Rencontre d’un « Hiro »

16 juin 2010

Bonjour à tous, tout d’abord merci pour votre soutien, ça me touche énormément.

P6150035_petite

La nuit fut en pointillée et ce matin vers 5h45, je démonte le camp. Le ciel est déjà bleu et je sais que je serai moins morose qu’hier. La rive gauche est dévastée sur 15 km, le feu vient de brûler une forêt entière. Ici, aucun moyen pour intervenir, alors c’est le destin qui joue les pompiers.
L’atmosphère est acre, j’essaie de positiver. Ce que je vis est formidable alors pourquoi je serai triste. Je bouffe du kilomètre mais sans avoir la sensation de forcer, je pagaie en cadence non stop mais en douceur. Vers 11h, j’atteins le village de Fort Selkirk, le hameau semble endormi et une dame souriante m’accueille. Le village fut abandonné en 1950 et depuis quelques années, ils sont en train de le retaper. Nancy, c’est le nom de cette personne, (ville de naissance de ma « Vrai » !) me demande si j’ai une famille ? Je balbutie, je me mords les lèvres, je ne veux pas craquer encore une fois, mais rien n’y fait. Je lui explique, elle sourit, je me reprends, marque un mot sur le registre de la commune, je suis le 40ème visiteur cette année. Elle me demande où est située la France et bien sur, n’a jamais entendu parler de la Corse. Je lui dis que c’est grand comme l’état du Yukon et qu’il y a 60 millions d’habitants. Elle explose de rire et pense que je blague…
Vers 12h, je fais un arrêt nouilles chinoises. Comme à bord du Cabochard, je m’autorise une micro sieste de 10′, qui chez moi, a un pouvoir très bénéfique.
Alors que je suis dans les bras de ma « Vrai » un bruit me fait sursauter. Un homme arrive en kayak !
Hiro, un japonnais que j’avais croisé à Carmacks et qui comme moi se dirige seul vers l’océan. Je suis heureux de cette rencontre, je lui offre un café lyophilisé et lui des carottes fraîches. On reprend la route ensemble mais comme tout bon solitaire chacun y va de son rythme.
Je lui dis que je vais prendre ma vitesse de croisière et qu’à partir de 18h, j’essaierai de trouver un bivouac sérieux.
120 kilomètres au compteur ! Pas mal pour un début !!!
Mon île est trouvée. D’abord en faire le tour pour détecter toute trace animale, puis si tout est clair, y monter la tente et allumer un feu.
Qui vois-je à l’horizon ? Mon samouraï !
Soirée d’échange. Il me livre son bout de vie pas très facile sans famille et moi lui livre le mien.
Tout deux côte à côte sur un tronc d’arbre devant un brasier qui crépite, nous nous sentons bien peu de chose devant l’immensité qui nous entoure. La nature hostile a réuni ce soir deux guerriers pacifiques, qui mènent chacun un combat différent sans querelle…
Enfoui sous mon duvet, je pars rejoindre ma dulcinée, sa main est dans la mienne, son odeur m’enivre et peu importe les mains meurtries et le dos rompu, l’amour est un baume régénérateur.

Avant de vous quitter, Jo Zef n’est pas peu fier ce soir, en face de nous, coule la rivière mascotte !!!
Même ça, il me l’aura fait !
A pluche.

les signes qui nous guident…

6 avril 2010

036-150x150

Croix que j’avais amené avec moi sur l’ascension du Pissis (Argentine) elle appartenait au père de ma Vrai qui devait décéder quelques semaines avant notre départ pour la cordillère des Andes.

Les signes j’y crois dur comme une tête de Cabochard. Si cet hiver a été difficile dans ma préparation physique (blessures à répétition) je crois que c’est pour me rendre encore plus humble et patient. Je suis un « hyperactif » et le fait de me retrouver bloqué, devant absolument attendre la guérison est quelque chose que j’ai dû gérer et en comprendre le mécanisme.

Les coups de vents eux aussi se sont succédés et du coup le kayak est resté bien amarré sur le ponton à coté du Cabochard. Ce matin finalement l’ouest s’en est allé et malgré une forte houle résiduelle je prends la mer. Autour de mon cou en plus de mon talisman « Maori » offert par ma « Vrai » en Nouvelle Zélande, j’y ai ajouté une croix en bois d’olivier ?!?

Non je vous rassure je n’ai absolument pas changé sur ma manière d’être allergique envers toutes les simagrées que trainent derrière leurs fesses toutes sortes de religions inventées par l’homme tellement peureux devant la mort, la souffrance et la vieillesse.

Non j’écoute le destin qui nous a été tracé dans notre courte vie, certain l’appel Dieu, d’autre la destinée. Chacun s’accroche à ce qu’il croit juste. Donc ce weekend j’ai croisé mon « Dumé » avec qui j’ai traversé l’Atlantique à la rame. Il y a quelques années je lui avais présenté Pierre mon ami avocat et de cette union en est né une sacrée histoire : l’association Bout de vie. On pourrai dire la Trinité, nous sommes tous les trois très différents mais nous avons su à un moment unir notre différence pour aller vers les autres. Pierre est Franc-maçon et ne s’en cache pas d’ailleurs, il est catholique pratiquant et dans l’un de ses voyage à Jérusalem il a offert à Dumé une croix en olivier et ce weekend Dumé me l’a accroché au tour du cou.

Pendant ces mois d’isolement je ne penserai pas « religion », elle n’a pas la place dans la nature ni dans mon sang, mais je sais que je serai guidé par l’instinct de survie, par ma petite étoile qui jusqu’à présent m’a toujours soutenu et aidé.

Les disparus, eux seront avec moi, j’entends souvent le rire de ma grand-mère Lulu, je vois les sourires de mon pôte de toujours Dédé, la manière dont Loïc remettait en place sa longue chevelure : grand apnéiste trop tôt parti.

Donc autour de mon cou un peu de mes pôtes Dumé et Pierre.

Petit signe aussi ce matin jusqu’à Capu di Fenu pendant 3 heures environs trois grands dauphins m’ont accompagné de loin… Un bon présage !!!