Un marin sans horizon…

3 août 2012
Les nuits approchent, déjà le début de la fin de l’'été scandinave.

Les nuits approchent, déjà le début de la fin de l’'été scandinave.

Ce matin 4h25 le soleil pointe le bout de son nez, moi je m’extirpe de mon duvet. Je suis dans un « nid » d’îles donc je ne devrais pas trop souffrir aujourd’hui ! Oh, quel insouciant ce Frank ! Effectivement le départ est comme un rêve mais une brise légère me caresse le visage. Déjà là, elle ! Le sud ! Je me méfie des petits passages, ils sont plus abrités mais bouchés par les joncs, j’en fais encore la rageante expérience. Pendant trois heures je papillonne, je rêvasse, les rafales de vent me passent par-dessus la casquette. Mais voilà il y a une traversée de plusieurs kilomètres et dans l’axe du vent. La première est de 2,5km, je me lance, c’est douloureux mais ça passe, la deuxième, cela devient du travail de forçat mais à la troisième je me retrouve avec une mer blanche et 30 nœuds dans la gueule. Je suis vert de rage. Non pas ici, pas encore !!! J’ai la colère qui monte, pourtant le vent lui n’y est pour rien, les douleurs ressurgissent, elles voulaient du calme je leur offre du labeur de titan. 1600 petits mètres à gagner coûte que coûte. où je suis, aucune possibilité de débarquer, que du caillou ou de la vase. Cela se transforme en séance de torture, mes cervicales me font souffrir le martyr, je n’ai plus envie de ça. Il faut que je trouve le calme, la raison qui doit me faire avancer sans contrainte. Un combat de boxe, je prends des coups de tous les côtés, droite, puis gauche, un crochet dans le foie ! « Eh, l’arbitre c’est illégale ». L’homme en noir sourit, mon adversaire a tous les droits. Je me recroqueville et encaisse les chocs. Finalement le gong sonne, je touche la rive, pas KO mais presque. Tout aussi inaccessible, absolument aucune possibilité de mettre prothèse à terre !!!  Caché du vent je longe la côte, peut être à la pointe je trouverai un minuscule plat pour débarquer. Une anse de dalle de grés, de joncs et plein de petits passages, il faut que je m’arrête je n’en peux plus. Un chenal me fait débarquer sur un replat où les herbes atteignent le mètre. Je m’ouvre un passage et tâte le sol, il n’est pas spongieux et semble plat. Je vais d’abord manger après j’aviserai. Le vent se renforce, je n’ai plus la force de continuer, j’en ai les larmes aux yeux, je suis cuit. Je piétine à contre cœur les herbes pour faire une petite prairie, je pose ma tente et m’écroule comme une masse. A mon réveil je me sens mieux, les rafales de vents sont impressionnantes, aux calmes plats succèdent les bourrasques d’une violence extrême. Je me force mais je sais que cela me fera du bien, le cul sur une dalle à l’abri du vent je glisse dans la mer encore fraîche pour me laver et me régénérer. Je m’endors au soleil, doucement je me remets de cette traversée usante. Je m’accorde une très longue séance d’étirement et de respiration face au soleil. Cet endroit m’inspire, caché des hommes il émet une onde positive que je ne me gêne pas de capter. 24km gagné dans la douleur, dans 120km la capitale. A l’intérieur de cette mer fermée je suis un marin sans horizon…
A pluche !

Dans le golfe de Gavle…

27 juillet 2012
Un labyrinthe d'îles dans un calme fascinant.

Un labyrinthe d'îles dans un calme fascinant.

Une bonne nuit dans un lit douillet, cela faisait un moment que ce n’était plus arrivé. Ce matin c’est un calme très rare pour la région le vent du Nord est mort, qui va prendre le pouvoir ? Je crois que j’ai ma petite idée ! Je laisse derrière moi des gens charmants, qui ont su m’accueillir les bras ouverts, sans parler la même langue, sans la même culture, nous avons su nous accorder. Un clin d’oeil sur tous ces hommes, qui munis de leur treillis, tuent pour leur nation, leur religion, leur argent !!! Le club de kayak paddla-gastrikland.se du coin va publier un papier sur mon parcours dans la presse régionale et profiter de cette péripétie pour rappeler aux élus locaux que le canal doit être dragué. Les cartes et le GPS le donnent libre de passage ! Je repars heureux mais je sens quand même que j’y ai laissé des plumes. Je louvoie dans un labyrinthe d’îles toujours aussi merveilleuses, au bout de 3 heures j’arrive au nord du cap de la ville de Gävle, il faut que je prenne une décision. Tirer tout droit et traverser la totalité du golfe soit 15km plein Sud-est, soit bifurquer à bâbord et rejoindre un groupe d’îles en plein milieu pour ensuite rejoindre la côte sud. Je tente la traversée, mais je sens, je sais que je ne vais pas y arriver. J’essaie d’augmenter la cadence de coups de pagaie, la mer est à peine ridée par le suroît qui s’ébroue à peine. La brise me caresse le visage, la bise du condamné ! Je continue, ça moutonne, encore une demi-heure et puis on verra. Ça augmente, je ne suis pas assez frais pour finir les 10km avec le vent dans le nez. Je vous prie de croire que j’essaie toutes les techniques. J’imagine que sur la pointe en face Véro m’attend, que je trouverai là le plus beau bivouac de mon voyage, mais rien y fait. Je suis fatigué de ce vent contraire. Ok, je mets le clignotant, cap au Sud-ouest, je ne sens presque plus la brise trois quart arrière. J’arrête la cadence, je profite d’un groupe de cygnes pour me rassasier de cette mer magnifique. Je suis à vue d’un petit groupe d’îles, il y a pas mal de cabanes, c’est normal nous sommes devant  une grande ville.
Je déniche un coin caché et y monte ma tente. Le terrain n’est pas très haut au dessus du niveau de la mer, je vais rester prudent en cas de montée des eaux. Une table abandonnée est dans la forêt juste derrière, je trouve une chaise sur le terrain d’une cabane inoccupée et me fait mon bureau-cuisine, vue sur la mer. Aujourd’hui je viens de franchir le palier des 800km et je vous prie de croire que cette « croisière » m’a appris une multitude de choses indispensables à la vie d’un homme.

A pluche !