Presque une journée tranquille, enfin presque !

17 août 2012
Robin, Valentin, Nicolas et Frank prêts pour une nouvelle aventure !!!

Robin, Valentin, Nicolas et Frank prêts pour une nouvelle aventure !!!

A ma grande surprise la nuit fut sans bruit, en plein milieu de Stockholm un 15 août à bloc de touristes !!! Comme quoi, l’effet éponge, les latins deviennent silencieux chez les scandinaves.
Ce matin, promis, juré je pars pour une petite journée. Il faudra encore l’aide du GPS des jeunes pour sortir de la capitale. 15km urbain que je n’apprécie pas du tout. Puis d’un coup la campagne. Le problème c’est que le réseau routier est très récent et l’autoroute est souvent la seule voie. Il va falloir jouer de malice pour trouver la bonne route. Un mélange de forêt et de champs agricole. Je revis, si cela pouvait être comme ça tout du long de mon chemin. Le ciel est bien bleu ma première journée complète de vélo s’annonce merveilleuse. Je possède deux cartes, une édition locale avec plein de petites routes et la Michelin plus grand axe. Je choisi celle des petits chemins ! C’est là où commence l’aventure. Je voudrais faire une sorte de traversée diagonale pour rejoindre une autre nationale, mais voilà la carte comporte des noms de lieux dits qui n’existent pas. Le GPS du fourgon est perdu et Frank pédale sur des chemins de terres qui tournent, retournent et tournent encore ! Un sacré raccourci qui me fera une petite rallonge de presque 20km. Entrevous et moi je ne suis ni en colère, ni dessus. La forêt est magnifique, les biches ne doivent pas souvent voir de cycliste unijambiste, les écureuils en profitent pour traverser au dernier moment mais nous sommes un poil perdu ! Finalement je retrouve un bled qui nous amène sur une route goudronnée qui reprend une nationale qui fait route au sud. Ouf ! Mais où va-t-on dormir, ce soir ? Pas de camping en vue, alors je continue de pédaler. 100km tout rond, c’est une bonne journée, 110km, bon va falloir trouver, 120km tiens il pleut, 130km, c’est quand qu’on arrive ? 131km nous sommes
devant un terrain vague grillagé de barbelé ! Pas fameux le « Camping de la plage » ! Le prochain est à 20 bornes à l’opposé de notre route !!! STOP ! Je suis cuit, vélo dans le fourgon et le pédaleur en  passager clandestin. Une belle pelouse dans un camping calme et une longue douche chaude, quel délice. Demain les jeunes reprendront la route pour rentrer en France et moi je reprendrai mon bâton de pèlerin solitaire pour commencer un  autre voyage de l’intérieur.  Promis dés à présent quand  je serai cuit je m’arrête et monterai ma tente où je suis. Seul sans véhicule, c’est  beaucoup plus facile de dénicher une bordure de rivière ou de lac pour faire relâche. Une bonne petite journée pour commencer la partie 4 !
A pluche !

Il suffit de demander à ses anges gardiens…

4 août 2012

Oh zut elle a détourné son beau regard de biche dès le déclic de la photo...

Oh zut elle a détourné son beau regard de biche dès le déclic de la photo...

J’aime ces coins paumés pour y poser ma tente. Un îlot où l’homme n’a pas encore tronçonné, bétonné, désinfecté, un endroit où je suis juste l’invité d’une nuit. Le vent ne semble pas avoir molli, il me faut encore 5km pour rejoindre le continent sous le vent. Je n’ai pas le choix je dois aller contre le Sud une fois de plus. A la sortie de l’anse, les bourrasques me font le baiser du matin sur le front. Je me courbe et j’avance, mon dos me fait souffrir mais j’avance. Je zigzag entre des îlots qui me protègent, je souhaite de tout cœur que les roseaux n’aient pas fermé les passages. Ouf, tout est libre ! J’arrive sous le vent du petit port de Herreng et finalement il s’en  est allé chatouiller d’autres nomades. Oui, je vous assure il doit y en avoir d’autres ! Quoi, on est le seul dans le secteur !!! Je reprends une cadence humaine, l’immense canal de Väddö est à 8km, enfin je peux regarder le paysage, savourer le ballet des oies toujours méfiante du « truc » rouge et noir qui glisse en silence sur l’eau. Une question me harcèle : Dois-je m’engager ce matin dans le canal ? Il est long de 20km et je ne suis pas du tout sur d’y trouver d’endroit accessible au milieu. Si je me lance il faut que je le passe d’un coup. Sur la carte dans l’angle à 3km je vois le hameau de Grisslehamn.  D’après la photo du quotidien suédois où je suis en photo, Véro et Dumé ont remarqué que j’avais perdu pas mal de poids et si je m’y arrêtais pour un séjour chez l’épicier du coin. Protéine à gogo ! Norra et Jo Zef leur donnent raison. Je suis à une encablure du canal et ne sais toujours que faire. Je demande à mes anges gardiens de m’envoyer un signe ! Du Nord une vedette sort de nul part, elle se dirige sur moi, où elle ira, ce sera ma route. En plein milieu de l’entrée du canal elle vire de 45° pour filer droit sur Grisselehamn. Ok, on va au port les copains. L’orage commence à gronder et la pluie reprend du service. A l’entrée du port je sens un doux regard, une biche nous observe. Je passe la digue et trouve une petite tache d’herbe me permettant de débarquer à l’abri des regards, je n’aime pas laisser Immaqa tout seul au milieu des hommes. La marina est minuscule et l’ambiance me fait penser à un port Corse un dimanche pluvieux de mars. Je pars à la recherche de mon épicier. J’ai fait une liste et je me régale déjà d’avance des repas qui vont s’en suivre. De retour j’en profite pour faire mon plein d’eau et reprends la mer. Mais où vais-je planter mon bivouac. En sortie de port un gros camping avec une centaine de camping-cars. J’ai repéré une tache d’herbe plate à son extrémité. Je tente une approche. Hum, hum ! Certes le coin est plat mais de me savoir cerné ne me réjouis pas trop. Puis j’essaie de me convaincre, une douche chaude, un point wifi, un coin pour cuisiner à l’abri du vent. Ma vraie petite voix  lui coupe la parole : Toi le « free man », entassé, englué, au milieu du bruit et des « moi j’ai fait la Suède » ! Ok, on se casse ! Je reprends la pagaie, puis pour la deuxième fois de la journée demande à mes anges gardiens un signe. Quelques secondes plus tard je vois deux kayakistes sur la rive opposée qui me saluent. Je traverse et repère un caillou qui semble avoir un replat à sa cime. Le gré est glissant et non sans mal je me hisse à son sommet, je dois trouver un système pour hisser mon matos sans peine, cela va être folklorique. Je traverse les dalles pour arriver sur une cabane de pêcheur qui semble abandonner et remarque un peu plus loin à
terre mes deux kayakistes. Je vais à leur rencontre et leur demande l’autorisation de monter mon camp ici. Ils me répondent en français, ils ont de la famille qui vit à Paris. Non seulement ils m’y autorisent mais en plus de ça me permettent de mettre mon bivouac sur une magnifique prairie pas très loin de chez eux avec vue le port. Je suis toujours ému de l’accueil qui m’est réservé, les personnes doivent sentir en moi une paix qui leur fait de suite ouvrir leurs portes. Comme d’habitude je remercie mes anges gardiens qui suivent avec tact et sagesse mon beau voyage de l’intérieur. Stockholm centre ville n’est plus qu’à 120km.
PS : Jo Zef sort moi de ces sacs de victuailles, va falloir que tu te comportes comme un gentleman avec Norra. Tu n’es pas un sauvage quand même !!!
A pluch’ !

Madame je vous écris…

29 juillet 2012
Mes anges gardiens m'ont envoyé l'un d'eux...

Mes anges gardiens m'ont envoyé l'un d'eux...

Je ne garderai pas un grand souvenir de ce bivouac mais en tous les cas il m’a bien abrité et ça c’est déjà formidable. La tendance va être un vent de Sud-Est encore et toujours dans la direction dans laquelle je me rends ! Je vais tenter de rejoindre le continent 12 km en face. Je ne suis pas en forme, j’ai le moral dans les chaussettes mais je dois trouver l’énergie pour avancer. Le décor n’est pas terrible, un grand golfe avec des usines qui crachent leurs fumées. Le teint est feutré, une sorte de brume envahie la baie. Depuis mon départ de Luléa régulièrement aux abords des grandes villes d’immenses usines fabricant de papier semble me regarder passer hautainement. Leurs immenses éoliennes me rappellent l’histoire de Don Quichotte. Pour essayer de m’évader j’imagine le cycle de ces troncs d’arbres qui vont devenir papier. Le moins chanceux deviendra rouleau hygiénique dans une gare sordide, le plus chanceux sera un papier à lettre qu’un amoureux griffonnera. Je m’invente une histoire d’un autre siècle, un corsaire écrivant à une gente dame croisée aux abords du quai d’un port juste avant de reprendre la mer. Le rouleau de papier est déroulé, la plume trempée dans l’encrier il lui déclare : « Madame, si les mers m’ont fait trembler, si les guerres m’ont fait tuer, si les blessures m’ont fait mettre genou à terre, votre regard à tout jamais sera le soleil de mes ténèbres. Vous m’avez croisé sur le port, je suis, ce que certains appellent, corsaire du roi. Vous ne m’avez qu’à peine regardez mais je ne pourrais jamais l’oublier. Madame, je ne sais où le vent me poussera mais par tous les Dieux des mers et des océans, je reviendrai déposer à vos pieds la plus belle rose que je connaisse, celle de mon cœur… » Un énorme coup de sirène, je sursaute, un cargo ? La police maritime ? Non, c’est Jo Zef qui du sac étanche m’a sorti de ma rêverie. « Alors on roupille, faudrait penser à avancer ! » Sacrée mascotte, sur ce coup là elle n’a pas tort. Je reprends mon sérieux mais cette évasion mentale m’a libéré, je me sens mieux. J’atteints enfin la côte, le vent n’a pas été trop méchant, ouf ! Je cabote pour passer devant l’estuaire d’un gros fleuve, je suis rassuré qu’il n’y a pas de vent du Nord cela aurait été un sacré piège. L’eau est redevenue douce, je remplis ma bouteille ce sera
toujours ça en plus pour ce soir. Je double le cap Billskaten, derrière il y a une péninsule qui semble avoir son canal. J’espère que ça  passe, l’endroit est une fois de plus somptueux. Je m’engage dans ce minuscule canal et je suis rassuré en voyant enfin l’autre côté. Il me reste 4km avant de bifurquer au cap du golfe Lövstabukten. Le vent contourne ce promontoire mais j’ai repris du poil de la bête et augmente la cadence. Je veux passer coûte que coûte. Finalement je glisse au milieu d’un regroupement d’îlot. Je cherche des passages mais ceux indiqués sur ma carte sont envasés, même en kayak il m’est impossible de passer. Pour couronner le tout, les îlots sont des amas de grès où il est absolument impossible de trouver le moindre replat. Un bateau passe, ici ils sont rares ! Je l’interpelle et lui demande s’il ne connaît pas un coin plat. Il m’indique la seule cabane du coin, il parait qu’il n y a personne. Je découvre une sorte de pelouse naturelle absolument plate, je beach Immaqa, effectivement aucune âme qui vive. J’en profite pour faire un peu de film, je monte le camp et enfin me prend un bain dans une eau pas trop froide. Alors que je fais ma toilette, je vois arriver une barque. Aïe, je sens les embrouilles. Un couple un peu surpris de me voir là me trouve en train de barboter nu devant leur cottage. La serviette à portée de main, je joue  mon joker. Je sors de l’eau en m’enroulant la serviette comme un pagne et pars avec ma prothèse à la main à cloche pied jusqu’au banc à 5mts derrière. J’essaie de me mettre à leur place, ils ne pourront pas me virer comme ça. Je m’excuse de ma tenue et leur serre la main. L’endroit appartient à l’usine à papier et elle est prêtée gratuitement à ses employés. Ils n’y viennent que pour
quelques heures et m’autorisent à y rester. Ouf ! Pour finir cette journée alors que je me relaxe dans la tente, un papillon vient se coller à la paroi de ma toile. Délicatement je le fais se poser sur ma main qu’il ne veut plus lâcher. Je suis sûr que mes anges gardiens qui me protègent depuis le départ de ce voyage l’ont envoyé pour me rassurer sur le reste du périple. Encore un petit 26km.
A pluche !