Epilogue des Ecrans de la mer…

9 juin 2013
Contre toute attente Jo Zef la mascotte était du voyage...

Contre toute attente Jo Zef la mascotte était du voyage...

Les prix ont été décernés et par ce billet je vais tenter de vous transmettre l’ambiance de ce Festival International du Film de Mer. La guilde m’avait fait un immense cadeau en me confiant un jury extraordinaire que je me dois de vous présenter : Catherine Lecoq réalisatrice, auteure et scénariste ; Eric Beauducel, auteur et opérateur de prise de vues ; Hervé Bourmaud, marin pêcheur et ancien capitaine de la goélette scientifique Tara et le touchant Hervé Clayessen commandant retraité de la marine marchande et peintre. L’organisation des Écrans de la mer a reçu 188 films et seulement 18 furent  présélectionnés  pour 5 prix autant vous dire que la tache ne fut pas si simple. Mon rôle de président fut facilité par l’osmose du groupe, mais choisir un film plutôt qu’un autre est un déchirement, pourtant il fallut débattre et voter. C’est un festival de film avant tout et les images doivent transporter le public dans un monde salé sans mensonge . Finalement sans heurt et avec une coordination assez impressionnante nous avons réussi à établir le palmarès que voici :
Prix du Jeune réalisateur : North of the Sun (au Nord du Soleil) de Inge Wegge et Jorn Ranum
Prix du meilleur film traitant d’écologie : The silver of the sea (L’argent de la mer) de Are Pilskog.
Prix du meilleur film traitant d’aventure et de sports nautiques : Una Boya Feliz (la bonne fortune en kite-surf) de Jordi Muns et Eloi Tomas.
Prix du meilleur film traitant des métiers de la mer : La paix du golfe de Patrice Gérard.
Le Grand Prix du festival Jean Bart « U-455, le sous-marin disparu »  à Stéphane Bégoin.
Prix des jeunes de l’agglomération dunkerquoise : Una Boya Feliz (la bonne fortune en kite-surf) de Jordi Muns et Eloi Tomas.

Trois jours avec beaucoup de rires, d’émotions et de rencontres, un grand merci à toutes les personnes croisées et bien-sur un grand coup de chapeau aux trois sirènes organisatrices : Cléo Poussier-Cottel , Corinne Husson et Anne Queméré, l’illustre animateur présentateur Alain Goury,sans oublier Olivier Allard délégué général de la guilde et du festival, Bernard Decré président cofondateur du festival et le président de la Guilde Européenne du Raid Sylvain Tesson. En étant dans le département du Nord, mon ami disparu  Loïc Leferme natif de ce port de la Manche me guidait pour improviser un hommage. Mes mots se sont remplis d’émotion que le public a saisi au vol et je suis très fier d’être devenu citoyen d’honneur de la ville de Dunkerque.

Pour conclure ces magnifiques rencontres marines je vous transcris l’hommage que Sylvain Tesson a rédigé à mon égard, encore une fois de plus mes yeux se sont salés, un sacré cadeau en ce 9 juin 2013 qui est la commémoration de mes trente années à cloche pied.

Un jour, je suis allé faire une petite promenade à ski avec Frank Bruno. C’était prés du parc de la Vanoise, nous étions trois ou quatre et il faisait grand bleu. J’ai appris deux ou trois choses ce jour-là.

Je savais déjà que l’humour était la meilleure réponse à l’adversité du sort mais Frank m’en a donné ce jour là une démonstration magistrale. Lui, l’amputé à qui le destin a volé une jambe lorsqu’il était âgé de 18 ans, ne cesse jamais de rire de son moignon, comme si la garce de vie lui avait joué une bonne blague. Et devant les gens qui se tortillent, légèrement embarrassés, ne sachant pas très bien comment évoquer son infortune, rien ne lui plait d’avantage que d’ôter sa prothèse en s’exclamant : « je suis un amputé à part entière ! »  Bref, pas le genre à baisser les bras.

Je savais aussi que la volonté peut tout et que bien des êtres font de la force d’âme « le jardinier du corps » comme l’écrivit Shakespeare, mais Frank me l’a prouvé ce jour-là d’une remarquable manière en nous laissant tous à cent mètres derrière nous qui nous croyons bien entrainés !

Je savais que le propre de l’Homme est de réussir à triompher des malheurs, à les transcender et parfois même à les transmuer en bienfaits mais Frank me l’a rappelé ce jour-là d’une façon inoubliable. Il me raconta (je le laissais parler parce que j’étais essoufflé), comment il avait réussi à puiser en lui la puissance nécessaire pour ne pas désespérer et comment, aujourd’hui, il insufflait son énergie à ceux qui ne croyaient plus en eux-mêmes ou qui doutaient de l’existence.

Et lorsque nous regagnâmes la station de ski, je me dis que j’avais rencontré un homme à qui il manquait un bout de lui-même et qui, pourtant, semblait plus entier que beaucoup d’entre nous !

Signature de mon vieux pied usé qui a réalisé l’expédition Arcticorsica, l'écrivain, voyageur et ami Sylvain Tesson au premier plan est attentif, cela va être son presse pied papier sur son bureau...

Signature de mon vieux pied usé qui a réalisé l’expédition Arcticorsica, l'écrivain, voyageur et ami Sylvain Tesson au premier plan est attentif, cela va être son presse pied papier sur son bureau...

A la croisée de nos vies…

1 septembre 2012
Bel échange avec Patrick qui rallie le Danemark à Gibraltar à pied

Bel échange avec Patrick qui rallie le Danemark à Gibraltar à pied

Nuit agitée malgré que le camping soit vide, je suis tellement sur le qui vive avec ma cheville que toutes les heures je me réveillais pour masser mon tendon d’Achille et vérifier qu’il n’était pas enflé et ne soit douloureux. Quelle drôle d’idée au lieu de se reposer, en tout les cas tout va bien de ce côté là ! Je démonte mon camp et me revoilà parti. Les bobos sont en stand by, yakapédaler. Le froid me saisit, 10 petits degrés, le vent cette nuit est passé enfin au nord. Il va enfin être en notre faveur, une sacrée côte comme entrée, au moins je vais pouvoir enlever une couche. Je continue sur la voie cyclable R1, le bonheur de ne pas subir les affres des chauffards. Les villages sont encore endormis, la route est vide, je peux poursuivre mes rêveries. Je fais gaffe quand même de ne pas perdre le fil des panneaux qui m’indiquent comme un jeu de piste les directions à suivre. Les pommiers regorgent de fruits et je m’autorise quelques prélèvements pour mes repas à venir. Des ponts enjambent des petites rivières, je passe à travers champs, l’Allemagne rurale se dévoile à mon passage. Je poursuis ma route, dans un hameau deux gamins en vélo me prennent la roue, ils font un bout avec moi. Je comprends après coup pourquoi ! Une rivière barre la R1, pas de pont mais une nacelle à activer manuellement. Les adolescents doivent guetter le randonneur et se font un malin plaisir à jouer de la manivelle. Paul et Morris me fileront un sacré coup de main pour me faire passer de l’autre côté. Une manière originale de plus dans mon voyage, à quand la montgolfière ? Je poursuis, le vent est en notre faveur, un vrai bonheur. Au loin je vois des gyrophares d’une ambulance et d’un véhicule de police, je m’approche en redoutant le pire, la piste est interdite aux voitures, s’ils sont là c’est que quelque chose de grave est arrivé. Un homme âgé est allongé à côté de son vélo, vu le manque d’activité des secouristes sa vie s’est arrêtée sur ce chemin aujourd’hui. Pas encore couvert, effectivement le masque de la mort est tombé sur lui. Je poursuis, je suis encore sous le coup, les images de sauvetages en mer tragiques que j’ai vécus me remontent au visage, je ne pensais pas croiser cela ce jour. La vie, la mort, on n’est pas grand-chose !!! Je me fais un break café, biscuit, et pratique quelques étirements. Toujours sud j’avance, la vision de tout à l’heure me hante, il faut que je passe à autres choses. Dans un plus grand bourg je profite pour faire quelques courses, demain c’est dimanche et ici tout est fermé. Pour compenser mon mal être je m’offre un grand jus de fruit et une brioche au sucre, les douceurs du palais pour compenser les froideurs de la vie, la grande cause de l’obésité dans les pays riches ! Le soleil enfin se réveille, il a envie de réchauffer le nomade unijambiste, j’avance encore et toujours vers le sud. Des interminables lignes droites avec le vent portant, ça fait du bien, je plains les pauvres cyclistes que je croise dans le sens inverse de ma route. Je rattrape un coureur d’origine asiatique, je devrais dire un marcheur, il est à l’agonie, ses pas ne sont pas assez rapides pour appeler cela courir, témoignage d’une longue distance déjà parcourue. Puis un deuxième et encore un autre, j’en conclus qu’il doit y avoir une course très longue distance dans le coin. Pendant plusieurs kilomètres je double ces athlètes de l’endurance, je n’arrive pas à savoir quel est leur parcours. Je suis maintenant en t-shirt avec dans mon dos la phrase du défi Arcticorsica : Ma différence c’est ma force. En dépassant l’un d’eux il me dit bonjour en français. Je ralentis pour rester à son niveau. Patrick Bono fait parti de ces hommes et femmes qui réalisent la course : Trans-Europe 2012 ! Le départ a eu lieu au nord du Danemark mi-août et se terminera à Gibraltar dans plus de deux mois!!! Des étapes de 60 à 80km au quotidien avec une moyenne minimum de 6km/h, sinon c’est l’élimination. Aucun jour de repos, une course titanesque ! Je reste au côté de Patrick, on ne se connaît pas mais quelque chosesde très fort se passe entre nous deux. On parle de nos défis, de nos bouts de vie et de cette souffrance choisie. Puis en quelques secondes un sujet très difficile à aborder en occident : de ces chers disparus qui nous accompagnent dans cette solitude qu’est l’endurance de la vie. On se livre comme deux vieux copains, je sens qu’il est au bord des sanglots, je le pousse à se lâcher, il chiale de toute son âme… A un carrefour nos routes vont se décroiser, on se serre les mains comme deux frères, alors qu’il y a peine quelques secondes on ne se connaissait pas. Bravo Patrick continue jusqu’au bout de tes rêves, Gibraltar ou pas, va jusqu’au bout de ta route elle est bordée de lumière.
Au 83éme kilomètre je décide de m’arrêter dans un hameau, quelle journée ! Le présent est un cadeau et de là haut nos anges gardiens s’amusent bien dans notre quête quotidienne.
A pluche !

Un bout de vie partagé au festival du film d’aventure de Val d’Isère…

23 avril 2012
Les membres du jury ne se prennent pas au sérieux...

Les membres du jury ne se prennent pas au sérieux...

Tout d’abord un grand merci à tout les organisateurs de cet événement qui restera gravé longtemps dans mon cœur…

De mon camp caché dans le maquis, la semaine du festival du film d’aventure et de découverte de Val d’Isère, revient comme dans un rêve. Que de belles rencontres, que de mains tendues, ces lieux sont des croisements de personnes qui vibrent et existent pour une seule chose, la découverte. Découvrir une vallée perdue, un insecte encore inconnu, un sommet atteint pour hurler que la paix est possible… Tous ces découvreurs sont  surement des chercheurs de vérité. J’en fais parti, je crois ! Nous étions quatre jurys et à notre surprise il nous fallut à peine quelques secondes pour décerner le prix de l’Aigle d’or… Un homme qui pour se fondre à la région du Nouristan a appris la langue, la culture et s’est passionné pour cette province encore méconnue de l’Afghanistan. Une terre située à l’extrême Nord-est, composée de musulmans ismaéliens qui ont comme devise : paix et tolérance. Paradoxe de cet état qui connait une guerre sans pitié. Louis a composé une équipe de quatre nouristanis pour tenter de gravir la plus haute montagne afghane qui culmine à 7492mts d’altitude. Une histoire passionnante qui nous fait oublier le machisme de certains alpinistes. Ces hommes ont compris que leur sommet serait un appel à la paix pour leur pays … Ce film nous a charmés, portés, illuminés et la conclusion de ce sublime 52’ nous voyait essuyer quelques larmes de trop de bonheur. 7000 mètres au dessus de la guerre. A voir absolument !

Le Prix Alain Estève revient en toute logique au film de Florence Tran : La montagne magique, sur les chemins du Kailash. Un coup de foudre que j’avais déjà eu aux Écrans de l’aventure de Dijon…

Le rôle de jury est passionnant mais la différence de chaque personne qui le compose peut-être aussi un abysse d’incompréhension. J’étais en osmose avec tout le monde mais un film me semblait essentiel, primordial et j’étais blessé, heurté qu’il passe à la trappe.

Jolokia, l’équipe des bras cassés… Eric skipper professionnel s’était mis en tête de battre un record de vitesse entre Lorient et l’île Maurice avec un voilier composé d’un équipage mixte, (valides, différents) ! Un défi un peu fou mais l’aventure n’est elle pas l’accomplissement de l’impossible ? Deux ans de préparation, des choix à prendre pour que le bateau soit le plus performant. Des gars et des filles qui ont poussé leurs limites et su obtenir une équipe soudée. Pas facile de renoncer quand on est à l’initiative du projet, pourtant Laurent comprend que son handicap ne pourra l’amener à vivre cette aventure à fond. Une histoire qui nous rend plus humain, une odyssée qui est un hymne à la vie. Là encore, la fin nous tire les larmes des yeux, le record est battu mais une fois de plus l’histoire démontre que  le cheminement est plus important que l’arrivée… Après palabre, coup de sang de ma part, Diégo notre « président » trouve une chouette idée : « Décernons un nouveau prix, un clin d’œil »! Ok ! Nous improvisons le prix : Coup de cœur du jury.

Chacun de nous avons un petit speech à faire pour remettre les trophées, il me revient en toute logique la remise du prix Coup de cœur du jury. Voici le laïus devant un public tout acquis à ma croisade :

« Quand l’avalanche du handicap fauche ton camp de base, le chacal de l’incompréhension rôde… Tout est chaviré, bancal, plus rien ne tient debout. Tu sors de sous les décombres mais tes yeux ne captent plus la lumière des autres. Tu tentes le premier pas mais rien ne se passe, toi tu veux mais putain, tes jambes sont devenues sourdes. Ramper devient ta solution, en bas dans la vallée le village te semble proche alors comme le vers de terre tu ondules, tu te démènes. La boue te semble douce car l’espoir te caresse, tu as mal mais ce n’est pas grave, tu avances. Les conquérants de l’inutile manquent de t’écraser, ils ne te voient plus, tu n’es plus rien. Effort, solitude, humiliation, torture de l’âme, tu te moques car le camp des « autres » est proche… Waouh, t’es un héros tu as réussi à rejoindre le cœur des hommes, mais ils ont perdu le temps et t’offrent leur pitié. Tu hurles que t’es un mec, un vrai mais vite on te parque… Le ghetto devient ta routine, la mort te semble douce, faut oublier ce maudit jour, cette satanée fatalité…

Eric merci, dans ton voyage tu as démontré que différence est force.

Mesdames et messieurs : Les malheurs qui nous arrivent ne sont pas des punitions mais des défis à relever… Merci… »