Préparation polaire…

21 juillet 2018

 

Les jours s’égrainent le blues prend moins de place, s’adapter, il faut que je m’adapte. J’ai un boulot de folie, il faut que tous soit organisé avant que l’équipe Bout de vie arrive. Il m’a fallut trouver le bateau et ici c’est vraiment compliqué. Comment expliquer à un gars d’une autre planète tes exigences, qui sont en premier la sécu de mes passagers. Avec douceur, un tonne de patience, si j’en ai ! J’ai réussi ; le bateau est opérationnel. Mais ce n’est que le commencement, la liste des courses est longue, et à chaque fois il me faut prendre la mer, je dirais plutôt m’esquiver aux milieux des glaces. Le voyage demande une attention stricte, mais entre vous et moi cela me fascine de zig zaguer au milieu de ces colosses millénaires. Aujourd’hui la mer était vraiment chargée, le vent du sud-est avait fait des confettis de glace qui par moment m’ont demandé de stopper le moteur pour trouver le bon trou… Ilulissat le port, une fourmilière silencieuse, chasseurs, pêcheurs se côtoient en silence, c’est super de me voir si bien intégré, des corses unijambistes, « y parait que je suis le seul » !!!

Plutôt que des palabres quand des gars me reconnaissent en guise de bonjour, ils haussent les sourcils et la tête avec un grand sourire manquant souvent de dents. Je suis bien au milieu de ces Hommes, quel courage et dire qu’en bas dans le sud les mectons se prennent pour des marins, les pauvres ! Premier rendez-vous la banque, il n’y en a qu’une ! Mon gros couteau de chasse à la taille je pénètre l’office qui n’a pas de sas de sécurité. La dame me sourit et voyant mes joues et mains rougies, elle me propose en premier un café que j’accepte bien volontiers. Incroyable, elle est pied-nue la guichetière ! Quel beau pays !  Bien que petite, la bourgade qui fait office de capital de la côte nord-ouest du Groenland, est grande et il me faut racler de la prothèse pour acheminer mon matos. Stark le gros magasin de construction m’a préparé mes peintures, encore et toujours des sourires. En taxi je fais un premier voyage pour charger le bateau. A côté de mes bidons gît un phoque, je suis le seul à dégainer un appareil photo pour immortaliser la scène, lui il ne l’est pas immortel ! Puis c’est au tour du supermarché pour la nourriture. Ouf les nouilles chinoises sont là ! Mais j’ai un problème je ne trouve pas de grandes casseroles, je capitule on s’en passera ! Encore un voyage en taxi et me voilà prêt. Mais un hamburger local me tente ! A midi ce sera du bœuf musqué avec des frites mayo, et oui l’aventurier se lâche… Mais je suis comme chez moi ma parole ! Kim et Ringo se mettent à côté et on rigole sans pour autant parler la même langue.  C’est bon le bœuf musqué entre ami… Mais il est temps de reprendre la mer, on ne sait jamais comment évolue la glace. Me prenant pour un indien je me faufile pour rejoindre ma petite maison, aujourd’hui pour fêter ça je vais m’offrir une douche bouillante et laver tout mes fringues qui sentent le renard en décomposition… Ce soir, la cabane bleue est presque prête pour recevoir mes stagiaires qui débarqueront lundi, Immaqa !  Ce week-end je vais m’accorder un peu de baroude en solo, au programme découverte de coins paumés, cueillette d’oursin, pêche à la truite arctique et morue … Si une baleine passe sous l’étrave du petit bateau je lui passerai votre bonjour… Question importante, le petit bateau n’a pas de nom. Aidez moi à en trouver un. Jozef me souffle : crêpes ! Pour un bateau je ne trouve pas ça génial.

 Je me demande comment on peut traduire en groenlandais : petit papillon, je me demande !

PS : Yes mes bagages sont arrivés.

 

Arrivé à Oqaatsut…

18 juillet 2018

 

 

Me voilà installé dans ma maison bleue, mais quel voyage pour y arriver. Je ne parle pas du retard des avions et de mes deux bagages contenant l’essentiel oubliés, non je vous cause de l’arrivée à Ilulissat. A distance j’ai acheté un bateau Poka (conçu pour la glace) avec un 70 cv en très bon état, mais nous sommes au Groenland où les priorités sont tout autres. Arne le vendeur m’avait fait comprendre que le bateau serait à l’eau et testé. Erreur, l’embarcation était encore à terre et avec quelques soucis ! Ici on n’élève pas la voix, on ne cause pas fort, ce sont les silences qui en disent plus que des menaces idiotes. Alors on s’est mis d’accord demain tout sera en règle Immaqa (peut-être). Mais il me faut trouver une solution pour aller au village le seul moyen la mer. Myrtille sur la crêpe l’océan est bloqué par la glace avec un bon brouillard réfrigérant. Bien sur mes affaires polaires sont dans mes sacs qui doivent suivre un jour ou l’autre, la perte de moral commence à prendre un peu trop de place. Sur un ponton du port je reconnais le beau-père de Julien qui ne parle pas anglais ni même le corse, bizarre non ? Mais il comprend mon baragouinage et appelle sa fille Charlotte épouse de Julien ; ouf il est en route pour leur course et pour me récupérer. J’en profite pour faire quelques emplettes. Des visages me causent, des kutaa (bonjour quand on ne s’est pas vu depuis longtemps) fusent : Fari, Kim, Ringo,Brita et même Ben et Eric des guides de kayak. Mais ma tête n’est pas à la conversation, le manque de sommeil, le froid (je suis en t-shirt avec un coupe vent), le gris et tout le reste me mine : « mais qu’est ce que je fous là alors que je pourrais papillonner sur mon île » ! Julien arrive, il m’embarque, il n’a pas reçu mon message et n’a pas mes fringues polaires, juste une combinaison de pêche trempée ! On s’adapte, on sert les fesses et nous voilà parti. Le petit bateau cherche son passage au milieu des icebergs et dérivés ; les coups de boutoir sur la coque me glacent, nous n’avons pas de gilet de sauvetage et la côte est bien loin. Je ne sais plus combien d’heure mais j’ai du chercher loin pour ne pas tomber dans les pommes. Le froid polaire, je l’avais oublié mais lui se souvenait bien de l’écervelé qui joue régulièrement le dur avec lui et parole il m’a pris dans ses bras. Tremblant de la tête au pied je file à la maison qui n’a pas été chauffé depuis 10 mois, une sorte de congélateur géant. Rien n’a bougé ou presque ; je fais le tour et trouve enfin des affaires chaudes, je mets tous ce que je peux et retourne chez Julien. Les trois enfants viennent de recevoir un colis de leur grands-parents vivant en France, il faut voir la joie que cela leur procure, le chauffage, le thé, une belle famille devant moi, l’émotion me prend aux tripes j’ai les yeux qui rougissent, je suis cuit, mes nerfs se relâchent. Là-bas au mouillage le voilier polaire Akta, le brouillard et la glace rendent la baie un peu triste. Je retourne chez moi avec un chauffage au pétrole d’appoint, ce sera mieux que rien, je grignote mais rien ne passe, la tristesse me submerge, la fatigue, le contre coup du départ, la crasse du voyage, ma chérie qui me manque… Ce sera une soirée noire malgré une nuit qui ne vient jamais sous ces latitudes. Puis j’entends rentrer, Steen vient me saluer et m’invite pour un kaffimiq. Il vient d’être grand père, sa joie cache aussi de la tristesse. Devant un breuvage brulant nommé café, et un gâteau vert fluo, mon pote chasseur m’annonce la mort subite de sa sœur le 25 dec dernier. Elle gérait la superette du village, avec beaucoup de pudeur il m’a dit quelle a rejoint son père. Mais ici on ne s’éternise pas avec la mort, elle est présente à chaque recoin, le froid, l’iceberg qui te submerge, l’isolement de la nuit qui rend dingue, la mort est là, donc ils gèrent. Puis pour casser la tristesse, le petit passe de bras en bras son nom est « homme valeureux », cela lui promet un bel avenir. Puis tout sourire Steen me montre une immense coupe, il a été sacré champion du Groenland en course de chien de traineau. Mes yeux se ferme, je rentre tout doux à la maison avec une brouette d’eau potable pour la vaisselle, il est temps que je rejoigne mon sac de couchage…

4h du matin local, je sors du coma, je n’arrive plus à dormir, mon tel vibre, un message d’amour me met en état de grâce, le sang revient dans mes veines, ma tête à moins le tournis, mais c’est que je suis vivant alors ! Je profite du silence intense et incroyablement apaisant pour faire une balade. Les Icebergs pètent à tour de rôle, la marée est basse, je contemple la mer de Baffin, qu’est ce que c’est beau, qu’est ce que c’est puissant. Puis je me rends au cimetière, je retire ma chapka et improvise une prière pour Anne-Marie, je reprends mon tour… Il est temps de rentrer pour le petit déjeuner…

Je vous embrasse du fond du cœur…

En route pour Oqaatsut

9 juillet 2018

 

15 septembre 2017 ; je rentrais en Corse après plus de 3 mois de baroude en kayak le long de la côte nord-ouest du Groenland. Plus qu’une expédition ce fût un long voyage de l’intérieur. Comme à chaque raid, j’y ai appris beaucoup, j’y ai souffert, mais Dieu que ce fût beau, grandiose, magique. L’adage dit que ce sont les épreuves qui font grandir, alors j’ai dû prendre encore quelques centimètres ! Après des centaines de kilomètres engrangés au milieu des glaces et des baleines, j’aurais pu rentrer chez moi et enfiler mes pantoufles pour écouter le temps passer. Mais une vie sans folie serait trop fade pour « votre » nomade du Grand Nord, alors j’ai réalisé encore un autre rêve de gosse, j’ai acheté une belle maison au Groenland, une demeure pour partager ma passion du pays des glaces et du silence. C’est une maison bleue, non pas adossée à la colline mais face aux icebergs de la baie de Disko. On y vient après un long voyage, on ne frappe pas, la porte reste ouverte à ceux qui ne boitent plus dans leur tête. Le 16 juillet je vais donc repartir là-bas au pays d’Apoutsiaq, la maison bleue m’attend, elle a besoin d’être restaurée, elle a besoin de quelques soins. Des 4 coins de l’hexagone et de Suisse ils vont venir m’aider, ils vont offrir leur temps pour qu’elle devienne un « base-camp » pour des gens à qui on avait dit que c’était fini, qu’ils seraient classés inclassables. Là-haut loin de la chaleur étouffante, du bruit, des bouchons, des « indispensables » des choses se passent, les esprits boréaux doivent trouver les connexions de ceux qui osent y poser leur sac. Un journal de bord vous donnera des nouvelles, offrira des photos peut-être même des vidéos. En attendant je dois boucler mes sacs penser à l’impensable et profiter de chaque instant avant mon départ.
Je compte sur vous pour nous insuffler votre énergie si précieuse.
A pluche.

Lavezzi, cala de l’Elephant…

16 mai 2018

L’effet du large fonctionne, les langues se délient, les histoires ne sont plus tabous, les anecdotes nous mènent au bout de nos souffrances qui riment souvent avec délivrance. Le jeune de la bande, timide de prime abord, est le bout en train du groupe. Ces histoires nous font rire à en craquer les cicatrices des moignons ! Ce matin nous levons l’ancre pour les Bouches de Bonifacio, le vent semble plus clément, l’ambiance du bord, elle, est au beau fixe. Le coup de vent des jours passés a vidé la mer de toute voile, sommes-nous seuls au monde ? Nous n’en savons rien mais ce qui est plus sur c’est que nous le savourons à sa juste mesure… Les Lavezzi sont à l’étrave de Nomade, Christophe louvoie entre les écueils, la crique dite de l’Eléphant est déserte, la vie de Nomade des mers se poursuit. Bien mouillé la longue houle d’ouest nous contourne en nous berçant. Sieste obligatoire, puis il est temps d’enfiler les combinaisons. La balade en apnée fascine le groupe, sars, dorades, loups, barracudas, le Parc Marin International a rendu le coin sanctuaire, la faune est abondante pour notre plus grand plaisir… Ce soir tous le monde est descendu à terre à la rencontre d’une île encore calme et apaisante… La vie de mer se poursuit, la vie à cloche pied est tout de même belle, et vous ?

 

15 éme stage de mer…

14 mai 2018

Vivre encore et toujours même avec un bout en moins le 15éme stage de mer a pris son envol. Venus des 4 coins de l’Hexagone et de Suisse, Nomade catamaran skippé par Christophe, les accueille pour une semaine de mer. Le mot clé de la semaine s’adapter. Ce matin le grand Ouest nous a amené ses moutons mais plutôt que gémir nous partons à la découverte de quelques vestiges du patrimoine de l’extrême sud de la Corse. Petite randonnée à la découverte des « orii », grottes granitiques aménagées par des bergers depuis la nuit des temps. Les bagages perdus, pendant le vol des filles, sont retrouvés, la houle nous fait du pied, Nomade appareille, le vent nous offre sa bienveillance. Et voilà des « abimés » par la vie en plein mouvement, l’onde de Nord-ouest propulse le catamaran, les surfs sont surprenants pour ceux qui découvrent le monde de la mer. L’ambiance est du tonnerre, comme si les drames avaient le pouvoir de nous unir, de nous rendre plus humain. Certains ont découvert le mal de mer, d’autres les techniques de virer de bord, la vie de Nomade est simple et sans chichi. La pointe de Féno est dépassée, les Lavezzi apparaissent, au sud la Sardaigne, Nomade semble voler sur l’eau.  La côte Est est sous le vent le calme revient à bord les estomacs retrouvent l’équilibre, un mouillage sous le soleil nous accueille, et dire que pour un cheveu la vie aurait pu nous enlever ce plaisir… Mieux que des mots quelques clichés triés sur le volet…

Vive la vie…

La presse en parle…

7 mai 2018

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Stage de survie mars 2018

5 mars 2018

Ces 4 jours de baroude se sont envolés, volatilisés, mais Dieu qu’ils furent bons et d’une folle énergie. 2 femmes et 4 hommes pour un groupe de haut vol. Pas tout le monde était sur deux pattes, mais la motivation se moque de ce détail numéraire… Alors l’Aventure a eu bien lieu, la pluie, le vent étaient au rendez-vous, comment pourrait-il en être autrement. La vallée perdue nous a accueilli, le torrent en cru nous a bercé, les grains nous ont enveloppé, la fraternité nous a soudé, comme si le monde n’existait plus, comme si nous étions devenu qu’un. Amputés, valides, l’objectif était l’initiation, l’apprentissage d’une existence sans superflu, sans chichi, juste vivre l’instant présent. Les bivouacs sous une bâche pas forcément étanche, les rafales qui s’engouffrent jusqu’au fond du sac de couchage, le sol détrempé qui rend les fringues du matin difficilement mettables, sont les lois qu’il faut apprendre sans rechigner. Les moignons ont souffert, mais jamais une seule fois quelqu’un c’est plaint, bien au contraire, cette part de boiterie nous a fait réaliser que nous étions vivants. Chacun a eu sa place, pas d’ordre, pas de contrainte, tout le monde en silence a saisi et pris son rôle à bout de bras avec envie et amour. Fany et Inès nous ont offert le plus beau cadeau, leur joie et sourire. Wilfrid fut nommé la force tranquille, Ludo le cueilleur au grand cœur, quant à « mes » monocylindres Antoine et Christophe de vrais découvreurs de limites. Les marches silencieuses nous ont porté vers l’essentiel, la découverte des plantes nous a plongé dans les entrailles de nos aïeux, la mise en place des bivouacs a offert sa part d’inconnu aux nuits sombres et mystérieuses. Chacun a livré ses secrets, chacun a déposé son masque pour briser ses tabous, le passé a baissé l’échine il s’est soudain senti abandonné. Tel le papillon nous nous sommes retrouvés Là ! Juste Là ! Pourquoi cacher, pourquoi tricher, nous sommes devenus qu’un, alors les confidences nous ont bouleversé, ému aux larmes, la vie cette chienne s’est révélée moins cruelle qu’on pouvait y croire. Les prisons de nos angoisses nous ont libéré en conditionnelle, oui, avec la seule condition de rester des femmes et des hommes libres coûte que coûte. Quelle joie de voir les filles avoir été les seules à ne pas se perdre, quel bonheur d’admirer « mes » éclopés gravir un dénivelé de folie sans entendre la moindre plainte, quelle sagesse de compter sur Wilfrid et Ludo pour l’organisation du feu et de ses protocoles. Les moments furent tous très forts, parole de tête dure. Les 6 m’ont bluffé, les 6 m’ont charmé, ok je l’avoue, une un peu plus que les autres… Le torrent en cru a nécessité plus de prudence et d’audace pour pouvoir le franchir avec un plan B en cas de chute. Confiance et motivation ont été les métronomes de ces traversées réalisées avec beaucoup de brio. Jusqu’au bout ils ont découvert leurs limites sans jamais les dépasser. Quand la belle Inès provoque les garçons en leur lançant le défi de traverser le lac à la nage et que Ludo accepte, mon cœur n’a fait qu’un tour. Puis au bout de leur nage une victoire simple comme l’a été ces 4 jours de pur bonheur… Les mots me manquent pour ce stage de partage, ils resteront comme un cadeau immense, comme un boost pour les jours de « moins bien ». Voilà que la page se tourne, demain elle sera vierge, à nous de l’écrire, à nous d’en être les purs acteurs…

Le grand luxe c’est quand la douleur s’estompe…