Week end polaire!

30 juillet 2018
Samedi matin c’est le week-end, les pieds traïnent, les cernes sous les yeux
donnent l’état des lieux, tout le monde est cuit. Brouillard, crachin et
température polaire affaiblissent les troupes. Il faut que je les ménage;
ce matin ce sera pêche en mer. Pas loin du village, il y a un petit
promontoire que j’ai rebaptisé « Cap des morues ». Une longue ligne avec de
sérieux leurres multicolores va très certainement intriguer quelques
curieuses, mais ce matin rien ne mord ! Nous bouchonnons sur une mer extra
plate au milieu de très beaux icebergs, le silence est impressionnant. Le
bateau étant petit, personne n’a le droit de quitter son poste, si quelqu’un ne
respecte pas la règle je suis obligé de montrer mes gros yeux. Comme cadeau de 
bienvenue aux pays d’Apoutsiaq, un petit iceberg se désintègre devant nous, nous offrant 
un vrai festival de glace, mais aucun poisson ne daigne monter à bord, à
part quelques scorpions arctiques, que je rejette aussitôt. Une immense
étoile de mer se laissera piéger aussi. Mais il nous faut
trouver le repas du midi, alors nous changeons de coin pour enfin remplir
le seau de belles morues. Mais les oursins nous tentent aussi, alors munis
d’une longue grapette nous les cueillons tranquillement dans une eau
cristalline. Pour le midi le déjeuner sera basique mais local, omelette
d’oursins, pâtes aux crevettes de la baie et morue frite… L’après midi sera
libre, certains s’évaderont pour une longue sieste d’autres pour récolter
du thé du labrador qui embaume nos mugs quand il fait trop froid.
Dimanche ; le ciel est bleu azur, cela présage une belle journée en mer.
Chacun doit remplir ses thermos d’eau chaude et ranger sa ration de midi à
base d’éternelles nouilles chinoises, là où nous allons, il va faire
froid et nous serons vraiment isolés, il faut penser à tout. Dans un
sac étanche mon téléphone sat, la balise spot, une grosse trousse à
pharmacie et quelques bricoles au cas où… Nous prenons cap vers le nord, la
glace est moins dense, ce qui nous permet de passer sans problème mais le
vent d’est est modéré, ce qui lèvera un clapot polaire. Il me faut louvoyer
auprès des plus gros icebergs pour être à l’abri des vagues. Au détour d’un
immense glaçon, dame baleine nous offre un beau spectacle qui nous laisse
sans voix, puis ce sera un couple de phoques ; que c’est beau la vie ici!!
Puis nous rentrons dans l’immense golfe de Pakitsoq, aussi grand que celui
d’Ajaccio, mais sans aucune âme qui vive ou qui navigue, pas une seule paillote bruyante,
nous sommes seuls au monde. Le clapot est fort, le bateau tape, mais ne mouille pas,
donc nous poursuivons pour arriver aux pieds de falaises immenses où se jettent
de multiples cascades merveilleuses. Des oiseaux par millions nous accueillent, je coupe le
moteur à l’abri du vent, la musique est magique. Fulmard, Guillemot
(appelés aussi pingouin) jouent les base-jumper pour notre plus grand
plaisir. Nous poursuivons la route pour les passes des mers intérieures de
Pakistoq. Miracle! Nous arrivons juste à l’étal de la marée, qui en une
fraction de seconde me donne l’ordre de foncer dans ce goulet pour aller
explorer cette mer si fermée, si secrète. La première chose marquante c’est
que l’eau est turquoise et sans aucun iceberg, le goulet n’étant que de 30
mètres de large aucun glaçon ne peut y pénétrer. Nous naviguons en mer
inconnue, nous sommes devenus en un claquement de doigt des explorateurs
comme, Baffin, Franklin, Admunsen et autres fous rêveurs à la recherche de
nouvelles Terres. Mais je n’aime pas ce coin dangereux, je ne suis plus
seul, la présence de mon équipe à bord me demande beaucoup plus de vigilance,
je décide de faire demi-tour.
De nouveau dans le goulet le flux du courant commence à prendre de la
force, il peut atteindre plus de 20 nds !
L’adrénaline polaire, rien de tel pour se sentir vivant, alors nous
poursuivons dans un coin que j’avais découvert l’année dernière en kayak,
je m étais promis d’y ramener des personnes de mon association Bout de
vie. Et voilà que le rêve se réalise, ils sont tous les 6, prothèse à terre, 
dans cette ancienne caldera d’une beauté exceptionnelle. Une fois  Ifaraq (nom de notre bateau),
bien mouillé et amarré, nous explorons le site. Les restes de mon bivouac
de l’an passé sont intacts, personne n’est donc passé là depuis un an !
Je crois que vous avez bien compris ici, c’est calme et paisible !
Puis nous baladons jusqu’au moment où Ange-Paul et Rémi se lance un défi.
Je souris, car je sais que les récits de mes aventures, le soir après le
diner, les passionnent, et eux aussi ont envie d’aller chercher de
nouvelles limites. Aujourd’hui ils ont décidé d’aller nager dans l’océan
arctique ! Bien que nous soyons encerclés de moustiques, ils se retrouvent
en slip de bain pour une baignade qu’ils ne pourront jamais oublier. Je
crois qu’ils sont en train de monter une future aventure en tête à tête, on
verra bien !
 Trop fier de mon équipe de 6 warriors…
A pluche !
 
 

 

 

Cèpes polaires

28 juillet 2018

Le coup de vent est passé sans trop secouer le bivouac mais la pluie est
encore là, elle burine la tente de mes aventuriers ainsi que leur moral !
Le petit déjeuner est silencieux, l’équipe est fatiguée, dormir sous tente
est un exercice qui demande en région polaire un peu d’habitude et pour
certains c’est un baptême.
La façade sud ne peut être peinte, la pluie est dans la mauvaise direction,
mais il y a tellement de tâches à effectuer que nous ne perdons pas de temps. Le vide
sanitaire de la maison est un vrai capharnaüm, il est temps de tout sortir
et de trier ce que l’on pourra. Me voilà à quatre pattes déblayant 
l’entrée… l’odeur est surréaliste!! Des peaux de phoques en décomposition
m’offrent un fumet sympathique pour démarrer la journée ! Nous faisons la
chaîne pour tout sortir et en fin de matinée, tout est propre avec
une pièce dégagée et claire. La bonne surprise est la découverte d’un sac
contenant 3 paires de « qamiq » en parfait état. Ces bottes en peau de
phoque sont cousues à la main et sont d’un confort incroyable pour les
marches dans la neige. L’année de fabrication doit dater, cela restera un
mystère incroyable. A midi mes aventuriers ont des têtes fatiguées, épuisées, la pluie
n’a pas cessé de la journée alors ce sera relâche avec une douche pour tout le monde. Mais ici
au Groenland tout est compliqué, rien n’est jamais sur, il n’y aura pas
d’eau chaude !
En milieu d’après-midi une partie du groupe squatte la maison autour du
poêle à pétrole mais le soleil pointe le bout de son nez. Je vais les virer
avec tact pour qu’ils soient dehors à profiter du spectacle de la baie de
Disko qui s’illumine avec le soleil… Ange-Paul et Rémi partent en randonnée
seuls, ils ramèneront un gros panier de bolet arctique…
Ce soir ce sera crevettes du coin et champignons… et avec le sourire s’il vous plaît!
Vive la vie!

1ère nuit sans nuit!

25 juillet 2018

La nuit ne fût pas si simple que ça, l’équipe des 6 a dû s’adapter au
décalage horaire et surtout au jour en continue. Mais la vie est trop
courte pour se plaindre alors à 7h tapante nous étions autour d’un bol
fumant où chacun racontait sa première nuit polaire. Froid, humidité, sol
un peu cabossé, dormir sous tipi sur un sol en permanence gelé est déjà une
sacrée « aventure »! Le temps nous est compté alors il faut s’organiser
pour ne pas perdre la moindre minute. Chacun va avoir son rôle, les plus
agiles seront en haut des échelles, les autres au sol mais chacun doit
donner son maximum pour la restauration de la maison bleue. Audrey n’est
pas très bien, elle réalise à quel point la vie ici est compliquée, pas de
routes, pas de sentiers, tout déplacement lui demande un effort surhumain…
Alors ce matin elle craque mais retrouve le moral après une bonne grasse matinée!
Tout d’abord, il faut donner quelques coups de marteau pour renfoncer les
clous qui au fil des décennies sont sortis doucement. Puis c’est le passage
du primaire, recommandé par le magasin d’Ilulissat. Le produit est un
saturateur de bois qui le protège. A notre grande surprise, à 14h la maison
en totalité était imprégnée. Puis en gardant l’ordre de progression, les
embrasures des fenêtres et les refends du toit prennent leur couche de
blanc.  Le moment tellement attendu est arrivé; c’est l’essai de la
couleur définitive, qui est bleue glace. L’essai est concluant, la couleur plait à tous.

A 16h je libère tout ce petit monde pour leur première douche depuis leur arrivée!

L’humour, la joie, les blagounettes vont bon train. L’explosion des icebergs qui se brisent donne toujours le
tempo, comment ne pas être contemplatif devant un décor si puissant… Ce
soir je me mets en cuisine, les jeunes qui ont passés la journée au grand air
ont faim. Pas d’écran, de bip téléphonique, eux et le silence. Tout en
mangeant je garde toujours un œil attentif au large, je m’en doutais ! Dame
baleine est venue leur souhaiter bon appétit !!! Quelle joie de voir leur
bonheur, leur étonnement!

Cancer, accident, maladie à la con, tous ont résisté, tous ont survécu… Vive la vie!
 Toute l’équipe va pour le mieux et envoie un grand et doux « aluu » à leurs
proches…
C’est qu’ils en auront des choses à vous raconter en rentrant…

Ils sont arrivés à Oqaatsut…

24 juillet 2018

Aprés deux jours de voyage les voilà enfin arrivés à Oqaatsut. ne leur dites pas qu’ils ont un handicap ou un truc du genre ils sont vivants et c’est déjà un cadeau immense… Au programme vivre dans un village groenlandais de 38 habitants et restaurer une vieille maison. Ce soir comme dîné de bienvenue ragoût de phoque… Vive la vie et merci à tous les mécènes qui grâce à leur générosité permettent à Elisa, Marion, Audrey, Ange-Paul, Remi et Patrick de vivre cette expérience hors norme… Takuss

Préparation polaire…

21 juillet 2018

 

Les jours s’égrainent le blues prend moins de place, s’adapter, il faut que je m’adapte. J’ai un boulot de folie, il faut que tous soit organisé avant que l’équipe Bout de vie arrive. Il m’a fallut trouver le bateau et ici c’est vraiment compliqué. Comment expliquer à un gars d’une autre planète tes exigences, qui sont en premier la sécu de mes passagers. Avec douceur, un tonne de patience, si j’en ai ! J’ai réussi ; le bateau est opérationnel. Mais ce n’est que le commencement, la liste des courses est longue, et à chaque fois il me faut prendre la mer, je dirais plutôt m’esquiver aux milieux des glaces. Le voyage demande une attention stricte, mais entre vous et moi cela me fascine de zig zaguer au milieu de ces colosses millénaires. Aujourd’hui la mer était vraiment chargée, le vent du sud-est avait fait des confettis de glace qui par moment m’ont demandé de stopper le moteur pour trouver le bon trou… Ilulissat le port, une fourmilière silencieuse, chasseurs, pêcheurs se côtoient en silence, c’est super de me voir si bien intégré, des corses unijambistes, « y parait que je suis le seul » !!!

Plutôt que des palabres quand des gars me reconnaissent en guise de bonjour, ils haussent les sourcils et la tête avec un grand sourire manquant souvent de dents. Je suis bien au milieu de ces Hommes, quel courage et dire qu’en bas dans le sud les mectons se prennent pour des marins, les pauvres ! Premier rendez-vous la banque, il n’y en a qu’une ! Mon gros couteau de chasse à la taille je pénètre l’office qui n’a pas de sas de sécurité. La dame me sourit et voyant mes joues et mains rougies, elle me propose en premier un café que j’accepte bien volontiers. Incroyable, elle est pied-nue la guichetière ! Quel beau pays !  Bien que petite, la bourgade qui fait office de capital de la côte nord-ouest du Groenland, est grande et il me faut racler de la prothèse pour acheminer mon matos. Stark le gros magasin de construction m’a préparé mes peintures, encore et toujours des sourires. En taxi je fais un premier voyage pour charger le bateau. A côté de mes bidons gît un phoque, je suis le seul à dégainer un appareil photo pour immortaliser la scène, lui il ne l’est pas immortel ! Puis c’est au tour du supermarché pour la nourriture. Ouf les nouilles chinoises sont là ! Mais j’ai un problème je ne trouve pas de grandes casseroles, je capitule on s’en passera ! Encore un voyage en taxi et me voilà prêt. Mais un hamburger local me tente ! A midi ce sera du bœuf musqué avec des frites mayo, et oui l’aventurier se lâche… Mais je suis comme chez moi ma parole ! Kim et Ringo se mettent à côté et on rigole sans pour autant parler la même langue.  C’est bon le bœuf musqué entre ami… Mais il est temps de reprendre la mer, on ne sait jamais comment évolue la glace. Me prenant pour un indien je me faufile pour rejoindre ma petite maison, aujourd’hui pour fêter ça je vais m’offrir une douche bouillante et laver tout mes fringues qui sentent le renard en décomposition… Ce soir, la cabane bleue est presque prête pour recevoir mes stagiaires qui débarqueront lundi, Immaqa !  Ce week-end je vais m’accorder un peu de baroude en solo, au programme découverte de coins paumés, cueillette d’oursin, pêche à la truite arctique et morue … Si une baleine passe sous l’étrave du petit bateau je lui passerai votre bonjour… Question importante, le petit bateau n’a pas de nom. Aidez moi à en trouver un. Jozef me souffle : crêpes ! Pour un bateau je ne trouve pas ça génial.

 Je me demande comment on peut traduire en groenlandais : petit papillon, je me demande !

PS : Yes mes bagages sont arrivés.

 

Arrivé à Oqaatsut…

18 juillet 2018

 

 

Me voilà installé dans ma maison bleue, mais quel voyage pour y arriver. Je ne parle pas du retard des avions et de mes deux bagages contenant l’essentiel oubliés, non je vous cause de l’arrivée à Ilulissat. A distance j’ai acheté un bateau Poka (conçu pour la glace) avec un 70 cv en très bon état, mais nous sommes au Groenland où les priorités sont tout autres. Arne le vendeur m’avait fait comprendre que le bateau serait à l’eau et testé. Erreur, l’embarcation était encore à terre et avec quelques soucis ! Ici on n’élève pas la voix, on ne cause pas fort, ce sont les silences qui en disent plus que des menaces idiotes. Alors on s’est mis d’accord demain tout sera en règle Immaqa (peut-être). Mais il me faut trouver une solution pour aller au village le seul moyen la mer. Myrtille sur la crêpe l’océan est bloqué par la glace avec un bon brouillard réfrigérant. Bien sur mes affaires polaires sont dans mes sacs qui doivent suivre un jour ou l’autre, la perte de moral commence à prendre un peu trop de place. Sur un ponton du port je reconnais le beau-père de Julien qui ne parle pas anglais ni même le corse, bizarre non ? Mais il comprend mon baragouinage et appelle sa fille Charlotte épouse de Julien ; ouf il est en route pour leur course et pour me récupérer. J’en profite pour faire quelques emplettes. Des visages me causent, des kutaa (bonjour quand on ne s’est pas vu depuis longtemps) fusent : Fari, Kim, Ringo,Brita et même Ben et Eric des guides de kayak. Mais ma tête n’est pas à la conversation, le manque de sommeil, le froid (je suis en t-shirt avec un coupe vent), le gris et tout le reste me mine : « mais qu’est ce que je fous là alors que je pourrais papillonner sur mon île » ! Julien arrive, il m’embarque, il n’a pas reçu mon message et n’a pas mes fringues polaires, juste une combinaison de pêche trempée ! On s’adapte, on sert les fesses et nous voilà parti. Le petit bateau cherche son passage au milieu des icebergs et dérivés ; les coups de boutoir sur la coque me glacent, nous n’avons pas de gilet de sauvetage et la côte est bien loin. Je ne sais plus combien d’heure mais j’ai du chercher loin pour ne pas tomber dans les pommes. Le froid polaire, je l’avais oublié mais lui se souvenait bien de l’écervelé qui joue régulièrement le dur avec lui et parole il m’a pris dans ses bras. Tremblant de la tête au pied je file à la maison qui n’a pas été chauffé depuis 10 mois, une sorte de congélateur géant. Rien n’a bougé ou presque ; je fais le tour et trouve enfin des affaires chaudes, je mets tous ce que je peux et retourne chez Julien. Les trois enfants viennent de recevoir un colis de leur grands-parents vivant en France, il faut voir la joie que cela leur procure, le chauffage, le thé, une belle famille devant moi, l’émotion me prend aux tripes j’ai les yeux qui rougissent, je suis cuit, mes nerfs se relâchent. Là-bas au mouillage le voilier polaire Akta, le brouillard et la glace rendent la baie un peu triste. Je retourne chez moi avec un chauffage au pétrole d’appoint, ce sera mieux que rien, je grignote mais rien ne passe, la tristesse me submerge, la fatigue, le contre coup du départ, la crasse du voyage, ma chérie qui me manque… Ce sera une soirée noire malgré une nuit qui ne vient jamais sous ces latitudes. Puis j’entends rentrer, Steen vient me saluer et m’invite pour un kaffimiq. Il vient d’être grand père, sa joie cache aussi de la tristesse. Devant un breuvage brulant nommé café, et un gâteau vert fluo, mon pote chasseur m’annonce la mort subite de sa sœur le 25 dec dernier. Elle gérait la superette du village, avec beaucoup de pudeur il m’a dit quelle a rejoint son père. Mais ici on ne s’éternise pas avec la mort, elle est présente à chaque recoin, le froid, l’iceberg qui te submerge, l’isolement de la nuit qui rend dingue, la mort est là, donc ils gèrent. Puis pour casser la tristesse, le petit passe de bras en bras son nom est « homme valeureux », cela lui promet un bel avenir. Puis tout sourire Steen me montre une immense coupe, il a été sacré champion du Groenland en course de chien de traineau. Mes yeux se ferme, je rentre tout doux à la maison avec une brouette d’eau potable pour la vaisselle, il est temps que je rejoigne mon sac de couchage…

4h du matin local, je sors du coma, je n’arrive plus à dormir, mon tel vibre, un message d’amour me met en état de grâce, le sang revient dans mes veines, ma tête à moins le tournis, mais c’est que je suis vivant alors ! Je profite du silence intense et incroyablement apaisant pour faire une balade. Les Icebergs pètent à tour de rôle, la marée est basse, je contemple la mer de Baffin, qu’est ce que c’est beau, qu’est ce que c’est puissant. Puis je me rends au cimetière, je retire ma chapka et improvise une prière pour Anne-Marie, je reprends mon tour… Il est temps de rentrer pour le petit déjeuner…

Je vous embrasse du fond du cœur…

En route pour Oqaatsut

9 juillet 2018

 

15 septembre 2017 ; je rentrais en Corse après plus de 3 mois de baroude en kayak le long de la côte nord-ouest du Groenland. Plus qu’une expédition ce fût un long voyage de l’intérieur. Comme à chaque raid, j’y ai appris beaucoup, j’y ai souffert, mais Dieu que ce fût beau, grandiose, magique. L’adage dit que ce sont les épreuves qui font grandir, alors j’ai dû prendre encore quelques centimètres ! Après des centaines de kilomètres engrangés au milieu des glaces et des baleines, j’aurais pu rentrer chez moi et enfiler mes pantoufles pour écouter le temps passer. Mais une vie sans folie serait trop fade pour « votre » nomade du Grand Nord, alors j’ai réalisé encore un autre rêve de gosse, j’ai acheté une belle maison au Groenland, une demeure pour partager ma passion du pays des glaces et du silence. C’est une maison bleue, non pas adossée à la colline mais face aux icebergs de la baie de Disko. On y vient après un long voyage, on ne frappe pas, la porte reste ouverte à ceux qui ne boitent plus dans leur tête. Le 16 juillet je vais donc repartir là-bas au pays d’Apoutsiaq, la maison bleue m’attend, elle a besoin d’être restaurée, elle a besoin de quelques soins. Des 4 coins de l’hexagone et de Suisse ils vont venir m’aider, ils vont offrir leur temps pour qu’elle devienne un « base-camp » pour des gens à qui on avait dit que c’était fini, qu’ils seraient classés inclassables. Là-haut loin de la chaleur étouffante, du bruit, des bouchons, des « indispensables » des choses se passent, les esprits boréaux doivent trouver les connexions de ceux qui osent y poser leur sac. Un journal de bord vous donnera des nouvelles, offrira des photos peut-être même des vidéos. En attendant je dois boucler mes sacs penser à l’impensable et profiter de chaque instant avant mon départ.
Je compte sur vous pour nous insuffler votre énergie si précieuse.
A pluche.

Lavezzi, cala de l’Elephant…

16 mai 2018

L’effet du large fonctionne, les langues se délient, les histoires ne sont plus tabous, les anecdotes nous mènent au bout de nos souffrances qui riment souvent avec délivrance. Le jeune de la bande, timide de prime abord, est le bout en train du groupe. Ces histoires nous font rire à en craquer les cicatrices des moignons ! Ce matin nous levons l’ancre pour les Bouches de Bonifacio, le vent semble plus clément, l’ambiance du bord, elle, est au beau fixe. Le coup de vent des jours passés a vidé la mer de toute voile, sommes-nous seuls au monde ? Nous n’en savons rien mais ce qui est plus sur c’est que nous le savourons à sa juste mesure… Les Lavezzi sont à l’étrave de Nomade, Christophe louvoie entre les écueils, la crique dite de l’Eléphant est déserte, la vie de Nomade des mers se poursuit. Bien mouillé la longue houle d’ouest nous contourne en nous berçant. Sieste obligatoire, puis il est temps d’enfiler les combinaisons. La balade en apnée fascine le groupe, sars, dorades, loups, barracudas, le Parc Marin International a rendu le coin sanctuaire, la faune est abondante pour notre plus grand plaisir… Ce soir tous le monde est descendu à terre à la rencontre d’une île encore calme et apaisante… La vie de mer se poursuit, la vie à cloche pied est tout de même belle, et vous ?

 

15 éme stage de mer…

14 mai 2018

Vivre encore et toujours même avec un bout en moins le 15éme stage de mer a pris son envol. Venus des 4 coins de l’Hexagone et de Suisse, Nomade catamaran skippé par Christophe, les accueille pour une semaine de mer. Le mot clé de la semaine s’adapter. Ce matin le grand Ouest nous a amené ses moutons mais plutôt que gémir nous partons à la découverte de quelques vestiges du patrimoine de l’extrême sud de la Corse. Petite randonnée à la découverte des « orii », grottes granitiques aménagées par des bergers depuis la nuit des temps. Les bagages perdus, pendant le vol des filles, sont retrouvés, la houle nous fait du pied, Nomade appareille, le vent nous offre sa bienveillance. Et voilà des « abimés » par la vie en plein mouvement, l’onde de Nord-ouest propulse le catamaran, les surfs sont surprenants pour ceux qui découvrent le monde de la mer. L’ambiance est du tonnerre, comme si les drames avaient le pouvoir de nous unir, de nous rendre plus humain. Certains ont découvert le mal de mer, d’autres les techniques de virer de bord, la vie de Nomade est simple et sans chichi. La pointe de Féno est dépassée, les Lavezzi apparaissent, au sud la Sardaigne, Nomade semble voler sur l’eau.  La côte Est est sous le vent le calme revient à bord les estomacs retrouvent l’équilibre, un mouillage sous le soleil nous accueille, et dire que pour un cheveu la vie aurait pu nous enlever ce plaisir… Mieux que des mots quelques clichés triés sur le volet…

Vive la vie…

La presse en parle…

7 mai 2018

====