’homme fait couler le sang de son voisin. Juste pour vérifier s’il est de la même couleur !!!

A pluche !

J’aime pas les autoroutes !!!

23 août 2012
Le sud c'est par là...

Le sud c'est par là...

Le vent qui avait faibli hier soir est revenu en forme tôt ce matin. Comme je m’en doutais il est violent et dans le nez. Vu sa taille, du nez pas du vent il a de quoi avoir de la prise ! Je reprends mon chemin, une horreur, des camions les uns derrières les autres qui se dirigent vers Malmö pour emprunter le pont-autoroute qui enjambe la mer Baltique. Le cycliste unijambiste, râle, peste, rumine sa colère d’être au milieu de ces Mad max des routes, il est temps que je change de coin ! Un autre détail, le dénivelé revient, un truc de « ouf » ça ne fait que monter, plus le vent, il me semble  reculer ! Un autre paramètre important, c’est que j’ai faim et mes rations sont dans le rouge. Va falloir trouver une épicerie ouverte, sinon je bouffe du koala !!! Mais non la mascotte, c’est une de mes expressions un peu rocambolesque ! Un immense hypermarché sur tribord, on jette l’ancre et je pars en reconnaissance. Je ne prends pas de panier exprès pour ne pas trop me charger, mais j’ai
la dalle !!! Je squatte le premier banc extérieur du magasin, enlève ma prothèse et me fait un casse croute pantagruélique ! Les passants font semblant de ne pas me voir, je dois être transparent mais ce qui est sur ce que je me rassasie. Repus, je reprends la route mais le vent lui ne fait  pas de pause pendant 4h je me traine, je ne desserre pas les dents je veux et je dois avancer. Il me reste 10 km de voie rapide puis je reprendrai les chemins de traverse. Mais, les suédois si sympa, si accueillant, si éduqués négligent leurs infos route. La nationale que je dois emprunter est devenue autoroute, aucune indication, je suis au pied du mur. J’en ai les bras qui tombent, désolé Thierry, c’est encore une expression ! Bon va falloir réagir, à tous problème une solution. J’allume mon GPS, randonné et pas voiture, je suis sur qu’il doit bien y avoir un chemin de campagne pour rejoindre « ma » route ! Oui il y en a une, je me retrouve enfin dans la paix et la tranquillité, mais le goudron laisse place au bon gravier et ma moyenne en prend pour son grade. Je m’en fous j’avance dans le bon sens. Des pommiers, des poiriers et des pruniers avec les fruits à maturités et personne qui ne les ramassent, je ne me gène pas pour tout gouter ! 6h que ça dur les hostilités, je commence à sentir la fatigue, j’espère un coin paisible pour monter mon bivouac, mais les vaches et les chevaux foisonnent et ne me laissent pas trop le choix pour m’installer. 80km et je suis au bled de Dalby, je demande s’il y a un camping. A 60 km au bord de mer !!! Ce sera au petit bonheur la chance, je rattrape une vieille dame en vélo, on papote, plus jeune elle a traversé la Suède en vélo. Elle ne connait pas de coin spécifique, puis se rappelle une ancienne mine qui est devenue un petit lac, il y a des tables avec des bancs, elle me dit que si je suis discret personne ne dira rien. Et me voilà dans un coin paumé, je monte ma tente et pars à la salle de bain. Il parait que l’eau froide c’est bon pour récupérer, je vais être en forme demain, alors. Malgré tout cette baignade me fait un bien fou, je m’organise pour le repas de ce soir et celui de demain midi et vais vite sous la tente, un gros orage est en train de s’acharner sur nous. Encore 83km d’effectué, demain il ne restera plus que 50 km pour rejoindre le port de Trelleborg dernière étape suédoise.
A pluche !

Presque une journée tranquille, enfin presque !

17 août 2012
Robin, Valentin, Nicolas et Frank prêts pour une nouvelle aventure !!!

Robin, Valentin, Nicolas et Frank prêts pour une nouvelle aventure !!!

A ma grande surprise la nuit fut sans bruit, en plein milieu de Stockholm un 15 août à bloc de touristes !!! Comme quoi, l’effet éponge, les latins deviennent silencieux chez les scandinaves.
Ce matin, promis, juré je pars pour une petite journée. Il faudra encore l’aide du GPS des jeunes pour sortir de la capitale. 15km urbain que je n’apprécie pas du tout. Puis d’un coup la campagne. Le problème c’est que le réseau routier est très récent et l’autoroute est souvent la seule voie. Il va falloir jouer de malice pour trouver la bonne route. Un mélange de forêt et de champs agricole. Je revis, si cela pouvait être comme ça tout du long de mon chemin. Le ciel est bien bleu ma première journée complète de vélo s’annonce merveilleuse. Je possède deux cartes, une édition locale avec plein de petites routes et la Michelin plus grand axe. Je choisi celle des petits chemins ! C’est là où commence l’aventure. Je voudrais faire une sorte de traversée diagonale pour rejoindre une autre nationale, mais voilà la carte comporte des noms de lieux dits qui n’existent pas. Le GPS du fourgon est perdu et Frank pédale sur des chemins de terres qui tournent, retournent et tournent encore ! Un sacré raccourci qui me fera une petite rallonge de presque 20km. Entrevous et moi je ne suis ni en colère, ni dessus. La forêt est magnifique, les biches ne doivent pas souvent voir de cycliste unijambiste, les écureuils en profitent pour traverser au dernier moment mais nous sommes un poil perdu ! Finalement je retrouve un bled qui nous amène sur une route goudronnée qui reprend une nationale qui fait route au sud. Ouf ! Mais où va-t-on dormir, ce soir ? Pas de camping en vue, alors je continue de pédaler. 100km tout rond, c’est une bonne journée, 110km, bon va falloir trouver, 120km tiens il pleut, 130km, c’est quand qu’on arrive ? 131km nous sommes
devant un terrain vague grillagé de barbelé ! Pas fameux le « Camping de la plage » ! Le prochain est à 20 bornes à l’opposé de notre route !!! STOP ! Je suis cuit, vélo dans le fourgon et le pédaleur en  passager clandestin. Une belle pelouse dans un camping calme et une longue douche chaude, quel délice. Demain les jeunes reprendront la route pour rentrer en France et moi je reprendrai mon bâton de pèlerin solitaire pour commencer un  autre voyage de l’intérieur.  Promis dés à présent quand  je serai cuit je m’arrête et monterai ma tente où je suis. Seul sans véhicule, c’est  beaucoup plus facile de dénicher une bordure de rivière ou de lac pour faire relâche. Une bonne petite journée pour commencer la partie 4 !
A pluche !

Aux portes de Stockholm…

9 août 2012
Devant le kastelet de vaxholm.

Devant le kastelet de vaxholm.

Quelle belle soirée, Ana et  Christoffer m’ont invité pour un diner que je ne pourrai oublier mais ce matin je reprends ma route. Un dernier coup d’oeil à leur maison  et je file plein Sud. Arriver sans savoir si l’on reste, partir en sachant que l’on reviendra, la devise du nomade… Le vent est faible et je file sur une eau à peine ridée, je vais tenter de rejoindre le « grand » Stockholm. Je suis bien surpris du côté sauvage à quelques milles de la capitale. Je n’arrive pas à m’imaginer que derrière ces forêts se cache une mégapole. Je ne sais pas ou je planterai ma tente ce soir mais hier Christoffer m’a rassuré, ce n’est pas Paris et il me sera facile pour trouver un coin tranquille. Je dois traverser l’immense chenal où, ferry, porte container et taxi boat se croisent. Je me mets en poste d’étanchéité maximum. Le vent est toujours faible, heureusement d’ailleurs, le passage deviendrait vite dangereux avec de la brise. J’avance sans penser à tout à l’heure, j’essaie de me
remplir de toutes ces images qui défilent devant moi, je ne veux rien louper. Le passage du Saxar Fjärden est franchi, je dois trouver un petit chenal. Le vent se lève, le ciel s’obscurcit, ça sent l’orage. Je fais une halte déjeuné, déjà 7h de je pagaie : C’est que ça creuse l’exercice ! Un homme m’interpelle, vu mon accoutrement et comment est équipé Immaqa cela l’intrigue. Il me félicite et avec un charmant accent suédois me dit en français : bonne chance. Je reprends ma route, devant moi l’île de Vaxholm qui était l’un des premiers remparts de Stockholm, je crois que c’est là où je vais me poser. On m’a parlé d’un camping, mais entre vous et moi je ne vois pas monter ma tente au milieu d’aoutiens. Je passe par le port charmant de l’île, quelques touristes me prennent en photo, des dames parlent entre-elles, des françaises. On discute un moment et je poursuis, le coin dégage une bonne onde, je m’y sens bien. Je me fais doubler par un couple d’allemand en kayak, on partage un bout de nos vies, ils filent vers leur destin moi vers le mien. Je trouve le camping, je tente une approche. En plein mois d’aout je m’attends au pire, rien de tout cela, du calme, de la paix. Je me renseigne sur les commodités, je dois impérativement laver mon duvet, deux mois que j’y dors, il commence à sentir le renard mort. Jo Zef et Norra confirment. Je fais un tour du site, je ne suis pas encore prêt à ce cantonnement. Depuis Lulea, je bivouac dans des endroits sauvages, l’équipe logistique arrivera sur zone mardi matin au plus tard, j’ai encore le temps avant de me faire numéroter, parquer, enregistrer. Je reprends la mer, là-bas à un kilomètre je perçois comme une immense prairie sans maison au alentour, des chevaux, des champs et personne à l’horizon. Je m’approche en espérant y trouver mon refuge, je me faufile au milieu des joncs et découvre une pelouse naturelle qui donne envie de s’y rouler. Je me dis que ce n’est pas possible, il doit y avoir une maison de luxe dans les parages. Je pars en repérage. En haut d’une colline je vois au loin une ferme, je suis sur des terres agricoles, je suis sauvé, personne ne viendra m’embêter. Je cherche le bon coin  pour monter ma tente, en bordure d’arbre ce serait idéal pour rajouter ma bâche qui en plus de la tente me protégerait de la pluie qui dans un moment va mettre la douche en marche. Un bateau ce dirige sur moi ! Aie, je suis cuit !!! Non, c’est un pécheur, je lui demande si c’est possible
de bivouaquer. Il me répond que oui, je suis l’homme le plus heureux. Nous discutons pêche, c’est son métier et avec beaucoup de gentillesse il me donne quelques astuces pour essayer enfin de prendre un poisson. Sous un noisetier la tente est montée, juste derrière un chêne, qui doit au moins avoir trois cent ans, semble me sourire. Je m’approche doucement et me plaque à lui les bras écartés, il commence à pleuvoir, je capte son énergie. Je viens de parcourir 1100km en kayak dans des conditions des fois difficiles et aujourd’hui comme cadeau de la vie je suis dans un Eden de paix et de verdure. Sous mon abri de toile je vais enfin me reposer, j’ai du sommeil à rattraper, j’ai des peurs à digérer, j’ai des larmes à essuyer, j’ai des rires à partager. I’m a free man.
A pluche !

Le canal de Vaeddoe.

5 août 2012
Norra et Jo Zef sont heureux d'avoir trouvé "enfin" un petit chez eux à leur taille !

Norra et Jo Zef sont heureux d'avoir trouvé "enfin" un petit chez eux à leur taille !

C’est un coup à s’en mordre le moignon, l’accueil de mes hôtes super, le terrain pour poser ma tente parfait mais j’avais omis un détail. Ne jamais bivouaquer dans une baie où il y a des restaurants. Bom bom bom,toute la nuit !!! Salut les hommes, on reprend le large, je devrais dire le goulet. Le vent s’est mis au Sud-ouest, encore dans le pif. Jo Zef qui feuillette le quotidien « Cabochard Matin », m’apprend un événement majeur qui marque l’actualité internationale. En république d‘Immaqa le gouvernement de la brise du Nord, depuis une semaine, est assiégée par le vent du Sud qui encore aujourd’hui a posté ses sentinelles, la situation est proche du coup d’état !!! Le canal de Väddö est long de 20km et droit comme la justice, nous nous lançons à sa conquête. L’important dans ce style d’exercice et de ne surtout pas penser à sa longueur et surtout avoir la technique pour s’évader mentalement. Je pense que je commence à y arriver ! Les maisons ne sont plus des cabanes mais de grandes demeures. Je détaille chacune d’elle et essaie d’inventer les personnages qui y vivent. Celle là a des escaliers hollywoodiens jusqu’à la rive, je vois très bien le style du proprio. Une autre plus petite, plus cachée, avec deux kayaks hissés sur la berge, tiens elle me parait plus sympa celle là. Trois heures que je « goulotte » quand la carte me désigne des écueils à éviter à 500mts devant moi. Je devine les roches et suis surpris d’y voir un drapeau suédois planté, mais quelque chose ne colle pas, ou j’ai des problèmes de vue ou le mat de bannière est minuscule. Plus je m’approche plus je suis intrigué. Une cabane apparait avec ses toilettes extérieures et même une barque. La taille de la cabane est à la hauteur des mascottes. Jo Zef comprend, il prend Norra par la patte et l’extirpe du sac étanche. Ils veulent descendre, visiter. Ok les jeunes, je jette l’ancre! Mes amis sont tout chose devant une maison enfin à leur taille. Mais serait-elle à vendre ? Jo Zef insiste pour que je me retourne : Eh les enfants on ne vas pas y passer la noël sur votre île. Ok, je me tourne. J’entends un immense smak et un énorme soupir. Je fais un volte face pour découvrir Norra toute rouge On reprend la mer, cette histoire m’a redonné la patate. Je ne sais pas comment cette idée m’a été donnée mais j’imaginais le canal absolument hostile en accostage, mais à ma grande surprise, plus nous descendons plus la rive s’apaise, pour laisser place à des prairies et voir quelques plages. A la ville de Väddö il y a un ponton avec une dizaine de voiliers amarrés, je m’informe sur les services de la commune, il y aurait un magasin de bricolage. Ni une ni deux me voilà sauvé, je trouve enfin du gaz. Cela devenait critique, plus de bois pour le feu du soir et le gaz qui commençait à manquer terriblement. C’est vrai que les nouilles chinoises à l’eau froide, c’est un peu croustillant ! Un petit jus de fruit frais pour la  route ! Le canal me fait penser à celui du Midi que j’ai remonté avec le Cabochard de la Méditerranée à Toulouse il y a une quinzaine d’années.
Calme, frais et surtout un vent de Sud-ouest qui est devenu bourrasque mais qui n’arrive plus à toucher l’eau. Un bruit monstrueux arrive sur nous, des dizaines de bateaux de courses passent en sens inverse. L’odeur qu’ils dégagent brise la volupté du décor, heureusement qu’ils respectent les 3nds limités. Derrière le cortège une vingtaine de scooter des mers aussi en course, le public a du être tenu informé, la berge est noire de monde. Un trio de « canards ». Ouais Jo Zef c’est plus poli canard, c’est juste une histoire d’ô ! Donc trois mectons qui veulent faire les mariolles avec leur machines veulent me frôler pour me tremper et faire des vagues. Laisse venir petit, si tu t’approche tu vas t’en rappeler quelques jours. Je fais celui qui ne dira rien, qui est apeuré mais juste quand l’un d’eux est à porté de pelle je luis assène une manchette dans les côtes avec ma pagaie qu’il en tombe de sa bécane.
Le scooter se met à tourner en rond et je le couvre de juron ; le public applaudit, je suis prêt à aller au deuxième round, il remontera sur son gadget et repartira avec un gros bleu corsé en souvenir. Ouf, comme ça fait du bien ! Le cortège de « canards » enfin finit de passer et je retrouve mes rêveries. En sortie de canal je déniche une petite prairie avec quelques moutons qui font un brunch, ce sera notre camp du soir.
Encore 26km de parcouru…
A pluche !

Jour de repos et rencontre…

30 juillet 2012
Encore et toujours un bel accueil chaleureux, quel bonheur !!!

Encore et toujours un bel accueil chaleureux, quel bonheur !!!

L’été suédois continue de sévir, pluie discontinue toute la nuit, il parait que c’est le pire depuis quelques décennies ! Je suis en avance sur mon programme de navigation, je décide de rester là aujourd’hui. Je sens que mon corps et surtout mon esprit ont besoin de calme, de reprendre un peu d’énergie. Hier soir j’ai appris que le village était à 5km et qu’il y a avait une épicerie. Tranquillement muni de mon sac à dos je pars en balade. Des fraises des bois grosses comme des cerises que personne ne ramasse, certainement la peur d’attraper la maladie transmise par les renards. A l’Ouest une barre bleue d’azur, certainement le retour du soleil. Au détour d’un virage une biche traverse, sans se soucier de moi, la route..  belle rencontre matinale. La route semble mener à nulle part, à la première maison habitée je m’informerais. Pour l’instant tout semble vide, puis une cabane blanche a la porte ouverte. Un homme en peignoir me sourit, je lui demande si je suis sur la bonne route pour le village et à quelle distance exacte est-il ? Encore 5 bornes mais il n’ouvre qu’à 9h, je dois y aller moi aussi me dit-il. Je le remercie mais je préfère un peu marcher dans ce cadre magnifique, la pluie fait ressortir toutes les fragrances de la forêt, je m’enivre de bon matin ! Un taxi me double et ralentit, il me demande ma destination, mais je ne veux pas de ses services. Il insiste, sa cliente derrière ne dira rien, elle a un lourd déficient mental, il l’amène dans un centre spécialisé. Entre vous et moi je crois surtout qu’il a surtout envie d’avoir une compagnie, sa cliente est très agitée et je le sens un peu perdu !!! Finalement il me déposera sans me demander quoi que ce soit devant la superette, ma casquette avait l’air de plaire à la jeune fille qui n’arrêtait pas de vouloir me la chiper.
Je fais mes courses en essayant de ne rien oublier, ma liste en main je salive déjà du festin de tout à l’heure. A la caisse je reconnais l’homme en peignoir, qui ne l’est plus d’ailleurs. Il discute avec moi et me propose de me ramener jusqu’à mon camp. Lars travaille au parlement à Stockholm et semble passionné par ma « croisade ». Il me demande si j’ai contacté les médias suédois ? Je ris en lui répondant, vous savez en ce moment je ne pense qu’à une seule chose, avancer en restant entier, façon de parler ! Il me propose de le faire pour moi. Je lui laisse mes coordonnées sans trop y croire. Alors que je me prépare un petit déjeuné pantagruélique, mon téléphone sonne, une journaliste veut me rencontrer. Ce matin je ne savais pas si je reprenais la mer et me voilà avec un agent en communication qui veut faire la promo de Bout de vie ! Jana, est attentive et demain dans le journal régional, Arcticorsica sera décrit en suédois. Mais Lars ne veut pas en rester là, il est convaincu qu’il faut que ce soit du national, il s’engage à le faire pour moi, pour vous, pour nous.
Tak Lars !

PS : Jo Zef reprend du poil de la bête, le lyophilisé ça nourrit pas la mascotte et puis il a une grosse excuse avec Norra…
A pluche !

Un jour gravé à tout jamais !!!

26 juillet 2012
Immaqa chasse neige à roseaux...

Immaqa chasse neige à roseaux...

Il y a des jours qui restent gravés à vie ! Qui ne se souvient pas de la date d’un grave accident, d’une rencontre qui bouleverse notre vie à tout jamais. Ce 26 juillet 2012 sera gravé à vie dans mon âme.
En plein milieu de la nuit un orage s’abat sur nous un déluge d’eau et surtout une subite rotation du vent au Nord, je n’arrive plus à retrouver le sommeil. 5h30 je sors de mon refuge, sans attendre j’envoie mon cerf-volant. Pour l’instant je suis protégé par la multitude d’îles, mais après ! Une petite demi-heure et je commence à comprendre que je vais une fois de plus prendre une sévère leçon d’humilité. Le vent n’est pas si violent 30 à 40 km dans le bon sens, mais la houle enfle de plus en plus. Je reçois le bulletin météo, cela devrais se calmer en fin d’après midi. Je poursuis, je n’arrive plus à avaler ma salive, je suis tendu mais je ne le dois pas. Je dois rester concentré ! La houle déferle, les rouleaux me doublent comme des TGV, il ne faut absolument pas que je me mette en travers. Le kayak est très lourd ce n’est pas un jouet de plage, je pagaie avec les oreilles toutes tendues. Je sais qu’à 15 km devant moi je passerai à l’abri d’un nouvel archipel, mais il faut y arriver. Cela fait deux heures que ça remue et depuis quelques instants la houle a encore pris du volume et commence à déferler de manière inquiétante. Soudain j’entends un bruit sourd monstrueux, je sens la catastrophe arriver, trois vagues successives  de trois mètres me prennent par la poupe. A la première je monte d’un étage, elle déferle je ne dois pas tomber dans son lit. Le cerf-volant prend une rafale, il fait un piqué vers la mer, s’il tombe à l’eau je suis foutu, ces suspentes vont s’enchevêtrer dans mon safran et je ne pourrai plus le diriger. Un miracle il frôle la crête d’une lame et repart vers le ciel tout aussi vite. La deuxième me projette comme un vulgaire chiffon, la troisième me submerge, mais Immaqa tient le cap. Je me retrouve dans une mousse d’écume, je suis encore de ce monde. Je poursuis de toute façon je n’ai plus le choix. Devant moi une barre blanche, c’est la passe que je dois franchir, mais par quelle « porte » passer ? Le cerf-volant me maintien bien mais je dois trouver l’issue de ce cauchemar ! J’écarquille tout grand mes yeux, je sais que je peux passer, j’ai étudié la carte hier soir. Il n’y a plus que cinq mètres d’eau en profondeur, je suis sur un manège grandeur nature, je décèle un trou, une passe de 10 mètres de large pas plus, je m’envole, je n’ai jamais été aussi vite de ma vie, 12km heure !!! Finalement je retrouve une mer calme et un vent portant. Je poursuis ma route, double quelques îles et le vent qui devait tomber ce soir faibli d’un coup, je continue sud, je ne veux pas laisser l’opportunité de louper une telle aubaine. 13H45 je rentre dans un chenal qui me fera couper un immense cap qui doit être bien secoué en ce moment. Le boyau se resserre, je sens un truc bizarre, comme si il allait se passer encore quelques choses ! Je passe une cabane qui m’annonce qu’il n’y a plus de passage !!! Non je ne peux y croire, têtu comme une bourrique j’avance, Immaqa devient un chasse neige à roseau. Je me retrouve coincé, empêtré. Mais ce n’est pas possible ça n’en finira jamais alors ! Je tente de m’approcher du bord, je sors du
kayak, de l’eau jusqu’à la taille. Ce n’est pas grave, ce n’est pas le moment de se plaindre. Je trouve un talus avec une route en terre. Je vide l’eau des bottes et de la prothèse et cherche la solution. La seule, un portage. Je retourne démonter mon barda une fois un peu allégé, je le tire jusqu’à la rive, je fais des allers et retours avec tout mon matériel, le terrain est escarpé, je tombe sans gravité. Je me gueule dessus : « Reste concentré Frank ! Concentré ! » Une fois tout monté j’entends une voiture arriver, un vieil homme ne parlant pas anglais me vois trempé au bord de son chemin. Il me baragouine des trucs que je ne cherche pas à déchiffrer et s’en va. Je continue de toute façon je n’ai pas le choix. Une fois tout monté, je cherche comment faire pour passer Immaqa sans le blesser, même à vide il pèse 48 kilos pour 5,40mts de long. Un jeune homme arrive à pied, il parle anglais c’est son père qui l’a appelé. Il sourit avec le flegme et la sérénité suédoise.  Il me demande de rebrousser chemin avec mon kayak vide, cela devrait passer facilement puis me récupérera. Je me retrouve devant sa ferme, sur une pente douce d’herbe. Immaqa est hissé à terre. Une grosse remorque agricole va le transporter. Nous passons récupérer mon matos sur le bord de la route pour faire les 1300mts de morceau de canal que la vase et les roseaux ont envahi. J’arrive sur le terrain d’une autre ferme, le propriétaire m’accuelle le sourire aux lèvres. Je décharge tout  ; le voisinage est au courant et me rend visite, la presse locale aussi, j’en ai le tournis. Je remets tout en place quand l’homme me demande où je pense passer ma prochaine nuit ? Je ne sais, et lui désigne l’îlot en face : un tas de cailloux. Il me dit que je pourrais dresser ma tente dans son jardin, puis malgré un faible anglais, il me pose des questions, puis me propose une cabane qui lui sert de débarras.
J’accepte à leur manière, sans joie exagérée, puis revient en me demandant si je veux bien diner avec lui et sa femme. Ils ne roulent pas sur l’or ce sera des patates, des œufs durs, un peu de harengs et des tartines beurrées. Toujours tranquillement, il m’indique que si je veux je peux prendre une douche chaude.
Ce soir je suis assis devant ce canal paisible, Immaqa est déjà chargé, demain je reprends le large.
I m a free man !
Jo Zef en comptabilité on en est où ? 48km plus 1300 en tracteur !!!
A pluche !