L’effet papillon…

8 septembre 2010

un bout de vie partagé...

un bout de vie partagé...

L’effet papillon

Le 8 éme stage de plongée Bout de vie pointe son nez mais souvent on me demande ce que deviennent les anciens stagiaires ?

Vous avez certainement entendu parler de l’effet papillon.

C’est ce qui est arrivé au cours de ma vie, des rencontres, qui sans en avoir l’air m’ont complétement fait bifurquer sur un chemin absolument à l’opposé que ce l’on m’avait fait entrevoir.

A mon tour j’essaie d’être au carrefour de leurs vies pour les faire glisser vers un bout de vie, de vie debout.

En venant dans mon intimité, la plongée sous marine, la mer, la nature j’essaie d’allumer cette mèche que chacun de nous a.

Grosso modo entre tous les évènements que Bout de vie à créé cela doit faire une centaine de personne qui sont passées entre mes pattes. Pardon ma patte, et oui j’en ai qu’une!

De jambe c’est évident mais surtout de vie.

Quand ils viennent ce n’est pas pour être : plains, chouchoutés ou assistés mais pour être mis à nu, face à eux même, pour réaliser qui ils sont. Des hommes et des femmes à part entière qui ont encore la chance d’être là pour raconter leur Bout de vie.

La flamme qui va allumer ce carburant qui sommeille en nous j’essaie de lui donner vie.

Certains ont maintenant ouvert des portes qu’ils n’osaient pas entrevoir, Franck Festor du premier stage a depuis traversé un océan à la rame, tenté de gravir un très haut sommet en Argentine et bien d’autres aventures, à l’heure actuelle il pédale sur un tour de France en vélo tandem avec un pôte à lui, aussi abimé mais d’un bras ; d’abord c’est son histoire donc c’est pour lui qui le fait mais aussi pour vous, pour nous pour démontrer qu’on est vivant.

Allez sur son blog cela lui donnera encore plus de punch dans sa pédalerie.

Thierry Corbalan, quand je l’ai rencontré l’eczéma lui pourrissait la vie, être amputé des deux bras est un lourd handicap ! C’est que tout le monde disait, mais lui savait que c’était un tournant de sa vie, alors la flamme a atteint son carburant et depuis Thierry nage et comment… des courses longues distances, il en a plein son palmarès et l’année dernière comme entrainement il a traversé les Bouches de Bonifacio en mono palme. Seul nous et personne d’autre devront savoir quel sera notre statut, lui c’est homme dauphin qu’il a choisi d’être. Fin septembre il prépare une belle « baignade » je vous en parlerai bientôt.

Stephanie, petite blondinette, nait sans un avant bras, elle le cachait derrière des fringues toujours trop longues et puis un stage, une croisière en Antarctique avec un mec un peu Cabochard au caractère infecte, de coup de tabac en explication de texte sa garde robe a changé et les petits minets lui tourne autour comme un ours devant du miel.

Cathy, amputée double tibiale suite au diabète, je l’ai mis devant un miroir : son handicap n’était pas ses pattes en moins mais son sur-poids. Je n’y suis pas allé avec beaucoup de tact je lui ai juste démontré qu’elle était grosse. Toujours aussi fin le Frank !!!

Elle vient de reprendre la natation en compétition et peut être qu’on l’ a verra sur une course de valide bientôt.

Jérome c’est mis au triathlon, Valentin brille à l’école… et encore plein d’autres…

Attention ! D’autres sont retournés dans leurs habits de handicapés et ont plongé. Chacun est libre de son destin et personne ne pourra ouvrir notre sentier à notre place.

Allumeur de mèche, pour un Corse c’est évident ! Non?

Donc bienvenue au futur stagiaires et profitez de cette connexion pour allez soutenir Franck Festor dans son tour de France tandem en vélo.

Dominique Benassi répond!

27 avril 2010

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Dominique Benassi dit Dume je vais tenter une  présentation :

Né au Maroc il retourne en Corse avec ses parents alors qu’il est encore enfant, il découvre  son île et ses paradoxes : les gens parlent plus le français que la langue Corse ! Là bas en Afrique du nord l’arabe et le corse étaient ses langues , après avoir exercé plusieurs métiers il rejoint les pompiers de Bastia. En 1988 une balle de fusil de chasse lui explose le genou et devient amputé fémorale de la jambe droite. Sa vie bascule ! Non pas dans la détresse mais dans la lumière, il décide de se mettre au sport et découvre le triathlon, dans cette discipline il retrouve toute la polyvalence qu’il avait chez les pompiers. Mais voilà on décide pour lui que ce sport ne peut être praticable avec une jambe en moins, pendant des années il s’entraine sans rechigner et jamais n’a le droit de prendre part au course avec les « normaux », au triathlon de Nice comme il n’est pas admis il fait quand même la course mais sans prendre le départ et encore moins passer la ligne d’arrivée, un américain champion du monde en élite le remarque et l’histoire peut enfin commencer ; il est invité au États Unis et obtient son premier titre de champion du monde de triathlon catégorie « Handicap » et non handisport !

Depuis il a obtenu 11 titres de champion du monde et est devenu président de la ligue Corse de la FFT. Ce n’est pas pour autant qu’on le reconnait athlète de haut niveau et EDF qui l’a engagé ne veut rien savoir sur ce statut qui lui simplifierait bien des choses… En 2001 on s’est rencontré on était tout les deux amputés et en plein divorce, une belle histoire d’amitié, de fil en aiguille on s’est découvert avec toutes nos différences mais aussi beaucoup de ressemblance.

Je décide de créer Bout de vie et tant bien que mal il suit et notre route croise celle d’un drôle de breton de Molène Joseph Le Guen qui nous met la puce à l’oreille et nous traversons l’Atlantique à la rame, une première mondiale, 22 mois de préparation où nous avons vécu 6 jours sur 7 ensemble puis 54 jours à pleurer, euh pardon à ramer et puis la vie nous a fait prendre des chemins différents, il continue le triathlon et moi les aventures, il décide de faire son bout de vie mais l’âme est marquée au fer rouge et quand on se retrouve, une trame, une vibration, une cicatrice fait que nous savons plus que tout que nous sommes frangins de vie. Même si nos routes sont différentes personnes et aucun évènement ne pourra délier cette fraternité choisie.

Avant de partir sur le fleuve Yukon on ne pouvait pas ne pas se voir, se confier, s’observer, deux frangins que la vie à un peu bastonner et si la violence nous a effleuré elle en n’aura laissé que de fades traces. Nous savons que notre rencontre fut un des plus beau cadeau de nos vies, quand on est ensemble on est comme des gosses que rien n’arrête . Une anecdote parmi une infinité :

Un soir , nous sommes les invités d’une soirée très mondaine dans une villa de luxe de l’extrême sud de la Corse, grand champion, chanteur et top modèle sont là pour recevoir les deux « frangins », alors que nous pénétrions dans ce palais aux milles et une nuit une des personnes nous demande comment nous avons été amputés, Dumé avec son œil malicieux lui rétorque, moi c’est est une balle à bout portant et Frank pendant la guerre du Liban !!! La tête de notre hôte fut plus blanche que les neiges Himalayennes et encore maintenant nous nous demandons comment nous n’avons pas explosé de rire ! De vrais sales gosses !!!

Dumé m’a fait le plaisir de passer deux jours avec moi, j’en avais besoin juste avant mon départ pour ces mois de solitude. J’ai eu l’idée de lui faire un interview express…

Proverbe qu’aime bien Dumé:

A vitafatta di scala, à quandu si colla à quandu si falla

(la vie est faîte d’escalier, des fois tu montes des fois tu descends)

Une étoile de plus brille ce soir…

7 avril 2010
Photo d'Olivier Föllmi qui fut exposée  à Washington lors de la venue du Daïla-Lama au USA en 2006

Photo d'Olivier Föllmi qui fut exposée à Washington lors de la venue du Daïla-Lama au USA en 2006

L’autre nuit une étoile supplémentaire est née, tu es parti sur la pointe des pieds, je ne te connaissais pas trop mais tu étais un grand sportif qui avait, après les défis décidé de se consacrer à Dieu et tu étais devenu un pasteur ! On se voyais très peu mais tu avais eu le courage de me dire au lendemain de mon accident que c’était par la grâce de Dieu qu’il m ‘était arrivé ce drame, je l’avais trés mal accepté et il m’aura fallu beaucoup d’années pour que je te donne un peu raison, aujourd’hui beaucoup te pleure et c’est légitime, pourtant comme je l’ai dit à ton fils, mon cousin, je suis serein car tu es parti rejoindre les tiens et ton passage sur terre n’aura été que partage et amour, une sacrée leçon de vie, tu avais choisi une religion pour le faire et tu l’as fait avec conviction, bravo je suis fier de t’avoir eu comme parrain.

Cette pensée Amérindienne est pour toi, chacun donne un nom différent à ses ou son Dieu pourtant le plus important dans notre passage larvaire sur terre est partage et amour.


Quand nos ancêtres sont arrivés en terre du grand Ouest ils ont appelé les natifs de ces terres vierges : les « sauvages ».  En découvrant ce poème Athapascan, je me demande si les « sauvages » ce ne serait pas nous ?

Tout le monde fuit la mort alors qu’elle est inévitable et nous les grands donneurs de leçons nous nous cachons derrière un océan de mensonge…
Lisez le avec paix et un air de liberté du grand nord va vous envahir et vous rendre serein, si vous êtes mal à l’aise après sa lecture c’est que vous n’êtes vraiment pas bien avec vous même et il est toujours grand temps de s’ouvrir à l’inconnu.

Quand je ne serai plus là, relâchez-moi,
Laissez-moi partir.
J’ai tellement de choses à faire et à voir.
Ne pleurez pas en pensant à moi,
Soyez reconnaissants pour les belles années,
Je vous ai donné mon amitié.
Vous pouvez seulement deviner
Le bonheur que vous m’avez apporté.

Je vous remercie de l’amour que chacun vous m’avez démontré,
Maintenant, il est temps de voyager seul.
Pour un court moment vous pouvez avoir de la peine.
La confiance vous apportera réconfort et consolation.
Nous serons séparés pour quelque temps.
Laissez les souvenirs apaiser votre douleur.

Je ne suis pas loin et la vie continue …
Si vous avez besoin, appelez-moi et je viendrai.
Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là.
Et si vous écoutez votre cœur, vous éprouverez clairement
La douceur de l’amour que j’apporterai.

Et quand il sera temps pour vous de partir,
Je serai là pour vous accueillir.
Absent de mon corps, présent avec Dieu.

N’allez pas sur ma tombe pour pleurer,
Je ne suis pas là, je ne dors pas,
Je suis les mille vents qui soufflent,
Je suis le scintillement des cristaux de neige,
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé,
Je suis la douce pluie d’automne,
Je suis l’éveil des oiseaux dans le calme du matin,
Je suis l’étoile qui brille dans la nuit.
N’allez pas sur ma tombe pour pleurer,
Je ne suis pas là. Je ne suis pas mort.

Plus le temps passe plus une partie de moi part déjà pour un voyage incroyable…
Le voyage intérieur celui qui vous fait peur…

A bientôt Walter !

Ton filleul

A fond la forme!

1 avril 2010

idunedownload-7Et qui c’est la « princesse à Bixente »? Et Élisa entre toi et moi, elle est plus belle ma prothèse!!!

J’avais envie de vous dire merci du fond du cœur…

Quand Bout de vie vu le jour je ne pouvais imaginer ce que cela allait entraîner. Et pourtant !

Depuis le 1er décembre 2009 le nouveau site permet de voir et de décortiquer la venue des internautes. 89 pays plus de 20 000 visiteurs uniques des milliers de connexions. Et vos mots, vos lettres, les stages que j’essaie de maintenir bec et ongle, mes coups de gueule envers les stagiaires qui aimeraient plonger dans la peau d’une personne handicapée alors que je crie haut et fort que nous sommes juste un poil « différents » et encore !

Aujourd’hui dans le courrier de l’association une dame se livre et me raconte son Bout de vie, je suis le premier à qui elle dit ses mots de maux, elle me raconte son accident et toutes les galères qui se succéderont, chaque fois je prends conscience à quel point nous nous sommes retrouvés isolés après notre amputation. Bout de vie à petit niveau est devenu un briseur de « carcan ». Mon livre est sur le chevet de quelques éclopés de la vie et c’est tant mieux.

Il y a des fois où je me dis que je pourrais rouler pour ma pomme et y passer un peu moins d’énergie et puis un mail, une lettre, un regard croisé, un commentaire sur mon blog et je reprends la route des « autres ». Il n’y a pas longtemps on m’a signalé que mon témoignage était dans le bouquin de Yann Arthus Bertrand « 6 milliard d’autres », être tellement nombreux pour ne trouver personne à qui se confier, quel dommage !

Alors Bout de vie transmet, régulièrement je vais sur le forum « contrôler » un peu les messages et je souris car pour beaucoup je connais leurs histoires et au fil du temps je constate du changement.

Aujourd’hui la liste des stagiaires pour la semaine de plongée 3éme semaine de septembre est finalement complète, comme d’hab ils ne savent pas encore pourquoi ils viennent mais au bout de la semaine ils repartiront « différent » d’avoir fréquenté un sacré « Cabochard ».

Et puis ma bonne étoile ! Elle brille sans cesse au dessus de ma caboche, alors que je m’étais résigné à médiatiser l’aventure du Yukon sans que je fasse le moindre dossier de presse « j ’ai plus envie », la plus grande chaîne de télé française et la radio de France la plus écoutée m’appelle pour être dans le fond du Kayak !!! C’est bizarre la vie ! Qui vivra verra.

Et puis mon équipementier qui se fait racheter par une grosse boite et qui décide de retirer de ses magasins tous les produits de prêt ou de loin en rapport avec l’aventure, je me résigne en me disant que c’était déjà formidable d’en avoir eu un pendant 2 ans et encore la petite étoile qui scintille au dessus de ma tête, dans un de mes A/R à Paris assis dans l’avion à côté de moi, ma gueule attire celle d’un homme qui au bout de 5 minutes me questionne me dit qu’il m’a déjà vu à quelques part, je lui déroule mon bout de vie en quelques secondes, il me tend sa carte et me promet de m’aider il est à la tête d’une très très grosse entreprise internationale !

Cette histoire je l’ai entendu maintes fois! Aujourd’hui coup de téléphone, Décathlon est partenaire du projet Yukon et les stagiaires seront équipés de la tête au pied par la célèbre marque. Avec promesse  de m’épauler avec la Fondation Décathlon qui a le désir de soutenir Bout de vie sur les prochaines années.

Voilà un Bout de ma vie au service des autres, certains diront que c’est pour me racheter des « conneries » que j’ai commis avant ! Certainement, on se sent toujours fautif d’avoir fait souffrir, mais je ne peux plus revenir en arrière et comme je suis têtu et le chantait si bien la môme Piaf « non rien de rien, non je ne regrette rien … » mais je ne pense pas à demain et encore moins à hier mais juste au présent qui est un cadeau…

Merci à tous d’exister, ce soir je crois encore et toujours en ma bonne étoile car c’est vous qui en alimentez la lanterne.

Allez Jo Zef tous en cœur :

Non ! Rien de rien …
Non ! Je ne regrette rien
Ni le bien qu’on m’a fait
Ni le mal tout ça m’est bien égal !

Non ! Rien de rien …
Non ! Je ne regrette rien…
C’est payé, balayé, oublié
Je me fous du passé !

Avec mes souvenirs
J’ai allumé le feu
Mes chagrins, mes plaisirs
Je n’ai plus besoin d’eux !

Balayés les amours
Et tous leurs trémolos
Balayés pour toujours
Je repars à zéro …

Non ! Rien de rien …
Non ! Je ne regrette rien …
Ni le bien, qu’on m’a fait
Ni le mal, tout ça m’est bien égal !

Non ! Rien de rien …
Non ! Je ne regrette rien …
Car ma vie, car mes joies
Aujourd’hui, ça commence avec toi !

A toi ma « Vrai »

Raisonnement sur notre planête par un Cabochard!

30 mars 2010

ITW à la FNAC de Dijon organisé par la Guilde Européenne du Raid une caméra était là.

Mare adentro…

15 mars 2010

leonard-de-vinci-11

Ce week end j’ai visionné un film extraordinaire Mare adentro .

Un homme se retrouve suite à un accident tétraplégique et 28 ans après il décide de mourir pour vivre !!!

Et si ça m’arrivait et si ça vous arrivait ?

Et dire que je me prenais pour une force de la nature indestructible !

L’intuition, le 6éme sens, la préméditation… Je ne sais comment je pourrais le définir mais souvent avant mon accident je disais tout haut que si je devais me retrouver infirme, « je me foutrais en l’air ».

J’avais 18 ans et déjà Cabochard, l’école était bien loin derrière et il n’y avait pas un sport où je ne m’étais illustré, le 9 juin 1983 à 19h20 le porte-avion Foch déploré un très grave accident de pont d’envol, le matelot Bruno venait d’être écrasé par un avion de chasse et devait être évacué vers la France au plus vite.

Un major bien gêné venait m’annoncer non sans difficulté que j’étais amputé de la jambe droite !

« Ça n’arrive pas qu’aux autres », cette phrase prenait tout son sens.

Le médecin chef qui me demande d’être fort quand il lève les draps, ce n’est plus deux jambes que j’aperçois mais une et demi ! Je m’en fous, je suis convaincu que c’est une mauvaise blague d’une nuit agitée et que je vais me réveiller, ce n’est pas possible, pas moi..

10 jours pour être rapatrié en France, sur la fourmilière du porte-avion (3000 hommes) malgré le raffut incessant de va et vient, je reconnais un pas de femme, ma mère.

Je commence à comprendre que je ne rêve plus et puis le temps passe et je suis bien obligé de baisser la garde, je suis infirme, amputé, ma jambe droite ne mérite plus que le nom de moignon…

j’ai mal, je veux mourir, je ne mérite pas cette étiquette « handicapé » et puis on s’adapte.

Tous on subit quelque chose de grave dans notre passage sur terre.

En regardant ce film, j’ai entendu des mots, des sensations qui parlent, qui sortent sans qu’on se rende compte. Le corps est mutilé mais l’esprit est libre de voyager. Ma chambre d’hôpital donnait sur un jardin et un jour un petit oiseau s’était posé sur son rebord, il m’observait sans se soucier de ce qui m’arrivait, je me mettais à pleurer profondément je ne sais toujours pas si ses sanglots étaient de détresse ou de joie d’être encore vivant.

On se retrouve prisonnier dans son corps qui ne veut plus fonctionner comme avant, on devient « matérialiste » et oui le corps devient un matériel qui ne fonctionne plus comme avant, le cerveau donne des ordres mais plus rien ne va, le tableau de contrôle clignote.

Bien sur la mort me paraissait douce et libératrice et puis le temps fait son boulot et puis une jambe en moins ce n’est pas si grave et puis sans s’y attendre la question lancinante qui revient alors qu’on croit que cette fois on a fait son deuil : « Pourquoi moi,  quelle injustice… »

Et puis on pleure un bon coup, on pique une grosse colère, on accuse la terre entière d’en être responsable et puis la vie reprend son cours. Quand je dis que la vie reprend son cours cela signifie tout ce qu’il y a dans un parcours d’homme et de femme, ce n’est pas parce que on a pris une grosse claque qu’on est exempt d’autres baffes. Des fois le destin semble s’acharner sur un être mais la vie n’a pas de règle c’est ça la seule règle .

D’avoir perdu un morceau de mon corps m’a peut être permis de gagner une partie de mon âme. 28 ans après je n’ai pas oublié « avant », pourtant c’est déjà loin ; Peut être c’est une excuse pour me plaindre, pour gémir, pour douter, pour trembler et si j’avais mes deux jambes et si je redevenais comme avant. Des questions sans réponses.

Ce film Mare Adentro m’a été remis comme ça au hasard et aujourd’hui j’avais envie de vous dire à mon tour et si cela vous arrivait ?

A voir sans modération même si vous allez certainement sangloté ou juste pleuré ce film est une histoire vraie.

Et si ça vous arrivait ?

Ramon Sampedro – Mar adentro

Mar adentro

Mar adentro, mar adentro,
y en la ingravidez del fondo
donde se cumplen los sueños,
se juntan dos voluntades
para cumplir un deseo.

Un beso enciende la vida
con un relámpago y un trueno,
y en una metamorfosis
mi cuerpo no es ya mi cuerpo ;
es como penetrar al centro del universo :

El abrazo más pueril,
y el más puro de los besos,
hasta vernos reducidos
en un único deseo :

Tu mirada y mi mirada
como un eco repitiendo, sin palabras :
más adentro, más adentro,
hasta el más allá del todo
por la sangre y por los huesos.

Pero me despierto siempre
y siempre quiero estar muerto
para seguir con mi boca
enredada en tus cabellos.

Ramon Sampedro

poème extrait de son recueil « cartas desde el infierno » dont alejandro amenabar s’est inspiré pour faire le film « mar adentro »
Ramon Sampedro est devenu tétraplégique suite à un accident en mer. il a combattu pour le droit à l’euthanasie. ce recueil rend compte de ce combat sous forme de poèmes, de lettres et de pensées…

*

Au loin, au plus profond

Au loin, au plus profond
et dans l’apesanteur du fond
où se réalisent les rêves,
s’unissent deux volontés
pour accomplir un désir.

Un baiser embrase la vie
En un éclair, un coup de tonnerre,
et par une métamorphose
mon corps n’est déjà plus mon corps ;
c’est comme pénétrer au centre de l’univers.

L’étreinte la plus puérile,
et le plus pur des baisers,
jusqu’à nous voir réduits
en un unique désir.

Ton regard et mon regard
comme un écho qui se répète, sans aucune parole :
encore plus loin, au plus profond
jusqu’à l’au-delà absolu
par le sang et par les os.

Mais toujours je me réveille
et toujours, je veux être mort
pour continuer avec ma bouche
emmêlée dans tes cheveux.

poème de Ramon Sampedro traduit de l’espagnol.

Le recueil paru en français est intitulé « Mourir de vivre »

Invictus

17 février 2010

mandela

Dans ma mini tournée Helvète je retrouve plein d’amis, bien sur le GSHC en est le lien mais une fois de plus ma petite étoile est là pour me guider.

Après mon intervention « coaching » ce matin on me remet un poème d’un homme que je n’avais jamais entendu parler et pourtant.

En 1875 William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de sa résistance à la douleur consécutive à son amputation.

C’est le poème préféré de Nelson Mandela,!

Mes potes savent à quel point je suis réfractaire à être devant quelconque écran mais j’ai senti que je devais me rendre dans une salle obscure pour comprendre la croisade de ce prix Nobel de la paix qui malgré ses 27 ans de prison a su pardonner à ses geôliers.

Invictus (Invincible en latin)

Dans la nuit qui m’environne,
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu d’opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu’horreur et ombres
Les années s’annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme

Je suis le maître de mon destin,

Le capitaine de mon âme.

Notre passage sur terre n’est qu’une multitude de rencontres qui comme la lanterne éclaire notre parcours.

Ce poème va être une belle lumière pour ce qui m’attend dans ma vie à cloche pied.

Merci Alex et JF

Geneve Servette Hockey Club

16 février 2010

De passage en Suisse le public Romand n’a toujours pas oublié l’épopée 2008 du Genéve Servette Hockey club qui fut sacré vice champion Suisse de Ligue A. Chris Mc Sorley m’avait engagé pour les play offs et 2 ans après les gens n’ont pas oublié, moi non plus. Un article parmi tant d’autres mais en rapport avec ma différence et pour ceux qui veulent en savoir plus des vidéos dignes des « Gladiateurs des Glaces ». Je viens de les visionner de nouveau et l’émotion m’a repris.

Mon cœur est grenat c’est sur, Go GSHC!!!

Une fois par semaine un sportif devait poser pour une photo et répondre à une question différente.

ITW de Georges Cabrera « Tribune de Genève »:

Le sport autrement |

Ça vous dérangerait de poser sans votre prothèse? «Non, allez on y va!» L’aventurier français n’est pas impudique. C’est tout le contraire. Il ne cesse de répéter: «Sans mon handicap, je n’aurais jamais vécu toutes les aventures qui m’ont mené au sommet du Kilimandjaro, sur la calotte glacière du Groenland ou sur une frêle embarcation au beau milieu de l’Océan.» Partout où il passe, de la patinoire des Vernets à l’autre bout du monde, Frank Bruno dégage un côté volontaire et une énergie communicative.

0305.FrankBruno

«Le of»

Une personne amputée d’une partie de sa jambe qui vient renforcer le mental des joueurs du Genève-Servette HC pour les play-off, cela ne pouvait que m’interpeller. L’ayant croisé plusieurs fois lors de conférences de presse, je n’avais pas vu son handicap sous son survêtement aux couleurs du club. Alors, à la fin d’une rencontre remportée par l’équipe genevoise, Frank a accepté d’enlever sa prothèse, à ma demande. Avant de repartir le soir même en France, puis, plus tard, vers d’autres horizons.

Georges Cabrera

Vidéo pour les play offs qui était diffusé juste avant l’entrée des Grenats sur la glace.

Film qui a été tourné dans les coulisses des play off ou l’on découvre 2 hommes hors du commun le coach Chris Mc Sorley et un gladiateur Philippe Bozon.  La bande annonce du film.

Les quelques semaines passées en leur compagnie resteront gravées très longtemps tout au fond de moi.

A pluche

Le retour d’Apoutiaq…

12 février 2010

P1250009

Vue de l’extrême sud de la Corse du massif de l’Omu di Cagna.

4h30 je ne peux plus dormir, le vent est tombé pourtant quelques chose a changé, comme l’animal qui hume l’air et qui sent la nature depuis si longtemps que je vis sur mon bateau je ressens un changement dans l’atmosphère, je colle mon nez au hublot, il neige !
C’est Apoutiaq (voir mon livre pendant la traversée du Groenland à pied) qui est venue me rendre visite, je lui avais tellement parlé de mon abri que cette nuit elle a voulu donner une caresse à mon Cabochard.
Je me force à fermer de nouveau les yeux mais je crois que mon temps de sommeil est déjà fini, je pense au pays Kalaallit Nunaat où j’ai rencontré Apoutiaq, elle avait vu un homme blessé qui avançait, des perles bleues étaient figées sur son visage, elle le nommait Nanuquilanga (L’ours blessé avance)…
A coté de moi le livre d’Emeric Fisset « Sur les pas de l’ours » je ne sais plus combien de fois je l’ai lu, mais chaque fois je suis transporté, envouté, lui le solitaire de l’Alaska qui fait rêver « l’Ursus Corsicus  monopedus ! » A chaque fois j’y découvre la faune et la flore Athapascan, chaque fois j’entends les chants des prières qu’il fredonne pour se rassurer, je ressens les larmes qui coulent de tellement de beauté mêlé à la souffrance, je hume la fragrance de la taïga…

Le jour se lève enfin, après ma série d’exercices matinaux, le bol de céréales arrosées d’infusion et le café bien calé au fond de l’estomac, je crois un peu enfreindre l’arrêt forcé prescrit par docteur « Bon sens » et je décide de partir pédaler ! Ben ouais c’est le coude droit que je dois mettre au repos pas les jambes non ! Ok pas de kayak, mais un tour de vélo !
Donc me voilà parti, le ciel est gris plombé, là bas le massif de Cagna (1245mts d’altitude) est noyé sous la neige. En le regardant j’envoie un petit message à Apoutiaq pour qu’elle me rende visite.
Je suis tranquille personne n’osera rouler aujourd’hui, je prends la direction du nord, le vent est froid certain « tristus » d’ici diront polaire, pour un Inuit -2 c’est un temps de fillette encore pucelle !!!
Je roule et je sais déjà que cette sortie va être magnifique, en haut du col que je franchis Apoutiaq est bien là, elle virevolte autour de moi, nous sommes ivres de ces retrouvailles, elle me chante encore les belles berceuses des « Trolls », je suis heureux, quelques vaillants conducteurs qui ont osés prendre la route me doublent en me klaxonnant et en levant le pouce pour me féliciter de ma sortie vélo !!!
Je pédale ? Non ce sont mes jambes car moi je suis tellement heureux de ces retrouvailles que mon esprit n’est plus là. Elle me raconte toutes les histoires qu’elle a vécu depuis mon départ et moi les miennes, je lui annonce que d’ici quelques mois je serais de nouveau dans le grand nord mais elle me rappelle que pendant l’été elle part avec sa famille encore bien au delà du cercle polaire.
Les kilomètres se succèdent mais je me sens léger comme un flocon de neige !
De retour à bord je décide de prendre ma douche sur le pont du bateau au vent, j’avais pris la précaution avant de partir de mettre mon mini chauffe-eau en route et le bonheur est extrême, un chaud froid bien mérité.
Apoutiak s’en est allé mais je sais que ce n’est qu’un au-revoir…

Proverbe Groenlandais : Seuls la glace et le temps sont maîtres.

Au fait dimanche c’est la St Valentin !!! Une foutaise de plus inventée par des commerciaux !!!
Par contre c’est la fête de Valentin le dernier stagiaire ! Bonne fête petit neveu…

Ouais Jo Zef et une tournée de crêpes pour fêter ça.

A pluche

DSC_9209Traversée du Groenland à pied, Apoutiaq vient me voir régulièrement.

Quand le corps a du mal à dire…

4 février 2010

follmi_fe2

Un jour un médecin adepte aux techniques orientales m’avait demandé ce que pouvait signifier le mot :maladie ?
Je faisais référence pratiquement à la définition que l’on doit trouver dans tous les dictionnaires mais lui en avait une autre !
Maladie : Quand le corps a du « mal à dire » quelque chose.
Cela faisait peu que je sortais de mon accident et la révolte était devenue ma compagne de vie, je répendais le mal autour de moi comme le feu qui mange le maquis sec en été, derrière, tout était brulé calciné ? Ce contact avec cet homme qui riait tout le temps devait être un long cheminement dans ma « caboche ».
Et puis je reprenais ma route « Attiléenne » mais une petite graine était plantée. Le temps aidant je me suis de plus en plus rapproché des médecines douces. Homéopathie, ostéopathie…
Le corps est une partition musicale et l’initié peut la lire comme on lit une symphonie.
Bien sur le hasard n’existe pas, vous connaissez le refrain, chaque personne rencontrée est faite pour vous guider pendant un moment précis de votre vie, je crois que Dumé avec qui j’ai traversé l’Atlantique à la rame a été le grand initiateur. Depuis, quotidiennement j’essaie de décrypter mon corps et avec de la patience, un brin de philosophie bien personnel je décèle où le mal se trouve.
Depuis quelques semaines je souffre d’une douleur bénigne au coude droit et au genou gauche, rien de grave mais la perspective du Yukon approchant il faut que je sois à 100% physiquement. Mes dents sont sans carie, j’ai une nourriture très équilibrée voire stricte et là j’ai encore plus ciblé mon alimentation, plus du tout de charcuterie et de viande rouge aucun corps gras et de l’eau en quantité, quelques granulés d’homéopathie, l’effet est payant puisque tout est en train de s’effacer de mes articulations mais il faut un plus de l’extérieur : un ostéopathe.
J’alterne régulièrement de traitant pour peut être fausser les pistes, pour que le contact sois plus neutre. Ce matin je suis dans son cabinet, il me demande peu de chose sur mes « bobos » et en manipulant mon crâne, mon dos et mes viscères il décèle mes soucis sans lui expliquer quoi que ce soit. Je vous entends déjà protester ; que c’est de la sorcellerie ou autre « chinoiserie » mais non c’est juste de la lecture rien à voir avec du charlatanisme.
Il trouve ce que je sais déjà depuis un petit moment : le rein gauche a une anomalie due à une angoisse !!! Ma petite appréhension de ma balade en kayak sur le Yukon !
Il me manipule sans brusquerie et passe beaucoup de temps à parcourir mes « récepteurs », rien de grave juste un petit rééquilibrage, je sais parfaitement d’où viennent mes soucis et le fait qu’il me le confirme me rassure sur ma démarche actuelle. La séance dure 1 heure et j’en ressors fatigué mais léger pour l’avenir.
Je trouve dommage que dans les centres de rééducation on zappe complètement la médecine douce. Les premiers temps de mon amputation je souffrais de nombreux maux : ostéite, névrome et les médecins me prescrivaient des cachets puissants mais destructeurs d’un autre côté ; alors que la méthode douce est un poil plus longue mais plus efficace car le mal est traité vraiment à la souche.
On commence à traiter les nouveaux nés dès leurs premières heures et je crois sincèrement que chacun doit y avoir accès pour une vie plus sereine.

Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. – Tu réclamais le soir ; il descend, le voici: – Une atmosphère obscure enveloppe la ville, – Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Les Fleurs du Mal (1857), Recueillement
Citations de Charles Baudelaire