Avant de partir…

25 avril 2017

L’expédition Avannanut arrive tout doucement à son terme. En quelques mots il m’est difficile de vous décrire ce monde si particulier qu’est l’Arctique. Le Groenland possède une part de mystère qu’aucune autre région polaire ne puisse connaître, ici le confort c’est de rester vivant coute que coute, nos préoccupations d’Européen du sud, prennent une sacrée claque. Se déplacer, se nourrir, dormir tout est défi, tout est problème à résoudre. En postant les images d’un phoque que nos amis chasseurs ont dépecé, j’ai vu et senti des réticences, des questions. En Homme libre éperdu de la nature, ici je ne me sens pas mal à l’aise devant une telle scène, les 4 jeunes aventuriers l’ont aussi compris. Une chasse nourrira une famille, l’animal est survie. Voyager ce n’est pas changer de pays mais de monde, et ici c’est carrément une autre planète. Ici les Hommes pourraient sembler froids et inabordables mais pourtant c’est le contraire. Je pense qu’ils nous prennent pour de vrais handicapés, non pas ceux à qui il manque un bout mais aux civilisations du sud qui ne font que gémir. Aux pays de l’abondance leurs habitants pleurnichent, ici ils vivent, c’est tout. Depuis plus de deux mois le cargo ravitailleur qui était parti du Danemark avait été coincé dans la banquise, le supermarché était bien vide mais les sourires étaient toujours accrochés aux visages des gens croisés. La fatalité fait partie du paysage, Immaqa (peut-être en Groenlandais) est le mot-clé du pays de nanoq. Hier soir, dans notre cabane nous avons invité les guides, à notre grande joie et surprise ils sont tous venu avec femmes et enfants, dans les Etats du sud cela aura été inconcevable ici c’est leurs us et coutumes. Nous avions prévu deux grosses marmites de phoque en sauce et dans un calme et une sérénité incroyable à tour de rôle chacun est venue se servir en laissant au fur et à mesure sa place. Quand l’assiette était vide ils la nettoyaient pour laisser place au prochain. Ainsi, dans un espace de 15m2, 25 personnes se sont convié à un vrai partage sans chichi… Ce matin nous sommes allés au port en partie figé pour trouver le bateau de Julien enneiger et surtout bloquer par la glace. Sur le port personne ne nous a calculés, à un moment on s’est senti mis de côté. Acceptant la situation nous avons pelleté sans nous préoccuper de qui que ce soit. Puis des chasseurs sont venus à notre rencontre et sans parler se sont mis à casser la glace à grands coups de tooq (pic à glace). Tous ensemble ils nous ont aidé à sortir de son lit de glace le bateau, ni une ni deux ils sont reparti d’où ils venaient sans attendre le moindre remerciement… Les jeunes ont doucement compris des choses sur la vie, sur notre existence programmée par un protocole rigide qui a plongé le monde du sud dans une recherche d’un Moi sans issue. D’ici quelques jours nous allons devoir rentrer  mais une part de nous, va rester ici un moment. Aucun mot, aucune image, aucun récit ne pourra transmettre ces quelques jours passés ici…

Pour conclure ce billet je vous propose ce proverbe Groenlandais : la vraie sagesse se trouve loin des gens dans la solitude.

Cela tombe bien du 15 juin au 15 septembre je m’élancerai d’ici en kayak vers le nord à n’en plus finir, 1200km face à moi-même.

Un grand remerciement aux personnes qui nous ont aidé : Ludovic Dejean, Groupe Lagarrigue ; Charlotte Cario, Columbia ; Christian Carron, Gerifond Lausanne ; Olivier Balbinot et Evelaine Fontana, France Bleu RCFM ; Nadia Amar, Corse-Matin ; Laurent Vincensini, FR3 Via Stella ; Julien Caquineau organisateur de l’aventure et ses amis Kim, Fari, Steen et John; Audrey mise en ligne du journal de bord chaque soir; Karin pour mon Facebook officiel et bien sur Jo Zef la mascotte!

Journal de bord par les jeunes…

24 avril 2017

Aluu !

Nous sommes contents d’arriver enfin sur cette terre de glace.

La première GUESTHOUSE annonce déjà la couleur. Une vraie peinture animée, ou chalutiers, icebergs et goélands se confondent.

L’expé peut enfin commencer. Chacun de nous est attribué à un musher. Sur chaque traineaux, un fusil, du matos et deux, trois peaux de rennes. Nous avons en moyenne 13 chiens par binôme. Les locaux semblent à première vue assez renfermés, quelques mots et regards sont brièvement échangés.

Au bout de quelques heures, le froid commence à se faire ressentir, les pieds et les mains sont engourdis et le bout du nez picote.

La durée du jour est très longue, cela est assez déstabilisant les premiers jours mais nous nous apercevons par la suite que cela apporte pleins d’avantages !

Une petite cabane se dessine petit à petit, perchée au milieu d’un paysage époustouflant.

Une paire de chaussures traditionnelles en peau d’ours nous est prêtée sur place ; un prêt qui s’avère salvateur !

La barrière de la langue ne nous freine pas, nous apprenons un peu plus sur chacun. Les soirées dans les espaces restreints resserrent les liens, les histoires qui nous sommes confiées en émeu certains.  

Kim s’avère être le bon vivant et déconneur de la bande, suivi de près par Fari, quant à Steen, c’est un homme plus réservé mais très touchant et enfin, Jon, lui, est toujours souriant et taquin.  

Le paysage est apaisant, quelques pas suffisent pour s’éloigner et se rendre compte de cette immensité de glace…

Julien nous amène chercher de l’eau potable, il suffit juste de casser des blocs d’icebergs puis les faire fondre.

Le lendemain, après une nuit au chaud, à 12 dans le cabanon, nous repartons sur nos traineaux pour remonter les lignes de pêche. 800 mètres à remonter à la main.

Frank veut nous tester avant de partir en tente. Les chasseurs nous installent alors le style d’abri dans lesquels ils se réfugient en cas de tempête de neige. Deux traineaux côte à côte couverts par des bâches et chauffés par un réchaud au pétrole. A quatre dedans, la nuit fut courte mais c’est une sacrée expérience ! Pendant ce temps là, Frank roupillait au chaud au milieu de deux gros pêcheurs (chacun son truc).

Les Groenlandais nous apportent plein d’astuces qui améliorent notre confort.

Nous levons le camp, et partons chasser, en espérant ramener du phoque. Les traineaux zigzaguent entre les sculptures de glaces, ne laissant que de frais sillages derrière nous. Les mushers se concertent car la mer est encore loin et trop difficile d’accès, il est donc préférable de faire demi-tour. Frank s’éclipse le temps d’une pause, nous le retrouvons allongé sur un traineau en plein froid. Il faut préserver le chef !

 Le soleil nous accompagne tout le long, nous sommes chanceux.

Kim et Steen s’échappent le fusil à l’épaule, ils reviendront avec un beau lièvre arctique.

Les couleurs sont hissées, le drapeau Corse flotte désormais à côté du Groenlandais, le temps de quelques heures, jusqu’au glacier d’Unesco. La TEAM est plongée dans du coton, cela donne une dimension surréaliste et une impression de solitude.

Les chasseurs débordent de sympathie, nous vivons des moments uniques.

Pour notre dernier jour, l’équipe se dirige vers Oqaatsut , un petit village au bord de l’eau. De minces tâches de peinture sur une feuille A4.

Le temps s’arrête, le soleil perce et nous permet alors de profiter un maximum. Un banc semble nous inviter à le rejoindre, seul face à ce paysage figé.

Un pêcheur vient d’arriver, nous sautons dans nos chaussures. Seulement, nous arrivons trop tard, l’éléphant de mer est déjà en morceaux. Julien nous tend un œil, motivés à relever le défi, nous goûtons un par un sans trop d’hésitation.

Pour la nuit, Jon nous prête sa maison, encore une preuve de plus de leur sympathie. Puis, pour le diner, la mère de Steen nous ouvre ses portes. Un moment de partage au contact direct avec les locaux. Enfin, pour finir notre tour du village, l’équipe se rend chez son fils ou une dizaine de personnes attendent le café.

Comme le soleil ne se couche que vers 23 heures, nous partons entre jeunes sur une colline qui surplombe la banquise.

Tous les éléments sont réunis, le silence est assourdissant, les blocs d’eau s’entrechoquent, les derniers rayons disparaissent ; nous restons muet…

De réels liens se sont crées, les dernières heures pour rejoindre Ilulissat se font le cœur serré.

Ce partage ouvre les yeux, il est donneur de leçons. Nos petits chichis du quotidien sont à revoir…

Merci les gars !!!

QOJANAQ

 

 

 

Rituel du Grand Nord

24 avril 2017

Si ce voyage est une initiation il manquait la part Groenlandaise, une fois de plus la Chance est venue à la rencontre des jeunes aventuriers. Le frère de John, l’un de nos mushers, revient du large, non loin de là un éléphant de mer a croisé sa carabine. Notre culture nous a éloignés de l’essentiel, la survie. Mais pourtant ici, cette chasse permettra au village de se nourrir pendant un bon moment. Le dépeçage est méthodique, on sent une grande habitude. Nous observons son travail quand soudain, le traditionnel s’impose. Depuis la nuit des temps l’œil du phoque ou de l’éléphant de mer est offert au plus jeune comme symbole de force, de sagesse. Un grand vide s’installe dans la bande, mais ici, au pays du nanoq, les choses sont différentes, les jeunes prennent sur eux et acceptent le rituel. L’orbite est retirée de la tête qui repose sur la banquise, puis elle est découpée par son milieu prête à être dégustée. Rémi attaque le premier, puis Ange-Paul s’en suivra les filles. A la base ce n’est pas une partie de plaisir mais ce cérémonial restera un moment fort pour le groupe. Un gros morceau de « barbaque » va prendre place sur le traineau, le voyage est loin d’être fini…

 

 

Oqaatsut

22 avril 2017

Aux pieds de nos rêves

21 avril 2017

Pilluarit Elisa

20 avril 2017
L’aventure continue pas à pas en nous réservant sa part de surprises. Mais ce matin une de nos aventurière passe le cap des 16 ans. Le temps n’appartient à personne et nos préoccupations de marque annuelle n’ont pas trop de sens ici dans la terre du grand nanoq. Le froid n’a pas quitté les jeunes, la nuit sous tente est une belle initiation à la vie polaire. Le plus beau cadeau que l’on puisse lui offrir est une vie de Freegirl.
Les traineaux chargés, nous continuons notre voyage. La température de – 17° à l’abri est gage d’un beau printemps et d’une bonne glisse. Nous engageons la progression à travers un immense fjord, des icebergs millénaires sont pris au piège, nous pouvons les narguer.
Mais au bout de l’horizon une montagne va nous expliquer ce qu’est de courir derrière les traineaux. Les heures passent, mais pas une fois nous ne sommes lassés de ce spectacle grandiose.
Un autre fjord, d’autres problèmes… Les chiens sont puissants, ils nous impressionnent par leur détermination, mais les mots me manquent pour vous décrire ce que tout le monde ressent.
Ce soir serrés sous nos tentes, nous écouterons ensemble le bruit de la glace. Entre frissons et émotions nous serons aux côtés d’Elisa pour lui laisser le plus beau des cadeaux. Une vraie fraternité qui lui sera un pilier de sa vie future de femme.

Jour de pêche

19 avril 2017

Premier jour

18 avril 2017

Le vent toute la nuit a bousculé notre cabane, le soleil s’est fait kidnapper par des averses de neige et de belles bourrasques de zef. Mais la vie se moque bien de ces « bricoles ». 

Charlotte, épouse de Julien, vient nous récupérer pour nous guider au départ.

Une grande plaine avec des centaines de chiens de race Groenlandaise, est le lieu de la préparation.

Chaque jeune est présenté à son propre musher esquimau. Les binômes sont très importants, le voyage va être engagé.

L’attelage est composé de 15 chiens, les traineaux pèsent au maximum 350 kilos. Là-bas vers l’est une montagne nous barre le chemin. Il va falloir la grimper en courant à côté des attelages.  Le premier col nous glace les os, le vent augmente la sensation de froid, les sourires se crispent, l’inconnu s’invite avec ses craintes.

Maxence ne dit rien mais elle semble souffrir du froid, la journée va être longue… Enfin une cabane rouge est au bout du chemin, les traineaux sont désattelés et le poêle va être mis en route.  Kim comprend à merveille : il sort comme par miracle une paire de kamiq (bottes) en peau d’ours que notre jeune aventurière va chausser; le froid ne sera qu’un souvenir. Les chiens sont enchainés, les sacs remisés mais ce n’est pas fini: il faut trouver une veine de glace pour la découper à l’aide d’une lance appelé « Toq », ce qui nous servira d’eau… L’ambiance est fabuleuse, bien que nos langues soient différentes, celles de nos cœurs nous unissent… A pluche.

Enfin arrivés à Ilulissat

17 avril 2017

 

Je me demande si les Dieux n’étaient pas avec nous, nous ont-ils quittés un jour d’ailleurs ! Le voyage fût parfait, pas de retard, des sourires en boucle et une arrivée au pays d’Apoustiaq comme dans un rêve. Pour notre plus grande joie, Julien nous attendais, direction la maison bleue vue sur la baie de Disko. Nous nous installons pour une seule nuit demain, l’expédition va se lancer. Ilulissat encore saupoudrée d’une averse de neige, est endormi par un lundi pascal très suivi. La première bataille de boules neige nous engourdi les mains, la fatigue, bien que présente n’arrive pas à nous accaparer.  La vie est un présent mais ça vous le savez déjà. Comme dîner d’accueil ce soir nous serons dans la jolie famille de Julien pour un ragoût de rennes. Les jeunes, la mascotte et moi-même nous vous disons à demain.

A bord du porte-avions Charles de Gaulle

11 avril 2017

photo Eric Duliére

Le 14 juillet 2016 mon nom était inscrit au Journal Officiel comme Chevalier de l’ordre national de la Légion d’Honneur, mais encore fallait-il l’officialiser par une cérémonie. Le chef de cabinet, qui était chargé du dossier, m’avait proposé toutes les possibilités dites classiques. Puisque c’était le Président de la République qui en était l’initiateur, en toute logique l’Elysée et le Chef d’Etat François Hollande devait me parrainer, mais ce n’est pas connaître le « Cabochard » qui sommeille en moi ! Demandant  les éventualités possibles, je comprenais qu’une personne déjà Chevalier pouvait s’en charger. En toute logique, mon « Fratellu » Bixente endossait ce « job » qui était une première pour lui. Mais où ? J’aime les belles histoires qui finissent bien, la vie en est souvent éloignée, mais là, je savais qu’une belle carte était à jouer, et si c’était à bord de notre porte-avions en service, le Charles-de-Gaulle ? Le chef de cabinet, tentait de m’en dissuader, par de son expérience c’était « mission impossible », j’allais droit à l’échec ! Le hasard c’est le nom que prend Dieu pour rester anonyme disait Cocteau. Dans mes amis, le patron des plongeurs démineurs, le commandant Bertrand de Lorgeril avait fréquenté en école navale, le Pacha du porte-avions, quelques mails, et coups de téléphone et mon souhait se réalisé. Seul un petit comité pouvait participer à la cérémonie, cela tombait bien puisque les grosses réunions ne m’ont jamais inspiré. La sécurité de l’accès à l’arsenal est stricte, le Pacha Eric Malbrunot nous reçoit. Etre à la tête d’un bateau à force nucléaire est une responsabilité énorme mais ce que je retiendrais de cet homme c’est son charisme, sa simplicité, sa vibration positive. Avant de poser la prothèse à bord, un court-métrage nous présente le fleuron de l’armée française. Le pont d’envol en image me remue les tripes, j’autorise les souvenirs à remonter en surface sans palier, tant pis s’il y a surpression ! Puis la délégation emboîte le pas du boss qui ne manque jamais de saluer et de donner un bon mot à son équipage. Hangar, passerelle, pont d’envol, catapulte… Tout est passé en revue. Puis là-bas à la poupe du PA, sous l’immense pavillon tricolore, un pupitre. Nous rentrons dans le vif du sujet. Le commandant Eric Malbrunot, ouvre la cérémonie. Derrière à ma gauche, mes amis, à ma droite l’équipe PEH, dont je suis le vétéran. Les mots du pacha, me remuent, je respire, je ne veux et ne dois pas flancher. Un pas devant tout le monde je suis caché de tous, mes lèvres tremblent. Maintenant c’est au tour de Bixente, je le sens serein mais au fil de ses mots de l’émotion grandit, bouscule le protocole, la fin de son discours se sale, notre amitié si profonde nous joue encore un tour. Un PEH porte un coussin où est agrafée la médaille rouge, Bixente me la remet, le commandant est au garde-à-vous, j’ai du mal à réaliser. Je n’ai pas préparé de discours, je veux juste que mes mots sortent de mon cœur. Pour commencer je fixe l’équipage, j’essaie de transmettre mon énergie positive qui m’a permis de m’en sortir. Puis je me tourne vers mes invités en comité restreint. Le déroulé de ma vie commence, bien-sur je remercie mes parents absents, nos vies nous ont séparés mais je leur dois mes premiers pas… Puis, à chacun de mes hôtes je dévoile une anecdote commune pour cimenter encore plus notre amitié. Et enfin j’en viens aux deux hommes qui ont changé mon existence, Dume et Bixente. Je m’emmêle les pinceaux je dis de Dume qu’il est la femme de ma vie, l’émotion me tacle, le seul rouge n’est pas un carton mais une médaille… Le pacha du PA a les yeux qui rougissent, mes invités aussi, moi je me demande si je ne vais pas me réveiller… Bixente poste une série de photos sur sa page Facebook. A ma grande surprise, dans les commentaires, je trouve des anciens du Foch qui m’avaient donné instinctivement leur sang, puis un texte  de l’officier de pont qui m’avait mis son gant entre les dents pour supporter ma souffrance, un autre se souviens de mon poème : le Pantin ; écrit au lendemain de mon accident et édité sur le magazine de la Marine Nationale… 34 ans après je peux enfin fermer ce livre rouge de sang, d’Honneur…

  Cette médaille c’est le fruit d’un travail de fond, sans relâche et je vous la dois à tous. Merci du fond du cœur…

A mes côtés le Pacha du porte-avions le Capitaine de Vaisseau Eric Malbrunot

Les bodys guards, Dume et Patrick, Karin assure l’arrière garde!!!

Mes amis m’ont rejoint…

L’émotion frappe à la porte de mes souvenirs…

Très fier d’être au milieu de l’équipe PEH* du PA
*Pont d’Envol Hangar

J’offre mon bachi* original à Bixente…
* Chapeau de marin portant mon matricule et usé!