Camp de la neige

2 juillet 2017
 
 
Toute la nuit les rafales ont secoué la tente, il me faut prendre une décision, rester ou reprendre la mer. Ce nid d’aigle ne m’inspire pas trop. Julien par mail m’a annoncé une baisse d’intensité du vent du sud. Je suis indécis, partir ou rester ? Au moment de couper mon système satellite, celui-ci sonne. « Mon » Dume m’appelle, ensemble nous avions traversé l’Atlantique à la rame, un truc de dingue qui nous a unis pour la vie. On discute des conditions que je rencontre, de la vie, de ses blessures puis au moment de raccrocher je lui demande : oui ou non ! Il me répond oui ! C’est décidé on part !
 
Avec précaution je fais glisser Immaqa sans le blesser puis prudemment, je descend le barda pour tout caser à bord, chaque place est bien pensée. J’active la balise spot pour que vous puissiez suivre notre progression et nous voilà partis. Les rafales bien que violentes encore sont presque dans notre cap, alors par « gourmandise » je prends droit sans longer la côte. Au beau milieu, un orage de neige avec son blizzard nous arrive dessus, comme je regrette de ne pas être plus à terre. Alors je m’attelle à la cadence gladiateur. Finalement l’orage passe et la mer devient calme. La progression est bonne mais les enfants d’Apoutsiaq (flocons de neige) virevoltent autour de nous. Et dire que ce matin les premières fleurs de Niviarsiaq (Epilobes à fleurs larges) nous sont apparues.
 
Nous longeons un immense mur de pierre de plus 650 m de haut, je me sens tellement petit ici. Pas de moyen de débarquer, une seule devise : avance et arrête de te plaindre. Au bout de 3h je vois au loin le point fixé au matin mais quelque chose me dit que ce n’est pas le bon coin et vu que la brise est passée d’est, pourquoi ne pas rejoindre la côte nord au cas où le temps se dégraderait. Bonne intuition, le vent se renforce en nous poussant, mais au fur et à mesure de notre navigation les glaçons se multiplient jusqu’au moment où les passages sont de plus en plus délicats. Je serre les fesses. Il ne faut pas que l’un d’eux chavire  à notre passage, ce serait fatal. Nos anges gardiens, vous et vos bonnes pensées, font que nous esquivons les uppercuts de ces colosses.
 
Arrivés au cap Nuâ, la neige redouble de violence, ce sont des lambeaux de coton qui nous tombent des cieux. Le brouillard nous rejoint oh le taquin. Le point rouge est emmitouflé d’une écharpe blanche. Le GPS doit être allumé, sinon on risque d’y passer la nuit, qu’il n’y a jamais en ce moment ! Finalement au 28ème km, Immaqa accoste sur une plage de rêve, assez plate et sans caillou pour qu’il puisse être hissé sur son chariot. En un temps record la tente est montée et une forte lumière malgré la neige qui continue de nous saupoudrer permet d’avoir une bonne température à l’intérieur. Myrtille sur la crêpe, la radio locale peut être captée et de beaux airs groenlandais rendent l’équipage joyeux.
 
Karin a dû retrouver son chez elle en Corse aujourd’hui après un long périple retour, il me semble encore l’entendre pagayer derrière moi.
Demain on se retrouve sur les ondes de France Bleu RCFM avec Jean-Charles Marsily à partir de 12h40 heure française.
 
A pluche

La Corse subi une tempête de neige…

9 mars 2010

Une mega dépression qui  vient de Terre-Neuve nous a pris de plein fouet; le baromètre a fait une chute spectaculaire et la tempête fut très violente, toute la nuit dans l’extrême sud de la Corse le vent  n’est pas descendu en dessous des 120 kilomètres heures et les chutes de neige ont battu un record historique plus d’un mètre de neige dans certains villages de l’intérieur.

Pour ceux qui ne connaissent que la Corse en tong  muni de leur crème solaire force 237 !

Quelques images qui resteront dans les archives de météo

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PS: Jo Zef s’est planqué sous les coussins de la banette du Cabochard de peur qu’il me prenne l’envie d’aller trainer sur le plateau du Coscione avec ma pulka!

Un peu embourgeoisé la mascotte!!!

Le retour d’Apoutiaq…

12 février 2010

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Vue de l’extrême sud de la Corse du massif de l’Omu di Cagna.

4h30 je ne peux plus dormir, le vent est tombé pourtant quelques chose a changé, comme l’animal qui hume l’air et qui sent la nature depuis si longtemps que je vis sur mon bateau je ressens un changement dans l’atmosphère, je colle mon nez au hublot, il neige !
C’est Apoutiaq (voir mon livre pendant la traversée du Groenland à pied) qui est venue me rendre visite, je lui avais tellement parlé de mon abri que cette nuit elle a voulu donner une caresse à mon Cabochard.
Je me force à fermer de nouveau les yeux mais je crois que mon temps de sommeil est déjà fini, je pense au pays Kalaallit Nunaat où j’ai rencontré Apoutiaq, elle avait vu un homme blessé qui avançait, des perles bleues étaient figées sur son visage, elle le nommait Nanuquilanga (L’ours blessé avance)…
A coté de moi le livre d’Emeric Fisset « Sur les pas de l’ours » je ne sais plus combien de fois je l’ai lu, mais chaque fois je suis transporté, envouté, lui le solitaire de l’Alaska qui fait rêver « l’Ursus Corsicus  monopedus ! » A chaque fois j’y découvre la faune et la flore Athapascan, chaque fois j’entends les chants des prières qu’il fredonne pour se rassurer, je ressens les larmes qui coulent de tellement de beauté mêlé à la souffrance, je hume la fragrance de la taïga…

Le jour se lève enfin, après ma série d’exercices matinaux, le bol de céréales arrosées d’infusion et le café bien calé au fond de l’estomac, je crois un peu enfreindre l’arrêt forcé prescrit par docteur « Bon sens » et je décide de partir pédaler ! Ben ouais c’est le coude droit que je dois mettre au repos pas les jambes non ! Ok pas de kayak, mais un tour de vélo !
Donc me voilà parti, le ciel est gris plombé, là bas le massif de Cagna (1245mts d’altitude) est noyé sous la neige. En le regardant j’envoie un petit message à Apoutiaq pour qu’elle me rende visite.
Je suis tranquille personne n’osera rouler aujourd’hui, je prends la direction du nord, le vent est froid certain « tristus » d’ici diront polaire, pour un Inuit -2 c’est un temps de fillette encore pucelle !!!
Je roule et je sais déjà que cette sortie va être magnifique, en haut du col que je franchis Apoutiaq est bien là, elle virevolte autour de moi, nous sommes ivres de ces retrouvailles, elle me chante encore les belles berceuses des « Trolls », je suis heureux, quelques vaillants conducteurs qui ont osés prendre la route me doublent en me klaxonnant et en levant le pouce pour me féliciter de ma sortie vélo !!!
Je pédale ? Non ce sont mes jambes car moi je suis tellement heureux de ces retrouvailles que mon esprit n’est plus là. Elle me raconte toutes les histoires qu’elle a vécu depuis mon départ et moi les miennes, je lui annonce que d’ici quelques mois je serais de nouveau dans le grand nord mais elle me rappelle que pendant l’été elle part avec sa famille encore bien au delà du cercle polaire.
Les kilomètres se succèdent mais je me sens léger comme un flocon de neige !
De retour à bord je décide de prendre ma douche sur le pont du bateau au vent, j’avais pris la précaution avant de partir de mettre mon mini chauffe-eau en route et le bonheur est extrême, un chaud froid bien mérité.
Apoutiak s’en est allé mais je sais que ce n’est qu’un au-revoir…

Proverbe Groenlandais : Seuls la glace et le temps sont maîtres.

Au fait dimanche c’est la St Valentin !!! Une foutaise de plus inventée par des commerciaux !!!
Par contre c’est la fête de Valentin le dernier stagiaire ! Bonne fête petit neveu…

Ouais Jo Zef et une tournée de crêpes pour fêter ça.

A pluche

DSC_9209Traversée du Groenland à pied, Apoutiaq vient me voir régulièrement.