Stage de survie mars 2018

5 mars 2018

Ces 4 jours de baroude se sont envolés, volatilisés, mais Dieu qu’ils furent bons et d’une folle énergie. 2 femmes et 4 hommes pour un groupe de haut vol. Pas tout le monde était sur deux pattes, mais la motivation se moque de ce détail numéraire… Alors l’Aventure a eu bien lieu, la pluie, le vent étaient au rendez-vous, comment pourrait-il en être autrement. La vallée perdue nous a accueilli, le torrent en cru nous a bercé, les grains nous ont enveloppé, la fraternité nous a soudé, comme si le monde n’existait plus, comme si nous étions devenu qu’un. Amputés, valides, l’objectif était l’initiation, l’apprentissage d’une existence sans superflu, sans chichi, juste vivre l’instant présent. Les bivouacs sous une bâche pas forcément étanche, les rafales qui s’engouffrent jusqu’au fond du sac de couchage, le sol détrempé qui rend les fringues du matin difficilement mettables, sont les lois qu’il faut apprendre sans rechigner. Les moignons ont souffert, mais jamais une seule fois quelqu’un c’est plaint, bien au contraire, cette part de boiterie nous a fait réaliser que nous étions vivants. Chacun a eu sa place, pas d’ordre, pas de contrainte, tout le monde en silence a saisi et pris son rôle à bout de bras avec envie et amour. Fany et Inès nous ont offert le plus beau cadeau, leur joie et sourire. Wilfrid fut nommé la force tranquille, Ludo le cueilleur au grand cœur, quant à « mes » monocylindres Antoine et Christophe de vrais découvreurs de limites. Les marches silencieuses nous ont porté vers l’essentiel, la découverte des plantes nous a plongé dans les entrailles de nos aïeux, la mise en place des bivouacs a offert sa part d’inconnu aux nuits sombres et mystérieuses. Chacun a livré ses secrets, chacun a déposé son masque pour briser ses tabous, le passé a baissé l’échine il s’est soudain senti abandonné. Tel le papillon nous nous sommes retrouvés Là ! Juste Là ! Pourquoi cacher, pourquoi tricher, nous sommes devenus qu’un, alors les confidences nous ont bouleversé, ému aux larmes, la vie cette chienne s’est révélée moins cruelle qu’on pouvait y croire. Les prisons de nos angoisses nous ont libéré en conditionnelle, oui, avec la seule condition de rester des femmes et des hommes libres coûte que coûte. Quelle joie de voir les filles avoir été les seules à ne pas se perdre, quel bonheur d’admirer « mes » éclopés gravir un dénivelé de folie sans entendre la moindre plainte, quelle sagesse de compter sur Wilfrid et Ludo pour l’organisation du feu et de ses protocoles. Les moments furent tous très forts, parole de tête dure. Les 6 m’ont bluffé, les 6 m’ont charmé, ok je l’avoue, une un peu plus que les autres… Le torrent en cru a nécessité plus de prudence et d’audace pour pouvoir le franchir avec un plan B en cas de chute. Confiance et motivation ont été les métronomes de ces traversées réalisées avec beaucoup de brio. Jusqu’au bout ils ont découvert leurs limites sans jamais les dépasser. Quand la belle Inès provoque les garçons en leur lançant le défi de traverser le lac à la nage et que Ludo accepte, mon cœur n’a fait qu’un tour. Puis au bout de leur nage une victoire simple comme l’a été ces 4 jours de pur bonheur… Les mots me manquent pour ce stage de partage, ils resteront comme un cadeau immense, comme un boost pour les jours de « moins bien ». Voilà que la page se tourne, demain elle sera vierge, à nous de l’écrire, à nous d’en être les purs acteurs…

Le grand luxe c’est quand la douleur s’estompe…

 

Pour finir en beauté 2017

16 décembre 2017

 

Si 2017 n’est pas encore fini, il ne manque plus grand-chose pour rédiger une conclusion positive et constructive à ces 12 mois écoulés. En cette année ce n’est pas une page qui tourne mais bel et bien un livre qui se referme, à moi d’initier la rédaction du prochain. Par où pourrais-je bien commencer ?

 Mais avant le prologue, je vais revenir en arrière, cette année est teintée de séparations très douloureuses, très marquantes. La seule que je dévoilerais est le Cabochard qui est parti, le Cabochard n’est plus mon complice, je n’aurai jamais pu le croire, presque chaque matin j’ai du mal à le réaliser, un petit bateau en bois qui m’a permis de m’en sortir, presque 34 ans de vie commune et un voyage, au bout des horizons, qui m’a sauvé! Pourtant il était temps que l’on se sépare, il est entre de bonnes mains, à moi de l’accepter puisque ce fût mon choix réfléchi… Il y eut mes 3 mois au Groenland, un voyage initiatique, une expédition au bout de mes limites, une exploration d’un « moi » encore trop grand pour laisser place à l’essentiel, la vie. Des bivouacs tous plus beaux les uns que les autres, des journées de kayak qui m’ont glacé mes os à tous les niveaux, des tombes abandonnées qui m’ont fait comprendre l’importance de notre existence et des silences qui m’ont donné beaucoup de réponses à mes questions les plus profondes. Puis miracle de la vie, un village m’accueille, un hameau groenlandais bien au nord du cercle polaire qui devient un refuge, un bivouac de longue durée et une belle maison bleue qui devient la mienne. L’acte de vente m’a remué les tripes, même si la langue groenlandaise m’est toujours aussi inconnue. Puis le retour au pays des hommes qui parlent fort ; je n’ai rien dit, j’ai accepté, j’ai écouté ; je me suis écroulé. Dans ma chute, un peu de dégât, mais tomber n’est pas bien grave, il faut juste savoir se relever, c’est ce que je fais en ces premiers jours d’hiver. Mais au milieu de tout ça Bout de vie, ce fut une fois de plus, fort, beau, chaleureux. Un voyage sur les traces de Paul-Emile Victor, de la glace à l’infini, des chasseurs, des chiens de traineau et le Groenland comme dans les plus beaux livres d’exploration. Ces 4 jeunes, Elisa, Maxence, Ange-Paul et Rémi ont vécu une expérience inoubliable, ils sont devenus des découvreurs de limites. Comment oublier les nuits à bivouaquer sur la banquise, comment ne pas se souvenir de cette soupe de phoque qui réchauffait les mains meurtries par le froid, qui comblait les estomacs vidés par des journées de gladiateurs polaires. Quelle fierté de les voir accepter l’offrande de l’œil de phoque à gober ! Leur handicap ? Quel handicap !  Le stage de mer, après le départ de la Galiote à la retraite, me semblait vraiment difficile. Comment trouver un autre bateau charismatique pour offrir cette semaine de mer en Corse. Là encore un pur bonheur, le skipper du beau catamaran Nomade, Christophe, fût l’alchimiste de cette belle croisière, je me souviens encore des sourires entre un bord tiré et une grillade de poissons péchés la veille. Il y eu aussi la semaine vélo des Cols et des écoles, des éclopés qui gravissent les montagnes Corses pour aller à la rencontre des scolaires, le partage est une huile essentielle de la vie. Les stages de survie sont aussi de sacrés expériences de partage. Le maquis est un déshabilleur de principe, un démaquilleur de paraitre, au bout de 4 jours de baroude les âmes sont plus blanches, plus lumineuse même si les ongles sont noirs, si les affaires ont la fragrance d’un bon fumet de feu de bois. Il y eu aussi toutes ces rencontres dans les festivals d’aventure, les écoles, les télés, les radios, comme une croisade pacifique sur la force de la différence. Il eut aussi cette médaille rouge remise par mon Fratellu Bixente, Dume était juste en face pour savoir qui de nous deux allait avoir en premier les yeux assortis à la couleur de la breloque ! C’est fou je ne m’en rappelle plus ! Et puis pleins d’autres choses, plus personnelles mais toute aussi forte et vous les fidèles, ceux qui ne lâchent rien, vous qui me soutenez, qui me portez, vous le savez, vous êtes ma force. Alors doucement 2017 tire sa révérence, sur le bout de la prothèse je vais tenter d’écrire un nouveau livre, de nouvelles histoires, je sais déjà que vous en faîtes partit. Les chapitres se dessinent déjà, aventure, rencontre, partage, écoute, différence, amour, tendresse et peut-être même une petite fée au milieu de tout ça pour donner un peu une atmosphère d’un conte à la Harry Potter, c’est Jo Zef qui m’a soufflé l’idée ! N’oubliez pas que Noel est la fête de la lumière qui revient, alors ouvrez vos cœurs et laissez jaillir cette petite flamme qui guidera celui qui est blessé, celui qui n’a plus la force d’avancer, n’ayons plus peur de la différence, n’ayons plus peur des autres. Pourquoi voir toujours ce qui ne va pas, voyons ce qui est beau, ce qui fait grandir, ce qui nous rend encore plus Femme et Homme libre… Passez de bonne fête et que Dieu vous prothèse !

Sur-vie douce Toussaint 2017

12 novembre 2017

 

 

Les bâches sont installées le vent la pluie n’ont pas loupé le rendez-vous, l’équipe se découvre, les doutes eux, s’installent prés du feu. Un stage de sur-vie, douce, en plein maquis ! Quelle drôle d’idée, pourtant ils sont bien là, la fleur au fusil, leur combat est pacifique, au bout de la nuit une nouvelle marche remplie de surprise et d’initiation. Sophie, Isabelle, Géraldine, Pascal, Paul et Steve ont fait ce choix, alors allons-y gaiement.

 La récolte des glands de chêne donne le tempo des premiers pas, les sorbiers sont blets à cœur, les baies d’aubépines coloreront ce dessert improvisé. Mais le temps se dégrade, il faut monter les bâches, préparer le bois et allumer le feu qui donnera le point de ralliement. Les sourires sont accrochés aux visages, alors pourquoi ne pas profiter de la nuit pour gouter aux joies de la baignade en torrent. L’eau est loin d’être polaire mais pour celui qui sort d’une maison cela semble impossible. Mon retour de « douche » donne l’envie au premier puis viendra un autre, les filles iront ensemble, le test est concluant, tout le monde est bluffé du bienfait de ce bain nocturne… La pluie toute la nuit est incessante, le feu est éteint, il faut chauffer l’eau pour les thermos et reprendre la route. Sortir de son sac de couchage sec pour s’offrir au vent et à l’humidité demande un brin de courage mais la vie n’est elle pas un présent ? Alors Steve le premier s’agenouille prés du foyer moribond, il le cajole, il le protège, Paul, Pascal les rejoignent, le crépitement récompense les Robinsons du maquis. Les filles sont souriantes, finies les beaux cheveux longs bien peignés, les ongles parfaits, le maquis n’a pas de place pour les salons de beauté, alors l’apparat laisse place à la lumière intérieure. Le dénivelé du jour est violent, l’effort est costaud mais personne ne se plaint, la pluie finalement laisse place à quelques rayons de soleil, dans mon fond intérieur je râle, les averses ont le pouvoir de rendre les stages encore plus prenant ! Le sommet est atteint, l’hélico peut venir sauver les rescapés ! Mais bien sur ce n’est qu’un simulacre, personne ne viendra. Le deuxième campement est froid, humide mais l’effort du jour a soudé l’équipe, il n’y a plus de rangs sociaux, de différence, ce soir tout le monde se remémore sa part de Victoire. Des nouilles chinoises pour certain, du riz lyophilisé pour d’autres et une immense touche de bonne humeur. Les rires sont synonymes de l’ambiance du groupe, les premiers surnoms apparaissent mais tout ce qui s’est passé au stage restera au stage, devise de ces jours de baroude. Brancarder, traverser des torrents, se situer sur la carte, écouter les consignes il aurait fallu des journées de 30 heures…

Au bout de 4 jours nous retrouvons le point de départ, secrètement nous garderons ce cadeau au fond du cœur. L’équipe m’a écrit un mot, orné de dessins qui m’ont touché, la fatigue s’est envolé, car l’âme est légère. On ne se reverra plus dans ces conditions alors les aux revoirs sont forts, sincères. La vie est une aventure et sur ces 4 jours elle fut belle, intense, sans le moindre heurt. Vive la vie…

Freeman

 

 

Epilogue Kiffaanngissuesq

15 septembre 2017

Le quart d’une année s’est écoulé, 3 mois d’aventure, 90 jours de baroude, des pierres blanches posées sur la route sinueuse de ma vie parfois ténébreuse. Plus qu’une expédition, ce fût un chemin de croix version polaire. Si chaque soir j’ai réussi à transmettre un journal de bord ce ne fut que le bout de l’iceberg qui apparaît, les 9/10éme ne se voient pas. Je n’ai pu l’écrire, je n’ai pu le partager, trop enfoui au fond de mon âme meurtrie, trop ancré dans mes cicatrices affectives. Le retour est toujours très violent, le bruit, la foule, la chaleur, le téléphone… mais le mot-clé est : s’adapter. Un décrochage volontaire de ce qu’est fait le quotidien de vie en région du sud. Aucune information de l’extérieur ne m’a heurté, aucune possibilité de savoir, une vie dans une bulle face à une nature immense avec la rencontre rare d’hommes et de femmes qui eux aussi sont isolées de la fourmilière. Quand tu as fait ta journée de kayak, monté le camp, écrit les quelques lignes de ton journal de bord, grignoté les restes d’un paquet de nouilles chinoises et réparé ce qui était réparable, le vide, le silence, l’ennui s’installaient à mes côtés. Je les ai détesté, je les ai écouté, puis je les ai apprécié. Sacrés conseilleurs, qui t’ouvrent les yeux, sur ta vie. Quand je pensais à « mon moi » d’en bas, je me disais que cette existence méridionale n’était plus mienne, que jusqu’à présent je m’étais trompé de route. Puis, après une nuit de repos, entrecoupée d’écoute du vent sur la tente, de pas d’une bestiole en quête de nourriture, le sud me revenait plus cool, moins pervers. Alors je poursuivais mon « catenaccio » ! L’avantage de vivre de cette manière, c’est que tu démontes tout ce qui semble acquis, tout est remis en question et d’un coup tout devient clair comme de l’eau d’iceberg fondu dans une gamelle au soleil. Tu ne peux te mentir, encore moins à tes semblables, puisque tu es seul, tu essayes de ne pas juger, de ne pas penser au pourquoi des autres. Par moments pourtant, ma petite île estivale et son invasion me revenait en tête, l’incompréhension me montait à la gorge. Mais fallait-il être complètement dingue pour s’entasser à paquet sur une terre brûlée par la sécheresse. En Europe fallait-il avoir perdu pied, pour que les hommes s’entre-tuent lâchement à ce point ! L’égo, les œillères, le manque de lucidité par une fausse surinformation, la perte de repère, rendaient mes semblables comme les ammassat (capelan), qui viennent mourir en masse sur les plages du Groenland fin juin sans savoir pourquoi, justes guidés par l’instinct. Mais si les animaux ont ce don, l’homme, l’a depuis longtemps perdu, l’habitude est venue son moteur, les écrans, ses images de référence. Alors je revenais sur « mon moi » et poursuivais ma route, en me moquant gentiment des « autres », mon Dieu qu’est ce que j’étais hilare parfois. Si une immense plage devenait le camp du soir, dans ma barbe je riais à n’en plus finir, pas un parasol, pas la moindre odeur nauséabonde d’ambre-solaire, les paillotes à touriste manquaient à l’appel, juste des traces d’animaux en vadrouille, des restes d’ossement et une tente seule au monde. Vivre en ne pensant qu’à l’instant présent, car le futur est trop fort, trop insurmontable pour qu’on puisse, ne serait-ce qu’une seconde, y penser ! Cette vie à la minute en se disant, là, maintenant, je suis bien. La déferlante, le courant contraire, les averses de neige, la glace qui bloque la route, la crasse qui ne te lâche plus, un quotidien de gladiateur, certes, mais qu’est-ce que cela fait grandir. La moindre miette de vie, devient spectaculaire, le moindre oiseau qui se pose à portée de prothèse vaut toutes les chansons d’amour de la planète. Au bout d’un temps les aléas deviennent ton quotidien, ils prennent moins de place. Un ruisseau devient une salle de bain 5 étoiles, une brise de sud-ouest chassera les nuages de moustiques, une morue trop curieuse t’offrira un repas de milliardaire. La vie simple devient sublime, les petites choses sont enfin appréciées. Les mots me manquent pour vous décrire ces 9/10éme d’iceberg. Un tsunami m’a coupé la route, il m’a appris à dire non, d’ailleurs sans lui très sincèrement je ne pense pas que j’aurai continué, de toute façon je ne le saurai jamais. Le retour sur mes pas a été salutaire, encore une leçon de vie. A l’aller j’avais peur de l’inconnu, au retour malgré le manque de nourriture seul les vents contraires m’ont gêné, le reste était plus facile. Lire la mer, comprendre la glace, là –haut il me faudra une vie pour apprendre. Mon arrivée au village d’Oqaastut fut spéciale, un mélange de soulagement et une folle envie de poursuivre ma vie de nomade, mais la raison m’a fait poser mon sac. 42 habitants qui d’un coin de l’œil ont observé sans juger, le blanc boiteux s’installer. Ici on ne te cause pas pour rien dire, même se serrer la main c’est un « truc » en trop. Chacun survit en harmonie avec la saison, ici pas de printemps, ni d’automne. Un été de 4 à 5 semaines et le reste c’est un hiver qui forge les hommes. J’ai dû apprendre le protocole local, à mon tour j’ai beaucoup observé pour comprendre, je n’avais pas le choix puis par moments des contacts m’ont apaisé, j’ai appris à être silencieux, a ne pas parler fort, à cultiver le mutisme dans la conversation, mon comportement à du les convaincre que je n’étais pas un conquérant et que je ne le serai jamais… Ces 3 mois se sont envolé, j’ai eu la joie de les vivre intensément, je vais y retourner car j’y suis bien, la remise en question quotidienne m’est bénéfique, les chemins faciles m’ennuient, le confort a le pouvoir de nous ramollir, là-haut c’est une existence de Free-man, sans contrainte.

Avant de refermer ce livre, des partenaires fidèles et amis m’ont permis cette expérience et je tenais à les remercier.

Merci à Columbia, qujanaq Charlotte. Merci à Nautiraid, qujanaq Véronique. Merci aux Glacières d’Ajaccio, qujanaq Pasquale et Pierre-Marie. Merci aux centres de prothèse Lagarrigue, qujanaq Alain et Ludo.  Merci à 66° Nord, qujanaq Quentin. Merci aux mécènes qui veulent rester dans l’ombre. Merci à France Bleu RCFM, qujanaq Jean-Charles. Merci à Audrey, web-sister du journal de bord. Merci à Corse-Matin, Qujanaq Nadia. Merci à Patrick, animateur du groupe facebook Boutdevie. Merci à ma compagne Karin, qui a tremblé de mes absences. Qujanaqsuaq, Julien, Charlotte, Ben, Steen, John, Ole, Bertheline, Brieuc, Sigvard, Zia, aux chasseurs et pêcheurs inconnus qui m’ont offert le kaffi (café) et un morceau de viande…

 Qujanaqsuaq à vous tous qui m’avez envoyé des messages de soutien, merci du fond du cœur… Je vous à dis très vite pour de nouvelles aventures Bout de vie.

La vie n’est pas que la réalisation de ses rêves, la vie est une succession d’émerveillement à nous d’en être les chercheurs, puis les preneurs…             

KIFFAANNGISSUESQ (homme libre)

 

Le retour

11 septembre 2017

Le petit village d’Oqaastut est déjà dans mon sillage, en transit à Ilulissat, les avions , qui d’avance ont déjà du retard ,vont me mener vers une autre cabane, où je vais retrouver avec joie tous mes potes, ma chérie et peut être encore de la chaleur. Darwin disait: Ce ne seront pas les plus forts, ni les plus riches qui survivront mais ceux qui s’adapteront.  Cette leçon est ma devise depuis bien longtemps alors je vais m’adapter à une existence méditerranéenne, le soleil, l’eau de mer chaude et le monde un peu partout, mais c’est aussi ça la vie, alors j’y vais en chantant. Ce soir le temps me manque pour vous dire merci de vos messages, de votre soutien, régulièrement vos missives m’arrivaient par mail satellite, cela me faisait souvent sourire, cela me réchauffait quand la solitude et le vent du nord me glaçait les os,  je suis heureux et fier que cette aventure fût aussi un peu la vôtre. De ma cabane en Corse je vous ferais un petit briefing de ces 3 mois passés en terre Groenlandaise.

Takuss

Eqqusaq (oursins)

7 septembre 2017
 
Les similitudes avec mon ancienne vie d’ermite aux îles Lavezzi et ici à Oqaatsut est par moment assez déconcertante. Pas trop loin d’Ilulissat comme je l’étais de Bonifacio, le seul frein qui me bloque à me déplacer en ville est le monde et le bruit. Alors, comme un robinson, je dois m’inventer ce qui me manque et dans une grande maison remplie de «vieux trucs», c’est assez facile de se transformer en «Géo Trouvetou». Ma cuillère à soupe bidouillée pour ramasser les oursins ne me convient pas, c’est plutôt un exercice de cirque que de la pêche. alors je m’invente l’outil parfait, trois clous de très grande taille avec un peu de bois et de ficelle seront la recette de la réussite. Ni une ni deux, me voilà de nouveau en mer dans un autre spot, le vent du nord est «kaput», ouf, c’est un invité collant et froid. Euréka, ça marche du tonnerre de Dieu. Encore et toujours, ils sont remplis à bloc et personne ne les ramasse.
 
De retour au port, un Oqaastutois (rires), vient à ma rencontre, il me tend la main pour m’aider à rejoindre le ponton encombré de caisses de pêche et de glace.
Maintenant, tout le village sait que j’ai une patte en moins et que descendre sur un quai givré pourrait me voir en mode «brasse coulée». Pour ici, ce geste est énorme, je me sens de plus en plus intégré, mais je dois rester vigilant pour ne pas commettre d’impair.
 
Mon pot de verre rempli de corail d’oursin, je rejoins la cabane pour un café bien mérité. Je ne veux pas y penser mais le départ est pour bientôt, alors je profite du mieux que je peux. J’ai des bricoles à finir avant de partir, le dernier chantier est de retrouver les portes des pièces et de les remettre en place, je ne suis pas sûr qu’un autre hiver dehors leur ferait du bien. Toujours dans les restes de la maison, une ponceuse électrique semble m’attendre mais je n’ai pas d’électricité. En face à quelques pas, Sigvard et Ole restaurent la maison communale, je vais leur squatter la rallonge. A leurs côtés, je ponce, gratte et huile les serrures, les gars sont devenus ouverts, ils essaient de m’apprendre des mots groenlandais mais que c’est dur. Hier au repas, je leur avais offert les casquettes que Karin m’avait ramenées de Corse, c’est trop drôle de les voir porter les emblèmes du port de Pianottoli, et en plus ils en sont fiers ! La journée se passe à merveille, le vent est nul et un semblant de chaleur me décongèle. Ole, lui, va rester une grande partie de la journée en T-shirt. Et dire qu’on dit de moi que je ne suis pas frileux !
 
Vers 16h, un gros bateau brise le silence. De je ne sais où, un groupe de 10 photographes envahit le hameau. Je suis curieux de voir la réaction des villageois. En un claquement de doigt, les sourires disparaissent, les objectifs visent tous les angles, aucun pingouin ne dit bonjour, j’ai l’impression de les voir dans un zoo. J’essaie de me mettre à la place de mes copains, ils sont pacifistes comme personne au monde, même le Daï-Lama paraîtrait pour un casseur en comparaison d’eux ! Ils ne disent rien alors qu’en face, ça canarde à tout va sans même les calculer. Il est 16h30, j’ai l’excuse du «goûter» et moi aussi je m’échappe. Mais de ma fenêtre, ce n’est plus un iceberg que je vois mais une vieille taupe qui prend en photo mon slip usé qui sèche. Là, le fil bleu touche le fil rouge, je ne suis pas eskimo donc je peux. Jo Zef se bouche les oreilles, virée la british, au moins elle aura un truc à raconter en cochant le pays qu’elle viendra de visiter. Et dire que je vais retrouver les mêmes dans quelques jours mais au multiple mille. Leurs cartes HD pleines, ils repartent sur leur bateau vers un autre zoo ou jardin d’acclimatation, les pôvres, ils me font vraiment de la peine…
 
Le village reprend son calme, un copain passe me voir juste pour m’offrir un sourire, je crois que mon coup de Trafalgar l’a bien fait rire… Avant le diner, je vais refaire un tour pour deux ou  trois oursins, c’est vrai qu’ils sont bons.
 
A pluche…

Invités de marque

6 septembre 2017
 
Malgré les -5° de ce matin, l’appel du large est plus fort que tout, pourtant le souffle du nord me demande beaucoup de courage pour sortir de la maison si bien protégée de l’avannaa (vent du nord). Seul au monde, je me régale, la houle est dans le sens du blizzard mais mon sillage me mène vers un fjord plus ou moins protégé. Des icebergs vont me servir de brises-clapot naturels, derrière je n’aurai qu’à dérouler ma ligne à morue pour faire les courses. Les premières prises sont trop petites mais la troisième sera la bonne. C’est fou comme ça peut-être facile ici de remonter du poisson !
 
Dans une échancrure en face de mon étrave, la mer est complètement plate, c’est là où je vais me servir en oursins. Mais une autre surprise m’attend, la mer commence à geler ! Des plaques de glace ressemblant à des nénuphars se forment tranquillement. En coupant le moteur, un gazouillis se fait entendre, l’océan Arctique commence à se figer. Comme un gosse devant un parc d’attractions, je suis aux anges, la vie ici est fantastique, jamais une journée n’est égale à l’autre. Pendant une bonne heure, je suis au milieu de ce décor si peu banal pour le méditerranéen que je suis. Puis je reprends mes esprits, la cueillette des oursins est au programme du jour. Hélas, je n’ai pas de griffe à oursins mais avec une cuillère à soupe bricolée, fixée au bout d’une longue perche, j’arrive à remonter quelques spécimens. En Corse en hiver quand la saison est ouverte, le froid m’a quelquefois demandé beaucoup de détermination mais ici, tout en ayant les mains dans l’eau depuis plus de deux heures, je ne souffre pas du tout. Je réalise à quel point le corps peut si rapidement s’adapter. Chaque pièce est remplie à bloc, je n’ai jamais vu ça et le gout est vraiment identique aux oursins que je connais chez moi.
 
Le vent se renforce, il est temps de rentrer. Au petit ponton flottant, où tout le monde s’amarre de manière anarchique, le bateau d’Ole accompagné de Siiva est là. Ce sont les charpentiers qui retapent le toit de la maison communale. M’entendant arriver, ils m’invitent au kaffemik, au chaud dans leur vedette. C’est l’heure du «spuntinu», pain, beurre, fromage et charcuterie avec des litres de café pour prendre de
l’énergie, on ne rigole pas avec le casse-croute, Jo Zef le confirme !
 
Avant de partir, je leur rappelle que pour le déjeuner ils seront mes hôtes et que c’est pour eux que j’ai fait les «courses». A midi pétante, ils rentrent à l’abri du vent qui s’est renforcé. Au menu, omelette d’oursins et morue à la provençale. Bien qu’en chantier, le coin repas est sympa et avec un peu de chance, j’ai réussi à me procurer du coulis de tomate et de l’ail. Au moment d’attaquer les hostilités, on frappe à la porte, Julien est de passage, pas de souci, je rajoute une gamelle. Dans la bonne humeur, nous papotons dans un anglo-groenlandais un peu charabia. Voilà comment se passe la vie à 400 km au nord du cercle polaire dans un petit village de 42 eskimos bien sympas…
 
A pluche

Comme un rêve les yeux ouverts

5 septembre 2017

Ceci n’est pas une photo de Frank mais un cliché d’illustration trouvé sur le net.

 
J’avais déjà 29 ans quand je découvrais les joies de la lecture, mon premier livre était le Petit Prince. Je ne sais pas si c’était d’avoir renoncé à la vie que j’avais à cette époque mais le fait d’avoir largué les amarres m’avait rendu encore plus à fleur de peau que je ne l’étais et la lecture des écrits de St Exupéry m’avait énormément ému. Le Petit Prince, c’était moi, celui qui posait de drôles de questions, celui qui remettait les hommes à leur juste place et cette dernière nuit fut comme un conte d’enfant grandeur nature…
 
Il était une fois, un homme solitaire qui vivait dans une cabane près du Pôle Nord. Tous les soirs, il dessinait des fleurs et des arbres, car là où il était ce n’était que glace, blizzard et rien ne pouvait y pousser. En fin d’été, les premières nuits rendaient encore plus glacials les alentours de sa chaumière mais curieux comme un jeune enfant, en plein milieu d’une nuit très noire, il eut envie de sortir chercher son étoile. La lune était quasiment pleine et les étoiles profitaient d’un fort vent du nord pour scintiller, mais quelque chose d’encore plus surprenant le faisait vaciller. Là-haut, tout près des anges, un rideau de lumière l’hypnotisait…
 
Cette nuit, vers 2h30, quelque chose m’a attiré dehors, pas de pierre à rajouter aux abords de ma tente, pas de kayak à remonter pour cause de forte marée ou de houle violente, juste une envie de voir la nuit polaire. Soudain devant moi, dans mon nord-ouest, un rideau de lumière semblait tomber du ciel, une douche de lueur, une aurore boréale m’offrait son spectacle. Je ne sais quoi vous dire, j’étais figé sans voix, un miracle de la vie m’était offert. Je ne sais plus combien de temps je suis resté dehors mais ce moment restera gravé jusqu’à la fin de mes jours. Bien sûr, j’ai longuement cogité à un vœu, j’en suis certain, il se réalisera. Ma vie de baroude m’a fait vivre des moments forts, des levers et des couchers de soleil, j’en ai vu des extraordinaires, mais là, c’était un rêve les yeux ouverts.
 
Tous les peuples boréaux ont leurs légendes sur ce phénomène naturel, alors pourquoi ne pas créer le mien ! Ce rideau de lumière est un voile magique, seuls les rêveurs et les fous de liberté peuvent le voir, si quelqu’un veut s’en imprégner, il doit jeter son manteau d’adulte morose et calculateur pour être enfin libre, ce qui lui fera voir l’invisible…
 
Voilà une légende de plus, mais celle là, c’est la mienne : made in cabane !
Un autre mystère vient d’être élucidé, depuis ce matin j’étais à la recherche des cures dents en bois, j’ai trouvé le voleur. Jo Zef, en douce, est en train de faire des petites croix pour tous les moustiques qui sont en train de mourir de froid. -5° au réveil ce matin !

C’est la rentrée!

4 septembre 2017

 

Si aujourd’hui c’est la rentrée en France, ici c’est le retour de l’été mais sans les suceurs de sang. Hier, j’ai bossé comme un sudiste, en ce jour de rentrée, en solidarité avec vous, je n’ai strictement rien fait, et cela me plait. Ne rien faire, c’est juste s’asseoir et regarder passer le temps, ici c’est assez facile, le silence en est le chef d’orchestre. C’est ma dernière semaine, cela fait presque 3 mois que j’ai quitté «ma» petite île et je la retrouverai avec autant de plaisir que je l’ai quittée, la foule n’est vraiment plus faite pour le vieil ours qui sommeille en moi. Ce village du bout du monde est loin de toutes les inquiétudes que l’on a au pays des gens qui comptent au lieu d’aimer. Ici, les seules explosions sont celles des icebergs qui s’écroulent, la nature ne juge pas, elle tolère les hommes mais pas les opinions. Lundi, c’est le jour de la douche, je me sens léger, mes fringues lavées sèchent sur l’ancien séchoir à poissons de la maison. En ces 3 mois, j’ai réalisé des rêves de gosse, j’ai eu la trouille au ventre à en vomir, j’ai su continuer et surtout renoncer à l’égo qui m’amenait à la prochaine vie. L’initiation a été à la hauteur de mes attentes, j’ai été guidé, par qui, par quoi, je ne sais pas mais je me laisse faire, c’est bon de se savoir épaulé. Au pays des esprits maléfiques, les qivitoqs, jamais une seule fois, ils ne m’ont voulu du mal, ils m’ont juste un peu secoué et remis le pied sur le chemin que je devais prendre. Ici on ne rigole pas avec les qivitoqs. Quand aux jeunes, je leur demande s’ils y croient, ils m’affirment qu’ils n’ont pas à y croire puisqu’ils existent. Le soir, bien à l’abri dans ma tente, ils devaient très certainement m’encercler mais pas une seule fois ils ne m’ont dérangé. J’essaie de leur expliquer, que là-haut, au cap des Défunts, j’étais serein de ce côté-là et que mes seuls démons étaient les peurs créees par mon « égo », par l’odeur de la mort, mais jamais une seule fois les esprits n’étaient maléfiques. Je me souviens d’avoir découvert une tombe antique, les ossements de l’enfant étaient répandus, méthodiquement je les avais replacés dans leur reposoir et jamais une fois son fantôme ne m’a fait trembler. Les esprits maléfiques sont nos idées noires, nos craintes de l’inconnu, nous sommes nos propres fantômes.

Si aujourd’hui c’est la rentrée pour beaucoup, mon présent m’ancre sur cette terre de glace et de vent, ce n’est plus une page qui se tourne mais un nouveau livre qui s’écrit. On dit que l’on peut avoir plusieurs vies en une seule, je vous le confirme, la mienne est une succession de vies tellement différentes les unes des autres. Cette année est un axe central avec la séparation de mon petit bateau, je n’utiliserai jamais plus son nom dans mes écrits. Le livre est refermé, ma vie à terre est pleine de situations personnelles dont je n’aurai jamais pu croire qu’elles soient faites pour moi un seul instant, et pourtant. La seule certitude c’est qu’il faut avoir le courage de provoquer les choses, la remise en question quotidienne est indispensable, c’est elle qui va vous ouvrir les portes. Il faut apprendre à trembler, car changer de vie demande de l’audace, du courage et une part d’inconscience teintée d’un brin de chance. Les regrets sont intolérables, savoir s’amputer pour mieux remarcher, un sacré défi qu’il faut accepter même si parfois cela fait mal.

En ce jour de rentrée, l’océan Arctique a décidé d’être calme, le vent est sur le banc des écoles, il doit apprendre quelques mots de Corse que je lui balançais au visage quand il m’épouvantait. La cabane de ceux qui ne boitent plus dans leur tête va être un beau refuge. J’imagine un jour de douche à la maison communale avec des prothèses de ci de là, la secrétaire fera un beau sourire, car ici tout est normal, on sait s’adapter au quart de tour. Je vous souhaite une bonne rentrée, dites aux patrons, aux professeurs, aux «autres» qu’une fois de plus je vais être en retard…

A pluche.

Maçon du grand Nord!

3 septembre 2017
 
Tiens, la cloche tinte à tout rompre, les chiens se prennent pour des enfants de choeur, ils hurlent à se briser les cordes vocales, c’est bien dimanche, au petit village d’Oqaatsut. Le ciel gris et le froid ne m’incitent pas à la flânerie océane. Sur un bout de papier, j’ai commencé à établir la liste des choses qu’il faudra me procurer pour le prochain été, la maison
est un chantier et il y a du travail sérieux pour la transformer en cabane polaire.
 
Une vieille combinaison bleue est à ma taille et me voilà en maçon du grand nord. Gamin, je n’aurai jamais pu croire un seul instant qu’un jour je ferai des raccords de plâtre au Groenland. Maçon dès mon plus jeune âge, j’ai doucement pris le chemin de l’horizon de la liberté, mais régulièrement, une truelle m’a donné l’envie de reprendre du service. Au 4 coins de la planète, un carrelage, un mur, une dalle, m’ont stoppé quelques temps. A Psara en mer Egée, j’avais aidé un vieux berger grec à couler une dalle, aux USA et en Turquie, j’avais collé quelques carreaux, en Suisse, en
Italie aussi, maintenant c’est au pays de Nanoq. La maison est âgée mais de très bonne qualité, bien que jamais une seule fois, du travail de maintenance n’ait été réalisé.
 
Comme vous le savez, cette demeure aura pour but d’être le camp de base pour des amputés de l’association Bout de vie, mais il faut un minimum pour que des personnes puissent y poser la prothèse. A Ilulissat, 30’ en bateau par beau temps, il y a pas mal de matériel mais ici, tout arrive par cargo et les conditions de mer entre le Danemark et la baie de Disko sont très difficiles. La moindre lambourde, le simple sac de plâtre devront affronter les tempêtes de la mer du Nord et le prix s’en ressent. Tout est à multiplier par 3, en étant chanceux de le trouver, donc j’établis un devis. En rentrant en France, une lourde tâche, bien plus délicate qu’un angle de plâtre, sera de trouver des mécènes qui voudront s’investir à l’habilitation de la cabane. Jusqu’à présent, Bout de vie a su offrir des projets les plus fous et à chaque fois cela a marché, je fais confiance à la vie, je sais que ça marchera aussi, d’ailleurs je compte sur
vous. Avec le peu d’outils trouvés sur place, je m’improvise plâtrier. La dernière fois, en raccompagnant Karin à l’aéroport, j’avais réussi à trouver deux sacs de plâtre et doucement je rafistole au son de la radio groenlandaise, toutes les fissures et angles cassés.
 
Mais mon oreille est attentive, les chiens hurlent encore une fois, ce n’est plus l’heure de la messe pourtant. Sur le petit ponton, du monde est affairé, les femmes
prennent des photos, je suis trop curieux j’y vais. Aluu, aluu ; tout le village est là, un petit bateau revient de la chasse, un carnage est étendu dans le fond de la vedette, un caribou vient de se faire dépecer. Pas de photo du tableau de chasse, certains me demanderaient encore pourquoi j’ai diffusé cette photo. La bête, bien qu’en pièce détachée, est immense. Rien que par ses bois et ses sabots, cela devrait être un sacré bestiau. Ici être mammifère peut être dangereux, très dangereux !!!
 
Mon travail m’attend, le chef de chantier ne rigole pas ici, je me demande si je ne vais pas suivre la mode eskimo en le dépeçant aussi : Jo Zef range le flingue, je plaisante ! Donc, mon dimanche se poursuit tranquillement, le fameux iceberg en forme de taureau, présent depuis un bon moment, vient d’exploser, adios amigos, des glaçons apéros sont déversés sur la berge.
 
Si vous avez des idées pour aider à restaurer la maison Bout de vie du Groenland, vos avis seront écoutés. Envoi de matos par container, par bateau privé, visite à vos frais à la cabane les bras chargés, bref tout sera étudié…
A pluche