Le Grand départ…

5 juin 2017

L’orage vient de secouer le camp des Solitudes. Le lieu est teinté d’une une âme polaire, elle rode ce soir à travers la canopée, mais la vallée est bien tranquille ; là-bas un rêveur savoure une riche saison associative et privée qui s’achève…

 Si elle devait avoir un thème elle prendrait ce simple titre : Emotion et partage… Il me faut conclure ces temps passés, il me faut refermer le grand livre de ma vie de Cabochard, une nouvelle aire pointe le bout de son nez. L’inconnu m’attend et vos sourires sont bien cachés au fond de mon cœur. D’ici quelques jours, une fois de plus, un petit bi moteur me mènera au bout de mes rêves, une fois de plus la carte de l’inconnu va être dépliée, la trouille sera omniprésente bien tassée au fond de mes sacs étanches, aux côtés de l’éternel Jo Zef, ma mascotte, qui n’est pas une peluche, je vous le rappelle ! Tout au long de l’année avec vous et grâce à vous Bout de vie a usiné : des stages de survie, une semaine de mer, une autre de vélo, des rencontres scolaires, des festivals de films d’aventures, des bourses offertes, des échanges sous forme de conférences, un partage en 4 jeunes de l’asso et des chasseurs eskimos au Groenland. Un sacré film corso-basque vous a porté autour de la planète mais aussi au fond des « Frères de sport » un poil émus. Sur un porte-avions une bande de potes m’a vu vaciller, ils m’ont donné leur amour, sincèrement, j’ai tout pris. D’ici quelques jours je vais rentrer dans un long pèlerinage, un rituel boréal, une initiation intime. Certains se demandent pourquoi, je ne peux que répondre : parce que !  Paulo Coelho disait : Si l’aventure est dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle… Cela fait déjà 5 ans que je ne suis plus parti en baroude en solo, des excuses m’avaient greffé une pantoufle au moignon, mais chassez le naturel et il reviendra au galop. Là haut, au pays d’Apoutsiak, une folle expédition m’attend, 1200km de kayak face à moi-même, tout a été étudié, pensé, mais l’Inconnue se moque bien des règles, alors elle m’attend de pied ferme. On m’a parlé de bestioles en mal de casse croute, de vagues gigantesques qui happent les bivouacs peu prudents, de vent du Nord dévastateur, de glaces qui kidnappent le kayakiste trop confiant, mais il m’en faut plus pour me décourager. Alors je vais partir la fleur à la pagaie. Quand deux chemins s’offrent à toi, prends toujours le plus difficile disait Confucius. Alors vous avez compris, mes acquis et glorioles vont rester à la cabane pour tout remettre à zéro et affronter mes fantômes, à force, ils commencent à boiter sérieusement ! Tout au long de cette saison 2016-17, il y a des gens, des sociétés, qui ont sauté sur l’occasion pour aider, soutenir, porter, Bout de vie sans compter et par ce billet il est temps que je les remercie. Merci à Ludo Dejean et Alain Montean des centres Lagarrigue. Dalila Helimi, Stéphanie Caillet et le président Charles Lantieri de la Fondation d’entreprise Française des Jeux. François Rougaignan de la Fondation Paul Hamel. Christian Carron directeur du groupe financier Suisse Gérifond.  Bixente Lizarazu et son association Liza pour une mer en Bleu. Antoine Mari président du Rotary de Menton. Wilfrid Polomé, Boniship Bonifacio. Christophe Pitraye skipper de Nomade, Jean-François Pudori chanteur d’un soir, Jean-Louis Bianconi capitaine du port de Pianottoli. Fanny Pernoud et Olivier Bonnet réalisateur du film  Les vies dansent . Steve Enginger directeur du Geant Casino Porto Vecchio, Rocch Simoni directeur du SPAR Pianottoli. Julien Caquineau et ses copains d’Ilulissat. Fréderic Parise. Dume Benassi et son rituel de départ. Le Rotaract Albert de Monaco. Véronique Flambard de Nautiraid. Charlotte Cario de Columbia. Pierre-Marie et Pasquale Grisoni des Glacières d’Ajaccio. Nadia Amar de Corse-Matin, Olivier Balbinot de France Bleu Corse. Laurent Vitali de FR3 Via Stella. Stéphane Dugast et ses interviews, Le magasine Carnets d’Aventures, Vivre FM,à vous tous les fidèles adhérents de Bout de vie ; aux tifosi de ce blog et des liens sociaux, vous êtes une sacrée force. Certains mécènes et amis ont voulu rester anonymes mais vous êtes à mes côtés et je ne peux vous oublier.

Pendant ma « balade » groenlandaise,un journal de bord sera en ligne chaque soir avec une petite photo. Audrey Piette, fidèle adhérente des stages Bout de vie, se fera un plaisir de retranscrire mes mails via le satellite et de vous faire partager tous ça. Patrick Chiappalone animera le groupe facebook Bout de vie et Karin ma compagne sera le lien avec vous. Une carte donnera ma position pas à pas et une fois par semaine je serai en direct sur les antennes de France Bleu RCFM avec mon pote Jean-Charles Marcilly, les horaires vont bientôt être définis. Il ne me reste plus que quelques jours pour profiter d’une Corse encore tranquille, le 15 juin tout « recommencera » !

Merci je compte sur vous, n’oubliez pas que vous êtes ma force…

Avannaa- Kujataa…

4 avril 2013

Quel vent contraire les copains ! c’est un coup à perdre une jambe !!! Je pédale mais ma tête vagabonde, mon petit camp planqué là-bas entre torrent et maquis m’occupe l’esprit, une manière originale d’envoyer le Grégale* se faire voir. C’est quand même bizarre de toujours vivre en marge de la société, je vous promets je ne me force pas, c’est un équilibre qui me rend serein. Mais en y pensant bien mon quotidien est souvent teinté de solitude choisie et je l’alimente, une alchimie où j’emmagasine beaucoup d’énergie que de temps à autre j’aime partager. Mais en y réfléchissant bien nous y sommes une poignée à vivre de cette manière ! Entre deux rafales j’entends le chant des grenouilles, non pas celles des marais mais du signal de mon portable qui indique un SMS, mais la pensée est plus forte que le virtuel. 70 km après je procède à mes étirements quand je réalise qu’un fournisseur de téléphonie a gagné une action en bourse grâce aux messages que l’on m’a laissé ces derniers jours ! Ce n’est pas vrai ; Niko mon frère de glace m’envoie un kutaa* de Kullorsuaq sur la côte Ouest du Groenland, il y retape sa bicoque. Waouh mais je ne suis plus seul à faire des trucs pas dans les clous ! Voilà une news qui fait du bien, la routine tue tout, une petite maison, un petit boulot, le samedi les courses, « krotte en tas » à la télé pour la touche d’exotisme, les 50 ans du copains, le baptême du p’tit dernier, le mariage du cousin et la même station de ski familial depuis 20 ans ! Une corde, une corde messieurs les bourreaux ! Niko a tout plaqué pour être libre et vivre sans fil au pied ; un privilège à notre époque. Tout le monde est devenu otage du conformisme et dans ce frère de glace je retrouve ce côté insaisissable qui nous rend libre comme le vent. Dans mes voyages du bout du monde de temps à autre je croise un frère ou une sœur nomade, leurs choix de vie est simple : quitter la voie tracée pour ouvrir un sentier inconnu. De plus en plus nous avons la chance de pouvoir communiquer mais une fois de plus le trop tue le nécessaire. Plus personne ne tient ses promesses, les avis changent aussi vite que le vent tourne en Méditerranée, alors pourquoi vouloir refaire le monde, il suffit de construire le sien sans vouloir ressembler à qui que ce soit. Au plus vite je vais aller encore monter quelques murs de pierres sèches, là-bas dans mon repaire de brigand, loin des paons qui paradent. A propos savez-vous comment communiquent ces volatiles ? Non ! Soyez attentifs, je suis sur qu’il y en a autour de vous, souvent ils criaillent « moijaifait » et « jauraipuêtre ». Je ne suis pas chasseur mais c’est vrai que la chevrotine me tenterait bien ! Les bruits des clous qui fixent la planche de la cabane  verte à Niko  croisent les martèlements de la massette qui ajuste le bout de granit pour bientôt y abriter bientôt une laitok*. Lui, au Groenland où dans la langue inuit pour dire femme on dit « Arnaq » et fille « Panik », moi, en Corse où arnaque et panique ont toutes autres significations ! Par la pensée je vais lui envoyer un peu de figateddu arrustitu* et lui m’enverra un bon suaasat*…

Comme le disent si bien ces peuples du grand Nord : La terre ne nous appartient pas elle nous a été prêtée par nos enfants.

* Avannaa- Kujataa : (inuit) Nord-Sud.

* Grégale : (corse) Vent d’Est.

*Kutaa : (inuit) Bonjour.

* Laitok : (lapon) Tente saame.

*Figateddu arrustitu : (corse du sud) saucisse de foie de cochon grillée.

* Suaasat : (inuit) Bouillon de phoque.

Quelques clichés que j’ai chipé sur le face book de Niko: Copyright  bien sur:

Une cabane du bout du monde; home sweet home...

Une cabane du bout du monde; home sweet home...

En hiver la nuit dure deux mois.

En hiver la nuit dure deux mois.

Ce n'est pas du folklore à deux balles, juste un moyen.

Ce n'est pas du folklore à deux balles, juste un moyen.

Un voisin chasseur...

Un voisin chasseur...

Une future année « treize » intéressante.

3 janvier 2013
Juste un peu différente!!!

Juste un peu différente!!!

2012 est déjà rangée dans le rayon souvenirs ; à nous de tracer le nouveau chemin pour une future année « treize » intéressante !  Avant de commencer ma bafouille je voulais vous remercier, vous les lecteurs qui venez rejoindre toujours plus nombreux les écrits tard et non écrits tôt d’un aventurier à cloche pied ! Jeux de maux à trois balles je vous le confirme mais comment ne pas en profiter pour prendre son pied, un peu perdu parfois. Vous, moi, nous, on vit, on vibre mais par moment l’ombre nous effraie, nous barre la route. Reculer, s’asseoir et pleurer ? Non, avançons à petits pas, continuons… la lumière bien que faible nous tiendra compagnie et avec prudence on évitera de trop trébucher. Le malheur donnera vie à un bonheur inattendu, quelle belle alchimie. Il faut du temps pour s’en rendre compte, pourquoi en vouloir aux « autres » puisque nous avons toutes les clés entre nos mains. Ne râlez pas, le trousseau peut-être lourd et encombrant mais c’est nous qui le détenons. Trifouillons la serrure « Sésame ouvre toi ! » ; à nous le trésor d’Ali Baba. Pas de pièces d’or, ni de pierres précieuses mais de la vie à n’en plus finir. Oui nous sommes immortels, à nous de nous y préparer, notre corps un jour ou l’autre pourrira enfin et fini les impôts, les prothèses de cœurs, les comptes en banque, nous deviendrons vent, soleil, pluie, arbre, fleur. La mascotte opte pour Koala !!! Se sentir immortel est une sensation de bonheur intense, la souffrance, la maladie, la vieillesse perdent de leurs superbes, nous sommes depuis toujours infinis ! Pourquoi ne pas être optimiste, pourquoi ne pas voir la jambe qui reste plutôt que celle qui est amputée, pourquoi croire qu’après la boite en pin plus rien. Mes escapades de plus en plus fréquentes en forêt perdue me le confirment, nous sommes natures et ces quelques secondes en « VIP » (vraies invalides personnes) ne sont qu’une sorte d’entraînement pour devenir meilleurs. Dommage certains se le gâchent en agrafant leur RIB, d’autres en épinglant leur paraître. Que nos jours présents et futurs soient remplis de silence, d’observation, de réflexion.

Bout de vie rentre dans sa dixième année !!! Eh ben ! Y en a eu des prothèses sur cette piste un peu cabossée. Dix ans de partage, d’émotions, 11 stages de plongées, cela fait quelques millions de bulles, les mérous ont cessé toute comptabilité. Les poissons n’ont pas le même système métrique que les bipèdes. D’ailleurs c’est de là que vient le problème. Au lieu de compter par tête comme pour les troupeaux, ils comptent en nageoire. Imaginez que très souvent les plongeurs bout de vie n’ont pas tout leur « bout ». Un « bulleur » ok mais trois nageoires, le compte n’y est pas. Le mérou est précis, derrière ses lunettes un prof de math sommeille. Y aurait-il un théorème d’Archimède qui serait passé à la trappe. Tout plongeur immergé dans un liquide devra être composé, d’une tête et quatre nageoires, inversement proportionnel à la réflexion que tout humain doit avoir. L’hiver est studieux pour les habitants des abysses méditerranéennes, mais au diable les comptes, osons le grand bain. Je suis un sale gamin qui ne cesse de se moquer, de vous surement, mais surtout de moi. L’humour nous sauvera toujours ; alors rions de nos bouts manquants. Quelques rendez-vous Bout de Vie sont déjà fixés.

Mercredi  9 janvier : Émission  sur FR3 Corse Via Stella TNT 33  Sera Inseme à 18h30

Dimanche 13 janvier : Conférence que j’animerai au village de Levie en Alta-Rocca (Corse du sud) à partir de 15h30

Lundi 14 au 17 janvier : Premier stage de « sur » vie douce (complet)

Samedi 9 au 12 mars : deuxième stage de « sur » vie douce. Envoi de dossier d’inscription à l’adresse mail habituelle bout2vie@wanadoo.fr

Lundi 24 au 28 juin : Des cols et l’école. Un peloton de 6 cyclistes amputés partiront de Bastia en étapes jusqu’à Porto-Vecchio. Vélo le matin rencontre des scolaires l’après-midi.

Dimanche 8  au vendredi 13 septembre : 12éme stage de plongée Bout de vie, inscription bientôt en ligne.

D’autres rendez-vous vous seront dévoilés tout au long de l’année, n’oubliez pas de renouveler votre carte d’adhésion 2013.

Pace e salute !

A pluche !

Quai de gare…

16 septembre 2012
Souffrance, mutilation, amputation qui unis les hommes... Sacrée vie!

Souffrance, mutilation, amputation qui unies les hommes... Sacrée vie!

Quai de gare : Il devient beau, quand ma  bien-aimée arrive et croule de tristesse quand elle me quitte…

Un week-end merveilleux de partage, pour finir en beauté. Mettre des mots m’est impossible, je ne saurais assez remercier tous nos amis valaisans, amis ne convient certainement plus, je dirais, famille d’adoption. Merci de vos sourires, merci de votre disponibilité, de votre sincère gentillesse. Une soirée au refuge de la Lourantze avec ma belle, pour énergiser nos âmes, endroit de carte postale qui possède des vibrations fantastiques. Réunis autour d’une table j’ai oublié quelques instants la dureté de vie que je me suis imposé pour ce périple, j’ai pu faire un lâché-prise si indispensable pour continuer. Gaby, stagiaire Bout de Vie 2010 avait fait le déplacement depuis Besançon, un autre plaisir partagé à l’écouter raconter sa deuxième vie. Plus de diététique, plus de contrainte, ma princesse me soigne, me gâte, je me régénère, je cicatrise. Mais le temps passe, le sablier n’a pas de sentiment, il nous file entre les doigts. Nous traversons la montagne pour retrouver Crans-Montana, encore des sourires, des échanges, c’est vrai que c’est bon le partage. Ma veste verte disparue, une jaune apparait, de grenouille bruyante, je deviens poussin itinérant !  Gâté à en rougir je ne saurais comment tous vous remercier. J’ai une idée, j’irais au bout de ma croisade en apportant vos sourires. Il y a bien longtemps un avion de chasse m’a broyé, humilié, martyrisé, son nom était « Crusader », en anglais cela signifie : Croisé. Je suis repartis dans ma croisade, pas de croix sur ma bannière, pas d’arme autour de ma taille, de l’amour et de la détermination. Ce soir je me sens seul physiquement mais mon âme est comblée de nouveau. Je viens de dresser mon camp à Brig, devant moi a surgi un grand dragon, le col du Simplon. Alexandre le grand aurait passé les Alpes avec des éléphants, moi je vais tenter à vélo sur une patte, il serait simpliste de croire que seul les moyens changent le voyage, pourtant c’est certain, je poursuis ma route pour un motif , un cri, un appel. Je me répète, je ne le fais pas pour une cause car je suis la cause. Plus de trois mois avec le même objectif, arriver au bout de mon rêve, donner mon meilleur pour finir tout là-bas, qui est de moins en moins loin. Merci à vous tous, ma belle m’attend au bout de la route, j’ai revêtu mon armure et vais repartir affronter mes peurs, mes doutes, mes souffrances, j’esquiverai les coups portés le sourire aux lèvres. Avancer, il n’y a plus que ça qui compte. Si ce soir la solitude est de nouveau ma compagne, vos rires tintent encore tout au fond de moi. Merci de tout mon cœur, je reviendrai…

Le profile du col Simplon...

Le profil du col Simplon...

Arcticorsica, partie 4…

15 août 2012
Des trucs doivent se chuchoter dans mon dos...

Des trucs doivent se chuchoter dans mon dos...

Ce matin encore les chevaux sont là en train de tondre notre belle pelouse, je ravive le feu et m’inspire de cette dernière matinée de paix. Aujourd’hui c’est le départ. Je charge le kayak mais je suis brouillon, je me trompe, je charge mal les sacs étanches, Immaqa semble soupirer d’un tel manque de professionnalisme. Je remercie les lieux de m’avoir hébergé pendant presque une semaine. La brise est contraire, pourquoi serait-elle différente ? 1800mts me sépare du ponton du club d’aviron où je pourrai en toute quiétude plier mon embarcation. Cette fois je m’applique, je dois devenir cycliste maintenant, fini la houle, que du macadam pour plusieurs milliers de kilomètres. Je rince mon complice, il a quelques belles cicatrices, qui seront son mausolée d’Arcticorsica. A midi les jeunes arrivent avec le camion, je dois me concentrer mais je suis submergé par un million de choses à régler. Nicolas, Valentin et Robin vont déjeuner je dois tout transférer sans rien oublier. Le choix est strict, plus je serai léger plus le voyage sera facile, mais s’il fait un automne pourri, s’il pleut tous les jours, je tranche je prends le strict minimum. 14h enfin la partie 4 de l’expédition est entamée, je roule direction le sud de Stockholm. Ma carte n’est pas assez détaillée pour me faire faufiler par les petites routes sans prendre l’autoroute. Le fourgon doté d’un GPS m’ouvre la route, je suis euphorique, j’en ai les mains qui tremblent, ce matin j’étais en kayak cet après-midi je deviens cycliste au long cours. Les deux premières heures se passent à merveille mais nous rentrons dans le centre de la capitale, je ne peux pas prendre l’autoroute en vélo, leur GPS s’affole. Nous tournons en rond et le trafic devient infernal. Je stoppe tout, je ne suis pas là pour tout foutre en l’air par un accrochage. Je charge le vélo dans le camion et m’assois sur les bagages des jeunes comme un clandestin dans le noir. Les 15 km d’autoroute se feront dans les bouchons pour nous mener dans un camping du sud de la grande ville. Un Cabochard en camping le 15 août on aura tout vu. Un petit 55km déjà en moins à pédaler vers le sud… Demain je serai plus loquace… Je suis cuit de chez cuit mais vraiment heureux d’avoir passé ce point noir…

A pluche !

Rencontre de Gilles Elkaim…

19 juin 2012

Rencontre improbable avec Gilles Elkaim...

Rencontre improbable avec Gilles Elkaim et son compagnon d'aventure l'illustre Pouchok...

Aujourd’hui sera une journée de récupération pour mes petites « guiboles ». Je tente un coup de poker, une visite au camp Arktika créé par Gilles Elkaim. Cet aventurier fût le premier homme à réaliser la traversée de l’Arctique eurasien sans moyens motorisés Expédition ARKTIKA, du cap Nord au détroit de Béring 12 000 km, 4 ans en solo, en traîneau à chiens et kayak. L’année dernière avec Véro nous avions eu le bonheur de passer plusieurs jours dans ce petit paradis finnois. Gilles a posé à quelques kilomètres d’Inari, son sac pour regrouper une cinquantaine de chiens sibériens autour d’un lac et accueillir quelques passionnés d’aventure polaire. Une yourte et deux cabanes pour une vie différente… Nous empruntons une route en terre mais j’ai prévenu les jeunes qu’il y aura peu de chance de croiser Gilles, peut-être nous y verrons Gladys son assistante ! Tiens, tiens une voiture de location immatriculée en France ? Les chiens hurlent dés que nous descendons du camion, je pars en repérage. Le camp semble vide, soudain je croise le regard d’une jeune fille :                                                  Désolé de vous déranger, je cherche Gladys. Elle est partie la journée ! Tant pis, dites lui que je suis passé. Attendez, je vais appeler Gilles !!! Depuis longtemps nous nous connaissons que par nos livres respectifs, nous avons tous les deux été récompensés par la Guilde européenne du raid, mais jamais physiquement nous nous étions croisés. Nous sommes surpris, émus, ravi de ce face à face. Je fais signe aux jeunes de venir nous rejoindre. Deux jeunes assistantes en formation vétérinaire nous rejoignent. Les deux vieux loups solitaires avec de la relève éventuelle. Sans se concerter nous faisons une sorte de colloque sur le dépassement de soi. Une jeune fille ose se plaindre que la vie au camp est dur et que personne ne la félicite de son travail, ce matin j’ai remis une couche au jeunes sur le respect de soi et des règles de vie en groupe. Avec Gilles nous sommes complices comme si l’on avait préparé notre débat depuis bien longtemps. Le silence est et doit être la récompense, anticiper, prévoir, apprendre. Si nous avons réussi nos entreprises c’est que nous sommes intransigeants avec nous même, donc très exigeanst avec ceux qui veulent être initiés. Le dialogue me plait. Les filles invitent les garçons, à rencontrer les chiens, Gilles m’amène dans sa cabane pour un thé… Nous sommes heureux d’être ensembles, nos vies bien que différentes comportent beaucoup de similitudes… Nous parlons de nos présents mais aussi des lendemains… Gilles vient de restructurer un bateau en aluminium pour naviguer dans le grand Nord, actuellement amarré à la Rochelle, il prendra la mer dés que possible pour rejoindre avant juillet la côte Est du Groenland. « Pourquoi pas » amener des jeunes amputés sur les traces de Charcot… Notre hôte a du boulot, demain il reprendra la route pour rejoindre son bateau. Avec gentillesse il nous prête un canoë pour aller découvrir les lacs environnants… Je croiserai aussi avec joie Gladys…

Le hasard n’existe pas j’en suis convaincu…

Deux aventures qui se croisent...

Deux aventures qui se croisent...

Premier coup de pédale…

15 juin 2012

Le départ de Mehamn... Un chaleureux départ de Mehamn…
Dernier cliché devant le B&B "Red Tree" de Tina & Ruan

Dernier cliché devant le B&B "Red Tree" de Tina & Ruan

Ca y est yakapédaler....

Ca y est yakapédaler....

Goodbye à la mer de Barents...

Goodbye à la mer de Barents...

Pourquoi il n’y aurait que le soleil à être précis ? Départ 8h00 tapante ! Un petit comité d’adieu s’est formé pour le départ, le comptoir de Mehamn semble encore engourdi par la brise polaire qui y souffle toujours modérément. Accolade avec Tina et Ruan en se promettant de se revoir, hymne du nomade qui va, qui vient. La mise en bouche est terrible une côte de 20 km et le vent qui mord le cycliste en croisade. Mes pieds sont congelés, pardon mon pied, le gauche bien sur ! Les névés donnent encore plus une sensation de congélateur géant. Je m’applique, ce n’est pas une course mais un voyage, alors j’essaie d’aller mollo. Ca monte à n’en plus finir mais mes amis ont décidé de m’accompagner un bout. Ils filment, ils photographient, moi je pédale ! Robin et Nicolas m’attendront plus loin. Finalement je gagne le plateau balayé par le Nord-ouest pas encore mort, certains lacs sont encore gelés, et moi je pédale. Nos hôtes font demi-tour : Good trip Frank, good trip… Les jeunes tracent et je me retrouve seul face à moi-même. Je m’hydrate, je m’alimente, je pense, je rêve, je pédale. La moyenne est très faible mais cela devient dérisoire en comparaison du paysage qui m’éblouit. Les rennes qui ne portent pas encore leurs bois semblent insensibles à ma « pédalerie », un renard polaire croise ma route, les quelques véhicules qui me croisent m’encouragent, cela réchauffe le cycliste solitaire… Après 4h effective de vélo je retrouve les jeunes, une butte au milieu de rien nous abrite du vent et le soleil prend pitié du cabochard. Dardé de rayons  je commence à décongeler, une « célébrissime » nouille chinoise et quelques canistrellis offert par ma belle fille avant mon départ et je m’autorise une micro sieste… Elle n’est pas belle la vie ? Une descente vertigineuse, qui voudra dire une montée de dingo ! 14% pendant 3kilométres, ça calme l’enthousiaste, ça dégonfle le ventard, je fais le vide et tente de m’évader ; presque, presque j’ai chaud ! Le paysage est sublime, des fjords à perte de vue et des lacs qui semblent suspendus… J’avance, j’avance, je ne me retourne pas et ne regarde pas l’horizon, je vis l’instant présent. Un privilège de pouvoir vivre cette aventure… 6h30 après et 103km au compteur je rejoins les jeunes au lieu dit de Ifjord où nous avons trouvé des « hitt » (cabane saame) pour nous réfugier. Je crois que ce soir je ne vais pas avoir besoin de berceuse pour rejoindre dans mes rêves ma princesse…

Dernier soir à Mehamn…

14 juin 2012
Coup de vent sur Mehamn...

Coup de vent sur Mehamn...

Robin sur des airs d'Eagles...

Robin sur des airs d'Eagles...

Quelle riche idée de ne pas être parti ! Petit coup de blizzard assez sympa pour congeler un cycliste un poil cabochard ! La vie se déroule au ralenti, ici dans ce comptoir de pêche pas grand-chose, à part le vent et la pluie. Ces endroits rendent le moment simple et serein. Pas de course contre le temps, pas de surconsommation chronophage, chacun laisse faire le temps. Les langues se délient, les souvenirs ressurgissent, la vie est pleinement vécue. Hier les jeunes ont donné la main à Tina et Ruan qui aménage une cabane sur le bord d’un lac. Pas d’eau ni électricité, le confort essentiel, un toit, un poêle et un calme si rare à notre époque. Pendant ce temps là le grand « frère » faisait la cuisine, Jo Zef d’ailleurs n’en loupait pas une : Entrée, plat principal et dessertsss !!! Le vent redouble de force, la maison de nos hôtes est une aubaine. Ce soir c’est notre dernier soir, alors comme diner d’au revoir une rafale de crêpes sera au menu… Vivre des moments pareils semble simple pourtant c’est l’essentiel. Ma chambre est un capharnaüm de préparation, le duvet sèche, les bottes perdent leur odeur de fauve, la mascotte d’ailleurs proteste d’une telle présence. L’ordi ouvert pour classer les photos et le petit cahier bleu toujours présent pour noter à la volée quelques mots de maux. Les jeunes me visitent. Mon dernier écrit, juste pour eux… Robin rajoute le mot de fin.

La limite entre le bruit et la musique ? Le cœur…

Demain matin départ à 8h… Juste avant un petit direct sur France Bleu Frequenza Mora à 6h40…

Yakapédaler…

Du rêve vers la réalité…

9 juin 2012
Promis je reviendrais...

Promis je reviendrai...

Je caresse la coque de mon bateau, une dernière vérification du mouillage, je le sais, il le sait, on va se séparer quelques mois. Véro m’observe, elle le sait aussi ! Le vent d’Ouest est au rendez-vous, il ne pouvait ne pas être là. On se cause, on vibre ensemble depuis si longtemps ! Il me promet de ne pas trop secouer le Cabochard, je lui donnerai des nouvelles de son cousin éloigné en mer de Barents … Tout est en place, l’odeur des vernis tout frais, sera la fragrance de départ. Le rêve se réalise, quel privilège d’aboutir à mes plus forts désirs. L’aéroport a retrouvé son activité estivale, les scandales chaussettes sont de retour avec les « moi j’ai fait la Corse » saison 2012 ! Ma main ne peut  décrocher celle de Véro, encore de l’eau salée dans mes yeux ! Pourtant je me suis douché !!! Femme d’aventurier est un rôle pas donné à n’importe qui. Vivre l’adversité fait oublier l’angoisse, mais pour celle qui est la seule à communiquer avec moi, c’est un travail de grande sagesse. Depuis plus de dix ans elle a su décrypter ma voix qui tremblait, elle a su comprendre que mon corps était dans la lutte. Ses mots ont toujours étaient précis et mes maux se sont apaisés… Stéphanie, la stagiaire Bout de vie régionale est aussi au départ, une sorte de famille de bouts manqués…

Je suis au pied de l’avion, je touche une dernière fois la terre corse en lui promettant de tout lui raconter à mon retour. Le vol est toujours aussi merveilleux. Mon bateau, si petit de là haut, semble me faire un « coucou », sacré Cabochard ! La houle d’Ouest rend la côte majestueuse. Le phare des Moines, cap Sénétose, golfe du Valinco, les îles Sangunaires, la Scandola… A pied, en bateau, en kayak, sous l’eau, les souvenirs ressurgissent…  La phase A est bel et bien finie, j’y ai laissé moins d’énergie qu’avant, mais quand même encore un peu. Démarcher, « vendre » le projet, tout un programme que je gère pas trop mal. Par ce billet je tiens à remercier tous ceux qui ont accepté une fois de plus de me soutenir. Merci du fond du cœur. Merci à vous tous mes amis, de vos témoignages de sympathie. Du Canada à l’Ukraine, du nord au sud de la France, amis proches, connaissance d’un jour, vos témoignages m’ont énormément touché…

Robin et Nicolas qui ont traversé l’Europe avec le fourgon sont bien arrivés à Mehamn, il ne me reste plus qu’à être patient et de saut de puce en saut de puce je serai sur zone dimanche en fin de journée…

Ce n’est pas la destination qui compte mais le chemin qui y mène.

PS : Pour le fan club de la mascotte, vous risquez de l’apercevoir sur le petit écran dans l’Emission : Echappées Belles en Corse. A pluche.

Dépeche AFP du 25 mai 2012 pour le projet Arcticorsica…

25 mai 2012

arcticorsica-bg

Dépêche AFP du 25 mai 2012 ..//..

Depuis dix ans, de défis en expéditions sur tous les continents, il a parcouru sur une seule jambe plus de kilomètres que la moyenne des « bipèdes » en une vie: Frank Bruno, 47 ans, s’apprête à relier de juin à octobre le Cap Nord (Norvège) aux Bouches de Bonifacio (Corse) en kayak et vélo.

Pour le créateur de l’association « Bout de vie », l’infortune est survenue en 1983 quand, homme de pont sur le porte-avions Foch au large du Liban en guerre, il perdit sa jambe droite sous le train d’atterrissage d’un chasseur Crusader.

« J’ai cru que ma vie était foutue, se souvient-il. Le mot espoir était sorti de mon vocabulaire. Mais c’est lorsque j’ai cessé de ne penser qu’à ma petite personne que j’ai réalisé que j’avais des milliers de compagnons handicapés, amputés d’un bras, d’une jambe et qui eux aussi avaient perdu espoir, que j’ai créé +Bout de Vie+ » en 2003.

Et ne lui parlez pas de « handicap », sinon il vous en cuira: « Je ne suis pas handicapé, je suis juste différent… assure-t-il. A travers mes aventures, je veux démontrer à tous les amputés qui ont perdu le goût de la vie que nous sommes comme les autres, que nous ne sommes pas diminués même si nous devons en faire plus que les autres, à force de volonté et de rage de vivre ».

Sa rage, Frank Bruno l’a exprimée à de nombreuses reprises sur différents théâtres d’opération, sur mer et sur terre, à pied, à ski, à la rame, du Groenland à la Géorgie du Sud, de l’Alaska aux sommets de la Cordillère des Andes, des fonds marins de l’île de beauté à la banquise du pôle nord.

5.000 km du Nord au Sud

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Cet athlète complet et polyvalent a pris goût au kayak en 2010 lorsqu’il a descendu en solitaire les 3.000 km de la Yukon River, entre Canada et mer de Béring en Alaska.

Le 10 juin, c’est à bord d’un kayak de mer qu’il va affronter les violents courants de la mer de Barents, au départ du phare de Slettnes, pointe Nord de l’Europe continentale en Norvège.

Il troquera ensuite sa frêle embarcation contre un VTT pour traverser la Laponie et rejoindre le nord du golfe de Botnie en mer Baltique et s’embarquer de nouveau sur le kayak à destination de Stockholm.

Ce sera ensuite la traversée à vélo du Danemark, de l’Allemagne, des Alpes suisses et de l’Italie pour arriver à Piombino en bordure de la mer Tyrrhénienne.

Il ne restera alors plus à Frank Bruno que 250 km à parcourir sur les eaux bleues pour arriver au terme de son expédition, le phare des îles Lavezzi, le plus méridional de France, à Bonifacio, en Corse, et boucler son périple inédit de 5.000 km.

Équipe logistique de 4 jeunes amputés

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Si le charismatique unijambiste entreprend son nouveau défi en solitaire et en autonomie, il le place sous le signe du partage et s’est entouré d’un groupe de 4 jeunes amputés de 16 à 27 ans, Nicolas, Rémi, Valentin et Steve pour assurer sa logistique et lui acheminer le vélo ou le kayak aux grandes étapes.

Il publiera aussi un journal de bord sur son site internet (www.boutdevie.org) pour être suivi par le plus grand nombre de ses compagnons d’infortune.

Son association « Bout de Vie » compte aujourd’hui un millier d’adhérents de par le monde qui échangent leurs expériences, s’encouragent, se redonnent de l’espoir, témoignent de leurs combats et s’entraident.

« Être unijambiste n’est pas une fatalité, mais juste un défi à relever ! », martèle Frank Bruno.

Patrick Filleux AFP Paris