Un coin si calme et reposant...
Ce matin vers 6h le ferry emprunte le rail du détroit de Bonifacio, les îles Lavezzi se devinent dans une brume typique annonciatrice d’ un coup de libeccu . Le navire est bondé, comme une huitre en plein soleil je me referme, le silence m’a apaisé jusqu’à présent, le brouhaha de la foule en goguette ne m’aura pas!
Mon Cabochard a fier allure là bas au mouillage, des copains me rassurent sur sa santé, RAS. Une caresse pour lui dire bonjour, un peu terreux, je retrouve mon confident. J’ouvre les cales, aère les soutes, vérifie si tout est en ordre. Un coup de clé et le gros diesel se met en route, rien n’a bougé d’un millimètre, je vais tout lui dire, tout lui raconter… Des seaux d’eau de mer tiédasses lui retirent la terre rouge d’Afrique qu’il a accumulée depuis mon départ. A genou je récure, je redonne aux laques leurs éclats si sémillants. La chaleur est étouffante, ce soir l’orage risque d’être violent, tant mieux. Tout y passe et pas une seule goutte d’eau douce ne lui est apportée, la violence de la pluie de ce soir finira le boulot. Des gros nuages noirs arrivent du Sud-Ouest, la montagne de Cagna s’illumine, l’orage arrive, je frétille d’impatience. Au fond du golfe un voilier de location n’est pas bien mouillé, à la première rafale de vent il s’échouera ! Le joufflu sombre s’approche, j’allume une bougie, je mets ma frontale au niveau minimum, je veux être en toute intimité avec les éléments. Une rafale violente nous envoie un salut, je suis ravi de ce privilège, bien paré le nuage lâche ses hallebardes. La Corse est très sèche, trop à mon gout, ces quelques gouttes ne pourront lui faire que du bien. Le déluge commence, je suis au première loge, tiens donc, le voilier est posé dans la vase, son ancre n’a pas tenu… Je décide de le laisser dans son travail d’apprentissage, où il est, son équipage ne risque rien. Je pense, je rêvasse, de ces deux mois de balades. La houle de la mer de Barents me berce, les falaises abruptes de la péninsule de Nordkinn m’en donnent encore le tournis, le lac d’Inari me laisse encore percevoir son odeur, le pin chauffé à blanc d’un sauna finlandais me titille encore les narines mais surtout des visages me réchauffent le cœur. Des personnes qui vivent intensément, sans plastique, ni artifice. Une cabane au milieu d’une forêt et des étoiles au dessus les épaules par milliers. Le confort est immense, je ne parle pas de celui qui rassure faussement, le chaud l’hiver, le froid l’été. Non de celui qui est puissant, de la richesse de n’être qu’un simple atome de vie au milieu du néant. De savoir apprécier le fleuve ou le lac pour aller se laver, le plaisir de s’enfouir dans son duvet car dehors le froid commence déjà à piquer le bout du nez. La simplicité de se retrouver autour d’un feu en écoutant les brindilles claquer, tout en cherchant les comètes fausse prometteuses de vœux adressés. Partager une manière de faire un pâton, une cuisson différente d’un lieu à un autre qui donnera au pain son caractère atypique… Ses dernières semaines nous étions cachés dans une forêt valaisanne suisse, la paix était le refrain de l’aubade des cascades qui nous entouraient. Quasiment au bord du lac, Marlène et Gilles tiennent un refuge. Coin somptueux où ils accueillent les randonneurs, ils nous ont offert un bout de leur vie. Notre tente n’était qu’a quelques minutes de marche et de temps à autre nous leur rendions visite. D’une rencontre, cela est devenu un échange, une fraternité éphémère, comme si l’on se connaissait depuis longtemps… Des veillées autour d’un brasero et des silences qui nous ont unis. Le refuge de la Lourantze ce soir est venu me rendre visite. Des ruisseaux y prennent naissance et se jette dans le lac de Tseusier qui lui-même continue sa route dans le Rhône qui n’est qu’un serpent boueux sans trop d’énergie. Cette rivière devient fleuve pour rejoindre la Méditerranée où mon petit bateau est au mouillage…
Si un jour, vous désirez vous poser pour un moment dans une forêt alpine paisible, allez retrouver les beaux patrons de mon pote le labrador Taïko. Marlène et Gilles ne vous laisseront surement pas insensible et je suis sûr que sous les deux tipis qu’ils gardent vous en retournerez tout heureux d’avoir entrevu les légendes de l’alpage du Rawil…
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