
Pour beaucoup, j’intrigue par mon acharnement à pédaler, vent, pluie, froid rien ne m’arrête, peut être que tout cela cache un rêve. Je n’aime plus les mots : défi, expédition, aventure, je crois sincèrement que ce qui me convient le mieux c’est tranche de vie. Bout de Vie, me diriez-vous ! Oui, c’est ça !!!
Gamin je passais des heures à rêver devant une mappemonde affichée devant mon nez, je connaissais par cœur les passages du Grand Nord, les détroits polaires, les peuples aux aurores boréales. Je n’ai décidément pas envie de grandir et souvent les soirs de grand vent, le Cabochard est visité par quelques fantômes : Shackleton, Dumont D’Urville, Charcot, Nansen, Cartier… Je rêve de découvertes, mais les terres déployées devant moi sont depuis belle lurette, nationalisées, cartographiées, exploitées. Je pense que ce qui m’attire c’est le grand voyage de l’intérieur, celui qui est éternel, infini. Le périple devient alchimie, transformation de l’homme canalisé en un animal en osmose avec la nature qui cause.
Je vérifie presque comme un automate la pression de mes pneus, glisse le bidon dans son étui et pars pour une « pédalerie » romantique. La Corse hivernale est apaisante, peu de trafic routier intempestif, le cycliste quitte son enveloppe qui gravit les côtes. Je vous le confirme, l’île de beauté n’est absolument pas plate ! Le col de Roccapina serpente, en face la mer est houleuse, les écueils me dévoilent un courant violent de nord, personne en mer… Je m’évade, je gravis la côte de l’un des multiples fjords de la péninsule de Nordkyn, l’océan Arctique ne laisse pas d’improvisation, mon vélo est très lourd, je suis en autonomie pour plusieurs jours de solitude. Le froid me fige le visage mais pas l’esprit…
Déjà le sommet, là bas au loin je devine le cap Sénètose ou mes « kayakeries » me mènent régulièrement. En roue libre je croise des « cornidés » ; des vaches ? Non ! Ma rêverie m’indique, un troupeau de rennes en quête de lichen, l’hiver va être long !
Déjà un millier de kilomètres, sympa le cycliste, il a donné son sang à tous les vampires ailés de la terre des sames. Un peu ému je me sépare de « Olla Vapaa », nom de ma bicyclette qui veut dire en Finnois : Etre libre,tout un programme… Immaqa reprend du service… Un autre millier de borne « Botnien ». Ma « kayakerie » redevient « pédalerie » ! Soyons prudent, il ne faut pas que je loupe l’embranchement du pont de l’Ortolu avec sa plaine givrée en cette saison. Je fonce, je mouline, c’est vrai qu’elle est belle « ma » Corse chérie. J’augmente la fréquence des coups de pédales, Armstrong, tiens toi à carreau, j’arrive ..!
L’Europe à conquérir, je suis un argonaute, à chaque tour de roue, une langue différente. Plus peur des ours, des loups, ici le prédateur c’est l’homme. Le soir quand l’ombre cache la lumière, je dois camoufler mon bivouac de celui qui va venir me défier, m’épier, me voler ! Non je n’ai pas peur des hommes, je les connais, c’est tout ! Ah, mais on m’offre un bout de jardin pour planter ma tente, une douche chaude pour me décrasser, un coin de table pour un plat régional. Ouf il n’y a pas que des monstres..! . Une longue rivière qui cache des coins à « salmo trotta » endémiques , je jette un œil à mes postes préférés, bientôt de la truite meunière pour la mascotte ! J’aime cette route, son bitume me laisse croire que je suis un vrai pro, un maillot jaune que personne ne peut dépasser. Un détail, si aucun coureur ne me double c’est parce que je suis seul, comme quoi certain détails ont de l’importance ..!
Les panneaux routiers m’indique la Wallys, le Valais en romand. Ouais, on retrouve les copains, les indiens de la Lourantze avec leurs tipis, fait gaffe Jo Zef de ne pas y laisser ton scalp, chef Taïko veille sur le cousin. Derrière les pics enneigés j’entends le ressac, mais c’est la méditerranée, Véro, le Cabochard… Mais un détail ! Encore un, décidément la vie n’est qu’une succession de détails, il y a une barre montagneuse à franchir, c’est lourd un VTC en côte… Devant moi la dernière terre à traverser. Ciao bello, le pays des souffres douleurs d’Obélix ! Ca gesticule, ça parle fort, ça change du pays des silences du Grand Nord. Une pizza pour la mascotte, une ! De l’eau salée tiédasse et au sud-ouest une île à l’odeur corsée. Dis donc Jo Zef, ça fait un baille qu’on est partis! Immaqa s’ébroue, on rentre à la maison…
La dernière descente qui mène au port, 3 h de songe, de projet, de rencontre d’un moi plein d’émoi. Je remise mon vélo dans la voiture, jette un œil à mon Cabochard et rejoins le bord pour une séance d’étirements bien mérités. Pédale et rêve… Et si cela cachait un futur truc ?!? Suite au prochain épisode…Chut je retourne dans mon rêve.
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