Pour finir en beauté 2017

16 décembre 2017

 

Si 2017 n’est pas encore fini, il ne manque plus grand-chose pour rédiger une conclusion positive et constructive à ces 12 mois écoulés. En cette année ce n’est pas une page qui tourne mais bel et bien un livre qui se referme, à moi d’initier la rédaction du prochain. Par où pourrais-je bien commencer ?

 Mais avant le prologue, je vais revenir en arrière, cette année est teintée de séparations très douloureuses, très marquantes. La seule que je dévoilerais est le Cabochard qui est parti, le Cabochard n’est plus mon complice, je n’aurai jamais pu le croire, presque chaque matin j’ai du mal à le réaliser, un petit bateau en bois qui m’a permis de m’en sortir, presque 34 ans de vie commune et un voyage, au bout des horizons, qui m’a sauvé! Pourtant il était temps que l’on se sépare, il est entre de bonnes mains, à moi de l’accepter puisque ce fût mon choix réfléchi… Il y eut mes 3 mois au Groenland, un voyage initiatique, une expédition au bout de mes limites, une exploration d’un « moi » encore trop grand pour laisser place à l’essentiel, la vie. Des bivouacs tous plus beaux les uns que les autres, des journées de kayak qui m’ont glacé mes os à tous les niveaux, des tombes abandonnées qui m’ont fait comprendre l’importance de notre existence et des silences qui m’ont donné beaucoup de réponses à mes questions les plus profondes. Puis miracle de la vie, un village m’accueille, un hameau groenlandais bien au nord du cercle polaire qui devient un refuge, un bivouac de longue durée et une belle maison bleue qui devient la mienne. L’acte de vente m’a remué les tripes, même si la langue groenlandaise m’est toujours aussi inconnue. Puis le retour au pays des hommes qui parlent fort ; je n’ai rien dit, j’ai accepté, j’ai écouté ; je me suis écroulé. Dans ma chute, un peu de dégât, mais tomber n’est pas bien grave, il faut juste savoir se relever, c’est ce que je fais en ces premiers jours d’hiver. Mais au milieu de tout ça Bout de vie, ce fut une fois de plus, fort, beau, chaleureux. Un voyage sur les traces de Paul-Emile Victor, de la glace à l’infini, des chasseurs, des chiens de traineau et le Groenland comme dans les plus beaux livres d’exploration. Ces 4 jeunes, Elisa, Maxence, Ange-Paul et Rémi ont vécu une expérience inoubliable, ils sont devenus des découvreurs de limites. Comment oublier les nuits à bivouaquer sur la banquise, comment ne pas se souvenir de cette soupe de phoque qui réchauffait les mains meurtries par le froid, qui comblait les estomacs vidés par des journées de gladiateurs polaires. Quelle fierté de les voir accepter l’offrande de l’œil de phoque à gober ! Leur handicap ? Quel handicap !  Le stage de mer, après le départ de la Galiote à la retraite, me semblait vraiment difficile. Comment trouver un autre bateau charismatique pour offrir cette semaine de mer en Corse. Là encore un pur bonheur, le skipper du beau catamaran Nomade, Christophe, fût l’alchimiste de cette belle croisière, je me souviens encore des sourires entre un bord tiré et une grillade de poissons péchés la veille. Il y eu aussi la semaine vélo des Cols et des écoles, des éclopés qui gravissent les montagnes Corses pour aller à la rencontre des scolaires, le partage est une huile essentielle de la vie. Les stages de survie sont aussi de sacrés expériences de partage. Le maquis est un déshabilleur de principe, un démaquilleur de paraitre, au bout de 4 jours de baroude les âmes sont plus blanches, plus lumineuse même si les ongles sont noirs, si les affaires ont la fragrance d’un bon fumet de feu de bois. Il y eu aussi toutes ces rencontres dans les festivals d’aventure, les écoles, les télés, les radios, comme une croisade pacifique sur la force de la différence. Il eut aussi cette médaille rouge remise par mon Fratellu Bixente, Dume était juste en face pour savoir qui de nous deux allait avoir en premier les yeux assortis à la couleur de la breloque ! C’est fou je ne m’en rappelle plus ! Et puis pleins d’autres choses, plus personnelles mais toute aussi forte et vous les fidèles, ceux qui ne lâchent rien, vous qui me soutenez, qui me portez, vous le savez, vous êtes ma force. Alors doucement 2017 tire sa révérence, sur le bout de la prothèse je vais tenter d’écrire un nouveau livre, de nouvelles histoires, je sais déjà que vous en faîtes partit. Les chapitres se dessinent déjà, aventure, rencontre, partage, écoute, différence, amour, tendresse et peut-être même une petite fée au milieu de tout ça pour donner un peu une atmosphère d’un conte à la Harry Potter, c’est Jo Zef qui m’a soufflé l’idée ! N’oubliez pas que Noel est la fête de la lumière qui revient, alors ouvrez vos cœurs et laissez jaillir cette petite flamme qui guidera celui qui est blessé, celui qui n’a plus la force d’avancer, n’ayons plus peur de la différence, n’ayons plus peur des autres. Pourquoi voir toujours ce qui ne va pas, voyons ce qui est beau, ce qui fait grandir, ce qui nous rend encore plus Femme et Homme libre… Passez de bonne fête et que Dieu vous prothèse !

Retrouvailles

17 août 2017

Depuis une semaine, la cabane est en transformation, en grand nettoyage estival… Il n’y a pas d’histoire sans fin, sans début, sans rire, sans inquiétude. La vie est une croisière où l’on se croise et depuis plus de 2 ans, j’ai croisé la route d’une belle plongeuse professionnelle qui est devenue ma compagne de vie. Elle là-bas, moi ici dans mon rêve polaire. Il est difficile de vivre par intérim une histoire engagée, qu’est une expédition en solitaire. Sur zone, on gère tant bien que mal, mais loin derrière son écran, le quotidien est inquiétude et questions.
 
Depuis hier, Karin a fait le voyage pour poser son sac, ici à Oqaatsut. Il nous semble que cela fait une éternité que nous ne nous sommes pas vus, mais pourtant, c’était hier que je la voyais partir d’Ata, me laissant face à une immense montagne à gravir. Mes peurs, je les ai contrôlées plus ou moins, mais elle, là-bas dans le brasier Corse, elle a tremblé pour le dingue de liberté, pour le fou de nouvel horizon. Un Freeman ne peut être enfermé par des raisonnements et des principes. Comment expliquer mon choix de vie, comment lui raconter les silences, comment lui offrir la Grande iberté ? Une manière simple pourtant, est à mes yeux la seule solution : partir avec elle pour quelques jours de mer loin du village. Quitter le confort du poêle à
pétrole qui chauffe et assèche la cabane, loin du «facile», pour une prise de contact forte et immédiate avec la nature si immense ici.
 
Aujourd’hui, l’hiver semble vouloir nous tester, juste derrière les berges du golfe, les premiers flocons saupoudrent les cimes, un petit 2° est à l’affiche de la fenêtre en bois. Une pluie fine, un crachin breton, emmitouflent nos pas dans une toundra qui a souffert de sécheresse. Pour la première fois dans
l’histoire du Groenland, au sud d’ici, un feu de toundra a ravagé plusieurs hectares, chose extrêmement rare à cette latitude boréale. Plutôt que de rester enfermés, nous sommes allés à la cueillette du dîner. Les bolets sont
à portée de main, de grosses myrtilles nous régalent le palais et le thé du Labrador abonde pour un quatre heures aux petits biscuits. Puis, en bordure de mer, grâce au vent du Sud, nous avons récolté assez de morceaux d’iceberg pour l’eau de table…
 
Le kayak de Karin, Apustiaq est resté en Corse mais gentiment Quentin, le gérant de l’agence de voyage 66° Nord, spécialisée en voyage en région polaire, lui a prêté un de ses kayaks. En retour, nous avons une lourde tâche, il faudra baptiser cette nouvelle embarcation qui va rester ici au Groenland…
 
La tournée du village est simple. Je sens les habitants ravis de me voir enfin accompagné. Ici l’enthousiasme latin n’est pas de mise mais les poignées de main ont été très cordiales, ce qui démontre une super intégration. Réglage fini sur le kayak, nous retournons au chaud, laissant dehors notre escorte de «motoneiges» sur pattes, qui a profité de notre balade pour se rouler dans toutes les plus belles flaques de boues qui se présentaient à elle !
 
Jo Zef et Norra ont décidé eux, de rester garder la cabane !!!

Camp de la liberté

11 juillet 2017
 

Camp Ulùssat

1 juillet 2017
 
La nuit fut agitée, mes pensées m’ont quasiment empêché de trouver le sommeil, la peur peut-être, les questions sûrement. Des centaines de canards et d’oies Eider squattent le même îlot que celui qui nous a abrités. Ils ont l’air de se moquer de nous, leur instant présent est de couver leurs œufs. Toute la nuit des bourrasques de neige ont secoué la tente. Vers le sud, toutes les montagnes sont saupoudrées de blanc et dire que nous sommes le 1er juillet ! Je reprends la mer tout en sachant que la journée va être compliquée. Le vent du sud est déjà soutenu. Pour corser la navigation, des courants turbulents et contraires me font des petites peurs, bien sur le tout en slalomant au milieu de glaçons affutés comme jamais. Mon pauvre Immaqa tremble de tous ces dangers, sa peau de néoprène, bien que très résistante, ne supporterait pas de tel rasoirs. Nous doublons deux îlots pour enfin nous mettre à l’abri de la grande île. Les rafales de vent m’arrachent  presque les pagaies, je dois travailler comme un gladiateur, l’effort est surhumain. Au bout du dixième kilomètre, une échancrure nous permet la halte qui définira la suite de notre progression.
 
Bien que la côte soit escarpée, je trouve une toute petite place pour qu’Immaqa soit en sécu totale avec la marée, qui frise les 3,5m. Là aussi le travail est énorme, il me faut monter tout le barda en évitant de glisser sur une dalle, et trouver les 3m² habitables pour y dresser la tente. Les 15 jours au côté de Karin m’ont beaucoup appris. Ses 30 années de chef de centre de plongée sous marine teintées d’une culture allemande lui ont appris la réflexion sans agitation. Donc j’ai parcouru tout le terrain  puis me suis assis pour prendre la bonne décision ! Les rafales de vent me demandent d’être très vigilant. Perdre ma tente serait dramatique. Je m’applique pour réaliser enfin le bivouac parfait. Le vent prend de la force, les rafales catabatiques sont impressionnantes, la tente ploie sous la pression puis reprend sa forme initiale. Wilfrid à Bonifacio m’a rajouté 50 cm de toile à pourrir tout autour de la tente, et sur ces morceaux de toile je peux y apposer de gros cailloux pour tout bloquer.
 
Au fur et à mesure que la marée monte, Immaqa prend de l’altitude, des bourrasques de neige me frigorifient, le nid douillet de la tente me permet de ne pas congeler. Là bas au bout du monde un freeman grelote, vous en bas vous transpirez. La vie est ainsi faite mais ce soir, malgré la crasse, le vent, le manque de ma petite allemande, la peur au ventre, je ne changerai pour rien au monde ma place…
 
Vivre le danger en le regardant droit dans les yeux, sans trembler tout en ayant peur…

Camp Qitermiuguit

22 juin 2017
 
 
Pas de nuit, pas de bruit, le cliché a été pris a 1h30 du matin. Si voyager ce n’est pas changer de pays mais de monde alors nous effectuons un sacré voyage.
La quantité d’icebergs qui explosent est phénoménale, on se croirait pendant une nuit bleue corse ! Ces mastodontes de glace sous l’effet de l’été qui s’installe accumulent de l’eau de ruissellement qui les font exploser dans un bruit indescriptible, puis un grand silence s’en suit…
 
Notre premier bivouac sous tente est une pure merveille, c’est un petit îlot en plein milieu du détroit d’Ata, qui sert de repaire aux oies Eider. La marée est importante et il faut être vigilant pour que nos embarcations ne se retrouvent pas en mauvaise posture sur des roches saillantes. Nous avons joué avec le constant courant de sud et des morceaux de bout assez long qui ont permis à Apoutsiaq et Immaqa de flotter pendant notre escale.
 
Ce matin nous rangeons, plions, anticipons, la journée va être longue. La température avoisine les 4°, Karin qui ne dit rien, semble souffrir du froid, mais elle a compris qu’ici le verbe se plaindre n’avait pas sa place. Vers 8h45 nous glissons entre les « glaçons », un phoque peu farouche se laisse approcher puis ce sera au tour des oies et d’autres plumeux aux noms inconnus. Finalement vers 16h nous trouvons une belle plage qui sera notre refuge d’une nuit qui ne viendra pas. Rapidement montée, pour éviter d’être la proie d’une quantité indescriptible de moustiques, notre tente devient la forteresse des aventuriers du temps qui « est ». Un morceau d’iceberg millénaire fondu infuse du thé du Labrador et devant un spectacle d’une beauté exceptionnelle nous savourons ce beau voyage.
 
Prenez soin de vous, boiter n’est qu’une manière de voir la vie, le plus important est de savoir conjuguer le verbe vivre.
 
Bises des 3 Freeman…

Chevalier de la Légion d’honneur…

19 juillet 2016
Cliché pris quelques heures avant mon accident sur le pont du PA Foch

Cliché pris quelques heures avant mon accident sur le pont du PA Foch

Je ne sais pas, par quel bout commencer. Je ne sais pas si je dois être solennel, si je dois mettre de côté ce billet, les Hommes me surprennent autant qu’ils m’attristent. Au matin du 14 juillet je recevais cette missive qui me laissait sans voix, une date que je ne pourrais oublier. Quelques heures plus tard, à quelques kilomètres de la ville où je venais au monde, il y a 51 ans, l’horreur fauchait des innocents…  Je prends mon courage à deux mains, pour vous annoncer, un honneur, qui en un battement d’ailes, a perdu toute sa signification.

La France m’a remis le titre de Chevalier de la Légion d’honneur !

Une surprise énorme, qui jusqu’au dernier moment, m’a laissé dubitatif. Le 4 mars une lettre du gouvernement me prévenait que j’avais été choisi pour l’une des plus haute distinction nationale et que je devais m’atteler à répondre à un long questionnaire. Heureusement qu’un numéro de téléphone était joint au courrier, ce qui me permit de remplir le formulaire sans erreur. Pendant ces mois d’attente, de la décision définitive du Grand Chancelier, je me questionnais sur la genèse de cet honneur, quel politique avait eu la drôle d’idée de me proposer ? La Légion d’honneur est toujours allouée par un ministre mais jusqu’au dernier moment, je ne pouvais savoir qui en était l’initiateur. Le secrétaire de cabinet, est un homme a l’écoute et j’en suis sur, mon franc-parler l’a fait, plus d’une fois sourire. Mes questions ont été multiples, mais la principale était celle-ci : quel critère pour cette distinction ? Eh « ben » 3 ! En premier mon service rendu à la nation en 1983 qui me coûtait une jambe, puis ma « croisade » associative avec Bout de vie depuis 2003 avec cette obstination à partager coute que coute et myrtille sur la crêpe, mes aventures qui ont été souvent des premières mondiales. Ce triptyque avait convaincu le gouvernement de me proposer la rosette. Donc me voici gratifié de Chevalier de la Légion d’honneur. Mais entre vous et moi je vais vous dévoiler quelques confidences. Dans le protocole, il me falait choisir un parrain, qui a déjà reçu cet honneur, c’est lui qui sera à mes côtés le grand jour. En faisant le tour de mes potes assez proches, le seul en toute évidence qui pouvait endosser cette fonction était mon « frère de sport » alias Bixente Lizarazu, qui n’a pas hésité un millième de seconde pour accepter ce rôle ! Puis je devais aussi choisir, un lieu officiel. Vous me voyez à l’Elysée, avec le costume, les souliers vernis et tout le tralala ? Non, non, j’ai trouvé mieux. Puisque tout a commencé en service commandé sur un porte-avions, pour boucler l’affaire, la logique m’a amené en toute simplicité à demander le porte-avions Charles-de-Gaulle comme lieu de réception. Mission impossible m’a susurré « mon » parrain, mais ma détermination saupoudrée de bonne étoile m’a offert cette opportunité. Le 14 juillet 2016, sur le journal officiel, la liste de la promotion Légion d’honneur a été dévoilé et à ma grande surprise mon nom était mentionné. Je fais partie des 13 nominés du ministre des sports, donc il ne me reste plus qu’à patienter pour le grand jour. Qui me sera donné par le Commandant Eric Malbrunot pacha du PA Charles-De-Gaulle.

Avant de conclure ce billet rouge rosette, je tenais à vous remercier tous du fond du cœur. Ce n’est pas moi qui reçois cet honneur, mais vous tous qui œuvrez pour que Bout de vie existe. A chaque fin de stage, qu’organise l’association, vos sourires sont des récompenses immenses, des bains de bonheur que je souhaite à tout le monde. Dans mes aventures extrêmes, vos soutiens m’ont toujours amené au bout de mes rêves qui sont devenus un peu les votre, puis un grand merci au Commandant Bertrand de Lorgeril patron des plongeurs démineurs, qui va me permettre de remonter à bord d’un bâtiment de guerre où il y a 33 ans tout avait commencé dans un drame qui s’est transformé en force transmissible…

Décidément l’été 2016 restera une sacrée année dans ma vie de Cabochard…

PS : Je me demande si je dois amener aussi ma mascotte Jo Zef, il serait capable de me piquer la médaille !!!

Ils sont ma force et c'est à eux à vous que je dédis cette décoration.

Ils sont ma force et c’est à eux, à vous, que je dédis cette décoration.