En direct du Groenland, avec Frank Bruno Officiel ! L'aventure continue…
Publié par France Bleu RCFM sur lundi 3 juillet 2017
Interview radio France Bleu lundi 3 juillet 2017
3 juillet 2017Interview radio France Bleu lundi 26 juin 2017
3 juillet 2017Des nouvelles fraiches de Frank Bruno Officiel en direct du Groenland…
Publié par France Bleu RCFM sur lundi 26 juin 2017
Camp de la neige
2 juillet 2017Toute la nuit les rafales ont secoué la tente, il me faut prendre une décision, rester ou reprendre la mer. Ce nid d’aigle ne m’inspire pas trop. Julien par mail m’a annoncé une baisse d’intensité du vent du sud. Je suis indécis, partir ou rester ? Au moment de couper mon système satellite, celui-ci sonne. « Mon » Dume m’appelle, ensemble nous avions traversé l’Atlantique à la rame, un truc de dingue qui nous a unis pour la vie. On discute des conditions que je rencontre, de la vie, de ses blessures puis au moment de raccrocher je lui demande : oui ou non ! Il me répond oui ! C’est décidé on part !
Avec précaution je fais glisser Immaqa sans le blesser puis prudemment, je descend le barda pour tout caser à bord, chaque place est bien pensée. J’active la balise spot pour que vous puissiez suivre notre progression et nous voilà partis. Les rafales bien que violentes encore sont presque dans notre cap, alors par « gourmandise » je prends droit sans longer la côte. Au beau milieu, un orage de neige avec son blizzard nous arrive dessus, comme je regrette de ne pas être plus à terre. Alors je m’attelle à la cadence gladiateur. Finalement l’orage passe et la mer devient calme. La progression est bonne mais les enfants d’Apoutsiaq (flocons de neige) virevoltent autour de nous. Et dire que ce matin les premières fleurs de Niviarsiaq (Epilobes à fleurs larges) nous sont apparues.
Nous longeons un immense mur de pierre de plus 650 m de haut, je me sens tellement petit ici. Pas de moyen de débarquer, une seule devise : avance et arrête de te plaindre. Au bout de 3h je vois au loin le point fixé au matin mais quelque chose me dit que ce n’est pas le bon coin et vu que la brise est passée d’est, pourquoi ne pas rejoindre la côte nord au cas où le temps se dégraderait. Bonne intuition, le vent se renforce en nous poussant, mais au fur et à mesure de notre navigation les glaçons se multiplient jusqu’au moment où les passages sont de plus en plus délicats. Je serre les fesses. Il ne faut pas que l’un d’eux chavire à notre passage, ce serait fatal. Nos anges gardiens, vous et vos bonnes pensées, font que nous esquivons les uppercuts de ces colosses.
Arrivés au cap Nuâ, la neige redouble de violence, ce sont des lambeaux de coton qui nous tombent des cieux. Le brouillard nous rejoint oh le taquin. Le point rouge est emmitouflé d’une écharpe blanche. Le GPS doit être allumé, sinon on risque d’y passer la nuit, qu’il n’y a jamais en ce moment ! Finalement au 28ème km, Immaqa accoste sur une plage de rêve, assez plate et sans caillou pour qu’il puisse être hissé sur son chariot. En un temps record la tente est montée et une forte lumière malgré la neige qui continue de nous saupoudrer permet d’avoir une bonne température à l’intérieur. Myrtille sur la crêpe, la radio locale peut être captée et de beaux airs groenlandais rendent l’équipage joyeux.
Karin a dû retrouver son chez elle en Corse aujourd’hui après un long périple retour, il me semble encore l’entendre pagayer derrière moi.
Demain on se retrouve sur les ondes de France Bleu RCFM avec Jean-Charles Marsily à partir de 12h40 heure française.
A pluche
Camp Ulùssat
1 juillet 2017La nuit fut agitée, mes pensées m’ont quasiment empêché de trouver le sommeil, la peur peut-être, les questions sûrement. Des centaines de canards et d’oies Eider squattent le même îlot que celui qui nous a abrités. Ils ont l’air de se moquer de nous, leur instant présent est de couver leurs œufs. Toute la nuit des bourrasques de neige ont secoué la tente. Vers le sud, toutes les montagnes sont saupoudrées de blanc et dire que nous sommes le 1er juillet ! Je reprends la mer tout en sachant que la journée va être compliquée. Le vent du sud est déjà soutenu. Pour corser la navigation, des courants turbulents et contraires me font des petites peurs, bien sur le tout en slalomant au milieu de glaçons affutés comme jamais. Mon pauvre Immaqa tremble de tous ces dangers, sa peau de néoprène, bien que très résistante, ne supporterait pas de tel rasoirs. Nous doublons deux îlots pour enfin nous mettre à l’abri de la grande île. Les rafales de vent m’arrachent presque les pagaies, je dois travailler comme un gladiateur, l’effort est surhumain. Au bout du dixième kilomètre, une échancrure nous permet la halte qui définira la suite de notre progression.
Bien que la côte soit escarpée, je trouve une toute petite place pour qu’Immaqa soit en sécu totale avec la marée, qui frise les 3,5m. Là aussi le travail est énorme, il me faut monter tout le barda en évitant de glisser sur une dalle, et trouver les 3m² habitables pour y dresser la tente. Les 15 jours au côté de Karin m’ont beaucoup appris. Ses 30 années de chef de centre de plongée sous marine teintées d’une culture allemande lui ont appris la réflexion sans agitation. Donc j’ai parcouru tout le terrain puis me suis assis pour prendre la bonne décision ! Les rafales de vent me demandent d’être très vigilant. Perdre ma tente serait dramatique. Je m’applique pour réaliser enfin le bivouac parfait. Le vent prend de la force, les rafales catabatiques sont impressionnantes, la tente ploie sous la pression puis reprend sa forme initiale. Wilfrid à Bonifacio m’a rajouté 50 cm de toile à pourrir tout autour de la tente, et sur ces morceaux de toile je peux y apposer de gros cailloux pour tout bloquer.
Au fur et à mesure que la marée monte, Immaqa prend de l’altitude, des bourrasques de neige me frigorifient, le nid douillet de la tente me permet de ne pas congeler. Là bas au bout du monde un freeman grelote, vous en bas vous transpirez. La vie est ainsi faite mais ce soir, malgré la crasse, le vent, le manque de ma petite allemande, la peur au ventre, je ne changerai pour rien au monde ma place…
Vivre le danger en le regardant droit dans les yeux, sans trembler tout en ayant peur…
Camp de la nostalgie
1 juillet 2017On le sait c’est la dernière journée ensemble. On essaie de ne pas y penser mais ce n’est pas simple. Il nous reste la journée entière à nous… Vers 10h, alors que nous commencions à démonter «Apoutsiaq » un bruit de moteur nous interpelle, un petit bateau vient droit sur nous ! Je ne reconnais pas Julien et retourne à la tâche quand soudain je comprends que c’est son beau-père… Le départ est précipité, nous sommes sous le choc, tout va très vite, le kayak est bien rangé dans ses deux sacs et Karin finit de boucler son sac. Nous nous serrons les yeux embués, on se promet des tas de «trucs » mais il faut se quitter… Le bateau disparait au milieu des glaçons, ce soir ma belle et tendre Allemande pourra prendre une douche bien chaude à Ilulissat…
A mon tour je m’active, le bivouac est démonté et les sacs contrôlés, Jo Zef rejoint sa place dans le sac étanche, il nous faut partir. Le vent du sud se renforce juste en face de la plage où se tient Immaqa. Grâce au chariot il est mis à l’eau, mais le clapot rend la manœuvre sportive. Finalement nous nous élançons, je jette un dernier coup d’œil à ce petit coin qui nous a abrités pendant quelques jours. Je remercie la vieille âme qui nous a accueillis, juste avant de donner les premiers coups de pagaies, un petit oiseau s’est posé sur un caillou en face de moi en m’offrant un chant incroyable…
Pour 5km je sais que cela va être « chaud », le vent et les vagues sont de travers. Immaqa est très chargé mais c’est un bon marin, la confiance entre nous n’est plus en doute. Ce départ est douloureux, aussi bien dans la tête, que dans les bras mais la vie n’est pas un conte de fée, j’ai choisi ce chemin alors je n’ai qu’à courber l’échine et avancer. Au bout d’une heure je contourne le cap pour enfin avoir le vent dans les fesses, le cerf-volant décolle, la moyenne s’améliore, il nous faut être vigilant entre les glaçons. Derrière plus au sud un gros orage se dirige droit sur nous, mais je pense surtout à Karin, je croise les doigts pour que tout se soit bien passé. Le vent tourne, je dois affaler le cerf volant, trop au milieu du chenal les rafales deviennent violentes, il faut absolument nous mettre sous le vent. Le froid me saisit, alors j’augmente la cadence, le temps passe plus vite en cadence élevée. A notre droite le glacier d’Equi qui est pris aussi par les bourrasques de pluie, la sensation d’être vraiment seul au monde s’accélère. Après 3h30, le cap nord de l’ile d’Ata est enfin franchi. Un bateau vient vers moi. Un homme accompagné d’une femme et de trois petits enfants m’annonce qu’après tout est bloqué par les glaces. Je lui donne le nom de l’ile que j’ai choisi comme objectif, il me confirme que c’est un bon choix et me souhaite : « a very good trip ». Je me
sens moins seul…
Au bout de 4h pétantes, Immaqa trouve une belle plage de sable pour se reposer. L’île est une nurserie à canard, des centaines de canes couvent leurs œufs. Je prend mon temps pour définir le bivouac mais c’est vite vu, là en face de nous le coin parfait. Montage sous une pluie fine, de tout le bivouac, Jo Zef est extirpé du sac étanche, il n’en croit pas ses yeux il manque Karin…
Pour me dénouer les jambes, je pars au sommet de l’île pour voir ce qui m’attend demain. Les bras m’en tombent, le fjord est complètement bloqué de
glace… Pour que les choses soient complètes, la neige tombe à gros flocon…
Bonne nuit les amis, ici c’est vraiment le Grand nord.
Mont Elisa
29 juin 2017Avant de partir pour le pays d’Apoustiaq, je m’étais confié à Elisa en lui promettant de grimper jusqu’au massif qui porte, depuis l’été 2015 son nom. Depuis notre camp, cela semble un peu compliqué, les névés orientés plein nord semblent nous couper la route mais nous nous adapterons. Au fur et à mesure de la montée, les souvenirs reviennent. Le courage des jeunes m’avait bluffé, Elisa la plus jeune et avec une patte en moins ne lâchait rien. A chaque pas je revis ces jours passés à leur côté.
Les myrtilliers sont en fleurs, le Thé du Labrador aussi, même les perdrix ont encore des restes de plumes blanches de l’hiver. En creusant des marches dans la glace nous arrivons finalement au col pour voir au loin le Mont Elisa. Sur le plateau balayé par les bises polaires la neige est bien présente, même les lacs ne sont pas encore libres de glace. Finalement, au bout de 3h nous voilà pile poil au point défini comme le Mont Elisa.
A la redescente je laisse la directive à Karin de retrouver le chemin retour, ici pas de sentier, les seuls repaires possibles sont les marques de bon sens. Toujours à porté de vue je la laisse se diriger vers le mauvais col, je surveille tout en tentant de ne pas la lâcher du regard. Mais la montagne n’aime pas ces jeux de gamins têtus et soudain je n’arrive plus à la situer… Le suspens monte d’un cran, des immenses barres rocheuses accompagnées de crêtes de glace m’inquiètent. Et si elle avait choisi de prendre un raccourci fatal ! Au bout d’une demi heure, la trouille me prend aux tripes, j’imagine le pire scénario. Je hurle son nom à tue tête. Je dois rester lucide pour comprendre son passage. Je me mets en mode commando et trouve ses traces dans la neige qui mène vers le vide. 450 m de falaise, j’ai les mains moites mais je sais que ses 30 ans de plongée sous marine lui ont donné une certaine logique. Au bout de 45 minutes, soudain j’aperçois un sac à dos rouge qui répond à mes appels. OUF ! Nous nous calons à l’abri du vent et de la neige fondue qui commence à tomber pour nous serrer fort dans les bras. La montagne et le grand nord n’aiment pas les insouciants, la leçon est bien enregistrée…
De retour au camp, le vent se renforce, les rafales sont terribles, mais là bas la tente n’a pas bougé d’un cheveu… Julien par tel sat me confirme bien que demain en fin de journée il viendra chercher Karin. C’est notre dernière soirée, on va la déguster au mieux. A l’abri du vent nous allons nous dire au revoir. Une longue période d’absence va nous séparer, mais c’est mon choix. Je sais que ce fut pour elle une initiation forte et que cette expérience sera à tout jamais gravée dans son âme.
A pluche
Bout du monde
29 juin 2017Cette nuit la tente a été prise d’assaut par un fort vent de sud jusqu’au pied du promontoire où notre bivouac est monté. Les growlers se sont brisés en mille glaçons, le bruit était comme venu d’un autre monde. La température a chuté ce qui a mis en veilleuse les milliards de moustiques en quête de sang frais. Le Fjord se transforme au fil des minutes, un film en 3 D nous est proposé comme fond d’écran. Rien, aucune information ne nous provient du sud, pas de gadget pour couper le lien avec les éléments.
Les journées s’écoulent au ralenti, nous cueillons, pêchons, contemplons. Le rythme que certains de nos anciens devait encore avoir il n’y a pas si longtemps. Ce hameau fut abandonné pour la soit disant bonne cause. Les Danois, en bons envahisseurs ont délogé des petits hameaux les eskimos, pour des villages plus grands pour que ce soit plus pratique !!! La date m’échappe mais cela a dû se dérouler dans les années 70. Le groenlandais est un pacifiste et il a abdiqué sans opposer aucune résistance. Une petite île plus au sud aurait mis l’envahisseur à feu et à sang, mais ça c’est une autre histoire.
Dans le cimetière, les tombes ne sont que des amoncellements de pierres couvertes de lichen noir. Le plus chanceux a eu droit à une croix, le plus prestigieux, une sorte d’enclos en bois… Mais ce qui nous a le plus touché c’est la taille des tombes, beaucoup sont petites, certainement des enfants. Vivre ici, il y a peu, devait être un sacré défi. La ville protège des épidémies mais rend les Hommes malades de Vie.
Nous errons, nous vaquons et là-bas vers le sud un immense rectangle attire notre curiosité, un autre cimetière immense mais avec une seule tombe. Ici repose une Freewoman. Cette vieille dame avait refusé de s’expatrier de son
village qui venait juste de créer un autre emplacement pour le dernier voyage. Mais entre temps les danois avaient changé les plans et tout le monde avait plié bagage pour Ilulissat. Elle avait su résister. Seule, elle avait fait son choix de vivre jusqu’à son dernier souffle sur la Terre qui l’avait vu vibrer et en toute logique c’est là où elle s’en est allée rejoindre les nuits boréales. Devant sa tombe je me recueille. Hasard ou non, un oiseau se pose sur sa croix. Il m’observe, mes yeux sont dans les siens, mon cœur bat au même rythme que le sien. Est-ce l’âme de la vieille dame qui me remercie de penser à elle. Je lui parle doucement, je l’a remercie de nous accueillir dans son si beau pays, je la sens heureuse… Ici les âmes sont en paix…
Au retour entre la cueillette de quelques camarines et la pêche d’une poignée de sardines locales (Ammasset) nous retrouvons avec beaucoup de plénitude notre bivouac.
On vous embrasse.
Rencontre
28 juin 2017
Ata, quelque part au nord du cercle polaire, deux nomades y ont posé leur bivouac. Ici le silence est le maître des lieux, quelques perturbateurs au caractère explosif nous font sursauter à chaque fois qu’ils se brisent, mais comment ne pas leur pardonner, ils sont millénaires, ils doivent connaitre tous les secrets des Dieux.
Une autoroute d’icebergs nous offre un spectacle d’une beauté incroyable. Assis sur une roche polie par des siècles de glace, nous sommes hypnotisés. Des gros, des plus petits, tous semblent avoir une âme, une légende à nous conter. Je me répète surement mais le silence est d’une profondeur telle que l’on pourrait entendre les battements du cœur de la Terre.
Encore trois petits jours et ma belle Allemande s’en ira vers le Sud. Sur mon avant bras gauche je porte une inscription groenlandaise : Kiffaanngissuesq. « Homme libre ». Ce tatouage est là pour me rappeler la promesse que je m’étais faite au lendemain de mon accident : Si je m’en sors, je vivrais plus fort qu’avant, plus libre, tel l’oiseau migrateur qui suit son instinct. Je m’en suis sorti et aujourd’hui plutôt que de vivre sur mes acquis, la voix la plus difficile s’ouvre à moi est c’est elle que j’ai choisie…
En fin de journée un tout petit bateau sort du brouillard du sud du fjord d’Ata, il vient droit sur nous. Par politesse je les salue de loin, ils me répondent mais ici les excès d’émotions ne sont pas de coutume. Alors que nous revenons d’une partie de pêche en kayak, Mathias et Rina viennent à notre rencontre, ils veulent nous aider à sortir nos embarcations de la zone de marnage. Une cabane du feu village est aménagée pour recevoir quelques touristes égarés, demain un petit groupe devrait faire un touch and go… Le café nous est offert, leur sourire nous enchante, au chaud derrière une vitre face aux glaçons, nous échangeons. Bien sur le drame d’Ummanaq est évoqué, la partie sud vient d’être ouverte à la navigation, seuel la partie nord du fjord est fermée…
Tout en discutant nous apprenons qu’ils ne rentrent que vendredi, une aubaine qui permettrait à Karin de prendre la route d’Ilulissat en toute simplicité. Ce soir par téléphone sat Julien me confirme la situation sur Ummanaq. Dès vendredi je reprendrais la route vers le nord…
Avant de clore cette page de mon carnet de voyage, je voulais remercier les personnes qui se sont mobilisées pour que ce voyage puisse se réaliser : Wilfrid, le boss du shipchandler de Bonifacio m’a offert juste avant mon départ des « gadgets » de sécu que je n’aurai jamais pensé à embarquer, puis à Pascale et Pierre-Marie gérant de la société Les Glacières d’Ajaccio : la photo d’illustration va à merveille, je trouve.
PS Jo Zef est en pleine forme, il veille à la tente au cas où un gros nounours viendrait nous rendre visite…
A pluche
Ata au calme
26 juin 2017Un calme indescriptible nous hypnotise, rien ne bouge autour de nous, une sensation que le reste du monde qui court et compte aurait disparu. Le seul flux qui nous enchante est celui de la marée, les glaçons se retrouvent pris
au piège puis en quelques heures les voilà libres de navigation. Où finiront-ils leur route ? Une vieille légende locale dit, que ce serait un iceberg de la région qui aurait coulé le Titanic !
Apoutsiaq et Immaqa nos beaux et loyaux kayaks sont sur une belle prairie,ils ont déjà compris qu’ils ne navigueront plus côte à côte. En fin de semaine, ce sera le départ pour Karin, un vide immense m’attend, mais la vie m’a appris à vivre l’instant présent et aujourd’hui il est d’une puissance infinie.
Ata est vide, le camp d’été n’est pas encore installé, cela ne devrait pas tarder. Le village abandonné nous «appartient». Le four construit avec les jeunes à l’été 2015 est intact, même le bois y est entreposé. Le passage dans le coin est minime est l’eskimo connait trop la survie pour vandaliser un bien si précieux qu’est un four de «campagne ».
Nous vaquons à des occupations simples, lavage des affaires, des kayaks, réorganisation des sacs. De mon côté, je confie à ma belle les objets qui me semblent superflus pour les semaines de mer qui m’attendent, seul l’indispensable aura sa place.
Du nid d’aigle où nous avons monté la tente, un immense banc de morue semble en balade. Au deuxième lancer, un repas de seigneurs nous est servi… Balade jusque sur les hauteurs de baie qui nous laisse sans voix : pas un bateau, pas une cabane, pas une route. Si ce n’est pas le paradis, c’en est peut-être le vestibule.
PS :La mascotte bronze au soleil du grand nord et vous embrasse.
Camp d’Ata
26 juin 2017Le vent du nord n’a pas molli mais nous avons décidé de partir. La mise à l’eau est sportive mais les esprits qui nous surveillent sont bienveillants. J’ai une crainte pour Karin, elle débute en kayak et la traversée des fjords avec les vents catabatiques risque d’être violente. Pas à pas, nous avançons, en face un mur de 600m, les doutes sont au pied de ce colosse minéral. Mais la chance ne sourit qu’aux audacieux et après 2h30 de dur combat pacifique face aux éléments, une mini plage nous permet un bref break.
La partie est loin d’être gagnée, il nous faut caboter le long de cette falaise infinie, nous nous sentons si vulnérables qu’aucun mot ne peut sortir, il nous faut progresser sans chercher à comprendre. Un autre miracle au moment de devoir tirer nord en traversant les 8km du fjord d’Ata, une faille nous permet une nouvelle pause. Les rafales de vent irisent l’océan, décidément nous ne sommes vraiment pas grand-chose.
Dernier combat, la traversée avec ce drôle de noroît qui ne lâche rien. Un phoque puis un deuxième nous nargue. Karin ne dit rien, elle serre les dents, je suis inquiet pour elle. Des icebergs se désintègrent autour de nous. A chaque détonation nous sursautons, puis comme par miracle le vent tombe, plus un souffle la mer semble figée, nous glissons enfin dans ce décor majestueux…
Cuits, extra cuits et surtout très émus nous touchons le village abandonné d’Ata. Personne, mais absolument personne… Nous sommes seuls au monde…
Ce lundi comme tous les lundis de cet été sur les ondes de France Bleu RCFM je serai en direct avec Jean-Charles Marsily à 12h40…
On vous embrasse bien fort…
Messages plus anciens







Accédez au Flux RSS du site Bout de Vie